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EAN : 9782330060428
270 pages
Éditeur : Actes Sud (02/03/2016)
4.11/5   77 notes
Résumé :

Quand l'Allemand Klaus Hirschkuh débarque à la gare de Leipzig, ce jour de novembre 1945, c'est une ville détruite qu'il redécouvre pas à pas. Le jeune homme qui marche dans ces décombres est lui-même en morceaux. Il vient de passer quatre ans à Buchenwald. Parce qu'il est homosexuel. A bout de forces, il est une ombre, un fantôme. Scandaleusement vivant pourtant.
Et il n'a pas fini d'expier.

Un garçon ordinaire, une différence ordinai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
4,11

sur 77 notes

Annette55
  13 septembre 2016
Comment ne pas être ému, bouleversé, chamboulé à la lecture de ce beau livre aux mots crachés, aux mots douleur, aux mots chair , aux mots gifles :
L'histoire sortie des tripes de cet homme revenu en 1945, déambulant dans sa ville natale ,Leipzig, après avoir passé quatre ans à Buchenwald, enfermé pour son homosexualité?
Klaus Hirschkuh , 23 ans, décharné, au corps martyrisé, frappe à la porte de ses parents et ne peut exprimer ce qu'il ressent.....
Revenu d'un cauchemar et d'un enfer qui l'ont meurtri, écartelé, encrassé, traité comme un sous homme, une larve, un porc et des lettres vomissures, des lettres crocs cousues sur son dos, sa poitrine, le haut de son pyjama " Matricule 5395 et triangle rose ".....
Voici le roman d'un survivant qui désirerait se fondre dans la banalité du quotidien.....mais ne pourra jamais aimer au grand jour, rejeté encore et toujours........
L'auteur nous livre un ouvrage extrêmement fort d'une crudité et d'une beauté expiatrices......
L'histoire de Klaus est hantée tout le long de sa vie "d'aprés" par cette barbarie qui lui revient d'une manière obsessionnelle , ces barbelés et ces corps martyrisés.
Il s'exilera en France et mènera une vie de combat pour cacher son homosexualité et nous livrer ses deux grands amours, Heinz et Julien .
Un témoignage , un texte nécessaire, bouleversant , crucial,rigoureux, explosif, glaçant et brûlant à la fois.
Une écriture sublime alliant poésie, violence, hurlements, cris sourds , amour , lumière et sécheresse......
Des phrases crues, une prière en hommage à la mémoire des déportés, rythmées en une description qui dit la rage et la tristesse, l'amour fou et la douleur intense, les blessures béantes, les injures et les humiliations.......
Un ouvrage au souffle puissant que l'on n'est pas près d'oublier........
Lu dans le cadre du prix Jeand'heurs, spécifique à mon département, sélection historique 2016.
Un livre que "tous "pourraient Lire ........
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popie21
  20 octobre 2018
Il y des livres qui vous bluffent par leur style incroyable, d'autres vous estomaquent par la violence ou la beauté de leur sujet, certains vous emportent comme un poème et vous font chanter jusqu'à la dernière page. Et puis il y a ce livre, ce livre entre tous, celui qui vous fait tout à la fois, "Je suis en vie et tu ne m'entends pas" m'a complètement bouleversée.
Le sujet en est essentiellement le racisme sexuel, le plus répandu, le plus sournois, le plus toléré, le plus écoeurant.
Daniel Arsand nous montre une facette souvent méconnue de la Seconde Guerre Mondiale - quand les homosexuels étaient déportés pour être "guéris" - par le ressenti d'un homme, Klaus Hirschkuh, un homme qui préfère les hommes.
Rescapé d'un camp de concentration - dont je ne vous donne pas le nom puisqu'il lui faudra du temps pour même envisager de le prononcer - Klaus retourne à la vie et aux vivants. Il est presque détruit, miné par les horreurs vues et subies. C'est un zombie qui traverse les ruines de Leipzig après la Libération et qui, par bribes, nous raconte l'enfer du camps pour les triangles roses, les homosexuels : les brimades, la castration, la haine des autres détenus, l'amour forcé pour survivre, les viols collectifs pour le punir de survivre.
Il nous montre aussi l'immense douleur de vivre, la culpabilité du survivant et la difficulté à se reconstruire après "là-bas", le décalage entre lui et sa famille, l'exil choisi avec l'ami René, puis doucement, tout doucement, un peu de bonheur retrouvé, enfin.
Mais la fin de la guerre n'est pas la fin de l'ostracisme, les homosexuels restent les victimes privilégiées des petites frappes et de leurs insultes pas très originales, Klaus en sera témoin.
Dans ce livre génial, c'est le déni de notre société sur l'homosexualité que Daniel Arsand dénonce. Après la guerre il y a eu le refus d'accepter qu'il y a bel et bien eu des homosexuels internés dans les camps de concentration, qu'ils ont subi un enfer qu'on ne compare à aucun autre car qui oserait réaliser un classement de l'Horreur ? Les homosexuels n'ont jamais pu obtenir de reconnaissance après guerre, jamais obtenu de dédommagements non plus, on a nié leur internement dans les camps, il n'en sera pas fait mention au procès de Nuremberg en 1946.
L'auteur nous rappelle aussi que lorsque l'épidémie de SIDA a fait des ravages, ce sont eux qui ont été pointés du doigt, eux les pédés, qui ramenaient au monde cette saloperie de maladie... non, les hétéros n'ont pas le SIDA, jamais, non jamais.

Aujourd'hui encore, même si Daniel Arsand n'en parle pas dans son livre, il reste encore ce fond de haine indécrottable, cette violence qu'on ne veut pas admettre, entre autres l'incroyable machin pour tous et ses professeurs de morale à la Brigide Foutin.
Vous l'aurez compris, j'enrage de cette intolérable injustice, de ce racisme sexuel dont on parle si peu. Et je suis amoureuse de ce livre parce qu'il nous dit des choses vraies et terribles et terriblement belles aussi. le tout écrit dans un style admirable, pur, scandé, des bribes de pensées, des morceaux de vie, il dénonce sans haine, il montrer l'amour, le vrai, celui qui n'a pas de sexe. C'est un plaidoyer magnifique, un des plus beaux livres que j'aie lu depuis des années.
Ma fille, si sage pour ses dix-neuf ans, me dit qu'il existe autant de façons d'aimer que de couleurs dans un nuancier, elle a raison, nous devons dire Stop à toutes les formes de Racismes, STOP à la LGBTPHOBIE.
À lire absolument. Merci M. Daniel Arsand.
P.S. : N'oublions pas que l'homosexualité, féminine et masculine, est encore aujourd'hui un délit passable de mort dans beaucoup de pays : https://www.cosmopolitan.fr/tous-les-pays-ou-l-homosexualite-est-interdite-et-punie-par-la-loi,2022352.asp
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si-bemol
  14 janvier 2019
"Je suis en vie et tu ne m'entends pas", toi, Heinz, qui a préféré la mort à l'arrestation, toi qui ne peux plus m'entendre et à qui pourtant, dans le deuil impossible de ton amour, je m'adresse pour te dire l'indicible de ce que, sans toi, j'ai vécu seul… “là-bas”.
Peu de romans se sont fait l'écho, dans la littérature, de la déportation en camp de concentration des homosexuels qui figurèrent pourtant parmi les victimes de l'épuration que les nazis opérèrent au sein de leur propre peuple, et cette catégorie particulière de déportés, dont il ne fut d'ailleurs fait aucune mention au procès de Nuremberg, reste encore largement taboue aujourd'hui.
Dans ce roman hors norme où à la voix de l'auteur se mêle le monologue intérieur de son personnage principal, Daniel Arsand raconte l'histoire absolument épouvantable d'un jeune Allemand, Klaus Hirschkuh, déporté parce qu'homosexuel au camp de Buchenwald où il subit, en plus du traitement “ordinaire” infligé par les nazis, les sévices, les insultes et le mépris de ses co-déportés, lui le “pédé”, la “tante”, le “sous-homme”, le “porc”.
Libéré en 1945 après quatre ans de déportation, Klaus Hirschkuh n'a que 23 ans mais il est déjà “sans âge”, squelette errant dans les ruines de ce qui fut sa ville, Leipzig, à la recherche de sa maison et de ses parents : “il boitait et se rapprochait d'eux, ses parents, M. et Mme Hirschkuh. Il avait ce droit là ; ne plus se heurter à un mur de cendres.”
Mais qu'a-t-il encore en commun avec eux, ces parents à qui il fait honte ? de “bonnes personnes” pourtant, mais “il avait causé son propre malheur, et le leur. (...) Il les avait en quelque sorte déclassés par ses moeurs, (...) il les avait rendus douteux à eux-mêmes, à une société tout entière. Comment pardonner ?”
Dans une société et une époque où l'homosexualité est non seulement un péché et une faute mais, au regard de la loi, un délit et un crime, que l'on ait été déporté ne fait toujours pas de soi une victime. Comment, dès lors, se reconstruire, en dépit de l'incompréhension, de l'agressivité et du jugement d'autrui, comment réussir à édifier une forme de bonheur, d'espérance et d'apaisement, malgré la souffrance, la solitude et les souvenirs de l'enfer traversé “là-bas” ? Est-ce seulement possible, même loin de sa terre natale, même en France, le pays des Droits de l'Homme, même des décennies plus tard ?
J'ai rarement été à ce point bouleversée par la lecture d'un roman. Bouleversée par l'histoire qui n'est pas qu'une fiction, qui vous questionne et qui vous prend aux tripes. Bouleversée par l'écriture, hachée, crue, splendide, qui dit la colère, la violence et les larmes au-delà des larmes, la douleur au-delà des mots.
Un livre magnifique, important et nécessaire, qu'il faut absolument avoir lu - que l'on soit sensible ou non à la cause LGBT - et, pour moi, un immense coup de coeur. ❤❤❤
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
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lolols28
  02 juillet 2019
Surprenant, criant de modernité. Klaus, jeune allemand sort de 4 ans d'enfer en camp pour son homosexualité. Ce livre retrace sa vie d'après, les cauchemars, la peur, le dégoût, les sévices endurés avec toutes la cruauté que cela peut inspirer. La place de parents qui ne l'attendaient pas, qui ne comprennent pas, comment se reconstruire loin, c'est aussi l'aube d'une époque où se cacher devient une injure, une injustice. L'auteur ne mâche pas ses mots, il faut le savoir avant d'ouvrir ce livre. Mais quel parcours fait par cet homme qui ressemble à tant d'autres, qui cherche doublement le chemin du bonheur, si bonheur il peut y avoir après tant de souffrance. Une oeuvre brute, qui passe d'un sujet à un autre sans transition mais avec la violence du traumatisme...à lire
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Drych
  11 octobre 2016
Une écriture écorchée pour un texte fort. Chaque mot évoque la douleur de cet homme homosexuel que son passé dans le camp de Buchenwald a définitivement abimé. La lecture du livre est éprouvante. le style est haché , déroutant et pourtant si expressif. Même la réparation sera refusée à ces hommes exclus, qui ont tout subi. Un livre marquant que je ne suis pas prêt d'oublier et qui vaut tous les discours.
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critiques presse (2)
LeFigaro   03 juin 2016
Daniel Arsand retrace la vie et le destin d'un homosexuel allemand hanté par l'horreur vécue à Buchenwald.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   06 avril 2016
Brûlant et glaçant à la même seconde, ce beau livre trouve toujours la distance exacte pour parler de l'insoutenable réalité.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
popie21popie21   14 octobre 2018
Maman, un mot solaire qui la ravissait et la hersait de tristesse. Ils l'avaient arrêté, elle en avait été avertie. Des âmes charitables avaient dégurgité devant elle la scène [...] Au plus refoulé d'eux, les Hirschkuh le savaient. Leur fils aîné, ce Golo qui se persuadait d'être supérieur à tous. Le père, puis la mère, ils avaient tous été convaincus que ça se terminerait mal pour Klaus. [...] Mais on s'en était remis, il y avait plus grave, certains jours, qu'un fils disparu, emprisonné. Pourquoi en savoir plus ? Avant-guerre, au début de la guerre, il les avait en quelque sorte déclassés par ses mœurs (d'eux, les gens normaux, disait-on qu'ils avaient des mœurs ? Ils couchaient, ils aimaient, ils se mariaient, ils engendraient surtout, mais ils n'avaient pas de mœurs), il les avait rendus douteux à eux-mêmes, à une société toute entière. Comment pardonner ?
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popie21popie21   17 octobre 2018
La majorité des détenus l'abominait, parce que pédé, le détestait et le méprisait plus encore même que les nazis, parce qu'il s'arrangeait pour ne pas crever, pour bouffer à peu près bien, avoir une belle gueule et coucher avec des garçons, et voilà qu'on échappait à la mort. On apprenait que la tante de Bâle ou de Paris ou de Prague, cette traînée avec une queue entre les jambes, eh bien les médecins nazis la lui avaient coupée, sans anesthésie, et qu'est-ce que ça couine un pédé qu'on châtre.
Oui, les tantes s'en sortaient mieux que les gens normaux, pensaient les détenus.
Ça, ça devait être dit.
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popie21popie21   16 octobre 2018
Un drôle de silence l'étrillait, le dépiautait. C'est dans et par ce silence que les Hirschkuh l'avaient reçu. Leur honte d'avoir pour fils un inverti, une paroi de feu, et paroi de peur que la sienne. Leur honte était aussi inadmissible que sa peur était injuste. La joie sur cette planète et en Klaus n'était que de surface. Il attendait de vrais bras autour de sa peau, et des paroles incandescentes qui le délivreraient de visions comme des serres.
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popie21popie21   22 octobre 2018
Tous ces morts et un unique virus en forme d'oursin ou de pelotes d'épingles.
[...]
On ne parlait que de cette endémie. On disait qu'il n'y avait que les pédés pour transmettre une merde si vicieuse. Un homosexuel se repérait à sa facilité à contaminer, et pas d'états d'âme chez lui. L'obscurantisme grondant comme un raz-de-marée. La tolérance en quenouille. Un luxe, la tolérance. Et ennuyeuse. Endormante. Et qui berçait moins que la haine.
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Annette55Annette55   13 septembre 2016
"Torche -toi, tu t'es chié dessus, ici comme là- bas, c'est pareil.Torche- toi avec ton numéro, 5395, ne t'y engloutis pas dans ce numéro, ce n'est pas un puits, ne meurs pas dans ces quatre chiffres, dans ces quatre années , dans ce paragraphe 175, parmi ces milliers de morts, demain, ça ira mieux, tu iras te balader dans Paris, la nuit , tu seras en chasse, la ville est peuplée de garçons .
On l'avait frappé ce soir, et ce soir il se lava avec avec des gestes lents, prudents.......le gant de toilette le nettoyait d'une crasse invisible........"
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