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Yoko Kawada (Traducteur)Patricia Beaujin (Traducteur)
EAN : 9782234023062
263 pages
Stock (30/11/-1)
3.83/5   39 notes
Résumé :

Comme c'était autrefois la coutume au Japon, Kaé a épousé Umpei par procuration, car son jeune mari est retenu à Tokyo où il poursuit ses études de médecine. Malgré cette absence qui va se prolonger trois ans, Kaé est heureuse : elle aime et admire sa belle-mère, la très belle Otsugi qui lui voue une grande affection. Tout change au retour d'Umpei : Otsugi devient brutalement hostile et jalouse &... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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L'écrivaine nippone signe un roman d'ambiance autour de l'intimité d'une femme, épouse et bru, dans le Japon du tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Cette guerre des dames, larvée dans le secret des paravents, fut inspirée à Ariyoshi par la vie du médecin Hanaoka Seishu et plus particulièrement d'un tableau représentant ce japonais, premier médecin au monde à pratiquer l'anesthésie générale, avec sa mère comme assistante et son épouse allongée, comme cobaye. Les deux rivales sont donc la bru Kaé et la mère Otsugi, mais c'est dans la tête de Kaé que la narratrice se loge avec une acuité de tout instant.

Sawako Ariyoshi économise son lecteur afin de le faire entrer très progressivement dans toute la profondeur, la complexité et l'authenticité de son oeuvre. Au début on est tenté de se dire que ça ne paye pas de mine, mais nous sommes fatalement happés par le talent littéraire de l'écrivaine qui recrée avec le même brio le monde intérieur de Kaé en même temps que le Japon de la fin du XVIIIe siècle.

La médecine joue un rôle important dans le roman, le lecteur suit la quête insatiable de Seishu pour mettre au point son anesthésie, et du rôle que l'Histoire (avec un grand “H”) joue dans la fiction que tisse patiemment Ariyoshi autour de ces faits historiques. Les descriptions de maladies et des soins sont particulièrement réussies bien que parfois difficiles à lire.
L'initiation et la vie de Kaé que nous suivons finalement sur de nombreuses années classent aussi ce roman dans le genre des récits initiatiques. Certes la rivalité avec la belle (mère) Otsugi occupe une part importante mais la vie d'épouse (la mariage avec Seishu était arrangé) et de mère de Kaé ont également toute leur place et leur singularité.

“Les hommes et les femmes vivent dans un système de relations effroyable.” On peut lire, dans les rares écrits consacrés à l'écrivaine disparue en 1984 en France, que Sawako Ariyoshi est une “Simone de Beauvoir japonaise”… c'est un peu un argument de maison d'Edition… quoiqu'il en soit ce n'est pas en militante que l'auteure invite à se plonger dans la vie d'une femme formée pour servir son époux. Ceci étant, quelques indices notamment ce que la belle-soeur de Kaé lui dit, comparant son célibat au mariage de Kaé, jettent une lumière crue et suffisamment dérangeante sur la place de la femme dans la société pour susciter le malaise de la critique littéraire japonaise.

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L'écrivain japonaise Ariyoshi Sawako m'avait déjà marquée par sa finesse d'analyse et la profondeur psychologique de ses personnages avec le Miroir des courtisanes.

Je retrouve les mêmes sensations de lecture avec Kaé ou les deux rivales. Jeune fille issue de la caste samouraï; Kaé entre comme épouse du fils héritier dans la maison de médecins de campagne Hanaoka à la demande de Otsugi, sa future belle-mère. Union particulière puisque l'époux est en études à Kyoto et ne reviendra que trois années plus tard. En tant que brue, Kaé se sent intégrée à sa nouvelle famille grâce à l'amabilité continue dont fait preuve Otsugi. Mais lorsque Unpei revient, celle-ci révèle la mère possessive en elle. Débutent des années de sourde animosité entre les deux femmes. Jalousie, perfidie et piques pleuvent, enrobées de tant de velours que de l'extérieur, on ne peut qu'envier Kaé d'avoir une belle-mère aussi complaisante et pleine d'égards pour elle.

Ariyoshi Sawako instille l'ambiance délétère qui s'installe dans la maisonnée avec un art consommé. Son pinceau est d'une grande élégance et découvre le quotidien des femmes de cette période comprise entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Même si son attention porte principalement sur les destinées féminines, et plus particulièrement sur Kaé et Otsugi, elle dépeint le travail et l'existence d'un médecin. Si Unpei vit dans une petite bourgade, il s'est néanmoins intéressé lors de ses études à la médecines occidentales hollandaises. le Japon des Tokugawa est alors fermé aux étrangers, à l'exception des représentants de la Hollande, concentrés sur l'île de Dejima. L'influence de leurs avancées scientifiques et médicales se diffusent peu à peu. Ainsi Unpei a-t-il pu bénéficier de l'enseignement d'un adepte japonais de ces nouveaux préceptes. Il reprend à son compte ses acquis et travaille à améliorer savoirs et techniques chirurgicales afin de guérir le plus de maladies et problèmes possibles.

Cette partie est également fort intéressante à découvrir, surtout lorsqu'on apprend - après vérification - que Hanaoka Unpei, appelé également Seishusensei, a effectivement existé et s'est rendu célèbre au Japon par une prouesse médicale d'importance.

J'avais trouvé cette édition France Loisirs un peu défraîchie dans une boîte à livres. Je ne m'attendais d'ailleurs pas à y rencontrer Dame Ariyoshi, d'où ma joie de me plonger dans cette lecture. Lecture formidable, enrichissante et très prenante. J'espère pouvoir lire ses deux autres ouvrages traduits en français.
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Un grand roman de Sawako Ariyoshi, disparue au début des années 1980, que l'éditeur qualifie de Simone de Beauvoir des lettres japonaises. J'ai découvert avec surprise en toute fin de roman que le personnage masculin principal, le Dr Seishû Hanaoka, a réellement existé (1760-1835). Ce médecin est réputé pour être le premier à avoir pratiqué une opération chirurgicale sous anesthésie générale, qui était aussi la première de retrait d'une tumeur du sein. L'auteur nous livre d'ailleurs sa vraie biographie succédant aux événements qu'elle relate, qui eux sont inventés. Elle nous livre en fait ici une grande fresque familiale, celle des Hanaoka, se déroulant sur une quinzaine d'années autour de 1800, dans leur demeure près d'Osaka.

Deux fils conducteurs coexistent et s'enchevêtrent pour former la trame de cette passionnante histoire. D'une part, donc, une ambition masculine, la volonté de Umpei / Seishû (son prénom plus noble) de devenir un médecin célèbre. D'autre part, une rivalité impitoyable entre deux femmes : sa mère Otsugi et son épouse Kaé.
Si le patriarche de la famille Naomichi meurt assez vite, au début de l'histoire sa femme Otsugi porte beau sa cinquantaine d'années, faisant l'admiration de Kaé elle-même, future femme de son fils qu'elle a elle-même choisie. Car elle est bientôt mariée à Seishû par procuration, le jeune homme étudiant la médecine à l'université. Jusqu'à ce qu'il revienne trois ans plus tard, les relations entre les deux femmes sont idylliques. Mais au retour de Seishû, un véritable bras de fer s'installe entre la mère et la bru pour s'accaparer ses faveurs. L'ambiance est vénéneuse, irrespirable, faite de joutes verbales. Aucune ne veut céder, chacune faisant assaut de courage zélé pour se porter cobaye de Seishû…qui obnubilé par la réussite de ses recherches médicales, en profite pour les accepter toutes deux dans ce rôle.

C'est que Seishû a beaucoup expérimenté durant plusieurs années sur des chiens et chats qu'il fait venir sur le domaine. Entre disparitions, infirmités, souffrances et morts cruelles, ces animaux-objets sont bien tristes à voir. Mais ils font progresser Seishû dans la mise au point d'un anesthésiant parfait qui permettrait d'opérer des cancers. La famille a d'ailleurs vu partir d'un cancer du sein Okatsu la soeur aînée…
Tour à tour, Kaé et Otsugi vont livrer leur corps d'humaines à la science de Seishû, mais il y aura un prix à payer pour elles dans cette dangereuse aventure, et avant qu'une autre soeur, Korikku, n'expire d'un angiome au cou sans même que Seishû ne puisse (le mal est avancé), ou ne veuille intervenir. Sur son lit de mort, cette femme qui assume de ne s'être jamais mariée jettera ses dernières forces dans des propos aux airs de proclamation féministe rageuse.
Car si Seishû finira par obtenir la notoriété, certes au service des autres et d'une noble cause, ne lui a-t-il pas sacrifié les femmes de sa vie ?

Ariyoshi nous propose là une oeuvre forte, qui a été adaptée à l'écran au Japon. Mais il y a du théâtre dans ses dialogues d'anthologie entre Kaé et Otsugi ! Son style classique est remarquable. Elle partage m'a-t-il semblé cette qualité d'écriture avec d'autres de ses contemporains comme Inoué ou Endô. En outre, comme chez le premier on y trouve une finesse psychologique chez ses personnages féminins (on pense au fusil de chasse), femmes qui déploient une force de caractère hors du commun, en véritables piliers de la famille, et comme chez le second un traitement précis des sujets médicaux (La mer et le poison, la fille que j'ai abandonnée). La voix féministe d'Ariyoshi est assez courageuse dans cette société, encore cadenassée par un machisme ambiant à peine moins prégnant aujourd'hui.

Une riche découverte qui donne envie de découvrir les quelques célèbres romans traduits en français de l'auteure, pétris de qualités si l'on en juge par les notes recueillies ici même.
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Japon, vers 1785.

Deux femmes désireuses de plaire à Hanaoka Seishū, un médecin de l'époque Edo, s'affrontent dans une rivalité sans bon sang.

L'une est sa mère, l'autre, sa femme.
Otsugi est très jolie et impérieuse, Kaé, belle-fille choisie et mariée par procuration avec un apprenti médecin, absent pendant 3 années pour cause d'étude à Kyoto. Celui-ci se révélera plus tard un réputé chirurgien, le premier à avoir réalisé une opération chirurgicale sous anesthésie générale. Cette anesthésie qu'il pratiqua sur des animaux auparavant, servira à retirer un cancer du sein, la première en son genre. Il perfectionne ses connaissances autant en herboristerie chinoise qu'en médecine occidentale, surtout hollandaise.

« Ne tenir pour vrai que ce que l'on a vérifié! »

Cette portion de l'histoire de la médecine est tout simplement géniale. J'adore réfléchir auprès d'une autrice intelligente à ce qu'a été la vie avant nos salles d'opération aseptisées.

Mais voilà que je m'écarte du sujet principal du roman, la rivalité.
Et quelle compétition entre ces deux femmes qui se sont bien aimées et appréciées pendant l'absence du fils, et d'autant plus détestées après son arrivée.
Kaé doit respect à sa belle-mère bien sûr mais il faut voir les manigances que celle-ci concocte pour apprécier le personnage. Difficile d'écrire cette chronique sans trop en dire mais les deux femmes sont remplies d'amour et la haine est si proche…Kaé se montre tenace… Otsugi également!

« Ne jamais pleurer sur l'état de son pays ou sur son propre sort. Aucune cause n'est jamais perdue sauf si on abandonne. »

Je devais lire les dames de Kimoto et voici que Kaé ou les deux rivales me tombe sous la main à la bibliothèque. Quel hasard heureux me permet de joindre ces deux passions, l'histoire et la médecine. J'ai tout aimé de ce roman, la subtilité des relations, le doux mélange de médecine douce et plus expérimentale et bien entendu, les traditions culturelles japonaises.
Un grand bonheur de lecture!
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Partout dans le monde, le XXe siècle a été une période de changements sociaux importants, pour ne pas dire radicaux. En Extrême-Orient, notamment en Chine et au Japon, le passage de l'ancien mode de vie à une société moderne a été aussi rapide que fondamental car l'adaptation aux besoins de l'économie mondiale est allée de pair avec l'occidentalisation de la culture. Tout le monde n'a pas apprécié le développement, tout le monde n'a pas été capable ou désireux d'adopter de nouvelles idées. Bien que Hana, la protagoniste de la rivière Ki d'Ariyoshi Sawako, ait fait des études supérieures à Wakayama-City, elle adopte le rôle traditionnel d'une épouse japonaise lorsqu'elle entre dans le mariage arrangé pour elle par sa grand-mère bien-aimée. Sa fille Fumio, cependant, est une rebelle et pratiquement depuis le jour de sa naissance se révolte contre tout ce qui sent la tradition et les temps anciens. Fumio aussi se marie et a une fille qui ne lui ressemble pas.
Nous sommes au début du printemps 1900 et Kimoto Hana, vingt-deux ans, descend la rivière Ki dans la préfecture de Wakayama pour devenir l'épouse de Matani Keisaku, le chef du village d'Isao. Il y a eu d'autres demandes en mariage, mais pour des raisons que personne ne comprend, Toyono, la matriarche de la famille qui a élevé Hana après la mort prématurée de sa mère, a décidé de donner sa petite-fille belle, charmante et accomplie à une famille de statut inférieur à la sienne. Dans une grande splendeur, Hana se dirige vers sa nouvelle maison.
Hana a du mal à trouver sa place dans la maison Matani. Sa belle-mère ne veut pas renoncer à son pouvoir et son beau-frère lui est hostile. Cependant, elle s'adapte à leurs manières et se soumet à tout car elle croit fermement que c'est son devoir. Personne, sauf son beau-frère, ne réalise à quel point elle prend progressivement le contrôle de la famille. Elle salue et encourage également les ambitions politiques de son mari. Bientôt, elle a un fils puis une fille Fumio. La jeune fille s'avère être un garçon manqué sauvage et rebelle depuis le début. Trois autres enfants suivent, mais surtout Fumio inquiète Hana.
À contrecoeur, Hana autorise Fumio à étudier au Tōkyo Women's College, mais à son grand soulagement, même elle, avec ses idées modernes sur le rôle des femmes, fait un mariage convenable et a un fils en bonne santé. le mari de Fumio travaille principalement à l'étranger, donc Hana voit peu la famille. de plus, Hana est occupée à soutenir la carrière politique de son mari jusqu'à ce qu'il meure subitement au début de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir vécu à Wakayama-City pendant des années, elle retourne dans la maison familiale du village et alors que les bombardements font de Tōkyo un endroit de plus en plus dangereux, Fumio envoie sa fille Hanako et son plus jeune fils vivre avec Hana. Hanako en vient à adorer sa grand-mère…
L'histoire de la rivière Ki brosse un tableau du Japon, notamment des changements sociaux que le pays a connus du début du XXe siècle à la fin des années 1950 et qui se sont manifestés jusque dans la vie de famille de la petite noblesse vivant dans les zones rurales. Les protagonistes sont trois générations de femmes - la mère Hana, la fille Fumio et la petite-fille Hanako - et chacune d'elles est la quintessence de son époque. Hana représente les temps anciens parce qu'elle vit le rôle traditionnel de femme dans toute sa dépendance.

Lien : http://holophernes.over-blog..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Le meilleur remède contre la fatigue du voyage, c'est encore une bonne nuit de sommeil. J'ignore ce qu'en dirait le docteur Kaspar, mais ce que je vous prescris, moi, pour ce soir, c'est d'aller dormir seul. Bonne nuit !
Le ton de plaisanterie sur lequel elle dit cela fit rire tout le monde, et chacun se retira vers sa chambre. Kaé se retira aussi ; mais tout en préparant la couche de sa belle-mère et la sienne, elle ne pouvait s'empêcher de chercher à comprendre dans quelle intention véritable sa belle-mère avait pris la peine de préciser qu'Umpei devait dormir seul ce soir-là. Etait-ce une façon de lui signifier qu'il ne devait pas inviter sa femme dans sa chambre ? Mais Otsugi, elle, après avoir fait préparer par Okatsu la couche d'Umpei à côté de celle de son père dans la salle principale, s'éternisait là-bas, sous prétexte d'aider son fils à changer de vêtements.
Du fond de l'obscurité, son rire étouffé parvenait à Kaé, restée seule, assise sur la couche glacée. Il n'exprimait sans doute que la joie incontrôlable d'une mère qui venait enfin de retrouver son fils. Mais, pour Kaé, ce rire avait une résonance obscène.
C'est alors que naquit, d'une manière aussi inattendue que violente, sa haine pour Otsugi. Elle n'en avait pas encore une conscience très précise ; simplement, elle découvrait qu'elle était restée une étrangère dans cette famille, où elle s'était crue admise à part entière après l'échange des coupes de mariage. Le lien conjugal qui existait entre Naomichi et Otsugi se trouvait consolidé par l'existence de leurs enfants. Et ces derniers avaient en communun même sang, celui de leurs parents. Kaé comprit alors que, pour l'épouse, la difficulté consistait à franchir ce mur que constituaient des liens de parenté en eux-mêmes indestructibles. Mais Kaé ne désespéra pas. Bien au contraire, dans un esprit tout nouveau de combativité, elle décida de défier celle envers qui elle n'avait jusque-là éprouvé qu'un respect affectueux. Ce qui se manifestait là, c'était la jalousie amoureuse.
La mère du mari était l'ennemie de l'épouse. La façon dont, inconsciemment ou non, Otsugi tentait d'empêcher qu'Umpei ne soit accaparé par son épouse n'était rien d'autre qu'un signe de cette hostilité. Les relations, factices et idéalisées, de cette bru et de sa belle-mère qui s'étaient choisies l'une l'autre de leur propre mouvement, venaient de prendre fin avec l'apparition d'Umpei, et Kaé l'avait bien compris. L'épouse vierge qui rêvassait autrefois à son métier à tisser faisait mentalement ses premiers pas vers la vie réelle, une vie de lutte.
Enfin, une ombre pénétra dans la chambre et, ses préparatifs du lendemain terminés avec sa rapidité habituelle, s'étendit sur la couche voisine de celle de Kaé. Celle-ci, comprenant, à la façon dont Otsugi retenait sa respiration, qu'elle l'écoutait, ouvrit grands les yeux dans l'obscurité, et les fixa sur sa belle-mère. Otsugi devait certainement s'en apercevoir. Tournant silencieusement le dos à Kaé, elle resta immobile. Les deux femmes, nerveusement conscientes de la présence l'une de l'autre, ne s'endormaient pas. La mère, qui espérait voir son fils dormir seul éternellement, et la femme, qui découvrait en sa belle-mère un obstacle entre elle et son mari, avaient toutes deux les nerfs à vif, et chacune surveillait sa respiration pour ne pas laisser à l'autre le loisir de deviner les sentiments qui l'agitaient.
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Seishû écarta l'édredon qui couvrait sa mère. Puis il releva la chemise de nuit que Kaé avait enroulée autour des chevilles de sa belle-mère. Surprise de voir ce qu'il faisait, Kaé retint son souffle. Seishû introduisait sa main entre les cuisses de sa mère, et cette main s'y attarda un instant.
Otsugi gémit et bougea un peu. Seishû venait de lui pincer la face interne de la cuisse, la partie du corps la plus sensible.
- C'est faible en effet. Dans deux heures elle ouvrira les yeux ou se tournera d'elle-même. Appelle-moi à ce moment-là.
Seishû repartit vers la salle de consultation. Mais Kaé oublia de lui répondre. Elle était bouleversée. Elle venait de voir son mari introduire sa main au bas de la chemise de nuit d'une autre femme. Kaé tremblait comme si l'on eût raboté à contresens son corps devenu de bois. Elle se rappelait son intimité avec son mari. La femme qui était étendue devant elle n'était que la mère de Seishû, et celui-ci, médecin, avait naturellement pincé à l'endroit le plus sûr pour savoir si elle était vraiment anesthésiée. Mais ce raisonnement ne parvenait pas à la calmer. Elle n'arrivait pas à dépasser ce refus de compréhension. Dès que la main de Seishû l'eût quittée, Otsugi retrouva un sommeil paisible, comme s'il ne s'était rien passé. Son visage calme semblait au comble de la satisfaction. N'était-elle pas plutôt tout à fait consciente ? Ne savait-elle pas que son fils l'avait pincée devant sa bru qui l'observait ? Peut-être le savait-elle, et elle feignait le sommeil, tout heureuse sans doute : Kaé ne pouvait plus penser autrement.
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"Elle revint lentement au bord du puits, où elle déversa d'un geste morne le contenu du seau. L'eau, bien que tiédie, émit une épaisse vapeur blanche en s'écoulant sous la pluie fine, au contact du froid."
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Elle ne s'était pas attendue à la joie qui l'inondait maintenant. Rien ne subsistait plus de ces heures de souffrances, de cette insupportable sensation d'écartèlement. Tout cela avait fait place, au contact des petits membres mouillés qui s'agitaient contre elle, à la conscience d'avoir mis un enfant au monde. En y repensant, elle se dit que c'était bien à un éclair déchirant le ciel noir, à la foudre frappant le sol, que ressemblait la douleur fulgurante de l'expulsion. Et, pour la première fois, elle comprit tout le sens de ce qu'on lui avait raconté sur la naissance de son mari. Elle se sentait comme un conquérant au lendemain d'une grande victoire. Elle n'aurait désormais plus rien à redouter, se disait-elle.
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Une ombre pénétra dans la chambre et s'étendit sur la couche voisine de celle de Kaé. Celle-ci, comprenant, à la façon dont Otsugi retenait son souffle, qu'elle l'écoutait, ouvrit grands les yeux dans l'obscurité. Les deux femmes, nerveusement conscientes de la présence l'une de l'autre, ne s'endormaient pas. La mère, qui espérait voir son fils dormir seul, éternellement, et l'épouse, qui découvrait en sa belle-mère un obstacle entre elle et son mari avaient toutes les deux les nerfs à vif, et chacune surveillait sa respiration pour ne pas laisser à l'autre le loisir de deviner les sentiments qui l'agitaient.
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