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ISBN : 2070284727
Éditeur : Gallimard (23/01/1979)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 78 notes)
Résumé :
Voici le livre le plus violent de la littérature contemporaine, je veux dire d'une violence belle et régénératrice. Héliogabale, né sur un berceau de sperme, mort sur un oreiller de sang, est un noir héros de notre monde. Sa légende est faite de perversité et d'exécration. El Gabal, "Celui de la Montagne", est non seulement l'empereur dépravé de la Rome pourrissante du Troisième Siècle, livré aux vices et à la folie, mais aussi le premier héros infernal de cette ren... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  07 septembre 2011
La légende dit qu'Héliogabale est né dans « un berceau de sperme. » C'était en 204 après J.C. à Antioche, en Syrie. Et toute son existence sera un long sacrifice de sexe et de sang. Héliogabale était un roi fou et excessif, baignant dans le stupre, la débauche et la démesure. Il a conquis Rome avec violence et est monté sur un trône de sang. Anarchiste couronné selon Artaud, le tyran, empereur de Rome, n'a de cesse de tendre vers l'unité, à sa façon. « Et Héliogabale, en tant que roi, se trouve à la meilleure place possible pour réduire la multiplicité humaine, et la ramener par le sang, la cruauté, la guerre, jusqu'au sentiment de l'unité. » (p. 45) Que voulait-il réunir ? Tous les contraires, tout simplement. L'unité à laquelle il tente de parvenir passe par la réunion du principe féminin et du principe masculin. Il se veut représentant des deux. « Héliogabale, le roi pédéraste et qui se veut femme, est un prêtre du masculin. Il réalise en lui l'identité des contraires, mais il ne la réalise pas sans mal, et sa pédérastie religieuse n'a pas d'autre origine qu'une lutte obstinée et abstraite entre le Masculin et le Féminin. » (p. 67)
Dans un monde où la cruauté est ritualisée, institutionnalisée et légitime, Héliogabale se veut en rupture. Il est « un anarchiste-né, et qui supporte mal la couronne, et tous ses actes de roi sont des actes d'anarchiste-né, ennemi public de l'ordre, qui est un ennemi de l'ordre public. » (p. 96) Mais encore une fois, cette rébellion est organisée. le tyran tend toujours à l'unité du monde et c'est en le retournant qu'il compte l'organiser. de l'anarchie naît une nouvelle unité, conforme aux goûts de l'empereur. « Rien de gratuit dans la magnificence d'Héliogabale, ni dans cette merveilleuse ardeur au désordre qui n'est que l'application d'une idée métaphysique et supérieure de l'ordre, c'est-à-dire de l'unité. » (p. 108) Ce que propose Héliogabale, ce n'est rien d'autre qu'une cosmogonie à son image : violente et unie dans la violence.
Héliogabale est l'empereur qui incarne le plus profondément la décadence de Rome. « Il poursuit systématiquement, […], la perversion et la destruction de toute valeur et de tout ordre. » (p. 121) Héliogabale va dans le sens de la décadence, il accompagne, accentue et précède ce mouvement descendant, cette chute de la société. Brutale fut sa vie, brutale fut sa mort, dans une continuité, une unité de cruauté. Il est mort comme il a vécu, incarnant sa propre vision du monde. « Ainsi finit Héliogabale, sans inscription et sans tombeau mais avec d'atroces funérailles. Il est mort avec lâcheté, mais en état de rébellion ouverte, et une telle vie, qu'une pareille mort couronne, se passe, il me semble, de conclusion. » (p. 127)
Héliogabale ou El Gabal, « Celui de la Montagne », porte un nom composite et trompeur pour les lecteurs d'aujourd'hui. « Héliogabale rassemble en lui-même la puissance de tous ces noms, où l'on peut voir qu'une seule chose, celle qui nous vient d'abord à l'esprit, le soleil, n'intervient pas. » (p. 89) Sa religion était celle de l'astre solaire, mais jamais Héliogabale ne s'est nommé d'après le soleil. Ce sont les Grecs qui, transcriptions après traductions de sa légende, ont modifié le nom du tyran. Une autre preuve, s'il en fallait, que l'histoire d'Héliogabale échappe aux historiens.
L'histoire d'Héliogabale est le prétexte à une certaine histoire de Rome, celle d'un empire sur la voie de la décadence, loin des empereurs fabuleux des temps classiques. Cette partielle histoire antique est aussi le prétexte à une réflexion théologique et métaphysique. Antonin Artaud oppose la religion d'Héliogabale, pourtant monothéiste, au christianisme. Ce qu'il appelle religion d'Ichtus est mauvaise : elle sépare l'homme du mythe, du magique, du religieux et du sacré. Les religions qui ont précédé le christianisme offraient davantage à leurs adeptes. « Les religions antiques ont voulu jeter dès l'origine un regard sur le Grand Tout. Elles n'ont pas séparé le ciel de l'homme, l'homme de la création entière, depuis la genèse des éléments. » (p. 55) Artaud est formel : les humains ont besoin de savoir. En creux de l'histoire d'Héliogabale, il faut lire une critique du christianisme et de l'obscurantisme dans lequel il a plongé ses fidèles.
Éblouissante et torturée, la vie d'Héliogabale était de celles qui méritent un hommage. C'est avec un talent éblouissant qu'Artaud s'est prêté à l'exercice. Ce n'est pas un texte facile. Les propos philosophiques et métaphysiques sont complexes. Mais ils répondent sans cesse à la vie du tyran qui a son tour se fait source de réflexions. Une lecture étourdissante.
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LydiaB
  08 janvier 2012
Difficile de faire un essai sur un personnage tel qu'Héliogabale. Celui qu'on a voulu faire passer pour un être pervers et sanguinaire l'était-il réellement ? Extravagant, certes, il était connu pour ça. Mais cruel ? Les Historiens en viennent à se dire qu'on a voulu le faire passer pour, comme le dit Artaud, un fantoche, afin de privilégier son cousin, Alexandre Sévère. Encore une fois, tout n'est qu'une question de politique et, surtout, de religion. Car Artaud le met bien en relief ici. Héliogabale voulait faire un culte unique, un culte solaire... autre décision qui passera pour une excentricité.

Si le texte est plutôt complexe, ne nous voilons pas la face, il reste néanmoins très intéressant. Sous la plume d'Artaud, le personnage prend une dimension nouvelle. Cet essai permet également de mieux connaître cette période durant laquelle la décadence et la luxure régnèrent.

Un grand merci à Lili Galipette qui a eu la gentillesse de m'offrir ce livre.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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loudarsan
  19 février 2015
J'ai été fascinée par ce texte d'Artaud, auteur complexe s'il en est. Ce récit complètement mystique et symbolique d'un empereur romain dont le court règne fut marqué par son refus des règles, souvent connu pour son homosexualité et ses orgies. Artaud nous le présente plutôt comme un homme incarnant la dualité du féminin et du masculin, qui osa provoquer les romains en introduisant une femme (sa mère) au Sénat, un grand prêtre du Soleil (masculin) descendant manipulé d'une lignée de femmes de pouvoir, sortes de déesse-mère. Héliogabale, c'est le renversement de l'ordre par l'unité des principes... Un livre complexe, hermétique au premier abord, mais aussi magnifié par l'écriture si forte, si violente d'Artaud.
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Alcapone
  14 juillet 2013
Emblématique figure de la Rome décadente, Héliogabale d'Émèse (l'actuelle ville de Homs en Syrie) est sans conteste pour Antonin Artaud, un personnage digne d'intérêt. L'espèce de fièvre avec laquelle l'auteur remonte les siècles pour composer ce documenté et poétique essai, est sans doute le signe de l'engouement obsessionel d'Artaud pour l'Empereur. Pourquoi cette fascination pour Héliogabale ? Qui était donc celui qu'Artaud dénomme sous le titre d'"anarchiste couronné" ? A quoi renvoie ce mystérieux surnom ? Qu'est-ce qui au delà de la réputation sulfureuse de l'Empereur a déclenché la passion d'Artaud ? Qu'est-ce encore qui chez Héliogabale a inspiré et nourri les questionnements de l'initiateur du "Théâtre de la cruauté"? Selon J.M.G. le Clezio, l'Héliogabale d'Artaud est le livre "le plus construit et le plus documenté des écrits d'Artaud et aussi le plus imaginaire". Quoiqu'il en soit, ce texte n'en demeure pas moins un texte hybride et sybillin où se mêlent lyrisme, mysticisme et métaphysique...
Prêtre paien adorateur du Soleil et roi anarchiste, Héliogabale fascine Artaud par son règne tyrannique tissé de débauches et perversions sexuelles. Né dans le stupre, élevé au rang d'empereur par les femmes de sa famille et disparu dans le plus parfait anonymat, le controversé Héliogabale est partagé entre la culture gréco-romaine et la barbarie. Sa pédérastie religieuse n'a pas d'autre origine qu'une lutte obstinée et abstraite entre le Masculin et le Féminin." (p.67). Son anarchiste tyrannie ne souffre aucune entorse. Il "se conforme à la loi divine, à laquelle il a été initié, et il faut reconnaître qu'à part quelques excès ça et là, quelques plaisanteries sans importance, Héliogabale n'a jamais abandonné le point de vue mystique d'un dieu incarné, mais qui se conforme au rite millénaire de dieu." (p.107). Voilà grossièrement décrites les principales idées de ce texte. La pensée d'Artaud manque de limpidité et tend parfois aux digressions mais son travail documenté (cf. les appendices et les mutilples notes en fin d'ouvrage) mérite le détour. le regret que j'ai, est de ne pas avoir su en apprécier toute la teneur. J'ai de loin préféré van Gogh le suicidé de la société à Héliogabale ou l'anarchiste couronné.
Lien : http://embuscades.blogspot.f..
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Nelja
  11 juillet 2015
Dans la première partie, Antonin Artaud se concentre sur l'histoire familiale d'Héliogabale, et le "berceau de sperme" dans lequel il a été conçu. Dans la seconde, il se lance dans des théories théologico-philosophiques bien fumées sur l'opposition éternelle du principe féminin et du principe masculin en religion, par lequel il explique l'ambiguité sexuelle d'Heliogabale. Dans la dernière partie, enfin, la plus longue, il raconte la vie d'Heliogabale, et interprête certains des actes les plus subversifs de son règne à la lueur d'une idée personnelle de "l'anarchie", lui vouant apparemment une grande admiration.
Selon un paradigme moderne, Heliogabale était probablement une femme transexuelle, mais pas selon le paradigme standard dans les années 30, époque de l'écriture, ni dans les opinions très différentes d'Artaud.
Je ne suis pas toujours d'accord avec cet auteur - en fait, rarement - mais paradoxalement j'adore observer ses idées, la façon fulgurante dont il les lance, son langage. La recherche qu'il a faite est aussi très intéressante, et me donne envie de lire les biographies qu'il fustige parce que seulement portées sur l'anecdote. Avec ne telle personnalité, même des anecdotes sur Heliogabale seraient intéressantes.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   08 janvier 2012
Donc, pendant qu'on se sert de lui comme d'un fantoche, d'un fantoche vidé de roi, pendant qu'on le manipule comme un membre, - et les parades journalières au temple font partie de ces manipulations, - pendant que tout le monde travaille pour lui, tout le monde, c'est-à-dire Julia Moesa, sa grand'mère, Julia Soemia, sa mère, et les deux eunuques de celle-ci, de Julia Soemiamira : Gannys le prévoyant, le sagace, Eutychien le Grotesque ; - et, tout à côté de Julia Soemia, Julia Mammoea, la soeur de cette dernière, qui, tout en faisant semblant de travailler pour lui, travaille en réalité pour son fils, le petit Alexandre Sévère (pour mettre, à la place d'Héliogabale, un jeune empereur à la verge pure et à la tête de mouton frisé) ; tandis que tout le mode travaille pour lui, Héliogabale aussi travaille pour lui-même, mais d'une façon qui aurait bien étonné les historiens de l'époque, s'ils s'étaient risqués à y regarder de plus près. On peut le mener tous les jours au temple ; et, revêtu de la tiare solaire qui porte une corne de bélier, le faire évoluer selon les rites comme une statue qui ne dit mot; Héliogabale, aidé de Gannys, a pénétré toute l'intrigue, et il se propose d'en profiter.
Mais d'en profiter comme un roi. Avec grandeur et magnificence, avec une conscience vraiment royale des pouvoirs qui reviennent au roi et qu'il puise derrière les rites. (P 85-86)
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doraadoraa   20 octobre 2017
S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde ; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères ; – et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies ; – et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues.
Leur père à tous, la source féminine de ce fleuve de stupres et d'infamies, devait, avant d'être prêtre, avoir été cocher de fiacre, car on ne comprendrait pas, sans cela, l'acharnement que mit Héliogabale une fois sur le trône à se faire enculer par des cochers.
Toujours est-il que l'Histoire remontant du côté féminin aux origines d'Héliogabale, se butte immanquablement à ce crâne gâteux et nu, à ce fiacre et à cette barbe qui composent dans nos mémoires la figure du vieux Bassianus.
Que cette momie serve un culte, cela ne condamne pas ce culte, mais les rites imbéciles et déchargés, auxquels les contemporains des Julies et de Bassien, et la Syrie d'Héliogabale naissant avaient fini par réduire ce culte.
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Bruno_CmBruno_Cm   29 août 2014
Mais si Héliogabale passe de femme en femme comme il passe de cocher en cocher, il passe aussi de pierre en pierre, de robe en robe, de fête en fête et d'ornement en ornement.
A travers la couleur et le sens des pierres, la forme des robes, l'ordonnance des fêtes, des bijoux qui battent à même sa peau, son esprit fait d'étranges voyages. C'est ici qu'on le voit pâlir, qu'on le voit trembler, à la recherche d'un éclat, d'une aspérité à laquelle il s'accroche, devant la fuite effroyable de tout.
C'est ici que se manifeste une sorte d'anarchie supérieure où sa profonde inquiétude prend feu ; et il court de pierre en pierre, d'éclat en éclat, de forme en forme, et de feu en feu, comme s'il courait d'âme en âme, dans une mystérieuse odyssée intérieure que personne après lui n'a plus refaite.
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Bruno_CmBruno_Cm   29 août 2014
Je sais bien que le plus petit élan d'amour vrai nous rapproche plus de Dieu que toute la science que nous pouvons avoir de la création et de ses degrés.
Mais l'Amour qui est une force ne va pas sans la Volonté. On n'aime pas sans la volonté, laquelle passe par la conscience ; - c'est la conscience de la séparation consentie qui nous mène au détachement des choses, qui nous ramène à l'unité de Dieu. On gagne l'amour par la conscience d'abord, et par la force de l'amour après.
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UnityUnity   27 octobre 2013
Or, j'estime que nous avons besoin de savoir, et que nous n'avons besoin que de savoir. Si nous pouvions aimer, aimer d'un seul coup, la science serait inutile ; mais nous avons désappris à aimer, sous l'action d'une sorte de loi mortelle qui provient de la pesanteur même et de la richesse de la création. Nous sommes dans la création jusqu'au cou, nous y sommes par tous nos organes : les solides et les subtiles. Et il est dur de remonter à Dieu par le chemin échelonné des organes, quand ces organes nous fixent dans le monde où nous sommes et tendent à nous faire croire à son exclusive réalité. L'absolu est une abstraction, et l'abstraction demande une force qui est contraire à notre état d'hommes dégénérés.
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