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ISBN : 2812912650
Éditeur : Editions De Borée (26/09/2014)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Rose-Gabrielle naît en 1757 à Cayenne. Envoyée dès l'âge de 8 ans dans un couvent à Toulouse, elle va vivre dix années loin de sa terre natale, des siens, et surtout de l'affection de Solitude, l'esclave qui l'a élevée et choyée.

À son retour en Guyane, son père s'est remarié, a eu d'autres enfants, et l'avenir de Rose-Gabrielle semble avoir été tout tracé : elle doit épouser un homme qu'elle n'a pas choisi. Pourtant, Rose-Gabrielle va mettre un point... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Clubromanhistorique
  06 janvier 2015
Née en 1757 à Cayenne (Guyane), Rose-Gabrielle a perdu sa mère à la naissance. Envoyée à l'âge de 8 ans dans un couvent à Toulouse pour y recevoir une éducation digne d'une jeune fille de bonne famille, c'est avec déchirement qu'elle quitte la Guyane et les siens, surtout Solitude, sa fidèle esclave qui s'est occupée d'elle depuis sa naissance.
Dix ans plus tard, la voici enfin de retour en Guyane, découvrant sa nouvelle famille – son père a eu deux enfants entre-temps –, mais le bonheur est de courte durée : son père a décidé de la marier à Michel-Ange, le frère de sa belle-mère. Certes, c'est un homme aimable, mais il est bien plus âgé qu'elle et peu attirant et, surtout, elle est tombée amoureuse d'Alexandre de Sérigny, un jeune scientifique rencontré lors de sa traversée en mer. D'abord réticente, Rose-Gabrielle finit par accepter ce mariage arrangé, persuadée qu'elle retrouvera un jour Alexandre, qui lui promet de revenir régulièrement en Guyane.
Après son mariage, elle part s'installer dans la propriété de Petit Cayenne, l'exploitation de coton de son mari, où travaillent une soixantaine d'esclaves. Loin de se satisfaire d'une vie paisible d'épouse, elle s'investit dans la gestion du domaine, sous le regard peu amène du régisseur Granval, tandis que son mari se consacre à sa grande passion, l'astronomie, quand il n'est pas dans la caserne de son régiment. de son union avec Michel-Ange, une union pleine de tendresse mais sans amour, naîtront trois filles, Rose-Marie, Alexandrine et Victoire. L'amour, elle le vit dans les bras d'Alexandre chaque fois qu'il revient en Guyane, ainsi qu'il l'avait promis. Et quand il n'est pas là, ils s'échangent de longues lettres dans lesquelles Alexandre la tient informée de la situation en métropole, qui devient au fil des années de plus en plus préoccupante : réunion des États généraux, serment du Jeu de paume, prise de la Bastille, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, exécution de Louis XVI... Les nouvelles arrivent certes au compte-gouttes en Guyane, mais elles alimentent dangereusement les rumeurs, la colère, la contestation... et conduisent à une première révolte d'esclaves, réprimée dans la violence. Mais l'Histoire est en marche. C'est tout le mode de vie de la colonie qui est alors remis en question ainsi que la propre vie de Rose-Gabrielle, devenue veuve entre-temps : comment va évoluer la colonie ? Rose-Gabrielle pourra-t-elle rester en Guyane ? pourra-t-elle enfin vivre sa passion au grand jour ?
Ce roman mêle parfaitement bien l'histoire de la Guyane et la vie de Rose-Gabrielle. C'est à travers ses yeux que l'on perçoit le quotidien d'une colonie à des milliers de kilomètres de la métropole, la géographie du lieu, la répercussion des événements politiques, la condition féminine au XVIIe siècle... Au lieu de se révolter inutilement, Rose-Gabrielle en prend son parti : elle ne peut pas se marier avec l'homme qu'elle aime ? le système esclavagiste est remis en question ? Eh bien, elle fait avec : plutôt que de lutter en vain contre des éléments qu'elle ne maîtrise pas, elle en joue. Ainsi, tout en vivant sa passion avec Alexandre, elle témoigne de la tendresse pour Michel-Ange et son mariage arrangé débouche sur la naissance de plusieurs enfants. Par ailleurs, depuis la naissance de la colonie, la Guyane fonctionne selon le système esclavagiste et, depuis 1685, y est appliqué le "Code noir", cet ensemble de textes juridiques réglant la vie des esclaves noirs dans les îles françaises, lequel indique notamment que les esclaves sont des "biens meubles"... Ce n'est pas Rose-Gabrielle qui va transformer les choses d'un coup de baguette magique. Non, mais elle est juste et traite ses esclaves le plus correctement possible : elle est attentive à leur santé, elle leur donne des vêtements, elle essaie d'éviter autant que possible les punitions, etc. Malgré la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, il faudra attendre l'année 1794 pour que l'abolition de l'esclavage soit décrétée dans toutes les colonies françaises. Une belle initiative, mais qui ne fut pas sans conséquences : tous ces hommes et toutes ces femmes, subitement libres, qui n'avaient jusqu'alors connu que l'encadrement colonial, se sont retrouvés totalement démunis du jour au lendemain, sans accompagnement pour apprendre à vivre cette nouvelle liberté. Là encore, Rose-Gabrielle fait tout son possible pour aider ses anciens esclaves, leur préparant un contrat de travail, leur versant un salaire, leur octroyant la propriété de leur case… Des émeutes menées par des révolutionnaires attisant la colère des anciens esclaves menacent sa vie ? Eh bien, elle plie bagage et part à Boston avec ses enfants en attendant que la situation s'améliore. C'est une femme réaliste, dure au premier abord, mais elle a compris qu'il vaut mieux, tel le roseau, plier que rompre. C'est surtout une femme patiente, tenace et courageuse, qui entend bien vivre sa vie comme elle l'entend !
À travers la vie de Rose-Gabrielle et de ses proches, c'est toute l'histoire de la Guyane qui est retracée en filigrane depuis le départ des Jésuites jusqu'à la transformation de la Guyane en lieu de déportation d'opposants politiques (Collot d'Herbois, Billaud-Varenne, Pichegru...) et de prêtres réfractaires, sans oublier la calamiteuse expédition de Kourou de 1763 qui donna à la Guyane la réputation "d'enfer vert". En effet, la France avait déjà mis en place la traite négrière en Guyane, mais suite à la guerre de Sept Ans, le ministre Choiseul décida de peupler et de mettre en valeur les terres de cette colonie en poussant des milliers de personnes à s'installer sur ces terres lointaines et pleines de promesses. Las ! L'expédition, dirigée par M. de Turgot, gouverneur de la colonie, M. de Chanvallon, intendant, et M. Brûletot de Préfontaine, commandant, échoue : rien n'a été préparé pour accueillir les milliers de migrants qui arrivent en pleine saison des pluies. Résultat : beaucoup de morts (dysenterie, fièvre jaune, syphilis, paludisme) et les survivants décident en majorité de quitter cette terre maudite. Dans ce roman, Arnaud Privas est l'un de ces hommes, mais, lui, il restera en Guyane grâce à l'aide que lui apporteront des jésuites avant leur départ.
La Guyane, quelle que soit la période, est peu présente dans les romans historiques et c'est bien dommage, car c'est un pays à l'histoire originale, parfois tragique, fruit de ses spécificités (climat, géographie, peuplement…). Ce roman est donc intéressant à ce titre, mais aussi parce que cette histoire est décrite à travers le regard d'une femme, dont l'auteur trace un beau portrait, une femme déterminée et libre, malgré les apparences.
Merci aux Éditions De Borée.
Lien : http://romans-historiques.bl..
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afleurdemots
  13 mars 2015
1762. La guerre de Sept Ans vient de se terminer. En vertu du traité de Paris, la France se retrouve amputée d'un vaste empire en Amérique du Nord désormais aux mains des Anglais. Afin d'accueillir les immigrants chassés d'Arcadie et du Canada, le duc de Choiseul, alors ministre de la Marine, envisage de faire de la Guyane une grande colonie. Louis XV donne rapidement son accord au projet, tout en exigeant cependant que seuls des Blancs immigrent. Compte tenu de leur supériorité numérique, le souverain estime en effet que les Noirs auraient tôt fait de prendre le pouvoir s'ils venaient à se rebeller. Voulant ainsi se prémunir d'une telle éventualité, le roi impose donc ses conditions dans la conduite de cette entreprise.
Deux ans plus tard, les volontaires ne tardent pas à se bousculer pour rejoindre cette nouvelle colonie, alléchés par « le climat, la promesse d'une terre qu'un petit pécule suffirait à obtenir, la gratuité du voyage, de l'installation. » p.25 Parmi les candidats au voyage, un dénommé Arnaud Privas. le jeune homme, que plus rien ne retient dans sa Charente natale, échange une partie de ses écus contre un agrément et un titre de propriété. Au fil des jours, Arnaud se fait ainsi une place en Guyane. Sa force de caractère et les conseils avisés de deux jésuites lui permettent de ne pas faire partie des nombreuses victimes de cette colonisation à outrance, décimés par les maladies et la faim. Il travaille dur, s'adapte, apprivoise peu à peu cette terre au climat hostile et ses habitants.
Dans le même temps, en Guyane, Rose-Gabrielle, fille de bonne famille, est arrachée des bras de sa nourrice pour être envoyée parfaire son éducation dans un couvent à Toulouse. Bien plus qu'une simple nounou, Solitude s'est révélée être une véritable mère de substitution pour la fillette qui n'a gardé aucun souvenir de sa mère biologique, morte en couches. Afin de récompenser les longues années de fidélité et de services rendus par la jeune esclave, le père de Rose-Gabrielle décide de l'affranchir. Se sentant soudainement abandonnée, ne sachant que faire de ce cadeau empoisonné que représente cette liberté tout juste acquise, le destin de Solitude va alors croiser celui d'Arnaud. Entre la jeune esclave affranchie et le métropolitain fraichement débarqué, c'est le coup de foudre. Privée de Rose-Gabrielle, Solitude se raccroche à cet homme comme à une bouée de sauvetage. A peine leurs regards se sont-ils croisés que les deux ne se quitteront plus.
Dix ans plus tard, sur le bateau qui la ramène chez elle, Rose-Gabrielle se rapproche d'Alexandre de Sévigny, un jeune scientifique détaché en Guyane pour y étudier les moeurs locales. Entre les deux jeunes gens, c'est le début d'une relation tumultueuse, faite de sacrifices, de séparations et de retrouvailles successives qui durera toute leurs vies durant.
* * *
Si au vu des thèmes explorés par ce roman, la référence à l'oeuvre de Margaret Mitchell figurant en quatrième de couverture n'apparaît pas comme totalement illégitime, force est de constater que la raisonnable et réfléchie Rose-Gabrielle n'a in fine pas grand chose en commun avec l'impétueuse et flamboyante Scarlett O' Hara. Se décrivant elle-même comme « une femme dont le destin fut décidé par des hommes », Rose-Gabrielle apparaît comme une héroïne relativement effacée, manquant souvent de fougue et qui subira son sort durant une grande partie de sa vie. En ce sens, le parcours de cette Belle Créole, jalonné de drames et de turbulences, trouve un écho certain dans celui de sa terre natale, la Guyane.
« La Belle Créole » m'a ainsi davantage séduite pour son aspect de documentaire historique que pour ses personnages, auxquels j'ai globalement eu du mal à m'attacher. Car dans cette fresque historico-romanesque, force est de constater que la grande histoire prend régulièrement le pas sur la petite. Dépassés par les bouleversements de leur époque sur lesquels ils n'ont aucune emprise, les personnages d'Isabelle Artiges peinent à s'affirmer. Leurs histoires se diluent peu à peu dans celle, ô combien tumultueuse (et absolument passionnante) de la Guyane, qui s'impose rapidement comme le personnage central de ce roman. Avec un talent de conteuse hors pair, la romancière nous propulse avec brio dans une région où l'Histoire est plus que jamais en marche. Evitant l'écueil du manichéisme, Isabelle Artiges livre un tableau saisissant de l'histoire mouvementée de la Guyane dont elle retrace ici les grandes étapes : de l'épisode tragique de la tentative de colonisation massive (se soldant par un échec retentissant et la mort de milliers de colons), en passant par l'émancipation précipitée des esclaves après la Révolution, jusqu'au rétablissement de l'esclavage, sous Bonaparte.
Avec ce roman mené tambour battant, Isabelle Artiges nous offre ainsi un regard inédit sur les bouleversements qui secouèrent à cette époque la métropole ainsi que sur leurs conséquences insoupçonnés de l'autre côté de l'Atlantique. Elle démontre comment les évènements houleux qui se jouent alors en France ont des répercussions directes sur la vie de la colonie. La Révolution et les évènements qui s'ensuivent ne tardant pas à modifier en profondeur le fonctionnement de la Guyane, tandis que l'abolition de l'esclavage, réalisée dans la précipitation et sans aucune préparation, fait voler l'ordre social en éclats et paralyse le pays.
Mais la force de ce récit mêlant grande et petite histoire, tient aussi à l'élégance de la plume de son auteure et à son art méticuleux et précis de la description. On est emporté par cette écriture tout en raffinement et en finesse, et par la fulgurance de certaines phrases, à la fois gonflées de poésie et porteuses de sens, qui permettent de donner à cette succession de drames un goût moins insupportable, en apaisant ainsi l'amertume.
* * *
Bien que n'étant pas porté par une héroïne ayant le potentiel romanesque d'une Scarlett O'Hara, « La Belle Créole » n'en demeure pas moins une oeuvre passionnante, nous propulsant avec brio dans une région où l'Histoire est plus que jamais en marche. Mettant ainsi brillamment en lumière un pan méconnu de l'Histoire, Isabelle Artiges signe ici un récit à la fois richement documenté et remarquablement instructif, appuyé par un style de toute beauté.
Lien : https://lectriceafleurdemots..
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mimi5751
  19 février 2017
Lu sur iPad j'ai bien aimé mais il m'a laissé sur ma faim. Je le pensais mieux que ce que j'ai lu.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
afleurdemotsafleurdemots   13 mars 2015
Qu’allait faire sa famille d’une jeune fille de dix-huit ans éduquée, sans mère pour la soutenir, avec un père qui avait fondé un autre foyer ? Dans cette colonie où les femmes comptaient si peu, juste pour procréer, comme sa mère morte si jeune, remplacée si vite. Elle n’était qu’un ventre ! On allait la marier. Elle sentit soudain une bouffée de chaleur lui parcourir l’échine, envahir son visage. Elle posa sa main sur son front, prenait conscience de la situation. Elle se persuada si bien du projet de son père à son égard qu’au bout d’un moment elle n’en douta plus.
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afleurdemotsafleurdemots   13 mars 2015
Elle s’inquiétait pour son avenir et celui de ses filles. […] Elle aurait pu croire à une vue de l’esprit, à des extravagances d’intellectuels qui inventaient un nouveau monde pour se donner de l’importance. Après tout, Paris était si loin, de l’autre côté d’un immense océan, sur un autre continent. Il fallait se rendre à l’évidence, leurs idées avaient voyagé jusqu’ici à travers les journaux, les témoignages, les courriers comme ceux qu’elle recevait. Elle savait que les esclaves, eux aussi, avaient entendu le vent de la révolte mugir dans leurs oreilles. Dans leurs yeux si expressifs, elle lisait une lueur nouvelle
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afleurdemotsafleurdemots   13 mars 2015
Rose-Gabrielle sortait de dix années d’enfermement au cours desquelles elle avait appris l’utile et l’inutile, elle avait été moulée pour devenir une femme accomplie, on lui avait forgé une personnalité qu’au fond d’elle-même elle avait combattue.
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afleurdemotsafleurdemots   13 mars 2015
Il mesurait son goût de l’indépendance, sa force de caractère, anéantis par le poids des traditions et l’honneur d’une famille. Des sentiments de fierté et de pitié se mêlaient en lui, quand il la voyait poser son petit chapeau sur sa tête, repoudrer ses joues, disparaître dans la nuit. Elle était une femme libre dans un espace réduit. Lui traversait les océans et passait des frontières, riche d’une indépendance due à son sexe.
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afleurdemotsafleurdemots   13 mars 2015
A Toulouse, monsieur, j’ai eu là-bas l’occasion de lire Rousseau et Voltaire, je n’imaginais pas que je vivrais un jour les bouleversements qu’ils appelaient de leurs voeux.
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