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Annette Becker (Préfacier, etc.)
ISBN : 2914458320
Éditeur : Entre Temps (10/05/2016)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Le journal de Louise Collignon, grand-mère de l'auteure, déportée en 1914 à 17 ans, permet une plongée dans le drame vécu par des milliers de civils lorrains. Un épisode méconnu de la Grande Guerre retracé grâce à des témoignages d'archives, en récits comme en images.
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Critiques, Analyses & Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Parthenia
27 février 2017
Je savais que les Allemands avaient occupé les villages français situés sur la ligne de front lors de la Première Guerre Mondiale, je me doutais que cette présence ennemie avait entraîné l'exode de centaines de personnes (c'est ce qu'ont vécu lors de la Seconde Guerre Mondiale mes arrières-grands-parents ardennais jetés sur les routes de l'exode avec leurs neuf enfants), mais ce que j'ai découvert avec stupeur par le biais de ce livre, c'est que certains villages ont été entièrement vidés de leur population, déportée en Allemagne dans des conditions inhumaines.
Louise voit l'arrivée des troupes allemandes dans son village début septembre 1914. Tous les habitants sont entassés dans l'église durant plusieurs jours tandis que les maisons sont livrées au pillage. le manque d'aération, d'hygiène, de nourriture, entraîne la mort des plus faibles, vieillards et enfants en bas âge, ou encore la folie chez quelques personnes âgées.
Les occupants font régner la terreur, exige des otages et des rançons. Quand ils ne fusillent pas arbitrairement quelques villageois pour couvrir les bavures de leurs soldats.
Les femmes et les enfants sont ensuite séparés des hommes pour être envoyés dans des camps de concentration en Bavière. Ils sont parqués dans des wagons à bestiaux, sans bagages, sans eau, sans nourriture, pour être accueillis à Amberg sous les crachats et les insultes de la foule allemande, remontée contre les Français par les journaux de propagande. Seuls quelques Allemands leur montrent de la compassion.
Dans les camps, ils doivent à nouveau faire face à la promiscuité, à la malnutrition, au manque d'hygiène, à l'air vicié, qui favorisent les épidémies et emportent les plus âgés et les plus jeunes. Certaines femmes meurent en accouchant quand ce ne sont pas leurs bébés.
Leur quotidien est parfois momentanément amélioré lors de visites officielles afin de masquer les mauvaises conditions de détention. Quand des reproches sont tout de même adressés aux responsables des camps, ceux-ci se retranchent derrière la réputation de malpropreté des Français [réputation qui a survécu jusqu'à ma génération puisque ma correspondante allemande m'a un jour affirmé que nous les Français nous étions sales, sans aucune raison valable puisque nous nous douchons chez nous tous les jours, mais bon, bref, passons....].
En janvier 1915, la guerre perdurant, les femmes et les enfants valides sont renvoyés en France, mais comme la Lorraine est toujours le théâtre des combats, les déportés sont dirigés vers le sud du pays. Les Suisses, qui voit transiter par leur pays ces cortèges de réfugiés, sont effarés de leur extrême maigreur et de l'expression éteinte de leur regard.
Louise et sa mère sont logées dans la Drôme. Les réfugiés ne peuvent se déplacer ou travailler sans autorisation. Louise devra attendre février 1916 avant de pouvoir trouver un emploi.
La cohabitation avec les autochtones se dégrade au fur et à mesure de l'afflux de réfugiés. Si au début, les Provençaux se sont montrés accueillants, ils essaient ensuite de s'y soustraire, et le préfet est obligé de recadrer certains maires en leur rappelant le devoir de solidarité de tous les Français, et en menaçant quelque fois de recourir à la réquisition des logements. Mais la cohabitation n'est pas forcément plus aisée entre les réfugiés eux-mêmes qui sont obligés de se partager les pièces d'une même maison.
Avec son travail, Louise et sa soeur aînée, qui est venue les rejoindre, s'intègrent à la population, se font des amis, goûtent aux plaisirs des jeunes de leur âge. Ces connaissances lui seront utiles quand, lors de la Seconde Guerre mondiale, elle vivra un deuxième exode.
La fin de la guerre n'entraîne pas pour autant le retour immédiat des réfugiés car il faut sécuriser les anciennes zones de combat, assurer leur déminage, reconstruire. le village de Louise ne possède plus une seule maison debout. Louise et sa famille sont enfin autorisées à retourner dans leur village en 1921, dans une habitation provisoire... Mais le père de famille est mort dans le sud, des séquelles de sa déportation comme d'autres Français...
Pour conclure, j'ai été effarée de découvrir ce pan de notre histoire, que je ne connaissais pas du tout, alors que je suis d'une région voisine. Pendant longtemps, jusqu'à il y a quelques années, peu d'historiens s'étaient penchés sur le sujet, plus intéressés par les souffrances des Poilus. C'est horrible de penser que tous ces civils déportés ont dû vivre avec ces souvenirs extrêmement douloureux sans pouvoir les partager avec le reste de leurs compatriotes. C'est un peu comme si L Histoire niait ce qu'ils avaient vécu. Je suis choquée que les livres d'histoire de ma scolarité n'y aient jamais fait allusion ! Avec ce témoignage, l'auteure répare un peu cet oubli ! Dommage qu'il n'y ait désormais plus de survivants pour en prendre connaissance.
En tout cas, la lecture a été à la fois très instructive et très intéressante, mais également révoltante pour les traitements inhumains infligés à tous ces civils qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Les carnets et photos de Louise constituent le fil rouge de cet ouvrage, mais l'auteure s'appuie également sur d'autres témoignages lorrains ainsi que les lettres de fonctionnaires français ou allemands.
Et l'on se dit avec tristesse que L Histoire ne fait que bégayer, car ce témoignage fait écho à d'autres réfugiés, lancés sur les routes à cause de la guerre, déracinés et indésirés, mais cette fois cela se déroule de nos jours...
Merci aux éditions Entre-Temps et à Babelio pour ce partenariat !
Lien : https://parthenia27.blogspot..
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ELBM
20 octobre 2016
La guerre de Louise est un ouvrage qui revient sur un fait méconnu, à savoir la déportation de populations civiles en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale.
A travers le parcours de sa grand-mère, Sylvie Arnoux nous fait revivre une période sombre du premier conflit mondial. A la lecture de l'ouvrage, on s'aperçoit qu'elle ne s'intéresse pas seulement à sa grand-mère. En effet, bien que Louise soit le fil rouge du récit, Sylvie Arnoux s'intéresse également aux autres familles du village d'Herbeuville, voire même aux villages alentours. Herbeuville et les localités de la vallée de la Woëvre, à proximité de Verdun, sont parmi les premières à être envahies et occupées par les troupes ennemies. A partir de ce moment, on apprend que la population est "parquée" avant d'être envoyée en Allemagne dans des trains à bestiaux. On apprend alors que la déportation de population par ce moyen de transport existe avant la Seconde guerre mondiale. Une fois arrivée en Allemagne, hommes et femmes sont séparés, se retrouvent dans ces camps différents. Comme on peut se l'imaginer, ou non, leurs conditions de vie sont horribles, ils manquent de tout. Finalement Louise et sa mère ne reste que quelques mois en Allemagne, avant d'être rapatriées en France. La Lorraine étant une zone de combat, ces familles sont envoyées dans des départements du sud de la France, notamment dans la Drôme. Sur place, l'intégration est plus ou moins facile. On apprend ainsi que certains villages et villageois ne veulent pas accueillir de réfugiés. Comme quoi, un siècle plus tard, l'histoire se répète. Louise et a famille ne peuvent rentrer à Herbeuville qu'en 1921, car sur place, il n'y a plus rien, et la zone reste assez dangereuse.
Pour construire et écrire son livre, Sylvie Arnoux s'est appuyée sur de nombreuses sources. L'ouvrage est agrémenté de notes de Louise, de photos, de cartes, et de divers textes. C'est un livre que j'ai trouvé bien documenté. La lecture est aisée et fluide. L'auteur explique très bien les faits, alors même qu'elle n'est pas historienne. C'est un sujet que j'ai trouvé très intéressant, et qui mérite d'être connu. Je vous recommande donc la lecture de cet ouvrage.
Lien : https://elbooksmovies.wordpr..
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Newmoon
26 février 2017
C'est suite à une masse critique Babélio que j'ai eu la chance d'être tiré au sort pour ce roman, réalisé un peu à la manière documentaire, car après tout, il s'agit là d'un témoignage de vie qui s'est réellement produit.
Etant donné que j'ai une passion pour l'histoire, j'étais ravie d'avoir été choisi pour ce livre. Je remercie donc chaleureusement Babélio ainsi que les éditions Entre-temps pour l'envoi de ce livre-objet, qui, au passage, est magnifique, assez atypique de par son format, mais où les couleurs rendent merveilleusement bien dans la bibliothèque.
Par ailleurs, en dehors de son aspect, la documentation et l'écrit qui est présent dans l'ouvrage vaut davantage le détour.
L'auteur, Sylvie Arnoux, nous fait vivre à l'époque de sa grand-mère, lorsqu'elle n'était qu'une jeune femme, lors d'un fait relativement méconnu de la Première Guerre Mondiale ; celui de la déportation de la population civile en Allemagne.
C'est après moult recherches, documentations et surtout la trouvaille des carnets intimes de sa grand-mère que Sylvie Arnoux nous livre un documentaire condensé de faits historiques incroyables.
Sylvie Arnoux développe également ses recherches sur toutes les autres familles vivant dans le village d'Herbeuville et alentours, à proximité de Verdun, car ce sont les premiers villages à avoir été envahies et occupés durant la Première Guerre Mondiale par les troupes ennemies (les Allemands).
Nous apprenons alors le dur combat des populations civiles pour rester en vie, les femmes séparées de leurs maris, embarqués séparément dans les convois à bestiaux, directement les camps situés en Allemagne.
Je ne me suis seulement rendu compte à ce moment-là que les camps et les convois ignobles existaient déjà durant la première Grande Guerre, alors que j'étais jusqu'alors persuadé que cela n'avait commencé à exister que durant la seconde.
Les conditions seront plus ou moins difficiles selon le bon vouloir des gardes ennemis, mais la précarité de la situation, et l'arrivée des maladies contribuera à de nombreux décès, notamment des vieillards et des jeunes enfants.
Après quelques moins d'enfer, les familles, et parmi elles la famille de Louise (grand-mère de Sylvie Arnoux), seront rapatriées en France, dans d'autres Départements. Etant donné que leurs villages étaient toujours en zone de combat, ils n'ont pas eu d'autres choix que de revenir en statut de réfugié, dans leurs propres pays, mais dans d'autres départements, notamment la Drôme.
Comme le contexte actuel en France, les réfugiés seront plus ou moins acceptés, et leurs intégrations plus ou moins faciles. Certaines villes ne veulent pas de réfugiés et n'hésitent pas à trouver mille et une excuses.
La famille ne pourra retrouver leur village qu'en 1921, où une grande zone saccagée les attend. En effet, les maisons sont quasiment toutes détruites, des mines sont éparpillées un peu partout, des tranchées sont apparus, des cadavres jonches les sols.
Cette histoire est magnifiquement documentée par des notes, des photos, des cartes postales, des textes, des poésies. Sylvie Arnoux a pris le temps de trouver des articles très anciens, des chiffres (comme le nombre de bâtiments détruits pour chaque ville dévastée, pour n'en cité qu'un).
Il est important de faire son devoir de mémoire, que ce soit pour les soldats morts pour leur pays, qu'ils soient ennemis ou alliés, pour les civils, et pour les populations ayant subi les génocides.
J'ai beaucoup aimé apprendre une nouvelle facette de la guerre, et des ravages qu'elle a commis sur de nombreuses personnes. Les populations civiles sont souvent les plus touchées par les guerres, car elles sont là, elles gênent à l'appropriation des territoires.
Je trouve que c'est un livre/documentaire à lire, même s'il coute relativement cher, il vaut le détour, ne serait-ce que pour le travail incroyable de Sylvie Arnoux.
Lien : http://magie-litteraire.skyr..
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coquinnette1974
07 août 2016
J'ai eu la chance de gagner un concours sur Facebook et j'en suis ravie, car je trouve cet ouvrage très réussi.
Ce n'est pas un roman mais un récit documentaire.
Nous avons le parcours de déportés civils en Allemagne lors de la première guerre mondiale.
J'avoue que je ne connaissais pas du tout ce pan de la première guerre mondiale et j'ai trouvé ça captivant.
J'ai appris énormément de choses.
Le parcours de Louise Collignon est surprenant, je ne m'attendait pas à ce qu'une jeune femme se retrouve ainsi déportée, sans raison, à part celle d'être française !
On a l'histoire de Louise, des chants, de nombreux documents, photos..
L'ensemble est très vivant, et agréable à lire.
C'est poignant, touchant, pour ne surtout pas oublier ce qui s'est passé il y a 100 ans.
Je vous recommande chaudement ce livre, auquel je mets avec plaisir 5 étoiles.
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Sauvanet
01 mars 2017
Il s'agit-là d'un récit effectué à partir d'un carnet retrouvé, écrit par sa grand-mère, Louise. La petite histoire, celle de Louise et de sa famille est l'occasion de retracer L Histoire, celle qu'on devrait découvrir dans ces fameux "livres d'histoire"
Mais j'y ai découvert tout un pan de cette Histoire de France qui sait si bien et si souvent "oublier" une partie importante des évènements.
L'auteur nous livre le résultat de dix années de travail. Un récit authentique, avec documents, photos, des extraits de carnets de Louise, quelques uns de ses poèmes. On y découvre une jeune fille qui essaie de colorer son existence dramatique par des touches d'humour. Un récit extrêmement touchant. le départ, l'internement puis un long retour vers la France avec ce statut de "réfugié"... La réticence de certaines communes, un accueil mitigé... Voici un extrait d'un article paru dans le Languedocien, avril 1915. J'aime cet explication du statut de réfugié : " Réfugié veut dire : qui vient de découvrir un abri sûr après une redoutable tourmente, des visages amis après des masques de cauchemars, des logis accueillants après des demeures dévastées, des gestes de douceur après des gestes de menace"...
L'auteur a effectué un sacré travail de recherches... C'est un travail de mémoire. Une façon d'honorer tous ces gens qui sont morts sans cette reconnaissance qui leur était due.
Je me permets d'inclure à mon ressenti, ce petit mot que m'a livré Sylvie : " Oui beaucoup de temps, plus de dix ans... et je continue encore pour (re) donner une existence à ces personnes décédées dans le camp et qui sont pour la plupart enterrées de manière presque anonyme à Sarrebourg. Personne ne peut dire autre chose que leur nom et date de décès...d'où viennent-elles, quel âge avaient ces personnes, où sont-elles décédées ? Qui sait que des enfants de qq jours sont là, une mère morte en couches, un père qui n'a pas su que sa femme avait eu une petite SImone dans le camp...
Lien : https://www.actu-monyclaire...
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
ClaforianeClaforiane06 octobre 2016
Plusieurs années de recherche m’ont permis de comprendre et valider ses écrits, des voyages en Lorraine et en Allemagne pour visiter les lieux et réaliser que ce qu’a vécu ma grand mère n’est pas un cas isolé mais a été partagé par une grande partie des habitants de la région. Et ce livre est devenu une évidence. Raconter pour ne pas oublier, raconter pour comprendre, raconter pour partager….
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ClaforianeClaforiane06 octobre 2016
Louise est très marquée par cette arrivée. Elle ne comprend pas ce qui motive cette attitude agressive et les menaces proférées, quelques fois accompagnées de crachats de la part de jeunes femmes comme elle.
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ClaforianeClaforiane06 octobre 2016
Comme au zoo, les visiteurs observent les prisonniers civils derrière les grilles, les interpellant avec véhémence et mépris, proférant menaces et insultes.
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