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EAN : 9782923603216
216 pages
Éditeur : Coups de tête (07/01/2010)

Note moyenne : 3.22/5 (sur 50 notes)
Résumé :
Antoinette voulait mourir. Mais dans ce monde au futur proche, il faut encore être malade ou fou pour que l’État prenne votre mort en main. Antoinette a donc demandé l’aide de Paradis, Clef en Main, une organisation parallèle qui fournit ses services à ceux qui n’ont aucune tare, aucune maladie, et qui, simplement, ne veulent plus vivre.
Antoinette n’est pas morte. Elle est paraplégique, branchée à des machines qui lui pompent ses liquides organiques.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Apoapo
  21 janvier 2017
Dans ma période de lecture approfondie de Nelly Arcan, je pensais que son roman posthume que voici, paru quelques mois après son suicide à l'âge de 36 ans, abordait le thème de l'euthanasie ou plus exactement du suicide assisté. J'ai longtemps attendu avant de le prendre en main et j'ai mal fait.
En le refermant, et malgré une probable incomplétude stylistique – s'il n'avait été terminé dans l'urgence, sans doute certains passages auraient-ils été peaufinés, conformément à la méticulosité lexicale qui caractérisait l'auteure – j'ai le sentiment d'avoir néanmoins lu un véritable testament spirituel, qui dépasse la simple thématique isolée, en non seulement par l'innervation fertile du vécu personnel.
Certains éléments de la réflexion de cette grande philosophe, dont elle avait fait le tour, n'apparaissent plus dans ce roman : la marchandisation du corps, la psychopathologie du désir et celle du sentiment amoureux.
La narration revient à la première personne, comme dans ses deux premières oeuvres (Putain et Folle), mais à l'évidence l'autobiographisme est dépassé dans la trame qui possède au contraire l'ouverture sur un Zeitgeist à peine caricaturé que l'on trouvait déjà dans A ciel ouvert. Pourtant, contrairement à ce roman-là, aucune critique sociale explicite n'est émise, notamment sur l'organisation opaque et obscure qui préside aux suicides assistés, Paradis, clef en main.
Au contraire, l'on peut supposer que ce qui relève de l'autobiographique, et qui marque d'une trace plus intime encore que celles des premiers ouvrages ayant trait pourtant à son intimité sexuelle, c'est une analyse extrêmement pénétrante de la pulsion de mort de la narratrice. Par une mise en parallèle de l'absence congénitale et supposée génétique de l'élan vital chez le personnage féminin (Antoinette, la narratrice) et chez son oncle Léon, c'est une véritable théorie de l'inadéquation à vivre qui est échafaudée. Peu importe si le roman se construit dès le début sur une conclusion optimiste – la narratrice perd son désir de mourir et « se rachète » même de sa conflictualité fondatrice avec sa mère – contrairement à la fin de vie de l'auteure. La trame, qui parfois présente des éléments presque humoristiques – ce qui constitue aussi une nouveauté unique dans la prose d'Arcan – en particulier dans l'absurdité de la pensée retorse de Monsieur Paradis, n'en demeure pas moins ancillaire à l'analyse. Au moins dans ma lecture.
J'en veux pour preuve la force stylistique tout à fait particulière du premier chapitre, intitulé significativement « C'est ma vie », qui s'estompe dans les suivants, où commence le récit de l'aventure avec Paradis, clef en main. Je peux très bien comprendre qu'un lecteur n'ayant pas les nerfs solides soit heurté, bouleversé voire repoussé par cette entrée en matière, qui pourrait constituer une nouvelle autonome.
Tout au plus, en suivant cet optimisme relatif du roman par rapport à la biographie réelle, c'est-à-dire cette idée improbable de la réversibilité du suicide sur laquelle se fonde le récit, peut-on se surprendre à se demander si, au cours de la rédaction de l'ouvrage, la tragédie que l'écrivaine se réservait était encore évitable...
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MarioBeaupre
  22 novembre 2016
Après la marchandisation du corps de la femme (Putain, A ciel ouvert) et des relations amoureuses (Folle), Nelly Arcan s'attaque dans ce livre magnifique au pire tabou de nos sociétés modernes dites très évoluées: la marchandisation du suicide, car la mort comme telle l'est déjà par les maisons funéraires, les cimetières, les compagnies d'assurance, les banques,etc. Cette marchandisation, encore hypothétique, est une prédiction de Nelly Arcan quant à sa matérialisation dans notre monde où l'argent et les profits sont les seules valeurs qui ont un sens pour toute action humaine: Nelly Arcan nous montre comment cela va se passer, c'est à dire avec un service tout aussi impersonnel et dictatorial que la majorité des produits et services offerts par les grandes compagnies d'aujourd'hui. Ainsi s'expliquent l'absence de visages des employés ou le refus des "femmes enceintes" comme clientes...De plus, Nelly Arcan nous dit pourquoi il y a des suicidaires dans nos sociétés, l'origine de leur mal de vivre et elle dissèque avec une main de maître, sans ambages ni détours, les relations d'une jeune femme avec ses parents, sa mère et son oncle. Enfin, le ton de ce livre nous fait penser à Kafka ou encore à Dostoievsky: un grand livre qu'il faut lire absolument!!
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PhilipBel
  19 juin 2013
Ce roman, c'est les philosophies du suicide et de l'espoir harmonieusement amalgamées et exprimées en mots que je n'aurais su trouver. L'auteure, par certaines teintes explicites, nous fait deviner son opinion sur les valeurs traitées qui, après une lecture complète du roman, nous semble variable et confuse, par moments, quoique très personnelle. Avant de lire ce roman, attardez vous à la courte biographie de l'auteure qui se trouve sur son site internet (http://nellyarcan.com/pages/biographie.php). Votre vision de son oeuvre changera alors probablement à tout jamais... Malgré quelques longueurs qui passent finalement assez rapidement, j'ai adoré cette histoire de son début à sa fin.
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Cielvariable
  03 mai 2013
J'ai trouvé ce roman de Nelly Arcan vraiment très ennuyeux: redondant, avec beaucoup de longueur, sans rien de nouveau pour ce qui est du discours. J'ai apprécié ses autres romans, mais je trouve que celui-ci n'apporte absolument rien de neuf ni d'intéressant. Je crois malheureusement que l'auteure était rendue trop malade pour être en état d'écrire quelque chose de qualité et que le lancement de ce roman posthume après que l'auteure se soit suicidée était davantage un coup de marketing qu'un apport important à la littérature.
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LindaLapostolle
  18 juillet 2011
Une entreprise offre des suicides clé en main, organisés selon la personnalité des clients, succès assuré. Mais parfois la vie, et la mort, jouent des tours. Publié deux mois après la mort de l'auteure, qui s'est enlevé la vie à 36 ans, ce roman prend une signification particulière pour les lecteurs de Nelly Arcan.






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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   07 avril 2013
Que je trouve du plaisir au délire éthylique en
rajoute à sa détresse, que je jouisse du contact avec ma
vomissure la surpasse. Une victoire sur la toutepuissance
de son corps en santé, supérieur, médicamenté,
prémuni contre ces signes visibles et haïssables
de la vieillesse, son corps si familier et inhumain, à
l’épreuve des excès qu’elle repousse comme une
athlète en performance.
Dans ma vie, vomir est un événement.Un clou de
soirée. Le vomissement est l’une des seules activités
sur laquelle j’ai un contrôle, en dehors de ma voix qui
me narre à moi-même cette histoire, en circuit fermé.
Urine et excréments sont une affaire de tuyaux hors
de ma vue, qui commence par des sacs dont le
contenu est pompé sous mon lit pour s’en aller, toujours
dans des tuyaux, derrière un pan du mur où se
trouvent d’autres contenants mystérieux, de nature
médicale, que je ne vois pas. Des poupées russes de
solides et de liquides qui s’échappent de mon cul et
qui sont cachés de moi. Seule ma mère a un lien
physique avec eux.Ma merde, ma pisse, ne génèrent
aucune sensation corporelle quand elles me quittent
par pompage de tuyaux.
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CielvariableCielvariable   07 avril 2013
Je regarde le plafond à chaque instant et il me
regarde en retour. Je crois. Ce ne serait pas dramatique
s’il n’avait pas installé une intention dans son
regard : la surveillance. Mon plafond m’épie, il me
surplombe de son troisième oeil, parce que ma mère,
peu importe où elle se trouve, peu importe l’activité
qui l’occupe, peut me retracer à loisir, partout dans
mon lit à l’horizontal, à l’aide d’une petite caméra
située en son centre, si discrète qu’il est impossible
de la voir depuis ma latrine entretenue, toujours
propre, intrinsèquement contaminée. Ma mère sait
que je sais que la caméra me capte pour me renvoyer
à elle quand bon lui semble, quand ça lui chante,
mais elle continue encore de nier son existence. Sa
présence au-dessus de moi est une chose que j’ai
déduite de ses paroles, de ce qu’elle me confie, de ce
qu’elle sait de moi et qu’autrement, s’il n’y avait pas
là une caméra cachée, si elle ne me voyait ni ne
m’entendait en continu, si elle ne jouissait pas d’une
omniscience usurpée jusque dans mes pensées, elle
ne pourrait pas savoir. Que j’écris, que je raconte
cette histoire.
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CielvariableCielvariable   07 avril 2013
Pour eux, la vie est une impasse, un cul-de-sac,
à cause d’un événement malheureux, d’une perte,
d’un abandon, d’une mort, mais surtout parce que la
vie est naturellement, de tout temps, invivable. Tous
les jours, ils sont pourchassés par les images éblouissantes
de leur propre mort, images primordiales
auxquelles la souffrance s’arrime, s’accroche ; ils sont
possédés par le climax de leur libération, ce moment
où la vie quitte le corps, ils se tendent au complet
vers cette fraction de seconde où la fin, la vraie fin, la
dernière, au-delà de quoi la souffrance n’est plus
possible parce que sans support organique pour lui
donner forme, survient. Des gens pour lesquels les
moments de répit n’existent pas ou se présentent en
si petit nombre et en si courte durée qu’ils passent
inaperçus. Pire : ces répits ne contribuent qu’à ramener,
avec plus de force encore, la tension dramatique
de leur quotidien, de leurs pensées bourdonnantes,
inlassables de noirceur, harassantes comme un
essaim d’abeilles impossible à chasser du revers de la
main, à moins d’être piqué, mangé.
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CielvariableCielvariable   07 avril 2013
Ma mère me fustige du regard, je vois le diable
dans ses yeux miroirs et ce diable, c’est moi. Son
père, que je n’ai jamais connu, son plus grand tabou,
son gouffre de silence, dont je n’ai que peu entendu
parler, s’est tiré une balle dans la tête après que sa
femme, mère de ma mère, soit morte d’un accident
de la route dû à sa conduite téméraire, trop enthousiaste,
d’une Porsche qu’il venait de lui offrir.
L’évocation de la cervelle déversée du père est la
goutte de trop qui fait tout déborder. Ma mère me
frappe, sa puissante claque m’atteint au visage et ma
tête percute le mur derrière moi. J’ai mal en dedans et
ça me fait du bien. L’envie de poursuivre dans la
destruction est tombée et mes dernières paroles
résonnent pendant un temps qui semble long, et au
bout duquel elles sont engouffrées par le silence usé
et chargé du remords qui suit tous les grands éclats.
La danse est finie. La boucle est bouclée. La conversation
tout juste commencée avorte.
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CielvariableCielvariable   07 avril 2013
On a tous déjà pensé se tuer. Au moins une fois,
au moins une seconde, le temps d’une nuit d’insomnie
ou sans arrêt, le temps de toute une vie. On s’est
tous imaginé, une fois au moins, s’enfourner une
arme à feu dans la bouche, fermer les yeux, décompter
les secondes et tirer. On y a tous pensé, à
s’expédier dans l’au-delà, ou à s’envoyer six pieds
sous terre, ce qui revient au même, d’un coup de feu,
bang. Ou encore à en finir sec dans le crac de la pendaison.
La vie est parfois insupportable.
C’est ainsi.
Ça vient, ça prend à la gorge, et ça passe.
Dans le meilleur des cas.
Il y a des gens pour lesquels ces pensées ne passent
pas.
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