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Isabelle Caron (Traducteur)
EAN : 9782253121763
539 pages
Le Livre de Poche (30/05/2007)
3.73/5   256 notes
Résumé :
Parce qu'il a été témoin d'un violent accrochage entre deux automobilistes, Jackson Brodie, dont nous avons fait connaissance dans "La Souris Bleue", va se trouver propulsé dans une série d'aventures incroyables.
"Les choses s'arrangent..." est un thriller, une comédie noire et une satire de la vie contemporaine britannique. Kate Atkinson y brocarde, entre autres, le théâtre d'avant-garde, une certaine littérature populaire, les promoteurs immobiliers, les no... >Voir plus
Que lire après Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieuxVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Kate Atkinson aime mélanger les genres. Avec le retour de son héros Jackson Brodie, la talentueuse anglaise s'y atèle de manière fort réjouissante. Brodie est le témoin avec d'autres d'un banal accrochage entre deux voitures qui tourne rapidement au vinaigre, mais certaines personnes présentes ont intérêt à prendre la poudre d'escampette. L'aventure est lancée, Atkinson aussi.
On se perd au début dans la multitude de personnages et de situations, mais très vite ces talents de conteuse font merveilles. Les histoires en apparence sans point commun s'imbriquent les unes aux autres.
L'écriture chez Atkinson est toujours aussi plaisante, elle manie l'humour, la dérision mais aussi les scènes plus dures avec le même effet. Elle en profite pour raillier le monde artistique ou encore les privilégiés de la vie mais elle mets aussi le doigt sur des sujets plus sensibles (l'exploitation sexuelle, la solitude et la difficulté de tisser un lien ne serais-ce que social). Alors le ton se fait plus grave, plus acide. Un festival d'émotions contradictatoires qui une nouvelle fois fait de son roman une belle réussite. Pour ma part, c'est avec le même entousiasme que je retrouve cette auteure.

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En plein festival d'Edimbourg, Jackson Brodie, ancien policier devenu rentier grâce à un coquet héritage, est témoin d'un banal accrochage entre deux automobilistes. L'incident prend cependant une tournure violente lorsque l'un des conducteurs frappe l'autre avec une batte de base-ball avant de prendre la fuite. Cette agression, qui semble fortuite, est peut-être cependant au coeur d'un enchevêtrement de situations à la fois rocambolesques et dramatiques qui ne doivent rien au hasard...
Au début, il faut accepter de se sentir un peu perdu, tant les différents personnages et leurs histoires semblent n'avoir aucun lien entre eux, mais évidemment on se doute que tout est lié. D'ailleurs, on réalise rapidement que la construction est parfaitement maîtrisée, et les pièces du puzzle s'emboîtent peu à peu pour laisser apparaître la vue d'ensemble.
Et ce panorama de la société britannique n'est d'ailleurs pas joli-joli : pouvoir de l'argent, arrogance des riches, corruption, projets immobiliers pourris, réseau d'exploitation de jeunes femmes d'Europe de l'Est,... Comme si cela ne suffisait pas, Kate Atkinson charge encore la barque en brocardant les relations familiales (couple, parents-enfants), le théâtre d'avant-garde, une certaine littérature policière désuète, le monde de l'édition et de la promotion littéraires.
Si le trait est la plupart du temps drôle voire féroce, l'auteure fait preuve aussi d'empathie envers ceux de ses personnages empêtrés dans leur solitude et leurs difficultés à créer un lien social ou amoureux.
Avec sa savoureuse galerie de portraits, son ton incisif et ses péripéties incessantes, « Les choses s'arrangent... » est un roman plus profond qu'il n'y paraît, à la fois polar et comédie satirique, qui garantit une lecture jubilatoire.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Ceux qui ont l'amabilité de me suivre savent que cette critique s'intègre dans un dispositif exploratoire plus large requérant une rigueur et un esprit scientifique des plus élevés. Pour les autres, il vous faudra apprendre que, lors de ma lecture de la Souris bleue, j'ai constaté d'étranges phénomènes que j'ai, en attente de définition plus appropriée, appelés « contaminations ». L'environnement immédiat dans lequel j'ai baigné ce roman (ma bibliothèque) a en effet paru avoir une influence certaine sur le déroulé de ce dernier.
Mue par une soif inextinguible de connaissance, armée d'une méticuleuse détermination, j'ai entrepris de poursuivre l'expérience avec la suite Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux, en m'attachant particulièrement aux intrants que je mettrais en contact avec l'objet de mon étude. J'ai donc laissé le livre au pied de mon lit. Ca a l'avantage de limiter le nombre d'objets influenceurs à ceux qui attendent d'être lus et de rendre le roman tout à fait accessible à la consultation.
Aguerrie par la fréquentation antérieure de la Souris bleue et bardée de toute ma résolution, je ne me suis pas laissée démonter par l'incipit qui met en scène une malencontreuse collision à Edimbourg entre deux voitures et la sévère bastonnade qui s'en suit. Cela ne sera qu'une digression avant même le début me suis-je dit. J'ai sagement attendu que Jackson Brodie surgisse. Bon, ça a mis un peu de temps. Mais dans la Souris bleue aussi. Sa présence en Ecosse s'explique par le rôle mineur qu'a décroché la belle Julia dans une avant-gardiste et conséquemment confidentielle mise en scène à l'occasion du fameux festival de théâtre d'Edimbourg. Dans la programmation off, bien sûr. Aux frais de Brodie qui régale toute la compagnie, forcément.
Outre notre ami Jackson, nous rencontrons très vite le falot Martin, l'insupportable Richard Moat, pseudo comique et véritable pique assiette, la délaissée Gloria et quelques autres personnages qui se sont présentés comme autant d'occasion de digresser. Mais vous pouvez compter sur moi, je les avais à l'oeil !
Page après page, j'ai guetté. C'est le petit Martin qui m'a semblé très vite attirer tous les soupçons. Caché sous un pseudonyme ronflant, c'est l'auteur d'une série de romans policiers parfaitement lisses et conventionnels. Son existence désespérément morne et ses aspirations à commencer enfin à vivre en faisaient, d'après mon expertise, le support idéal à moultes échappées narratives.
Mais tenir une piste ne veut pas dire que l'on doit lâcher les autres et c'est donc un oeil sur les potentielles élucubrations de Martin et le second balayant le sort de tous les autres personnages que j'ai continué ma lecture. C'était assez inconfortable et il faudra que je provisionne le budget pour quelques séances d'orthoptiste suite à cette expérience mais que voulez-vous, la science n'a pas de prix. Et, sachez-le, chers amis, l'effort et la peine sont toujours récompensés. Je commençais à fatiguer légèrement de l'oeil gauche lorsque le narrateur a confessé la passion de Brodie pour… les chevilles. Ah mon bonhomme, tu es fait comme un rat ! me suis-je exclamée en mon for intérieur. Car il n'aura pas échappé au fin limier que je suis que, dans la Souris bleue, ce sont les pieds qui animent les fantasmes de notre ex-inspecteur ! Des pieds aux chevilles, insidieusement, la projection fantasmagorique nous baladait. Était-ce la station au pied de mon lit qui expliquait que ce livre ne puisse contenir de fantasme pédique et qu'il lui faille migrer vers l'articulation du dessus : la cheville ? le tome suivant continuerait-il la migration fétichiste et un chemin vers le genou, la hanche, la rate, l'appendice, que sais-je ? se dessinait-il ? Oh comme tout ceci est palpitant !
Pendant que je me livrais à ces doctes réflexions, la narration continuait d'avancer. Un mort, des bagarres, des voitures aux vitres sombres… tout ça sentait son polar traditionnel mais n'allait pas me duper longtemps. Aiguillonnée par cette fructueuse première piste, je cherchais le moment où ma housse de couette, mon réveil, mon oreiller peut-être, allaient faire irruption dans l'intrigue. Intrigue, qui je dois bien l'avouer, commençait à ressembler à vraiment n'importe quoi. Pas tant du côté des digressions même si ce brave Martin yoyotait grave, mais pas à la manière abyssale d'Amélia dans la Souris bleue, c'était une forme d'azimutage plutôt horizontale, comme s'il faisait des ronds dans l'eau dans une pataugeoire…, non pas tant du côté des digressions donc que de la probabilité des événements narrés. Sans vouloir tout vous raconter, vous le découvrirez vous-mêmes avec plaisir je l'espère, les coïncidences succèdent aux invraisemblances avec une décontraction qui frise la provocation. Des personnages qui n'ont rien en commun se retrouvent reliés par une chaine causale hautement fantaisiste tandis que les attentes les plus légitimes quant à ce qui devrait normalement se produire sont systématiquement déçues. C'en est au point que Jackson lui-même finit par en avoir la puce à l'oreille : « il se dit trop c'est trop, vraiment. Quand l'homme à la Honda [bip bip bip (je censure pour pas vous gâcher le suspense)], Jackson commença à se demander s'il participait à un nouveau genre d'émission de téléréalité, un cocktail de Caméra invisible et de jeu de rôle dont les participants s'amusent le temps d'un week-end à jouer le détectives après un meurtre fictif. » Et notre détective préféré de supposer que rien de ce qu'il a vécu n'est réel…
Voilà, voilà… donc maintenant, on a un personnage de papier, le principal si l'on veut, qui ne croit pas à la réalité de ce qu'il vit. Et il serait difficile de le détromper car, effectivement, on ne peut pas dire que la vraisemblance soit la qualité majeure des événements relatés…

Mais… Mais… Mais… un doute m'étreint…

Ciel ! Je me suis fait berner comme un bleu ! Là où je traquais la piste des digressions fantaisistes, c'est au coeur de l'intrigue que mon lit s'en est pris !
Il parait qu'il y a une suite… je vous avoue ressentir une certaine lassitude face à tant de forfanterie et réclame une pause dans cette traque impérieuse. C'est qu'il faut s'attendre à tout et que la fiction est un adversaire redoutable ! Mais je n'ai pas dit mon dernier mot et j'y reviendrai, vous verrez, un jour, j'y reviendrai !
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Passionnant et jubilatoire !
« C'est ce qui s'appelle un imbroglio policier, hein ? dit joyeusement Clare à Martin. C'est paru dans les journaux, vous savez. Votre mort. »
On peut prétendre qu'il s'agit d'une enquête policière. A mon avis, c'est beaucoup plus que ça. L'enquête, si enquête il y a n'est qu'un prétexte, d'ailleurs on y suit beaucoup plus les témoins de « l'incident » que ses enquêteurs. C'est plutôt une formidable galerie de portraits, de sentiments et de situations qui s'enchaînent, sans liens apparents au début, pour, au final, constituer un récit parfaitement cohérent.
« L'écrivain avait des poupées gigognes, des matriochkas…alignées sur le rebord de la fenêtre, elle les époussetait chaque semaine. Parfois elle les rangeait les unes dans les autres, jouait avec comme lorsqu'elle était gamine. » C'est bien ça, une brillantissime histoire de poupées russes avec des prénoms russes : Tatiana, Sophia, Irina et d'autres qui ne le sont pas : Gloria, Julia ou Louise.
Une comédienne qui ne joue pas beaucoup tout en se la jouant quand même beaucoup, un homme d'affaires louches qui fait un arrêt cardiaque pendant une séance avec une call-girl, sa future veuve déjà sereine, un comique qui ne fait plus rire, une brute qui fracasse tout sur son passage, un adolescent rebelle qui fait le désespoir de sa mère, des théâtreux confidentiels qui se prennent au sérieux, un écrivain à succès mais mal aimé et introverti, une policière dont la vie n'a rien d'un long fleuve tranquille entre l'adolescent évoqué plus haut, un chat aveugle et arthritique ainsi que l'urne funéraire de sa mère et, pour finir, un ancien flic qui vit de ses rentes et avec la susdite comédienne tout en n'aimant pas le théâtre d'avant-garde . Ajoutons une entreprise de nettoyage dont le nom (« Faveurs »), le slogan (« Nous Faisons Tout ce que Vous Voulez ») et la caractéristique de ses techniciennes de surface (un peu trop jeunes, un peu trop jolies, un peu trop étrangères) pourraient laisser à penser qu'elle n'est pas tout à fait ce qu'elle prétend être.
N'omettons pas le cadre. Edimbourg, ses lotissements huppés ou bon marché et son château, Edimbourg, ses pubs et son Royal Mile. Edimbourg pendant le Festival où la comédienne a, pour une fois, décroché un rôle :
« La pièce intitulée "A la recherche de l'équateur au Groenland" était tchèque (ou peut-être slovaque, Jackson n'avait pas vraiment prêté attention), un truc existentialiste, abstrait, impénétrable qui ne concernait ni l'équateur ni le Groenland (ni d'ailleurs la moindre recherche). »
Ce qui ravit, bien sûr, Jackson, son compagnon :
« Tout ce qu'il savait du Festival d'Edimbourg remontait à la fois où il était tombé par hasard sur une émission de télé tardive, où un tas de branleurs bobos débattaient d'un spectacle d'avant-garde prétentieux. »
Prétendre que le théâtre d'avant-garde se tire à son avantage de ce roman serait assez peu conforme à la vérité. Néanmoins, en étant très positif, on pourrait considérer qu'il ne s'en sort pas beaucoup plus mal que la promotion immobilière ou que l'édition. On retrouve aussi un des thèmes favoris de l'auteure : famille je vous hais, dans les relations habituelles les plus conflictuelles : couples, mère-fille, mère-fils. On passe du drame à la plus folle comédie, on apprécie l'ironie distanciée ou l'humour féroce dont personnages et microcosmes font les frais. De coïncidences en quiproquos, de sourires en francs éclats de rire, le plaisir nous guide jusqu'à la fin de cette mécanique parfaite qui laisse son lecteur époustouflé, ravi et déçu de n'avoir plus rien à lire que la page des remerciements.
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Lors du Festival d'Edimbourg, Paul Bradley, qui circule à bord d'une voiture de location, est victime d'un accrochage avec une Honda. le conducteur de celle-ci sort de son véhicule et commence à tabasser Bradley à coups de batte de base-ball.

Parmi les témoins de cet incident, trois personnes nous intéressent: Martin Canning, Gloria Hatter et Jackson Brodie.

Martin est le seul à intervenir pour aider Bradley: grâce au lancer de sa sacoche, contenant son ordinateur portable, il parvient à faire fuir l'agresseur. Pris pour un ami de Bradley par les constables qui arrivent sur place, Martin se retrouve plongé dans l'intimité d'un homme qu'il ne connaît pas du tout. Pourtant, d'habitude, il mène une vie assez tranquille: ancien professeur de science des religions, il écrit des romans policiers rétro sous le pseudonyme d'Alex Blake.

Gloria est une femme au foyer originaire du Yorkshire. Elle vit à Edimbourg, dans une superbe propriété, mais est déçue par son mariage avec Graham, un homme d'affaires fortuné, insipide et malhonnête de surcroît. A 59 ans, Gloria n'ose plus espérer d'amélioration de son existence, lorsqu'elle apprend que Graham est à l'hôpital, où il va probablement mourir: il a été victime d'une crise cardiaque lors d'une séance sado-masochiste avec une call-girl russe. Loin d'être dévastée par ce drame, Gloria prend la nouvelle avec calme et détachement et attend avec impatience le décès de son époux.

Jackson Brodie accompagne Julia, sa petite amie, au Festival, où celle-ci joue un spectacle. Livré à lui-même pendant les répétitions, Jackson erre dans la ville où il est d'abord témoin de la mésaventure de Bradley. Après cela, il décide d'aller traîner du côté de Cramond, paisible faubourg de la ville. Mais même là, le sort semble s'acharner sur le pauvre Jackson: il y trouve le corps d'une jeune femme juste avant qu'il ne soit emporté par la marée. Quand les policiers, dont Louise Monroe, arrivent sur place, Jackson est considéré comme le principal suspect du meurtre.



J'ai énormément apprécié ce roman de Kate Atkinson et je me suis sans doute, au passage, habituée à son assez spécial, puisque ce récit m'a moins mise mal à l'aise que celui de When Will There Be Good News?; pourtant, les personnages de One Good Turn ne sont pas moins noirs et déprimants. Il faut dire aussi que ce roman-ci fait la part belle aux aventures de Louise et de Jackson, que j'avais déjà beaucoup apprécié dans le précédent roman de l'auteure.

On assiste dans One Good Turn à la rencontre entre Louise et Jackson, et la tension sentimentale qui existe entre ces deux-là donne envie de les voir former un couple: il semble qu'ils soient bien assortis, même si Louise apparaît un peu comme une célibataire endurcie alors que Jackson semble plus romantique. Leurs différents entretiens au fil de l'histoire sont donc plus légers que le reste de l'histoire, puisque l'on s'attend à tout moment à une invitation à dîner, à une sortie quelconque... qui n'arrive pas!

Les personnages secondaires sont également très intéressants. Gloria est d'un cynisme tout à fait réjouissant: elle paraît tellement peu concernée par les mésaventures de son mari que ce détachement ne choque même plus mais, au contraire, finit par sembler tout à fait naturel. Martin, quant à lui, semble mystérieux dès le début. Il semble impossible qu'il ne soit qu'un petit écrivain très discret et l'on se doute que le personnage cache quelque chose de pas très net. Si le destin de Gloria dans les toutes dernières pages surprend, celui de Martin semble donc tout tracé.

Au final, One Good Turn est un excellent divertissement, malgré son côté très noir, sa violence, et le fait qu'une enquête pour meurtre anime le fond du récit. C'est peut-être d'ailleurs là tout le talent de Kate Atkinson: nous faire sourire malgré la mélancolie et le désespoir de certains passages de son récit. de plus, grâce à son ironie cinglante, l'auteure accroche tout de suite l'attention du lecteur. le roman se lit donc vite malgré ses 500 pages.

A découvrir de toute urgence!
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Graham n'aimait pas les animaux, il n'y en avait jamais eu dans la maison car il prétendait souffrir d'une grave allergie aux poils et aux plumes. Gloria n'avait jamais remarqué la moindre preuve ni le moindre indice d'une allergie chez Graham. Une fois, elle avait pris des poils appartenant au chat d'un voisin - la pauvre bête avait un genre d'alopécie, il suffisait de le caresser et il vous restait une poignée de poils dans la main -, les avait mis sous l'oreiller de Graham et avait passé la moitié de la nuit à observer ce qui se produisait, mais il s'était réveillé le lendemain matin frais comme la rosée et avait déclaré ; "Je me mangerais bien deux oeufs pochés." Gloria pensait que ses enfants seraient devenus des personnes plus agréables s'ils avaient été élevés avec un chien.
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Durant son séjour trop bref à l'université, se souvint elle, elle était opposée à la peine de mort, elle avait manifesté contre une exécution dans quelque pays lointain qu'elle aurait été bien en peine de situer sur une carte, mais maintenant elle avait viré de bord.
Gloria aimait les règles, les règles étaient une Bonne Chose. Gloria aimait les règles qui interdisent de rouler trop vite ou de se garer sur les doubles lignes jaunes, les règles interdisant de jeter des immondices et de dégrader les bâtiments. Elle en avait ras la casquette d'entendre les gens se plaindre des radars de vitesse et des contractuelles comme s'il existait une seule raison pour qu'ils en soient exemptés. Dans sa jeunesse, elle fantasmait sur le sexe et l'amour, se voyait élever des poules et des abeilles, s'imaginait, plus grande, courant à travers champs avec un colley noir et blanc. Aujourd'hui, elle rêvait d'être la gardienne qui se tenait aux portes avec le grand registre, cochant les noms des morts à mesure qu'ils se présentaient devant elle, hochant la tête à celui-ci ou baissant le pouce devant celui-là. Tous ces gens qui se garaient sur des arrêts de bus et grillaient les feux sans tenir compte des passages piétons allaient tirer une sale tête quand Gloria les toiserait par-dessus ses lunettes et leur demanderait de se justifier.
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C'était calme, dans l'unité de soins intensifs :le rythme de vie était plus lent et plus dense que dans le monde extérieur. Gloria regretta de ne pas savoir tricoter, elle pourrait se rendre utile en attendant que Graham meure. La tricoteuse* des soins intensifs.
Elle contempla la poitrine de Graham qui s'élevait et s'abaissait régulièrement, son visage dénué d'expression. Il avait l'air plus petit. Il perdait de son pouvoir, se ratatinait, il n'était plus un demi-dieu. Ils sont tombés les puissants ! Graham émit un petit bruit, un susurrement, comme s'il parlait en rêve. Gloria lui caressa la main du revers des doigts et éprouva un certain regret. Non pas tant pour Graham l'homme que pour Graham le petit garçon qu'elle n'avait jamais connu, un garçon en culottes courtes de flanelle, chemise grise, cravate et casquette d'écolier, un garçon qui ignorait tout de l'ambition, de l'enrichissement et des call-girls. "Quel pauvre con tu fais, Graham", fit-elle, non sans un soupçon d'affection.
* En Français dans le texte.
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La pluie régulière et têtue qui avait accompagné son trajet vers le nord n'avait commencé à se calmer que lorsqu'il avait atteint les faubourgs de la ville. Elle n'avait pas du tout découragé les foules : il ne lui était pas venu à l'esprit que le Festival d'Edimbourg battrait son plein et que les rues grouilleraient de gens comme si on venait d'annoncer la fin d'une guerre. Tout ce qu'il savait du Festival d'Edimbourg remontait à la fois où il était tombé par hasard sur une émission de télé tardive, où un tas de branleurs bobos débattaient d'un spectacle d'avant-garde prétentieux.
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Gloria avait préparé des casse-croûte pour Graham. C'était il y a des lustres, quand le monde était beaucoup plus jeune et que Gloria s'enorgueillissait de confectionner des petits gâteaux "sur tôle", des friands à la saucisse et de remplir des petites boites Tupperware de laitue, de tomates et de bâtonnets de carotte, tout ça pour que Graham l'enfourne machinalement sur une aire de stationnement. Si ça tombe, il jetait le contenu des petites boites Tupperware dans la poubelle la plus proche et se tapait des stampi avec des frites dans un pub en compagnie d'une poule. Gloria se demandait parfois où elle était à l'avènement du féminisme : vraisemblablement dans la cuisine en train de préparer des casse-croûte originaux.
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