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Roger du Pasquier (Traducteur)
EAN : 9782213007601
360 pages
Éditeur : Fayard (05/09/1979)
4.66/5   19 notes
Résumé :
" Si l'eau d'un étang reste immobile, elle devient stagnante, boueuse et fétide ; elle ne reste claire que si elle remue et coule.
IL en est de même de l'homme qui voyage " dit un proverbe arabe. Ce n'est pas tant la soif d'action qui anime Muhammad Asad que le désir d'aller à la rencontre de lui-même. Au terme de son voyage, il aura gagné un monde nouveau contre un ancien qu'il n'a jamais possédé. C'est là le sens de " ses errances " qui ne sont en réalité q... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Lazaro
  04 août 2012
Que dire de ce livre, ça fait déjà trois mois que je l'ai lu, et toujours un vif souvenir suspendu au bout de la langue, un arrière-goût nostalgique, fabuleux et frustrant.
Nostalgique, car ce monde décrit, ce monde où le mot-maître demeure la liberté, ce monde calciné entre les dunes, les cailloux et les montagnes d'où un message de paix jaillit d'un bédouin au 7 siècle : n'existe plus...
L'Arabie des hommes, d'abord, ces tribus disséminées, éparpillées dans un désert absolu, où les vents les plus torrides soufflent, où les conditions climatiques extrêmes dictent la vie des hommes ; Mohamed Assad décrit avec tant de tendresse ces fou du désert, avec tant d'admiration, ces "barbares", ces nomades, qui depuis la nuit des temps vivent dans une mystérieuse et ô normale symbiose avec le désert. Ces hommes ne sont plus aujourd'hui que les personnages d'un décor folklorique, du moins le pétrole et l'avènement de l'ère technologique ont profondément changé la vie des nomades.
Ce récit relate le voyage d'un jeune homme, autrichien et juif converti à l'islam dans une Arabie nouvellement pacifiée par al Saoud, ce roi charismatique dont Mohamed relate les exploits et les aventures ainsi que l'avènement et la prise du pouvoir de la dynastie al Saoud. En route, chevauchant à dos de chameau avec son fidèle compagnon, Zayd, le livre relate par flash-back, une jeunesse européenne nihiliste, désillusionnée par la guerre, prise aux ébats existentiels ainsi que sa découverte de l'islam (comme une évidence).
De même que Mohamed Assad décrit son voyage à travers tout le monde musulman, de la Libye senoussite jusqu'en Afghanistan, en passant par l'Iran, la Palestine, l'Egypte ou la Syrie.
Ce livre enfonce un glaive en vous, et laisse un souvenir indéniable. Enfin de compte, c'est un témoignage émouvant et unique sur un monde et une religion que les occidentaux ont dû mal à appréhender, mais c'est aussi un message d'amour envers cette culture et dans son dernier espoir, un message de paix et de tolérance...
Pour une fois, j'ai pu entrevoir le vrai visage de l'islam, loin des stéréotypes, dans un désert absolu d'où émane une profonde sensation de sérénité. Pour finir je citerai cet autre fou du désert, Théodore Monod : " Il faut savoir bien sûr, à la fin du chapitre, tourner la page et nous la tournerons. Nous n'en conserverons pas moins, nous les Sahariens, d'hier, quand notre désert sentira le pétrole, l'ardente et presque douloureuse nostalgie de celui qu'embaumaient les chatons d'or des mimosas, de celui qui arrachait à un Bédouin, perdu au coeur de cette effroyable immensité sans puits, mais devant l'aimable vert-bleu de quelques touffes de had sur un sable orangé, ces mots : Trab mounek!… Ah, le beau pays !"
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Flodopas78
  17 avril 2016
Dans son roman Boussole, Mathias Enard cite plusieurs fois Leopold Weiss, juif autrichien converti à l'Islam sous le nom de Muhammad Asad. Leopold Weiss raconte son expérience spirituelle dans le Chemin vers la Mecque, écrit dans les années 1955-56 et publié en France en 1976, avec une postface de l'auteur. Cette histoire de conversion est fascinante à bien des égards car elle montre que la soif de l'absolu, du divin, est fortement ancrée chez certains individus qui n'ont de cesse qu'ils n'aient trouvé leur « Terre Promise ». Insatisfait, déçu par les valeurs décadentes de l'Occident et son manque d'aspiration spirituelle, le jeune Leonard, reporter en herbe, se rend en Palestine, en 1922, chez son oncle, pour découvrir ce Moyen-Orient qui l'attire. A travers ses voyages comme reporter, il découvre l'Islam et est fasciné par la simplicité, l'accueil et la ferveur religieuse des arabes et leur sens de la communauté. Sa lente découverte de vérités nouvelles pour lui et son adhésion à l'Islam s'insèrent dans le récit de son dernier voyage par l'intérieur de l'Arabie vers la Mecque qui marque la fin de son séjour dans ce pays. Cet homme étonnant a été l'ami d'Ibn Saoud, fondateur de l'Arabie Saoudite, et a participé à la création du Pakistan dont il fut haut fonctionnaire. Cet autobiographie fascinante nous révèle un Islam autre, porté par la ferveur simple des Bédouins, écho d'un monde disparu : « l'Arabie décrite dans les pages qui suivent n'existent plus. Sa solitude et son intégrité se sont effritées sous le jaillissement du pétrole et de l'or attiré par le pétrole. Sa simplicité a disparu et, avec elle, une partie de ce qu'elle avait humainement d'unique. »
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enkidu_
  06 juin 2015
Plus qu'une "simple" autobiographique, c'est là une fresque réellement romanesque qui défie temporalité, spatialité et personnalités : on passe de l'Arabie à l'Europe de l'après-guerre - en passant par l'Iran, l'Afghanistan ou la Turquie -, on rencontre le bédouin et son roi, Ibn Saoud, ou encore les résistants sénoussis de la "Cyrénaïque" (ancienne appellation de la Libye), dont le mercuriale 'Umar Mukhtar, le tout saisonné d'une narration entrecoupée et d'imageries poétiques, avec pour fil principal la découverte des musulmans, et, surtout, de la religion islamique ; et l'écriture est en réalité assez "coranique", car la mémoire déchaîne des scènes colorées sans lien causal, au point de passer de son compagnon nomade Zayd à la situation de la Vienne de l'époque.
Plus qu'une autobiographie - et moins qu'un Texte sacré -, nous avons là le testament spirituel de l'Europe du siècle dernier, étreinte dans sa propre complexité - "mécanique", "économique", "marchande" -, et la tentative par l'un de ses représentants les plus singulier de la défaire de son propre danger.
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mega
  19 avril 2015
zosq
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Nicolosette
  30 novembre 2017
Qu'ajouter aux précédentes et excellentes critiques ? J'ai été touchée par ce destin hors du commun, par cet homme en quête de spiritualité qui a parfois une vision du désert et de l'Islam teintée d'esthétisme et de romantisme , mais c'était une autre époque ....
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   06 juin 2015
Dis-moi, frère, pourquoi les faranjis [occidentaux] se préoccupent-ils si peu de Dieu?

– C’est une longue histoire, lui dis-je, et cela ne peut pas s'expliquer en quelques mots. Tout ce que je peux te dire maintenant est que le monde des faranjis est devenu le monde du Dajjal, le Brillant, le Trompeur. As-tu déjà entendu parler de la prédiction de notre saint Prophète, selon laquelle, dans les derniers temps, la plupart des habitants du monde suivront le Dajjal, croyant qu'il est Dieu? »

Alors qu'il me regarde d'un air interrogateur, j'expose, avec l'approbation visible du cheikh Ibn Bulayhid, la prophétie relative à l'apparition de cet être apocalyptique, le Dajjal, qui sera borgne, mais doué de pouvoirs mystérieux à lui concédés par Dieu. II entendra de ses oreilles ce qui se dit aux coins les plus éloignés de la terre et verra de son œil unique des choses se produisant a des distances infinies ; il volera autour de la terre en quelques jours, amassera des trésors d’or et d'argent qu'il fera soudainement surgir du sol, fera tomber la pluie et croitre les plantes à son commandement, tuera et ramènera à la vie, de telle sorte que tous ceux dont la foi est faible croiront qu'il est Dieu Lui-même et se prosterneront devant lui en adoration. Mais ceux dont la foi est forte liront ce qui est écrit sur son front en lettres de feu : Négateur de Dieu, et ils sauront ainsi qu'il n'est qu'une imposture destinée a mettre a l'épreuve la foi de l’homme.

Mon ami le bédouin me regarde avec de grands yeux et murmure :

« Je cherche refuge en Dieu. »

Je me tourne vers Ibn Bulayhid :

« Cette parabole, ô cheikh, n'est-elle pas une description adéquate de la civilisation technique moderne? Elle est ‘’borgne’’, ce qui signifie qu'elle ne voit qu'un aspect de la vie, le progrès matériel, et ignore son aspect spirituel. A l'aide de ses merveilles mécaniques, elle rend l'homme capable de voir et d'entendre bien au-delà de sa capacité naturelle et de couvrir des distances illimitées à des vitesses inconcevables. Ses moyens scientifiques peuvent ‘’faire tomber la pluie et croitre les plantes‘’, de même qu'ils découvrent des trésors insoupçonnés sous la surface du sol. Sa médecine rend la vie a ceux qui paraissent condamnés a mort, alors que ses guerres avec leurs horreurs scientifiques détruisent la vie. Et son développement matériel est si puissant et si éblouissant que ceux dont la foi est faible se mettent à croire qu'il y a une divinité en elle. Mais ceux qui ont gardé la conscience de leur Créateur reconnaissent clairement que l'adoration du Dajjal équivaut à la négation de Dieu…

– Tu as raison, ô Muhammad, tu as raison ! s'écrie Ibn Bulayhid, me tapotant le genou avec excitation. II ne m'était jamais venu à l’esprit de considérer sous cette lumière la prophétie relative au Dajjal ; mais tu as raison ! Au lieu de comprendre que le progrès de l'homme et l'avancement de la science sont des effets de la bonté de notre Seigneur, des gens en nombre croissant se mettent à penser, dans leur folie, qu'ils sont des buts en eux-mêmes et sont dignes d'être adorés. »

Certes, me dis-je à moi-même, l’homme occidental s’adonne véritablement à l'adoration du Dajjal. II a depuis longtemps perdu toute innocence, toute intégration intérieure avec la nature. La vie lui est devenue une énigme. II est sceptique et donc isolé de son frère et solitaire à l'intérieur de lui-même. Afin de ne pas périr dans cette solitude, il doit s'efforcer de dominer la vie par des moyens extérieurs. Le fait d'être en vie ne lui donne plus de sécurité intérieure : il doit constamment lutter pour celle-ci, avec un effort renouvelé à chaque instant. Comme il a perdu toute orientation métaphysique et est bien résolu à s'en passer, il doit continuellement s'inventer des alliés mécaniques ; de là procède la poussée furieuse et désespérée de sa technique. Chaque jour il invente de nouvelles machines et donne à chacune d’elles quelque chose de son âme, de manière qu'elles luttent avec lui pour son existence. C'est assurément ce qu'elles font, mais en même temps elles lui suscitent de nouveaux besoins, de nouveaux dangers, de nouvelles craintes, avec une soif toujours inassouvie d'alliés nouveaux et encore artificiels. Son âme se perd dans l’engrenage toujours plus hardi, plus fantastique et plus puissant de la machine créatrice. Et la machine perd son véritable objectif – qui était de protéger et d'enrichir la vie humaine – pour évoluer jusqu’à être une sorte de divinité, un dévorant Moloch d'acier. Les prêtres et prédicateurs de cette divinité insatiable ne semblent pas se rendre compte que la rapidité du progrès technique moderne n’est pas seulement le résultat d'une croissance positive de la connaissance, mais aussi d'un désespoir spirituel, et que les grandes réalisations matérielles à la lumière desquelles l’homme occidental proclame sa volonté de parvenir à la maîtrise de la nature sont, au fond, d'un caractère défensif : derrière leurs façades brillantes se cache la crainte de l'Inconnu.

La civilisation occidentale n'a pas été capable d'établir un équilibre harmonieux entre les besoins corporels et sociaux de l'homme et ses exigences spirituelles. Elle a abandonné son ancienne éthique religieuse sans être capable de produire par elle-même aucun autre système moral, même théorique, qui la ramènerait à la raison. Malgré tous ses progrès dans le domaine de l’éducation, elle n'a pas pu surmonter la stupide disposition de l’homme à la proie des slogans, si absurdes soient-ils, que les démagogues croient devoir inventer. Elle a porté la technique de l'« organisation » au niveau d'un art, et néanmoins les nations de l'Occident démontrent quotidiennement leur totale incapacité de dominer les forces que les hommes de science ont suscités, et ils sont maintenant parvenus à un degré où les possibilités apparentent illimitées de la science vont la main dans la main avec un chaos à l'échelle mondiale. Privé de toute véritable orientation religieuse, l'Occidental ne peut pas bénéficier moralement de la connaissance – indéniablement – considérable que sa science lui prodigue. A lui peuvent s'appliquer les paroles du Coran :

Leur parabole est celle de gens qui ont allumé un feu ; mais lorsqu'il a répandu sa lumière autour d'eux, Dieu leur prit leur lumière et les laissa dans une obscurité où ils ne peuvent pas voir : sourds, muets, aveugles, et pourtant ils ne reviennent pas.

Cependant, dans l'arrogance de leur aveuglèrent, les Occidentaux sont convaincus que c'est leur civilisation qui apportera la lumière et le bonheur au monde... Aux XVIIIe et XIXe siècles, ils voulurent répandre l’Évangile du christianisme dans le monde entier. Mais maintenant que leur ardeur religieuse s'est rafraichie au point qu'ils considèrent la religion comme rien de plus qu'une musique adoucissante jouée en arrière-plan – qui peut accompagner, mais non influencer, la vie « véritable » – ils se sont mis à répandre l'évangile matérialiste du « genre de vie occidental » : c'est la croyance que tous les problèmes humains peuvent être résolus dans des fabriques, des laboratoires et dans les bureaux de statisticiens.

Et ainsi le Dajjal a établi son pouvoir... (pp. 268-270)
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enkidu_enkidu_   06 juin 2015
Tant d'opinions fausses sur l'Islam prévalaient en Occident. Ces idées occidentales courantes pouvaient être résumées ainsi : Le déclin des musulmans est dû principalement à l'Islam qui, loin d'être une idéologie religieuse comparable au christianisme ou au judaïsme, est plutôt un mélange impur de fanatisme d'hommes du désert, de sensualité grossière, de superstition et d'un fatalisme muet empêchant ses adhérents de participer au progrès de l'humanité vers des formes sociales plus élevées, au lieu de libérer l'esprit humain des chaines de l'obscurantisme, l'Islam les a plutôt resserrées ; en conséquence, plus vite les peuples musulmans seront émancipés des croyances et des règles sociales de l'Islam pour adopter le mode de vie de l'Occident, mieux cela vaudra pour eux-mêmes et pour le reste du monde...

Mes observations personnelles m'avaient maintenant persuadé que l'Occidental moyen se faisait de l'Islam une image extrêmement déformée. Ce que je lisais dans les pages du Coran n'était pas une conception du monde « grossièrement matérialiste », mais au contraire une intense conscience de Dieu s'exprimant dans une acceptation rationnelle de toute la nature créée par Dieu ; c'était une synthèse harmonieuse de l'intellect et des besoins des sens, des impératifs spirituels et des nécessites sociales. Il me devenait évident que la décadence des musulmans n'était due à aucune insuffisance de l'Islam, mais bien plutôt à leur propre incapacité de le vivre pleinement.
(…)
Quand ils méditaient cet enseignement du Prophète disant que Dieu n'a créé aucune maladie sans créer aussi un remède contre elle, ils comprenaient que, par la recherche de remèdes jusque-là inconnus, ils contribueraient à un accomplissement de la volonté de Dieu sur la terre. Il en résulta que la recherche médicale prit le caractère sacre d'un devoir religieux. Ils avaient lu ce verset du Coran : Nous avons créé toute chose vivante à partir de l'eau et, dans leur effort de pénétrer le sens de ces paroles, ils commencèrent à étudier les organismes vivants et les lois de leur développement. Ils posèrent de la sorte les fondements d'une science : la biologie. Le Coran désignait l’harmonie des étoiles et de leurs mouvements comme des témoignages de la gloire du Créateur ; dés lors les musulmans se mirent à l'étude de l'astronomie et des mathématiques avec une ferveur qui, dans d'autres religions, aurait été réservée seulement à la prière. Le système copernicien, qui démontrait la rotation de la terre autour de son axe et la révolution des planètes autour du soleil, fut élaboré en Europe au début du XVIe siècle (ou il souleva la colère des hommes d’Église qui y virent une contradiction de l’interprétation littérale de la Bible). Mais les fondements de ce système avaient été poses six siècles auparavant dans des pays musulmans. En effet, dés les IX et Xe siècles, des astronomes musulmans étaient arrives a la conclusion que la terre était sphérique et qu'elle tournait autour de son axe. Bon nombre d'entre eux ont même soutenu, sans jamais être accuses d'hérésie, que la Terre tournait autour du soleil. De même furent étudiées la chimie, la physique, la physiologie et autres sciences. A tout cela le génie des musulmans apporta une contribution impensable. Ils ne firent d'ailleurs rien d'autre que de suivre les injonctions de leur Prophète : A quiconque part à la recherche de la connaissance, Dieu rendra aise le chemin du Paradis ; le savant marche dans la voie de Dieu ; la supériorité du savant sur l'homme seulement pieux est pareille à la supériorité de la pleine lune sur tous les autres astres ; l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs.

Durant toute la période créative de l'histoire musulmane, correspondant en gros aux cinq siècles suivant le temps du Prophète, la science et l'instruction n'avaient pas de plus grand défenseur que la civilisation musulmane elle-même et aucune patrie plus sure que les pays où dominait l'Islam. (pp. 177-178)
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enkidu_enkidu_   05 juin 2015
En plus des Arabes, d'autres populations musulmanes attendaient de lui une revivification de l'idée de l'Islam dans sa plénitude par l'établissement d'un État où l'esprit du Coran règnerait en maître. Mais ces espérances furent déçues. A mesure que son pouvoir s'accroissait et se consolidait, il devenait évident qu'Ibn Saoud n'était rien de plus qu'un roi et que ses objectifs n'étaient pas plus élevés que ceux de tant d'autres autocrates orientaux avant lui.

Homme juste et bon dans ses affaires personnelles, loyal envers ses amis et alliés, généreux pour ses ennemis, bien plus doué intellectuellement que la moyenne de son entourage, Ibn Saoud, pourtant, n'a pas fait preuve de la largeur de vision et, dans la conduite des affaires, de l'inspiration que l’on aurait pu attendre de lui. Certes il a instauré dans ses vastes domaines des conditions de sécurité publique que l'on n'avait pas vues dans les pays arabes depuis le temps des premiers califes il y a plus d'un millénaire. Mais, à la différence de ces premiers califes, il y parvint par le moyen de lois rigoureuses et de mesures punitives plus qu'en inculquant a son peuple le sens de la responsabilité civique. II envoya quelques groupes de jeunes gens étudier a l'étranger la médecine et les télécommunications, mais il ne fit rien pour répandre le désir d'instruction dans l'ensemble de la population et pour la tirer de l'ignorance où elle était enfoncée depuis des siècles. II parle toujours, avec tous les signes extérieurs de la conviction, de la grandeur du mode de vie musulman, mais il n'a rien fait pour l’instauration d'une société juste et ouverte au progrès où ce mode de vie aurait pu trouver son expression culturelle.

II est simple, modeste et travailleur. Mais en même temps il cède au gout du luxe le plus extravagant et le plus insensé et tolère que son entourage agisse de même. Il est profondément religieux et s'acquitte à la lettre de toutes les prescriptions formelles de la loi islamique, mais il semble rarement songer au contenu spirituel et au sens de ces prescriptions. II accomplit avec une extrême régularité les cinq prières canoniques quotidiennes et passe en actes de dévotion de longues heures de la nuit, mais l'idée ne parait pas lui être jamais venue que la prière est un moyen et non un but en soi. Il aime parler de la responsabilité du souverain envers ses sujets et cite souvent cet enseignement du Prophète : « Chaque homme est un berger charge de responsabilité envers son troupeau. » Cela ne l'a pas empêché de négliger l'éducation même de ses propres fils, les laissant mal préparés à affronter leurs taches futures. Et lorsqu'on lui demanda un jour pourquoi il n'organisait pas son État sur une base moins personnelle, de manière que ses fils héritent d'un gouvernement solidement structuré, il répondit :

« J'ai conquis mon royaume à la pointe de l'épée et par mes propres efforts. Que mes fils accomplissent leurs propres efforts après moi. » (p. 165)
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enkidu_enkidu_   05 juin 2015
Je me souviens toujours d'une brève discussion que j’eus à ce sujet avec le Dr. Chaim Weizmann, leader incontesté du mouvement sioniste.
(…)
– Mais vous avez été absents de Palestine pendant près de deux mille ans ! Auparavant vous aviez dominé ce pays, et même seulement en partie, pendant moins de cinq cents ans. Ne pensez-vous pas que les Arabes auraient autant de droit de revendiquer l'Espagne, car, après tout, ils y ont exercé leur pouvoir pendant près de sept cents ans et ne l'ont tout à fait quittée que depuis cinq cents ans… »

Le Dr. Weizmann devenait visiblement impatient :

« Non-sens. Les Arabes avaient seulement conquis l'Espagne qui ne fut jamais leur véritable patrie. Ainsi ce ne fut que justice s'ils en furent finalement chasses par les Espagnols.

– Excusez-moi, répondis-je. Mais il me semble qu'il y a la une omission historique. Après tout les Hébreux étaient aussi des conquérants lorsqu'ils sont venus en Palestine. D'autres tribus sémitiques et non sémitiques y étaient établies longtemps avant eux : Amorites, Edomites, Philistins, Moabites, Hittites. Ces tribus ont continué à vivre là encore à I'époque des royaumes d’Israël et de Juda. Elles y vécurent toujours après que les Romains eurent chasse nos ancêtres. Et elles y vivent encore aujourd’hui. Les Arabes qui s’installèrent en Syrie et en Palestine après les avoir conquises au VIIe siècle ne furent jamais qu'une petite minorité de la population. Les autres, que nous appelons aujourd'hui les « Arabes » palestiniens ou syriens, ne sont en réalité que les habitants originels du pays qui furent arabisés. Certains d'entre eux devinrent musulmans au cours des siècles et d'autres restèrent chrétiens. Il y eut naturellement des mariages entre ces musulmans et leurs coreligionnaires d'Arabie. Mais pouvez-vous nier que la masse des habitants, musulmans au chrétiens, de la Palestine, qui parlent arabe, sont les descendants en ligne directe des habitants originels, originels en ce sens qu'ils vivaient dans ce pays des siècles avant l’arrivée des Hébreux ? »

Le Dr, Weizmann accueillit ma sortie avec un sourire poli et parla d'autre chose.

Je ne fus pas satisfait de l'issue de mon intervention. (pp. 91-92)
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enkidu_enkidu_   05 juin 2015
Les Wahhabites ne constituent certainement pas une secte séparée. Car une « secte » présupposerait l'existence de certains articles de foi différents qui distingueraient ses adhérents de la grande masse des autres croyants. Dans le wahhabisme, en effet, il n'y a pas: de doctrine particulière ; au contraire, ce mouvement fut une tentative de supprimer toutes les excroissances et doctrines rajoutées qui, au cours des siècles, s'étaient développées autour des enseignements originaux de l'Islam, et, de la sorte, de restaurer le message authentique du Prophète. Il y eut certainement, dans cette attitude de clarté sans compromission, une grande tentative qui aurait pu libérer l’Islam de toutes les superstitions qui l'avaient obscurci. Et tous les mouvements de renaissance dans l'Islam moderne – le mouvement Ahl-i-Hadith en lnde, le mouvement Senoussi en Afrique du Nord, l'œuvre de Jamal ad-Din al-Afghani et celle de l'Egyptien Muhammad Abduh – procèdent directement de l'élan spirituel donné au XVIIIe siècle par Muhammad ibn Abd al-Wahhab. Mais le développèrent de son enseignement dans le Nadjd a souffert de deux défauts qui l'ont empêché de devenir une plus grande force spirituelle. L'un de ces défauts est l'étroitesse avec laquelle il limite presque tous les efforts religieux à une observation littérale des prescriptions, négligeant la nécessite d'en pénétrer le contenu spirituel. L'autre défaut tient au caractère arabe lui-même et notamment à cette tendance à l'intolérance et a l'autosatisfaction ne reconnaissant a personne le droit d'être d'un avis diffèrent ; c'est une attitude aussi caractéristique du véritable Sémite que l'est son exact oppose, le relâchement en matière de foi. Il est tragique de voir que les Arabes doivent toujours osciller entre ces deux pôles et ne sont jamais capables de trouver le juste milieu. Autrefois – il y a quelque deux siècles – les Arabes du Nadjd étaient intérieurement plus éloignés de l’Islam qu'aucun autre peuple du monde musulman. Mais depuis Muhammad ibn Abd al-Wahhab, ils se sont regardés eux-mêmes non seulement comme les champions de la foi, mais presque comme ses seuls détenteurs.

Le sens spirituel du wahhabisme – aspiration a un renouveau intérieur de la société musulmane – commença de se corrompre presque au même moment où son objectif extérieur – instauration d'un pouvoir social et politique – était atteint avec l'établissement du royaume saoudite a la fin du XVIIIe siècle et son expansion sur la plus grande partie de l'Arabie au début du XIXe. Dès que les disciples de Muhammad ibn al-Wahhab eurent installe leur pouvoir, l’idée qui était à la base du mouvement se momifia. Car l'esprit ne peut pas être le serviteur du pouvoir et le pouvoir n'aime pas être le serviteur de l'esprit.

L'histoire du Nadjd wahhabite est celle d'une idée religieuse qui s'éleva d'abord sur les ailes de l'enthousiasme et de la ferveur puis tomba ensuite dans les basses terres de l'autosatisfaction pharisaïque, car toute vertu se détruit elle-même dès qu'elle cesse d'être sincérité et humilité : Harut et Marut ! (pp. 150-151)
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