AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782923603216
216 pages
Coups de tête (07/01/2010)
3.27/5   61 notes
Résumé :
Antoinette voulait mourir. Mais dans ce monde au futur proche, il faut encore être malade ou fou pour que l’État prenne votre mort en main. Antoinette a donc demandé l’aide de Paradis, Clef en Main, une organisation parallèle qui fournit ses services à ceux qui n’ont aucune tare, aucune maladie, et qui, simplement, ne veulent plus vivre.
Antoinette n’est pas morte. Elle est paraplégique, branchée à des machines qui lui pompent ses liquides organiques.
... >Voir plus
Que lire après Paradis clef en mainVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Dans ma période de lecture approfondie de Nelly Arcan, je pensais que son roman posthume que voici, paru quelques mois après son suicide à l'âge de 36 ans, abordait le thème de l'euthanasie ou plus exactement du suicide assisté. J'ai longtemps attendu avant de le prendre en main et j'ai mal fait.
En le refermant, et malgré une probable incomplétude stylistique – s'il n'avait été terminé dans l'urgence, sans doute certains passages auraient-ils été peaufinés, conformément à la méticulosité lexicale qui caractérisait l'auteure – j'ai le sentiment d'avoir néanmoins lu un véritable testament spirituel, qui dépasse la simple thématique isolée, en non seulement par l'innervation fertile du vécu personnel.
Certains éléments de la réflexion de cette grande philosophe, dont elle avait fait le tour, n'apparaissent plus dans ce roman : la marchandisation du corps, la psychopathologie du désir et celle du sentiment amoureux.
La narration revient à la première personne, comme dans ses deux premières oeuvres (Putain et Folle), mais à l'évidence l'autobiographisme est dépassé dans la trame qui possède au contraire l'ouverture sur un Zeitgeist à peine caricaturé que l'on trouvait déjà dans A ciel ouvert. Pourtant, contrairement à ce roman-là, aucune critique sociale explicite n'est émise, notamment sur l'organisation opaque et obscure qui préside aux suicides assistés, Paradis, clef en main.
Au contraire, l'on peut supposer que ce qui relève de l'autobiographique, et qui marque d'une trace plus intime encore que celles des premiers ouvrages ayant trait pourtant à son intimité sexuelle, c'est une analyse extrêmement pénétrante de la pulsion de mort de la narratrice. Par une mise en parallèle de l'absence congénitale et supposée génétique de l'élan vital chez le personnage féminin (Antoinette, la narratrice) et chez son oncle Léon, c'est une véritable théorie de l'inadéquation à vivre qui est échafaudée. Peu importe si le roman se construit dès le début sur une conclusion optimiste – la narratrice perd son désir de mourir et « se rachète » même de sa conflictualité fondatrice avec sa mère – contrairement à la fin de vie de l'auteure. La trame, qui parfois présente des éléments presque humoristiques – ce qui constitue aussi une nouveauté unique dans la prose d'Arcan – en particulier dans l'absurdité de la pensée retorse de Monsieur Paradis, n'en demeure pas moins ancillaire à l'analyse. Au moins dans ma lecture.
J'en veux pour preuve la force stylistique tout à fait particulière du premier chapitre, intitulé significativement « C'est ma vie », qui s'estompe dans les suivants, où commence le récit de l'aventure avec Paradis, clef en main. Je peux très bien comprendre qu'un lecteur n'ayant pas les nerfs solides soit heurté, bouleversé voire repoussé par cette entrée en matière, qui pourrait constituer une nouvelle autonome.

Tout au plus, en suivant cet optimisme relatif du roman par rapport à la biographie réelle, c'est-à-dire cette idée improbable de la réversibilité du suicide sur laquelle se fonde le récit, peut-on se surprendre à se demander si, au cours de la rédaction de l'ouvrage, la tragédie que l'écrivaine se réservait était encore évitable...
Commenter  J’apprécie          50
Après la marchandisation du corps de la femme (Putain, A ciel ouvert) et des relations amoureuses (Folle), Nelly Arcan s'attaque dans ce livre magnifique au pire tabou de nos sociétés modernes dites très évoluées: la marchandisation du suicide, car la mort comme telle l'est déjà par les maisons funéraires, les cimetières, les compagnies d'assurance, les banques,etc. Cette marchandisation, encore hypothétique, est une prédiction de Nelly Arcan quant à sa matérialisation dans notre monde où l'argent et les profits sont les seules valeurs qui ont un sens pour toute action humaine: Nelly Arcan nous montre comment cela va se passer, c'est à dire avec un service tout aussi impersonnel et dictatorial que la majorité des produits et services offerts par les grandes compagnies d'aujourd'hui. Ainsi s'expliquent l'absence de visages des employés ou le refus des "femmes enceintes" comme clientes...De plus, Nelly Arcan nous dit pourquoi il y a des suicidaires dans nos sociétés, l'origine de leur mal de vivre et elle dissèque avec une main de maître, sans ambages ni détours, les relations d'une jeune femme avec ses parents, sa mère et son oncle. Enfin, le ton de ce livre nous fait penser à Kafka ou encore à Dostoievsky: un grand livre qu'il faut lire absolument!!
Commenter  J’apprécie          10
Comme un exorcisme, Nelly Arcan s'amuse avec l'idée du suicide et avec les relations mère-fille. Un jeu qui semble, à postériori, bien macabre.

Antoinette veut mourir, elle s'adresse alors à une société secrète qui propose des suicides clef en main.

Une fiction un peu convenue (qui pourrait faire penser à Amélie Nothomb) et bien en deçà de A ciel ouvert et de ses ouvrages autobiographiques Putain, Folle ou Burqa de chair.

Peut-être pas la meilleure porte d'entrée pour cette autrice remarquable qu'il faut absolument lire ! Il faut lire Nelly Arcan !
Lien : https://www.noid.ch/paradis-..
Commenter  J’apprécie          90
Ce roman, c'est les philosophies du suicide et de l'espoir harmonieusement amalgamées et exprimées en mots que je n'aurais su trouver. L'auteure, par certaines teintes explicites, nous fait deviner son opinion sur les valeurs traitées qui, après une lecture complète du roman, nous semble variable et confuse, par moments, quoique très personnelle. Avant de lire ce roman, attardez vous à la courte biographie de l'auteure qui se trouve sur son site internet (http://nellyarcan.com/pages/biographie.php). Votre vision de son oeuvre changera alors probablement à tout jamais... Malgré quelques longueurs qui passent finalement assez rapidement, j'ai adoré cette histoire de son début à sa fin.
Commenter  J’apprécie          30
J'ai trouvé ce roman de Nelly Arcan vraiment très ennuyeux: redondant, avec beaucoup de longueur, sans rien de nouveau pour ce qui est du discours. J'ai apprécié ses autres romans, mais je trouve que celui-ci n'apporte absolument rien de neuf ni d'intéressant. Je crois malheureusement que l'auteure était rendue trop malade pour être en état d'écrire quelque chose de qualité et que le lancement de ce roman posthume après que l'auteure se soit suicidée était davantage un coup de marketing qu'un apport important à la littérature.
Commenter  J’apprécie          41

Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
« Mais pour mourir, il faut attendre la maladie, ou l'accident, il faut attendre de s'endormir de fatigue à force d'être vieux ou encore il faut se prendre en charge et se tuer. […]
Mon corps s'est toujours dérobé à ma volonté et à mes plans. Il me glissait entre les doigts au dernier moment, comme si on était deux personnes différentes. Comme si mon corps avait des desseins propres, une vision autonome de la vie, en dehors de la mienne.
On est plus fort qu'on le pense. Nos veines sont plus difficiles à ouvrir qu'on le croit. Notre cou, plus dur à casser qu'à première vue. Surmonter le hérissement intégral du corps sur le quai du métro, devant les rails vibrants qui soubresautent, au son des voitures attachées les unes aux autres qui surgissent comme un seul homme, qui arrivent à toute vitesse, c'est beaucoup plus difficile qu'on imagine. Notre corps a prévu qu'on puisse vouloir le supprimer, l'anéantir. Et il s'est armé contre ça. » (pp. 141-142)
Commenter  J’apprécie          20
Que je trouve du plaisir au délire éthylique en
rajoute à sa détresse, que je jouisse du contact avec ma
vomissure la surpasse. Une victoire sur la toutepuissance
de son corps en santé, supérieur, médicamenté,
prémuni contre ces signes visibles et haïssables
de la vieillesse, son corps si familier et inhumain, à
l’épreuve des excès qu’elle repousse comme une
athlète en performance.
Dans ma vie, vomir est un événement.Un clou de
soirée. Le vomissement est l’une des seules activités
sur laquelle j’ai un contrôle, en dehors de ma voix qui
me narre à moi-même cette histoire, en circuit fermé.
Urine et excréments sont une affaire de tuyaux hors
de ma vue, qui commence par des sacs dont le
contenu est pompé sous mon lit pour s’en aller, toujours
dans des tuyaux, derrière un pan du mur où se
trouvent d’autres contenants mystérieux, de nature
médicale, que je ne vois pas. Des poupées russes de
solides et de liquides qui s’échappent de mon cul et
qui sont cachés de moi. Seule ma mère a un lien
physique avec eux.Ma merde, ma pisse, ne génèrent
aucune sensation corporelle quand elles me quittent
par pompage de tuyaux.
Commenter  J’apprécie          10
Je regarde le plafond à chaque instant et il me
regarde en retour. Je crois. Ce ne serait pas dramatique
s’il n’avait pas installé une intention dans son
regard : la surveillance. Mon plafond m’épie, il me
surplombe de son troisième oeil, parce que ma mère,
peu importe où elle se trouve, peu importe l’activité
qui l’occupe, peut me retracer à loisir, partout dans
mon lit à l’horizontal, à l’aide d’une petite caméra
située en son centre, si discrète qu’il est impossible
de la voir depuis ma latrine entretenue, toujours
propre, intrinsèquement contaminée. Ma mère sait
que je sais que la caméra me capte pour me renvoyer
à elle quand bon lui semble, quand ça lui chante,
mais elle continue encore de nier son existence. Sa
présence au-dessus de moi est une chose que j’ai
déduite de ses paroles, de ce qu’elle me confie, de ce
qu’elle sait de moi et qu’autrement, s’il n’y avait pas
là une caméra cachée, si elle ne me voyait ni ne
m’entendait en continu, si elle ne jouissait pas d’une
omniscience usurpée jusque dans mes pensées, elle
ne pourrait pas savoir. Que j’écris, que je raconte
cette histoire.
Commenter  J’apprécie          10
Pour eux, la vie est une impasse, un cul-de-sac,
à cause d’un événement malheureux, d’une perte,
d’un abandon, d’une mort, mais surtout parce que la
vie est naturellement, de tout temps, invivable. Tous
les jours, ils sont pourchassés par les images éblouissantes
de leur propre mort, images primordiales
auxquelles la souffrance s’arrime, s’accroche ; ils sont
possédés par le climax de leur libération, ce moment
où la vie quitte le corps, ils se tendent au complet
vers cette fraction de seconde où la fin, la vraie fin, la
dernière, au-delà de quoi la souffrance n’est plus
possible parce que sans support organique pour lui
donner forme, survient. Des gens pour lesquels les
moments de répit n’existent pas ou se présentent en
si petit nombre et en si courte durée qu’ils passent
inaperçus. Pire : ces répits ne contribuent qu’à ramener,
avec plus de force encore, la tension dramatique
de leur quotidien, de leurs pensées bourdonnantes,
inlassables de noirceur, harassantes comme un
essaim d’abeilles impossible à chasser du revers de la
main, à moins d’être piqué, mangé.
Commenter  J’apprécie          10
« Les couples qui se disputent, se disputent selon un schéma de pas de danse qu'ils respectent au pied de la lettre sans le savoir. Dans leur esprit, frustrations et récriminations s’enchaînent toujours dans le même ordre et les répliques qui fusent, automatiques et identiques d'une fois à l'autre, ont battu leurs propres sentiers creusés par la répétition, sentiers impossibles à camoufler une fois que s'est imposée la fois de trop : l'herbe n'y pousse plus et la terre, aride, aurait besoin de la durée de toute une vie pour ne plus exhiber son marquage, son piétinement de couple qui se dispute dans une danse au quart de tour. Et encore. » (p. 21) [Noter l'intelligence de l'usage des répétitions]
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Nelly Arcan (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nelly Arcan
Retrouvez les derniers épisodes de la cinquième saison de la P'tite Librairie sur la plateforme france.tv : https://www.france.tv/france-5/la-p-tite-librairie/
N'oubliez pas de vous abonner et d'activer les notifications pour ne rater aucune des vidéos de la P'tite Librairie.
Quel journal intime, présenté comme un roman, marque l'entrée en littérature d'une jeune femme qui exerça le métier de prostituée et finit par se donner la mort à l'âge de trente-quatre ans ?
« Putain » de Nelly Arcan, c'est à lire en poche chez Points.
autres livres classés : suicideVoir plus
Les plus populaires : Imaginaire Voir plus


Lecteurs (156) Voir plus



Quiz Voir plus

Littérature québécoise

Quel est le titre du premier roman canadien-français?

Les anciens canadiens
La terre paternelle
Les rapaillages
L'influence d'un livre
Maria Chapdelaine

18 questions
218 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature québécoise , québec , québécoisCréer un quiz sur ce livre

{* *} .._..