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Critique de kuroineko


A qui se délecte avec la littérature japonaise, le nom de Corinne Atlan dira forcément quelque chose. C'est grâce à elle, et à ses collègues traducteurs et traductrices, que nous avons la possibilité de lire, découvrir, nous émerveiller avec les oeuvres venues de l'archipel japonais. Nippophile mais non nippophone, je ne les remercierai jamais assez de leur extraordinaire travail.

Concernant l'auteure-même, je me suis rendue compte que la littérature japonaise a surgi et changé ma vie de lectrice avec deux de ses traductions : le miroir des courtisanes d'Ariyoshi Sawako et, surtout, Kafka sur le rivage de Murakami Haruki qui fut comme une révélation en 2006.

Le beau titre qu'a choisi Corinne Atlan, le pont flottant des rêves, renvoie d'emblée à la littérature de l'archipel, où cette image revient souvent, du Dit du Genji à Tanizaki. Ce pont flottant, ce pourrait également être l'acte de traduire d'une langue à l'autre, voire la traductrice elle-même qui par sa connaissance de la langue japonaise, entre autres qualités nécessaires, jette ce pont vers les lecteurs français et francophones comme on rapproche deux rives.

Elle revient d'ailleurs à plusieurs reprises sur cette idée - ce besoin même pour elle - de transmettre, de passer, de faire rencontrer auteur japonais et lecteur français. Aussi imparfaitement soit-il, explique-t-elle, car la traduction n'est pas affaire de "simple" technique de fidèle reproduction de l'original. Comment rendre les particularités de chaque écrivain, celles du système d'écriture japonais mêlant idéogrammes et deux syllabaires qui permettent tant de nuances, la musicalité des phrases, etc? Sans compter que le lectorat destinataire ne possédant pas toutes les clés de compréhension de la culture nippone, il appartient aussi au traducteur d'éclairer ces aspects proprement japonais.

"Pourtant, si impossible, si imparfait que soit l'acte de traduire,《quelque chose》passe dans le miroir tendu de la littérature, quelque chose d'indéfinissable et d'essentiel." (page 85).

Parcours de vie et de travail, récit de voyages, réels ou immobiles à travers les livres, réflexions sur l'humanité, sur ce qui rapproche les êtres de culture, nationalité ou temporalité différentes, déclaration d'amour à la littérature japonaise et à cette langue ô combien fascinante... le livre de Corinne Atlan est tout cela et bien plus encore.

Alors que se multiplient les discours et propos essentialistes, des nationalismes qui s'exacerbent, qui voudraient nous réduire à des caractéristiques figées et illusoires, cet ouvrage fait du bien en offrant une vision universelle de l'humanité par-delà ses différences et singularités. C'est la pluralité et la diversité qui font richesse.

Et l'auteure de citer un texte du Xème siècle, Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki: "Entre la Chine et le Japon les langues diffèrent mais l'ombre de la lune est la même et le coeur des hommes n'est qu'un."

Je conclurai en citant Corinne Atlan à nouveau: "Chercher à instaurer ou à restaurer un lien entre les langues, les traditions, les spiritualités, mettre l'accent sur ce qui nous réunit plutôt que ce qui sépare est peut-être ma façon de lutter contre la tentation, toujours présente, de la rupture et de la fuite." (pages 40-41).

Merci Mme Atlan pour cet intense, délicat et émouvant moment de lecture, ainsi que pour votre travail de "passeuse" de littérature, et de m'avoir donner à réfléchir sur les sujets que vous abordez avec tant d'humanisme.

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