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Corinne Atlan (Traducteur)
ISBN : 2877303721
Éditeur : Editions Philippe Picquier (23/04/1999)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Le roman-fleuve d'une histoire d'amour, de haine et de jalousie dans le Japon d'avant-guerre. Deux destins tragiques de femmes dans un monde impitoyable.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
kuroineko
  28 octobre 2018
J'ai découvert Ariyoshi Sawako en 2004 avec ce Miroir des courtisanes. J'avais, comme beaucoup, dévoré Geisha d'Arthur Golden quelques temps auparavant et j'aspirais à retrouver l'esprit du quartier des saules et des fleurs. Avec un changement de décor puisque ce roman se passe à Tokyo et dans ses environs et non à Kyoto et son fameux quartier de Gion.
La lecture du Miroir des courtisanes m'a apporté bien plus que ce que j'espérais. J'y ai déjà trouvé une très belle et très évocatrice écriture où l'esprit japonais se fait plus sentir, forcément, que dans le roman américain, aussi nippophile Arthur Golden soit-il.
De plus, l'histoire tourne plus autour des relations de la jeune Tomoko, réservée et persévérante, avec Ikuyo, sa mère fantasque, égoïste et très souvent insupportable. La fille semble porter sur ses épaules trop jeunes, dès l'enfance, le poids des comportements extravagants de sa mère.
Ariyoshi Sawako est l'écrivain des femmes japonaises d'avant-guerre. Elle peint leurs portraits et leurs rapports avec finesse et sobriété, n'hésitant pourtant pas à révéler les réalités de la société nipponne d'alors. Tel le mari qui vend son épouse Ikuyo et la petite Tomoko, sa belle-fille, l'une pour être courtisane, l'autre pour devenir après formation geisha à Yoshiwara.
Le destin n'est pas tendre avec Tomoko et ce personnage m'a beaucoup émue par sa force intérieure et son courage. de geisha, elle s'imposera comme aubergiste de qualité, surmontant les épreuves et supportant patiemment la présence d'une mère tout sauf maternelle.
Le Miroir des courtisanes reste un de mes premiers souvenirs en matière de littérature japonaise et, à ce titre, occupe une place particulière que la qualité du texte et de l'histoire lui aurait de toute façon décernée.
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Woland
  31 mai 2008
Koge
Traduction : Corinne Atlan
Bien plus que le milieu des geishas, c'est la relation mère-fille qui est au centre de ce"Miroir des Courtisanes."
Tout d'abord celle qu'entretient Tsuna avec sa fille, Ikuyo puis celle qui lie Ikuyo à sa fille aînée, Tomoko. Ni la grand-mère, ni la petite-fille ne parviendront jamais à saisir la nature réelle d'Ikuyo, qu'elles aiment et haïssent avec autant d'intensité l'une que l'autre mais qui ne semble éprouver envers elles qu'une parfaite indifférence.
Quand s'ouvre le roman, Ikuyo s'apprête à se remarier avec le fils du chef du village. le scandale couve car, lors des obsèques de son premier mari, le père de la petite Tomoko, elle avait affiché le grand deuil blanc traditionnel, ce qui revenait à proclamer que, en dépit de son jeune âge, jamais elle ne convolerait. Pour les villageois, elle se renie donc mais il est clair qu'elle s'en soucie fort peu.
Ikuyo ne s'intéresse qu'à deux choses : la préservation de sa beauté et les kimonos qui lui permettent de mettre celle-ci en valeur. Elle aime le luxe et le clinquant, prend très vite l'habitude de se faire des bains de peau au saké afin de conserver la fraîcheur de son teint et ne met des enfants au monde que pour mieux les abandonner.
En principe, Tomoko, qui admire sa mère et guette toujours le moindre geste affectif venant d'elle, aurait dû être élevée par sa grand-mère, Tsuna. Mais lorsque, sans en prévenir qui que ce soit, Ikuyo et son nouveau mari quittent le village pour Tôkyô, Tsuna ne résiste pas à la honte : elle tombe malade, perd un peu la tête et décède.
Tomoko se retrouve donc à la charge de son beau-père, Keisuke, homme bon mais faible, qui, pour complaire à Ikuyo, a accepté de prendre un appartement dans le quartier des plaisirs de Tôkyô. Tomoko étant une jolie enfant, on propose vite à sa mère d'en faire une apprentie geisha.
Tout aurait pu se terminer là entre la mère et la fille puisque, dès lors qu'elles intégraient une maison de geishas, les petites Japonaises n'avaient pratiquement plus de rapports avec leurs parents par le sang. Mais le destin va en décider autrement et, jusqu'à la mort accidentelle de sa mère, à la soixantaine, Tomoko ne parviendra jamais à vivre sa vie sans qu'elle n'y interfère d'une façon ou d'une autre, et toujours en mal.
Néanmoins, Tomoko veut s'illusionner. Elle guette, elle espère, elle attend, elle se dit que sa mère vaut bien mieux qu'elle ne veut laisser croire. Ariyoshi Sawako nous fait sentir avec un art consommé la profondeur du vide filial qui habite Tomoko non seulement durant son enfance mais aussi pendant sa vie d'adulte. Ce n'est pas une mère qui a été donnée à Tomoko : c'est une contrefaçon, une espèce de poupée extrêmement belle mais complètement creuse et peu intelligente (la ruse n'est pas intelligence) dont le narcissisme monstrueux l'incite à considérer tout être, y compris ses enfants, non en fonction de ce qu'ils sont mais en fonction de ce qu'ils peuvent lui rapporter.
Donc, un conseil : si vos relations avec votre mère sont chaleureuses et exemplaires, vous pouvez lire sans crainte "Le Miroir aux courtisanes." En revanche, il y a gros à parier que vous n'y verrez qu'un roman de plus, et peut-être moins intéressant qu'un autre, sur le monde des geishas et des courtisanes japonaises.
Si vous avez un problème avec votre mère et que ce problème ne s'est pas arrangé avec l'âge, vous pouvez aussi lire "Le Miroir aux Courtisanes" mais en gardant à l'esprit qu'on aurait aussi bien pu l'appeler : "Le Miroir des Enfants mal-aimés." La lecture que vous en ferez sera prenante, excessive, voire douloureuse mais vous n'en perdrez pas un seul mot, pas un seul sous-entendu, pas une seule émotion. ;o)
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Cannetille
  11 mars 2019
J'ai été totalement séduite par cette longue histoire d'amour-haine entre une mère et sa fille japonaises, du tout début du XXe siècle jusqu'aux années cinquante.

Tomoko a sept ans. Elle est subjuguée par l'éclatante beauté de sa mère, qui ne lui consacre que bien peu d'attention et d'amour maternel : Ikuyo, déjà veuve à vingt ans, n'est préoccupée que de son propre éclat et de la somptuosité de ses kimonos. Assoiffée d'attentions et d'admiration, elle ne tarde pas à se remarier, abandonnant sa fille à sa grand-mère.

Mais, dans le Japon de ce début de XXe siècle, le mariage ne correspond guère aux rêves de la jeune femme, dont les comportements dérangent sa belle-famille et choquent jusqu'à sa propre mère. Abandonnée de tous, barricadée dans sa fierté hautaine et une carapace de méchanceté aigrie, elle se retrouve bientôt dans le « monde des fleurs et des saules », y entraînant sa fille, vendue à dix ans à une maison de geishas.

Le roman développe la relation compliquée entre cette mère fantasque et égoïste, et sa fille, d'abord enfant blessée, puis jeune femme qui cherche à se préserver dans un environnement impitoyable, et enfin femme mûre qui parviendra peut-être à la sérénité. Ikuyo a des aspirations parfaitement modernes, mais dans une existence dépendante du pouvoir et du regard des hommes. Tomoko, grâce à l'évolution de son siècle, et en particulier à cause de la seconde guerre mondiale qui va bouleverser le pays, et, comme en Occident, fortement modifier la place des femmes, parviendra à s'affirmer et à trouver sa place.

Tout en finesse et sobriété, l'écriture de Sawako Ariyoshi nous fait découvrir la société japonaise au travers du regard de deux femmes que tout attire et oppose : bain culturel donc, dépaysant et surprenant à souhait, dans un pays qui, au cours de cette première moitié du XXe siècle, bascule de la tradition vers la modernité. Mais aussi regard sensible sur la vie des femmes japonaises et, en particulier, sur une relation mère-fille chaotique mais indéfectible.

Un nouveau coup de coeur pour Sawako Ariyoshi. Dommage que seuls quatre de ses romans aient été traduits du Japonais.

Prolongation sur le kimono japonais dans la rubrique Le coin des curieux, à la fin de ma chronique sur ce livre sur mon blog :
https://leslecturesdecannetille.blogspot.com/2019/03/ariyoshi-sawako-le-miroir-des.html

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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5Arabella
  30 juillet 2016
Dans ce livre, comme dans les dames de Kimoto, l'histoire d'une famille, surtout représentée par les femmes se déroule. Mais nous sommes dans un tout autre milieu familial : au départ, de propriétaires moyens, aisés mais non richissimes, puis suite aux choix de vie de la mère de l'héroïne principale, Tomoko, dans un milieu urbain, de prostituées et de geishas. Puis de commerçants, puisque Tomoko se dirige vers les carrières d'aubergiste puis de restauratrice. Et là aussi nous avons une évolution historique, de coutumes et de valeurs dans ces milieux, l'histoire du Japon en filigrane, en particulier la guerre.
Je pense que ce roman est moins intéressant, le personnage de la mère (Ikuyo) est peu sympathique mais surtout peu fouillé et vraisemblable. Et les rapports mère-fille au final moyennement intéressants, Tomoko reprend toujours sa mère après de nouvelles frasques et lui passe ses caprices, tout en la détestant par moments, puis en se détestant de la détester....
C'est un peu mécanique et répétitif, pas de véritable évolution ni de véritable profondeur. Alors qu'au début le personnage de Tomoko semblait prometteur, il y a des éléments prenants dans l'enfance, les rapports avec la grand-mère, la demi-soeur, le beau-père....Le plus intéressant ce sont les éléments sur la formations d'une geisha, sur les us et coutumes du milieu, les évolutions du métier....Mais au final Tomoko ne reste pas geisha très longtemps. de même la description de la vie pendant la guerre, puis de sa reprise après, est instructive et passionnante.
Malheureusement dans son projet de nous montrer un certain milieu et une période de vie du Japon par le biais d'une famille, les personnages de cette dernière ne sont pas assez convaincants sur l'ensemble du livre, ce qui nuit à la structure du roman, et le fait paraître un peu artificiel.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   18 janvier 2017
Le chignon à la chinoise des apprenties n'étaient transformé en chignon shimada à la japonaise qu'une fois la jeune vierge vendue à un client, ce qui dans le monde des geishas, s'appelait mizuage, la "montée des eaux", ou cérémonie du dépucelage.
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rkhettaouirkhettaoui   20 mars 2019
Elle avait entendu parler du remariage de sa mère, mais il était difficile à son esprit d’enfant de six ans d’imaginer les répercussions que cela pourrait avoir sur sa vie à elle. Ce qui la réjouissait le plus dans cette histoire de mariage, c’était que sa mère lui donnait généreusement des bouts d’étoffe bien plus jolis qu’auparavant, grâce auxquels elle avait enfin pu confectionner le luxueux ensemble de lit dont elle rêvait depuis longtemps pour sa poupée. Elle décida de coudre l’oreiller le lendemain, posa au bout de la couette le petit sachet rempli de haricots secs avec lequel elle jouait à la balle, et posa doucement la tête de la poupée dessus.
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rkhettaouirkhettaoui   20 mars 2019
Elle était un peu trop petite pour son âge, mais son profil bien découpé, ses yeux ronds et sa lèvre inférieure renflée déconcertaient dans son visage de petite fille : il y avait en elle quelque chose de sérieux qui n’appartenait pas à l’enfance. Celle grosse aiguille ne convenait pas pour coudre de la soie. Elle avait pris la précaution de l’huiler mais l’aiguille faisait de grands trous dans la soie qu’elle traversait avec un crissement, et le mince fil de soie rouge égaré dans ce large trou avançait péniblement.
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rkhettaouirkhettaoui   20 mars 2019
C’était sa coquetterie, ni plus ni moins, qui avait arrêté sur elle les yeux du fils du chef du village! Tsuna restait assise en silence, son regard haineux fixé sur le sous-kimono bigarré posé sur les genoux d'Ikuyo et que celle-ci était en train de coudre. Lors des premières noces de sa fille. Tsuna avait diligemment manié l’aiguille pour l’aider à confectionner son trousseau, mais cette fois, elle s’était promis de ne pas lever le petit doigt pour l’aider à coudre son kimono de cérémonie.
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rkhettaouirkhettaoui   20 mars 2019
Aucune autre femme ne quitterait ainsi sa maison pour se marier, en abandonnant sa fille, alors qu’elle pourrait rester y vivre sans se faire de souci. Ce n’est quand même pas l’amour qui l’a rendue folle ! Tsuna se plaignait sans cesse. Elle ne comprenait décidément pas sa fille, qui se mariait pour aller vivre dans la triste maison d’un veuf, au lieu de rester avec elle, d’autant plus qu’elle avait déjà une fois dans sa vie porté le kimono de mariage.
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"LES DAMES DE KIMOTO" de Sawako Ariyoshi.
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