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Richard Bodéüs (Éditeur scientifique)
ISBN : 208070947X
Éditeur : Flammarion (11/02/2004)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 153 notes)
Résumé :
L'Éthique à Nicomaque n'est pas seulement l'une des oeuvres les plus célèbres d'Aristote, l'une de celles qui témoignent le mieux aujourd'hui de sa philosophie. C'est aussi, plus généralement, un des grands textes de l'histoire de la pensée. Quelle est l'activité qui, en dernière instance, donne sens à la vie humaine? Telle est l'interrogation qu'Aristote commence par soulever, sachant que l'être humain est un être rationnel, susceptible d'élaborer de multiples proj... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
denis76
  16 mai 2018
Cette éthique est toujours d'actualité, au bout de 23 siècles ! le bien humain a un objectif : le bonheur. Mais pour cela, il faut être vertueux. Aristote présente l'objectif "bonheur" et les moyens d'y arriver en détaillant les points de vue de l'homme vertueux, du "méchant", du juriste, du politique, du plus grand nombre (peuple), du tyran, et même de l'animal. 
.
Une première remarque. L'éthique, qui est quand même le titre, il faut la trouver comme l'aiguille dans une botte de foin. C'est finalement « la vertu » qui englobe les qualités morales, qu'il appelle « éthique » ( page 99 ).
Bon... Pffff... Même Simone de Beauvoir était assommée par Aristote. Mais, sous une présentation laborieuse due au fait que des notes éparses d'Aristote furent rassemblées, la vue d'ensemble est très intéressante, et ce qui en fait un classique, une oeuvre éternelle. Je ne vais pas reprendre toutes mes "épluchures" (mes notes), il y en aurait pour des heures, et cette critique serait plus longue que celle sur "Humain, trop humain". de plus il est difficile, à l'issue de la lecture, de créer un "modèle", c'est à-dire un système-graphique-"patates" qui représenterait la pensée de l'auteur, car il y en a plusieurs. Il est pénible, cet homme là ! Mais je vais soulever des réflexions, des questions et des contradictions que m'ont inspiré cet ouvrage. 
"Le bonheur est indépendant de la fortune". le sens de "fortune" n'est pas indiqué. Cependant, plus loin, il précise qu'un minimum de richesse suffit à l'entretien du corps pour que l'esprit puisse méditer ( penser, se servir de son intelligence et devenir sage ) moyen suprême du bonheur. Ailleurs, il parle aussi de "la bonne fortune" qui serait, selon lui, d'intervention divine. 
"Un mort peut-il être bienheureux si ses enfants souffrent ?" questionne t-il. Je vois qu'Aristote, comme ses maîtres Platon et Socrate, croient en l'au-delà, notamment Socrate qui, le verre de ciguë à la main, était tout joyeux de pouvoir vite retrouver Homère afin de converser. 
"Le bonheur est définitif". J'ai constaté qu'avec mes élèves éduqués, (et pour moi, ils sont en route vers le bonheur, sauf exception ), il n'y avait que très rarement une déviation caractérielle pour ces élèves-là. 
Aristote divise l'être humain en un corps et une âme. Celle-ci à nouveau en une raison / folie ( continence, compréhension, intelligence, sagacité, sagesse ) et des vertus / défauts moraux (générosité, courage tempérance ). Ce pourrait être son modèle de base. 
"La vertu consiste à viser le milieu, comme sur une cible, et c'est difficile". Par exemple, " l'aimable" a pour vice par excès la flatterie, et pour vice par défaut le caractère rustre, bilieux, fâcheux. 
Dans la traduction Flammarion 2004, j'ai quelques soucis. le "bien" est-il une valeur morale ou un objet concret ? Malgré tous les retours sur cette notion, je n'ai pas réussi à trancher. D'ailleurs, je me suis fait un petit lexique pour une dizaine de concepts flous. 
Le "sexe" à outrance n'est que suggéré, Aristote est assez pudibond là dessus. Il s'agit alors d'intempérance.
Le paragraphe sur la "justice légale" m'a fortement interpellé. Il y a en effet des gens qui, pour moi, sont dans le "gris" et s'enrichissent légalement mais pas vertueusement. 
Le cordonnier qui troque cinq paires de chaussures pour une maison avec le maçon m'a bien fait rire. Si ça pouvait être encore comme ça ! 
"Les appétits freinent le chemin vers la sagesse". Oui, Schopenhauer reprend ce schéma en disant que les pulsions sont un barrage pour être vertueux. 
Aristote vante les sacrifices aux dieux. Malheureusement, ils sont encore contemporains mais barbares. Là, évidemment, je ne suis pas d'accord avec Aristote
"Faire la guerre pour avoir la paix". le courage du soldat est loué. Là encore, Dieu merci, c'est en train d'évoluer. 
Pour me rendre compte de ce que c'est qu'un méchant, et certains hommes non vertueux parmi ceux qu'il appelle "le plus grand nombre", je me suis remis dans la peau du fana de vitesse que j'étais. ... Mais je ne vais pas m'étendre là dessus (o). 
Voilà. 
Platon est bien plus agréable à lire. Schopenhauer est tout aussi ardu avec ses essais de démonstrations géométriques "style Descartes". Chez Nietzsche non plus, ça ne coule pas de source, malgré ses superbes fulgurances ( j'ai un carnet entier de citations de lui ). 
Mais on peut dire que le livre d'Aristote est remarquable au moins à deux points de vue : 
Un : il est un précurseur. 
Deux : son oeuvre me semble aborder les questions philosophiques d'une façon assez exhaustive. 
Deux petites remarques sur le titre. 
Nicomaque, médecin, était le père d'Aristote
"Ethique", comme dans "L'éthique" de Spinoza, sont des concepts qui ne sont que peu définis. 
Pour moi, il s'agit de l'application pratique de la philosophie, dont la société aurait grand besoin.
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Bouteyalamer
  13 décembre 2017
Lecture difficile que ce livre fameux : la texture est serrée mais les répétitions sont nombreuses ; les glissements d'un terme à un quasi-synonyme sont multiples et font s'affronter les spécialistes ; bien des passages sont obscurs ; les objectifs ne sont pas tracés. On lit au livre I, en 1094b12 : « Nous aurons suffisamment rempli notre tâche si nous donnons les éclaircissements que comporte la nature du sujet que nous traitons », et en 1095a14 : « En ce qui regarde l'auditeur ainsi que la manière dont notre enseignement doit être reçu et l'objet que nous nous proposons de traiter, toutes ces choses-là doivent constituer une introduction suffisante ». Cependant on ne lit dans l'intervalle de ces phrases que des généralités. Les thèmes se dévoilent au fil du texte dans un va-et-vient incessant : le bien, le bonheur, les vertus, la justice, le plaisir, l'amitié. La dernière phrase de l'ouvrage est : « Commençons donc notre exposé » (1181b22). Tout cela laisse une grande latitude à l'interprétation.
L'Ethique à Nicomaque serait, disent les savants, un cahier de notes en vue de la préparation d'un traité. Les contenus et les séquences que nous lisons seraient l'oeuvre de disciples, postérieurs au projet inachevé d'Aristote. Cet inachèvement expliquerait les contradictions et les va-et-vient, comme l'absence d'une définition claire et explicite de l'amitié. On a fait de l'Ethique un traité sur la vertu, ou sur la justice, ou sur l'amitié, mais ces trois entrées sont étroitement mêlées. Je l'ai lue pour l'étude de l'amitié, en ingénu, sans formation de philosophe ni d'helléniste.
Comme on l'attend chez l'antique, le texte commence par le Bien suprême. « Sur son nom, en tout cas, la plupart des hommes sont pratiquement d'accord : c'est le bonheur » (1095a15-16). Aristote fait aussitôt une réserve : « en ce qui concerne la nature du bonheur, on ne s'entend plus » (1095a20). Il prédit que le bonheur « c'est la vie contemplative, dont nous entreprendrons l'étude par la suite » (1096b5), et cette étude n'intervient qu'au livre X avec celle du plaisir. On revient à la nature du bien parfait : « le bien parfait semble se suffire à lui-même. Et par ce qui se suffit à lui-même, nous entendons non pas ce qui suffit à un seul homme menant une vie solitaire, mais aussi à ses parents, ses enfants, ses amis et ses concitoyens en général, puisque l'homme est par nature un être politique » (1097b10). Cette extension de l'individu à la Cité suggère que bien et bonheur s'accomplissent dans la politique. Suit une position obscure où Aristote glisse du bien au bonheur : « En ce qui concerne le fait de se suffire à soi-même, voici quelle est notre position : c'est ce qui, pris à part de tout le reste, rend la vie désirable et n'ayant besoin de rien d'autre. Or, tel est, à notre sentiment, le caractère du bonheur » (1097b15), et, plus loin, une définition tautologique du bonheur : « car pratiquement nous avons défini le bonheur une forme de vie heureuse et de succès » (1098b20).
La première allusion au titre de l'ouvrage vient au livre II et c'est un jeu sémantique : « La vertu est de deux sortes, la vertu intellectuelle et la vertu morale. La vertu intellectuelle dépend dans une large mesure de l'enseignement reçu […]. La vertu morale [èthos avec un êta], au contraire, est le produit de l'habitude [ethos avec un epsilon], d'où lui vient aussi son nom, par une légère modification de ethos » (1103a14-15). L'Ethika Nikomacheia va donc traiter de la vertu morale, laquelle s'apprend et s'exerce dans la pratique. Cette vertu est une médiété dans les affections et les actions : « La vertu a rapport à des affections et des actions dans lesquelles l'excès est erreur et le défaut objet de blâme, tandis que le moyen est objet de louange et de réussite, double avantage propre à la vertu. La vertu est donc une sorte de médiété, en ce sens qu'elle vise le moyen » (la mediocritas des latins). Cette approche est curieusement obscurcie par des exemples – la vertu de l'oeil ou celle du cheval – qui sont étrangères à la vertu morale. Aristote poursuit vers une définition qui intègre l'action et la connaissance : « Ainsi donc, la vertu est une disposition à agir d'une façon délibérée, consistant en une médiété relative à nous, laquelle est rationnellement déterminée et comme la déterminerait l'homme prudent » (1107a1). Vient ensuite une liste des vertus particulières, parfois difficiles à démêler pour le contemporain : le courage, la modération, la libéralité, la magnificence, la grandeur d'âme et la justice, doublée des listes de vices correspondants, par excès et par défaut. Viennent enfin les deux livres VIII et IX sur l'amitié.
L'entrée dans le livre VIII est belle : L'amitié « n'est-elle pas une vertu, ou, tout au moins, n'est-elle pas intimement liée avec une vertu ? Rien, d'ailleurs, de plus nécessaire à la vie. Sans amis, qui voudrait de la vie, dût-il être comblé de tous les autres biens ? » (1155a5). La Boétie écrira vingt siècles plus tard dans la Servitude volontaire, avec le même enthousiasme : « L'amitié, c'est un nom sacré, c'est une chose sainte. Elle ne se met jamais qu'entre gens de bien et ne se cimente que par une mutuelle estime ». La suite est faite d'approches successives : l'amitié et la ressemblance ; l'amitié entre égaux ou entre inégaux ; l'amitié utile et l'amitié plaisante opposées à l'amitié parfaite ou amitié des bons ; l'amitié et la justice ; l'analogie entre les variants de l'amitié et les diverses constitutions (amitié royale ou paternelle, amitié aristocratique ou conjugale, amitié fraternelle ou démocratique) ; les devoirs de l'amitié. Tout cela se lit avec faveur. Aristote ignore le caractère singulier et imprévisible de l'amitié (« Parce que c'était lui, parce que c'était moi ») mais c'est un point de vue anachronique : la subjectivité et l'irrationnel ne sont pas dans le programme du grand ancien.
Une difficulté vient de la possibilité même de l'amitié des bons car elle requiert l'égalité dans la vertu, la fortune et l'âge, la communauté d'intérêt, et encore la vie commune (« Il n'y a rien de plus désirable que la vie d'intimité, l'amitié est en effet communion, koinônia) (11714b31-32). Une telle amitié est-elle accessible au contemporain ? Georg Simmel écrit dans sa Sociologie : « Peut-être l'homme moderne a-t-il trop de choses à cacher pour connaître une amitié au sens antique du terme, peut-être aussi les personnes, sauf dans leurs très jeunes années, sont-elles devenues trop singulières, trop individualisées pour qu'il soit possible de comprendre, d'accepter l'autre avec une réciprocité totale, ce qui demande toujours tant d'intuition, d'imagination créatrice à l'égard de l'autre. Sans doute est-ce pour cette raison que la sensibilité moderne tend plutôt à des amitiés différenciées, c'est-à-dire des amitiés dont le domaine ne concerne à chaque fois qu'un aspect de la personnalité, sans s'immiscer dans les autres ».
Le malaise vient de l'affirmation de l'amour de soi comme modèle de l'amitié, ou de l'amitié comme accomplissement de soi : « Passer tout son temps en tête-à-tête avec soi-même, le vertueux le souhaite aussi, car il y trouve du plaisir. de ses actions passées, en effet, douces sont les souvenances, et ses actions futures, il sait qu'elles seront bonnes, perspective qui elle aussi est plaisante. Et d'objets à contempler, il regorge dans sa pensée » (1166a23-26). Plus loin : « Nous pouvons donc conclure : le vertueux doit être égoïste car s'il l'est, il se rendra service à lui-même en faisant des belles actions et il sera utile aux autres » (1169a11). Certes le vertueux peut se sacrifier pour un ami ou pour la Cité, mais c'est pour affirmer sa supériorité morale : « En tout ce qui est digne d'éloges, le vertueux revendique pour soi la part du lion de beauté morale. Comme cela oui, on doit être « égoïste », comme nous venons de le dire, mais comme la masse, non pas ! ». Dans cette vision élitiste, l'égoïste vertueux, ami de soi-même, se juge lui-même méritant et garant de sa conduite, s'exposant aux excès en pensée et en action, dans sa famille et dans la cité. Par ailleurs, l'égoïsme vertueux et l'amitié de soi-même écartent l'altérité de l'amitié, ce qui est non-sens, et fait perdre les apports de la différence et de la complémentarité. Comment progresser seul en vertu, sagesse, justice ou plaisir, à moins d'être omniscient et parfait, c'est à dire un dieu ?
J'ai lu deux versions de l'Ethique. L'édition Vrin contient l'introduction, la traduction intégrale et les notes de Jules Tricot. L'édition du Livre de Poche résume les livres I à VII (près de 100 pages d'introduction et de notes par Jean-François Balaudé) et se limite au texte des livres VIII et IX sur l'amitié, dans la traduction classique de Gauthier et Jolif. Tricot fait un travail de philologue, à l'échelle du mot et de la phrase ; il « éclaire » volontiers les passages difficiles par leur traduction en latin chez Saint Thomas d'Aquin (!). Balaudé travaille en pédagogue, à l'échelle des idées, signalant les ambiguïtés et les lacunes, dénouant les fils. Peut-être une vision personnelle et un travail de vulgarisateur, mais je lui suis reconnaissant de sa clarté.

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vincentf
  04 juillet 2010
C'est quoi, L'Ethique à Nicomaque ? Une recette de sagesse ? Une argumentation savante à l'usage des aspirants bienheureux ? La voie du bonheur ? Je n'en sais rien. Aristote fait du bonheur le bien suprême pour l'homme et ce bonheur est à la fois vertu et plaisir. Ce bonheur, il est non un état mais un acte. Il dépend de nous. Il consiste (j'aplatis hélas, comme toujours, il le faut) à vivre vertueusement, c'est-à-dire en évitant les excès, en cherchant sans cesse la moyenne entre ce qui est trop (la témérité par exemple) et ce qui n'est pas assez (la lâcheté). Il consiste à développer ce qui est le plus beau (d'où vient ce beau, quel est donc ce concept si souvent lancé et jamais clair ?) en nous, à savoir les vertus intellectuelles.
Quoi qu'est-ce ? le bonheur, à la fin du livre, c'est la méditation (sur quoi ? comment ? pourquoi ?), activité durable, contrairement aux plaisirs, qui sont bons, très bon (Aristote est hédoniste, contrairement à mes idées reçues), mais éphémères. Pourquoi privilégier l'intelligence ? parce que nous sommes peut-être les seuls à la posséder ? Qu'est-ce qu'on en sait (il faudrait que je relise, en guise de contrepoint, L'Apologie de Raymond de Sebonde) ? Cela dit (je saute du coq à l'âne, je suis terriblement a-aristotélicien), il y a du bon (voilà que j'utilise moi-même ce concept si difficile à problématiser) dans la pensée d'Aristote, qui met l'accent sur la responsabilité de l'individu dans ses actes, les actes vertueux étant choisis en pleine conscience : "D'abord, il (l'homme vertueux) doit savoir ce qu'il exécute ; ensuite le décider et, ce faisant, vouloir les actes qu'il accomplit pour eux-mêmes ; enfin, troisièmement, agir dans une disposition ferme et inébranlable".
Et vlan ! Tout ça est terriblement exigeant. Il faut connaître (c'est déjà foutu, le "connais-toi toi-même" part en couille si souvent) ; il faut vouloir, pas dans son intérêt propre mais dans l'intérêt du bien (gratuitement, ou du moins en se rendant compte que la vertu ne peut que rendre heureux en fin de compte, et qu'il faut donc souffrir pour être belle) ; et finalement une fois qu'on veut, il faut s'y tenir.
Bref le bonheur, Aristote le dit lui-même, c'est plus divin qu'humain. Si c'est humain, c'est réservé à "l'homme vertueux", un type dont l'essence serait bonne, un saint ou un fou (bien sûr le philosophe ne dit pas ça, bien au contraire, c'est le non-vertueux, le banal pêcheur, qui est fou), bref un monstre. Aristote, une philosophie hors de portée ? une éthique impossible à mettre en application ? Ce qui est génial, c'est qu'en lisant son argumentation, malgré l'immensité de la tâche et l'incertitude quant à sa propre disposition à la vertu, on se dit que ça vaudrait quand même la peine d'essayer, que faire un bout de route est possible, qu'on peut aller vers le bonheur en flânant en chemin, du côté des vertus (pas toujours exaltantes hélas, parce que médianes, alors que l'on désire l'extrême, et que le jusqu'au-boutisme est plus beau pour un esprit moderne, qui se méfie de la sagesse comme de la peste, parce que méditer, c'est laisser faire Hitler, même si le sage aristotélicien n'aurait pas laissé faire, je l'espère, sinon toutes les belles phrases sur la vertu tombent à l'eau), de la justice, de l'amitié, du plaisir. Bref, la vie selon Aristote, c'est un peu ennuyeux, mais le bonheur, puisque c'est stable, c'est ennuyeux. Ennuyons-nous donc avec plaisir.
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karina6344a16
  19 septembre 2016
Pourquoi ce livre ?
J'ai étudié pendant longtemps la philosophie et j'ai dû lire ce texte dans mon cursus. Pendant plusieurs années, je n'en ai gardé qu'un vague souvenir. Cependant, après de longues années de recherches sur la littérature occidentale, je me suis rendue compte de l'importance de cette oeuvre. J'ai donc compris que pour saisir d'autres textes, je devais bien connaitre celui-ci. Aussi, j'ai commencé à l'étudier, à le lire et le relire, dans le cadre d'une thèse de doctorat.
Un premier aspect qui m'a plu:
Ce texte, comme bien d'autres de la littérature grecque antique, constitue le fondement de la culture occidentale. Aussi, l'éthique à Nicomaque permet-elle de comprendre certaines idées qui ont circulé dans la tradition « classique », d'Homère à la fin de l'Ancien régime. Les hellénistes écrivent souvent que les textes aristotéliciens sont une synthèse de la tradition grecque, et pour cause, l'éthique aristotélicienne permet de saisir les moeurs de l'Antiquité et d'ainsi comprendre les mentalités à l'oeuvre dans les textes antiques, qu'ils soient grecs ou romains.
Un deuxième aspect qui m'a plu:
L'Éthique à Nicomaque est le premier texte du genre, c'est-à-dire que tous les concepts d'éthique ou de morale de nos traditions occidentales en découlent. On y retrouve plusieurs idées qui nous sont familières : la vertu, les comportements sociaux, la justice, le bien commun et l'amitié, pour n'en nommer que quelques-unes. Aussi est-il intéressant de comprendre d'où elles viennent et de pouvoir juger de leur évolution depuis plus de deux mille ans. Ceci permet aussi de prendre le poult de la transformation des mentalités.
Un aspect qui m'a moins plu:
Évidemment, ce texte est difficile d'accès. Son style a fait croire à plusieurs qu'il s'agissait de notes pour enseigner et tout porte à croire que c'est une synthèse. Aussi, les traductions ne sont pas élégantes et ne facilitent pas la lecture. J'ai tenté de le lire en Grec ancien, croyant que ce serait plus limpide et e me suis perdue dans des dédales étymologiques… Pour bien comprendre ce texte, il faudrait saisir toute l'ambiguïté d'une langue morte, ce qui est par définition impossible. Il faut donc accepter qu'une lecture de L'Éthique à Nicomaque est d'abord et avant tout une exploration et une série d'hypothèses d'interprétation.
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Philippe67
  24 mars 2012
C'est le genre de livre référence en philo qu'il "faut" avoir lu, alors voilà je l'ai lu...
C'est du genre préceptes de base pour être un garçon bien comme il faut.
Faut dire que j'ai toujours préféré Diogène à Aristote moi, n'allez pas croire que je me masturbe en public ou que j'habite dans un tonneau non non pas du tout. J'aime la liberté de penser de Diogène, son refus des conventions et aussi son cynisme.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
denis76denis76   16 mai 2018
Les biens extérieurs ( 1 ) sans vertu.
Les gens qui possèdent ce genre de biens sans vertu deviennent orgueilleux et méprisants, car sans vertu, il n'est pas facile de porter avec équilibre les fardeaux de la bonne fortune. Or, incapables de le faire, et s'imaginant supérieurs aux autres, ils les méprisent, alors qu'eux mêmes agissent n'importe comment.

NDL : ( 1 ) Les honneurs.
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enkidu_enkidu_   17 août 2014
Or, pour l’être vivant, une fois qu’on lui a ôté l’action et à plus forte raison la production que lui laisse-t-on d’autre que la contemplation ? Par conséquent, l’activité de Dieu, qui en félicité surpasse toutes les autres, ne saurait être que théorétique. Et par suite, de toutes les activités humaines celle qui est la plus apparentée à l’activité divine sera aussi la plus grande source de bonheur.

Un signe encore, c’est que les animaux autres que l’homme n’ont pas de participation au bonheur, du fait qu’ils sont totalement démunis d’une activité de cette sorte. Tandis qu’en effet chez les dieux la vie est tout entière bienheureuse, comme elle l’est aussi chez les hommes dans la mesure où une certaine ressemblance avec l’activité divine est présente en eux, dans le cas des animaux, au contraire, il n’y a pas trace de bonheur, parce que, en aucune manière, l’animal n’a part à la contemplation. Le bonheur est donc coextensif à la contemplation, et plus on possède la faculté de contempler, plus aussi on est heureux, heureux non pas par accident, mais en vertu de la contemplation même car cette dernière est par elle-même d’un grand prix. Il en résulte que le bonheur ne saurait être qu’une forme de contemplation.
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KlasinaKlasina   30 septembre 2018
L'activité de l'esprit, en revanche semble l'emporter sur les précédentes, en raison de son caractère contemplatif. Bien plus, elle ne poursuit aucun but extérieur à elle-même ; elle comporte un plaisir qui lui est propre et qui est parfait, puisqu'il accroît encore son activité. Bien plus, la possibilité de suffire à soi-même, le loisir, l'absence de fatigue, dans la mesure où elle est réalisable pour l'homme, bref tous les biens qui sont dévolus à l'homme au comble du bonheur semblent résulter de l'exercice de cette activité. Elle constitura le bonheur parfait, si elle se prolonge pendant toute une vie. Car rien ne saurait être imparfait dans les conditions du bonheur. Une telle existence, toutefois, pourrait être au dessus de la condition humaine. L'homme ne vit plus alors en tant qu'homme, mais en tant qu'il possède quelque caractère divin ; et, autant ce caractère divin l'emporte sur ce qui est composé, autant cette activité excellera par rapport à celle qui résulte de toutes les vertus. Si donc l'esprit, par rapport à l'homme, est un attribut divin, une existence conforme à l'esprit, sera, par rapport à la vie humaine véritablement divine. Il ne faut donc pas écouter les gens qui nous conseillent, sous prétexte que nous sommes des hommes, de ne songer qu'aux choses humaines, et, sous prétexte que nous sommes mortels, de renoncer aux choses immortelles. Mais, dans la mesure du possible, nous devons nous rendre immortels et tout faire pour vivre conformément à la partie la plus excellente de nous-mêmes, car le principe divin, si faible qu'il soit par ses dimensions, l'emporte, et de beaucoup sur toute autre chose par sa puissance et sa valeur. Bien plus, l'essentiel de nous-mêmes paraît bien s'identifier avec ce principe, puisque ce qui commande à un caractère d'excellence.
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ClairocheClairoche   04 septembre 2015
Mais ceux qui commencent par prendre l'argent, et qui ensuite ne font rien de ce qu'ils disaient, à cause de l'exagération de leurs promesses, sont l'objet de plaintes bien naturelles, puisqu'ils n'accomplissent pas ce qu'ils ont accepté de faire. Cette façon de procéder est peut-être pour les Sophistes une nécessité, parce que personne ne voudrait donner de l'argent en échange de leurs connaissances. Ainsi donc, ces gens qu'on paie d'avance, s'ils ne remplissent pas les services pour lesquels ils ont reçu leur salaire, soulèvent à juste titre des récriminations.
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Mangara57Mangara57   03 août 2018
La vertu resplendit lorsqu'un sage supporte d'un front serein bien des infortunes graves, non pas par insensibilité, mais par générosité et par grandeur d'âme.
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Videos de Aristote (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Aristote
Le Graal pourrait-il être un bocal à anchois ? Comment Perceval connaît-il la Poétique d?Aristote ? Merlin tient-il du démon ou de la pucelle ? Les règles du sloubi seraient-elles inspirées de celles du trut ? Les dragons étaient-ils des anguilles ? Recrutait-on les chevaliers à la taverne ? Pourquoi le casque du Viking est-il cornu ? S?est-on rendu compte à Kaamelott que l?empire romain avait pris fin ?
La série télévisée Kaamelott qui met en scène le roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde a marqué le public par son humour décapant, ses personnages loufoques et ses répliques devenues cultes. Mais faut-il prendre au sérieux la façon dont elle réécrit aussi bien la légende arthurienne qu?une période historique charnière, entre Antiquité tardive et Moyen Âge ? C?est le pari qu?a fait une équipe de jeunes chercheurs : montrer que, au-delà des anachronismes qui font toute la saveur de la série, Kaamelott produit un discours riche d?enseignement. Tant il est vrai que chaque génération réactualise ses mythes, les parodiant ou les réinventant pour mieux se les approprier.
En réunissant, sous la direction de Florian Besson et Justine Breton, les contributions d?universitaires spécialisés en littérature et en histoire mais également en sciences politiques, en sociologie, en musicologie, en histoire de l?art ou encore en culture geek contemporaine, cet ouvrage mêle l?excellence académique au divertissement, pour mieux mettre en lumière l?incroyable richesse du monde de Kaamelott.
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