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EAN : 9782072898839
Éditeur : Gallimard (07/01/2021)
4.01/5   50 notes
Résumé :
« Il y avait l’odeur des brochettes, les gars des tables Coca-Cola qui la sifflaient : t’es belle petite, le bruit sur le terrain d’en face avec les chants du Raja, l’équipe de foot de Casa ; il y avait le vent frais de janvier, le tintement des canettes qui s’entrechoquaient, les insultes, les crachats ; et il y avait Driss, là, sur le côté. Elle le voyait, géant sur ses jambes courtes, une main tranquille sur l’épaule du flic, et l’autre fouillant sa poche pour lu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Afleurdelivres
  17 avril 2021
Éblouissant premier roman tellement maîtrisé et émouvant. L'histoire d'un amour contrarié par la différence sociale avec en portrait de fond une jeunesse marocaine désillusionnée durant les années de plomb. Dans ce roman tout n'est qu'émotion, poésie, éveil des sens, images, odeurs, saveurs, sentiments ajoutés à un grand réalisme.
Maroc, 1994. Casablanca la blanche s'élève ondoyant sous une brise marine entre lumière et contre-jour étalant ses palais, les remparts ocre de la Médina, ses résidences huppées mais aussi sa misère la violence des bidonvilles celle qui fait honte, que l'on voudrait cacher, que l'on se cache. C'est là que Sarah une adolescente française « à la peau de terre cuite » vit avec sa mère du mauvais côté du fossé creusé par les inégalités sociales et qui renie ses origines au point « d'avoir la nausée lorsqu'elle croise les yeux des gens d'en bas ». Cette adolescente à la beauté tapageuse, très débrouillarde, use et abuse de ses « sortilèges de joliesse » avec ses poses sensuelles, ses sourires calculés et ses battement de cils exagérés. Menteuse et stratège, elle en apprend plus à l'école de la vie que sur les bancs du lycée. Faux self, faux mots d'amour elle joue de tous les artifices pour paraître et obtenir. Tout comme sa mère elle offre ses charmes contre quelques mets, boissons, vêtements et privilèges. Ne visant qu'à cacher sa pauvreté elle fréquente des amis du quartier huppé d'Anfa, tous plus ou moins paumés, ensemble ils rêvent d'un ailleurs et refont le monde depuis leur transat sur le sable, dans les cafés ou brasseries sous une chaleur propice à l'indolence. Les regards ont une importance capitale dans ce roman, les yeux qui scrutent ou ceux qui ne vous voient pas. Driss est de ceux là, de ceux qui ont un regard qui glisse sur les filles, alors Sarah ne voit plus que ces iris là « de thym et de laurier». Lorsqu'on lui apprend qu'il est « aussi riche que le roi » il devient son unique objet de désir malgré son physique ingrat. Elle qui envie les filles riches du lycée français, imagine son mariage avec lui et fantasme sur un palais majestueux aux jardins luxuriants avec des diamants au sol et d'un personnel à son service. Sa mère qui en a déjà bien assez à supporter son surpoids, ses amants et sa précarité se préoccupe peu d'elle. Quel destin possible pour ces dernières? Car être femme et pauvre constitue une double peine dans ce pays où des traditions sclérosantes condamnent à être dominée. L'écrivaine parvient à éviter les clichés et nous embarque avec justesse de sa très belle plume dans cette histoire d'un amour impossible, de cet amour pour lequel on scarifie les tables en bois du lycée du prénom de l'autre. Driss et Sarah. Pendant des mois « elle avait été lui, il avait été elle ». L'un est le refuge de l'autre. Au fond leur combat se ressemblent. Mais les parents de Driss voient cette relation d'un mauvais oeil. le face à face entre Sarah et la mère du jeune homme en pleine fête de l'Aïd est sensationnel d'ailleurs. Dès lors la réalité dévoile les murs qui les enferment calfeutrés jusque là par le déni. Un « Nous » unissant deux mondes opposés est-il possible ? Seront-ils un jour :
Libres de choisir
Libres d'agir
Libres de s'aimer? À quel prix...?
Dépaysant et bouleversant.


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alexb27
  11 mars 2021
Driss est aussi riche que le roi. Pour Sarah, adolescente des bidonvilles de Casablanca, il est l'Eldorado. La porte vers la richesse et la vie facile. Alors, même s'il n'a pas un physique facile (sauf ses yeux couleur thym), Sarah, dont la beauté est le seul bien, tente l'aventure, le séduit et le miracle opère : ils finissent par se trouver. Se reconnaissent. Se lient. Malgré leurs différences de milieu.
Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille au Maroc pendant les années de plomb. Chaque personnage de ce conte cruel va le comprendre à ses dépens...
Il n'est jamais simple de sortir de sa condition. Pas facile de rejoindre Anfa supérieur quand on habite à Hay Mohammadi !
Ce premier roman flamboyant dresse le portrait lumineux d'une arriviste attachante, qui essaie de se hisser par tous les moyens, dans une ville (un pays ?) marquée par une hiérarchie sociale indéboulonnable, où l'argent et les hommes sont rois.
Le couple d'amoureux, Driss et Sarah, joue sa partition avec précision, les seconds rôles (Yaya, Chirine, Alain, Badr, Abdallah...) sont parfaitement attribués et complètement représentatifs de la multiplicité sociale, culturelle, religieuse du Maroc.
La plume est virevoltante, l'histoire toujours passionnante. Enfin, le pouls de Casablanca bat à chaque page, celui de la société marocaine également, grâce aux descriptions détaillées, imagées de l'autrice, qui sonnent toujours justes.
Avec au final ce constat, amère, en déplaise à Charles Aznavour : Pas sûre que la misère soit moins pénible au soleil !
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MarcelineBodier
  11 juin 2021
C'est « un roman époustouflant et superbement écrit » : ces mots que je fais miens sans hésiter sont ceux de Claja Lisa B., fondatrice du Prix Bookstagram du premier roman francophone, décerné dimanche 6 juin à Aussi riche que le roi. J'ajoute que c'est peu dire qu'il m'a totalement enthousiasmée.⠀⠀
⠀⠀
C'est l'éternelle histoire du prince et de la bergère, mais avec un sacré cabossage du conte de fée au passage… C'est l'éternelle histoire de l'amour impossible entre un drôle de Montaigu et une Capulet improbable, qui s'aimeront peut-être, eux non plus. C'est un homme laid et riche, et une jeune fille belle et pauvre, un homme aux yeux de thym et une jeune fille qui ne veut pas devenir une prostituée obèse comme sa mère, un homme dont la jeune fille apprend tous les cratères du visage par coeur et une jeune fille dont l'homme accepte qu'elle le rassure, c'est un homme et une femme, c'est Driss et Sarah, et leur histoire s'avère poignante.⠀⠀
⠀⠀
C'est un roman très social, aussi, très ancré dans les rivalités exacerbées qui se jouent dans le Casablanca de 1994, entre bidonvilles où il ne fait pas bon vivre et quartiers riches qui ont l'avantage d'être riches, mais l'inconvénient qu'on y étouffe.⠀⠀
⠀⠀
C'est un premier roman, enfin, d'une jeune autrice qui entre directement dans mon Panthéon des découvertes à suivre.⠀⠀
⠀⠀
Lisez-le, et aussi... n'hésitez pas à faire des infidélités à Babelio pour bookstagram, par exemple en suivant le lien que je vous mets ci-dessous : on peut y faire de vraies découvertes !
Lien : https://instagram.com/prixbo..
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Bazart
  19 février 2021

Casablanca; années 90 : la jeune Sarah , adolescente de 16 ans, issue des quartiers les plus pauvres de la ville, est une française qui étudie au Lycée Français et qui se débrouille alors qu'elle n'a pas un dirham en poche.
Très vite, elle a appris à manier les armes de la séduction pour lui permettre de manger à sa faim, et d'acquérir les choses plus ou moins superflues qu'une adolescente convoite . Pour cela, elle est prête à tout, et même sortir avec Driss, dont le père serait selon les rumeurs, plus riche que le roi du Maroc, malgré un physique désavantageux, que Sarah finira par oublier, face à la gentillesse et la maladresse du jeune homme .
Peu à peu, Driss et Sarah vont se rapprocher, se comprendre en dépit de leurs différences et une proximité difficile à qualifier va se nouer entre eux.
Entre deux personnes qui semblent à des années lumières l'une de l'autre, quel est ce lien qui peut les unir ? Ce formidable premier roman d'Abigail Assor raconte l'histoire de deux gens gens a priori opposés qui vivent à Casablanca pendant les années de plomb.
Pas de balade touristique et encore moins un conte de fées à la 1001 nuits au programme, tant la plume d'Abigail Assor, incarné et coloré, lyrique et sensuelle, mordante et virvoltante, nous emporte bien ailleurs.
Une plume à l'image de cette ville qui ne ressemble à aucune autre, ville de contrastes aux rues ensoleillées et grouillantes où misère et richesse cohabitent dans un système quelque peu obsolète.
Les bruits, les odeurs, tous les détails sont retranscrits ici de manière saisissante . "Aussi riche que le roi" , c'est aussi le portrait très touchant d'une jeune fille dont le seule échappatoire face à sa condition sociale misérable est de jouer de ces charmes.
Et ce n'est pas évident dans un pays où la condition féminine est loin d'être reluisante et où la jeunesse désabusée et impuissante face au poids des traditions.
On n'oubliera pas de sitôt Sarah, héroïne à la fois solaire et mystérieuse dont on ne peut que tomber sous le charme pendant la lecture de ce très beau texte.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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KenzaAllouch
  05 février 2021
Dévoré littéralement en un jour, ce roman dont l'histoire se déroule entre les beaux quartiers de Casablanca et ses lointains bidonvilles, est un véritable cri de détresse d'une jeunesse mutilée, perdue et incomprise, indépendamment du toit sous lequel elle grandit.
Retour aux années 90, telle une pièce de théâtre trouvant sa mise en scène dans les alentours du lycée français de la ville, l'auteure fait côtoyer avec subtilité les deux extrémités de l'échelle sociale marocaine avec une description troublante de réalisme, à quelques détails près.
Le personnage de Sarah se veut détestable car superficiel et vénal. Mais dès les premiers chapitres, on se prend d'affection pour cette « petite » à l'histoire touchante. Sa rencontre avec Driss n'a rien d'une telenovela. Initialement motivée par ses ambitions d'ascension sociale, elle cède rapidement la place à un nouveau sentiment amplifié par l'écoute et la compréhension que lui témoigne ce garçon aux yeux de thym, aussi riche que le roi...
Avec malice et courage, Sarah se bat contre son destin, usant de la seule chose qu'elle possède : son corps. Elle y croit dur comme fer et se projette déjà dans sa future demeure surplombant les collines d'Anfa Sup. Se considérant plus intelligente que sa mère, elle est certaine de ne jamais reproduire ses erreurs.
Et moi lectrice, j'ai envie d'y croire. Je défile les pages les unes après les autres en quête du dénouement heureux. La notion du bonheur étant subjective, je recommande vivement ce livre à tous ceux en recherche d'évasion avec en bonus pour les casablancais comme moi, un retour trente ans en arrière dans les dédales des lieux mythiques de la métropole.
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critiques presse (2)
Culturebox   05 mars 2021
"Aussi riche que le roi", premier roman très réussi d'Abigail Assor, plonge dans la violence sociale du Maroc des années 1990 à travers le portrait d'une adolescente française, pauvre mais belle, en quête de vie meilleure.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   26 février 2021
Un premier roman qui dit la brutalité des rapports sociaux au Maroc à travers le regard d?une adolescente déclassée.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
bichonbichettebichonbichette   30 juillet 2021
Mais il ne voyait pas l’éclatante vérité : les chaînes qui nous ligotent, il vaut mieux les porter autour du poignet, en plaqué or. (p.204)
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bichonbichettebichonbichette   30 juillet 2021
A La Notte, devant Driss, c’était un cas d’urgence qui nécessitait l’emploi de la formule, et c’était la même chose, le même accent – car ce soir-là, elle mourrait sincèrement de faim, et brûlait elle aussi tout à la fois d’espoir d’une vie meilleure et d’une détresse immense, à l’idée qu’il comprenne, par cette détresse même, qu’elle ne l’aimait pas vraiment. (p.57)
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bichonbichettebichonbichette   30 juillet 2021
Dominer, je te jure, on dirait que c’est la langue nationale. Moi, si j’étais à ta place, si j’avais le passeport, je prendrais un avion, j’irais en France. Il paraît que, là-bas, tous les gens sont égaux. Tu te rends compte ? Là-bas, les gens sont égaux. (p.195)
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Olivia-AOlivia-A   07 janvier 2021
Tout, chez Driss, c'était l'argent ; sa langue, c'était l'argent, et pourtant Sarah avait oublié l'argent - le sujet de l'argent. Il y avait longtemps qu'elle n'avait plus rêvé de sa future villa à Afna Supérieur, avec des couronnes, des diamants sur le sol. Sa grande piscine couleur de ciel, la cognac dans les verres en cristal, les domestiques à renvoyer, le mariage en caftan fait de fils d'or sur les plateaux de cuivre au son des darboukas, elle les avait oubliés. Maintenant, l'horizon, c'était la peau.
C'était ce qu'elle avait pensé après les paroles de Chirine : que son horizon, maintenant, ce n'était plus l'argent, que c'était devenu la peau, leur peau à tous les deux puisque sa peau à elle, c'était sa peau à lui et vice versa. Ça n'avait l'air de vouloir rien dire comme ça, mais lorsqu'on a marché tous les jours de sa vie avec sa seule peau à soi, sa peau à soi seule dans les rues, dans les marchés noirs de monde, les bidonvilles, le poing serré, toujours prête à courir ou à insulter et que, du jour au lendemain, on se retrouve avec une autre peau constamment à côté de soi, dans le calme d'une petite maison près de l'eau qui ondule, une peau qui ne dit rien, qui joue au 1000 bornes, qui accepte, qui n'exige pas et qui donne, alors on ne sait plus comment faire pour vivre comme avant, sous sa peau de solitude - elle ne suffit plus. On ne sait même plus faire sereinement un pas près de l'autre dans la turbulence du dehors. A force d'être là, tous les jours, silencieux à côté d'elle, Driss était devenu l'air et il était aussi le sol.
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Olivia-AOlivia-A   07 janvier 2021
La fois suivante, c'était à La Notte. Yaya était passé la prendre dans un taxi - parfois, il avait un taxi. C'est à un frère, il disait, on fait ness-ness - ça signifiait moitié-moitié, et c'était aussi comme ça qu'on appelait les cafés au lait. Depuis que Sarah avait compris que les garçons payaient des cafés à l'infini pour qu'elle reste assise devant leurs yeux à une table du Campus, elle commandait un ness-ness après l'autre, les buvant d'un trait pour immédiatement agiter la main vers le serveur et relancer fièrement : un ness-ness ! Pour le dire bien, il fallait n'en prononcer que les consonnes, ce qui demandait de la violence, un mouvement sec de la tête, comme un guépard sur le qui-vive, un guépard qui, soudain, sortait une langue de serpent fendue à l'extrémité, et attaquait, sifflant : un ness-ness. Elle répétait frénétiquement le jeu, inépuisable. En face, le garçon la regardait gesticuler ainsi, vider la tasse, lever le bras avec empressement, tapoter la table sale de ses doigts impatients, irritée jusqu'à, enfin, l'arrivée d'un nouveau ness-ness et la reprise instantanée du petit cirque. Quand l'envie de vomir commençait à la prendre et qu'elle demandait de la Sidi Ali, la conversation pouvait commencer.
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