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Liliane Hasson (Traducteur)
ISBN : 2856165648
Éditeur : Presses de la Renaissance (29/06/2007)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Trois voyages à travers l'écriture hallucinatoire de Reinaldo Arenas vers la face obscure d'une Havane magique, défigurée par l'enfer castriste et la désillusion de tous ceux qui ont cru à la révolution.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Caro29
  06 août 2012
Première nouvelle : « Tant pis pour Eva »
Cette nouvelle relate les aventures tragi-comiques d'un couple qui se vautre royalement dans la mégalomanie en arborant, aux quatre coins de Cuba, des vêtements plus exubérants et chatoyants les uns que les autres. En parallèle des aventures vestimentaires rocambolesques de Ricardo et Éva à La Havane, puis dans les différentes provinces du pays, l'on suit aussi la descente aux enfers d'une île où, petit à petit, les vivres viennent à manquer. C'est ainsi que tickets de rationnement et marché noir deviennent le quotidien des Cubains. Une nouvelle qui semble fantaisiste – on parle bien de « l'écriture hallucinatoire de Reinaldo Arenas » et les personnages portent des vêtements en laine (Cuba est quand même un pays tropical où cette matière n'est pas appropriée pour un tel climat !) – mais qui révèle subtilement la réalité du pays… Car ces deux personnages ne supportent plus le conformisme et les normes imposés par la dictature castriste. Ils n'acceptent plus non plus de n'être que des individus banals censés se fondre dans la masse d'un pays où la « différence » n'est pas acceptée. D'où les situations de plus en plus ubuesques dans lesquelles se trouvent nos personnages, poursuivis par les autorités… le fil à tricoter dans cette nouvelle me donne l'impression d'une métaphore. Au début du récit (qui correspond à la fin des années 50 donc au début du castrisme), le fil est abondant, tout comme les vivres à Cuba. Mais au fur et à mesure, nos deux amoureux du tricot en manquent de plus en plus. Ils finissent par devoir le trouver au marché noir, puis le remplacer par des cordes à linge volées. Et c'est toute l'histoire de Cuba : au fil des années, embargo oblige, les vivres manquent, petit à petit. Les Cubains doivent user de débrouillardise et s'alimenter, se ravitailler au marché noir puisqu'ils sont strictement rationnés…
Deuxième nouvelle : « Mona »
Une nouvelle complètement délirante qui m'a « grave » enthousiasmée : j'adore, j'adore, j'adore ! Comment Reinaldo Arenas a eu la géniale idée d'inventer ce fait-divers et tous les personnages qui en découlent, tout en pratiquant une auto-dérision à mourir de rire ? C'est vrai qu'il était frivole cet auteur – il le dit lui-même – mais il était surtout très très talentueux ! Car il fallait l'imaginer cette histoire de femme-Joconde. Arenas fait donc plonger son lecteur dans le célèbre tableau de Léonard de Vinci où Mona Lisa, qui se fait appeler « Elisa », n'est autre que le grand peintre lui-même… ou plutôt ce à quoi il aurait aimé ressembler : une belle « femme aux cheveux raides d'un roux foncé, aux traits parfaits, cette femme dont une main était délicatement posée sur le poignet de l'autre, souriant d'un air presque moqueur sur fond de paysage brumeux où l'on pouvait distinguer un chemin débouchant sur un lac »… Cette nouvelle intitulée « Mona » a un petit côté « Portrait de Dorian Gray », le côté machiavélique d'Elisa-Léonard de Vinci en plus.
Troisième nouvelle « Voyage à La Havane »
La dernière nouvelle de ce recueil est aussi celle où l'on retrouve quelques-uns des thèmes favoris de Reinaldo Arenas : la quête de l'identité, l'homosexualité, la solitude, l'exil et l'inhumanité, à travers la négation de l'individu et de ses besoins, du régime castriste. Cette nouvelle est donc la plus réaliste et la moins « fantaisiste » du recueil. D'ailleurs, elle porte son nom : « Voyage à La Havane ». On y rencontre Ismaël, un exilé qui a quitté Cuba il y a plus de quinze ans et qui rentre au pays, pas tant pour retrouver sa famille, Elvia sa femme et Ismaëlito son fils, que pour se (re)trouver lui-même. le regard que porte Arenas, lui-même en exil lors de l'écriture de cette nouvelle, sur Cuba, La Havane, les Cubains et le régime castriste est particulièrement noir et presque sans espoir. Heureusement qu'il place l'amour au coeur de tout, y compris du malheur, de la solitude et du désespoir. C'est d'ailleurs par manque d'amour, en tout cas c'est ce qu'il écrivait lui-même dans sa « lettre d'adieu », par « dépression sentimentale » que Reinaldo Arenas a mis fin à ses jours en décembre 1990… Une nouvelle forte, qui met en lumière l'âme poétique d'un auteur profondément sensible.
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tristantristan
  13 septembre 2019
Trois nouvelles, plutôt drôles à leur chute mais pourtant trop longues au ressenti. L'auteur mêle les phobies et us des cubains en général et ses propres vicissitudes avec le régime castriste dans les trois épisodes.
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MarieGen44
  10 juillet 2016
Trois nouvelles en rapport avec La Havane. Pour ma part la deuxième est un peu hors sujet et n a pas vraiment sa place dans ce recueil. Par contre j ai vraiment beaucoup aimé la troisième et le retour de ce cubain exilé aux États Unis dans le pays de son enfance et de sa jeunesse.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Caro29Caro29   01 août 2012
Nouvelle "Tant pis pour Eva" :
Mais quant au reste, ça allait de mal en pis. Rationnement total, faim absolue, isolement complet. Quand il y avait une panne d'électricité (le gouvernement la coupait, il continue d'ailleurs, avec ses plans d'économie exténuants), il me fallait tricoter à la lueur d'une bougie ; bougie achetée au marché noir et que tu tenais patiemment en l'air. Bientôt on ne trouva plus de fil bulgare ni même chinois. Alors nous avons fait main basse sur les cordes à linge de notre cour et sur celles des voisins, sur les ficelles pour paquets que tu marchandais dans les drogueries. Mais nous avons tenu bon. Quand les aiguilles disparurent, nous sommes sortis une nuit, plusieurs nuits, tous deux strictement vêtus de noir, avec nos jeans tricotés au point de finition, pour voler des rayons de bicyclette. Nous avons traversé en silence les rues sombres de la 5e Avenue et au péril de notre vie (ces gens-là sont capables de faire fusiller un malheureux voleur de jantes), on a piqué une énorme collection de rayons de vélo que tu as transformés, avec une patience infinie, en aiguilles à tricoter françaises…
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Caro29Caro29   03 août 2012
Nouvelle "Voyage à La Havane"
Dans cet état de désespoir où le désespoir lui-même sombre, où on l'oublie, sous la pression de toutes les tâches quotidiennes (enfant, travail, files d'attente, tour de garde), la solitude, le désir, la pulsion d'être caressé par quelqu'un de semblable à lui furent peu à peu presque oubliés à leur tour, ou bien ils ont expiré lentement devant le nouveau téléviseur que notre entreprise nous autorise à acheter, devant l'appartement que l'on nous a finalement autorisés à occuper, au bord de la mer, là où s'était déroulée toute ma jeunesse, devant l'anniversaire d'Ismaëlito ou la possibilité lointaine d'obtenir l'autorisation d'acheter une automobile plus tard...
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Caro29Caro29   03 août 2012
Nouvelle "Voyage à La Havane"
Ismaël, peut-être en guise de consolation, pensait qu'il en était de même pour tout le monde : se dominer, se refréner, ne jamais aller jusqu'à violer le règlement, une complicité jamais manifeste ; ne pas se précipiter, ne pas exister, en sachant toujours que sinon, nous n'aurions pas d'échappatoire ; un jeu, un jeu, un jeu atroce mais indispensable, car s'il est une chose que la vie ne pardonne pas, c'est bien que nous la vivions.
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Caro29Caro29   03 août 2012
Nouvelle "Voyage à La Havane"
Ismaël éprouva de la peine, non pas pour lui - cela, c'était habituel - mais pour elle, pour Elvia ; toute sa vie, se dit-il, elle la consacre à quelqu'un qui n'existe pas, elle vit pour quelqu'un qui n'est pas, elle aime quelqu'un qui n'est pas, elle sert d'épouse, de femme, de mère à une ombre.
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tristantristantristantristan   13 septembre 2019
C'était le système démocratique en soi, c'étaient les Etats-Unis mêmes en tant que pays libre, qui étaient de fait les meilleurs alliés du crime simplement parce que pour rester un système démocratique (ou y prétendre) il devait permettre d'une façon ou d'une autre (peu importe laqulle) que les criminels l'envahissent.
p. 126
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Videos de Reinaldo Arenas (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Reinaldo Arenas
My Lover the Sea, by Reinaldo Arenas, Filmed by Gerard McGarity
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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