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EAN : 9782213609508
304 pages
Fayard (03/05/2001)
3.53/5   19 notes
Résumé :
Ni ouvrage musicologique, ni traité sociologique savant, Bruits a pour ambition d'être un essai sur l'économie politique de la musique.

Ou comment, depuis toujours, la musique accompagne-t-elle, voire précède-t-elle, l'évolution de la société. Jacques Attali égrène les pages de l'ère occidentale dans un constant va-et-vient entre musique, pouvoir et argent ; de la liturgie comme symbole du rituel à l'émergence du téléchargement de la musique sur le w... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Il est d'usage d'opposer, dans l'histoire de la musique occidentale, musique
populaire et musique savante, musique profane et musique sacrée. Ces clivages, façonnés hors des conventions et de l'arbitraire, se sont construits sur des réalités historiques, sociales et musicales, des schémas métaphoriques précis et une conception métaphysique du monde sensible selon un processus qui apparaît au Moyen Age pour s'éteindre à l'époque baroque. Ils traduisent également une profonde rupture esthétique. Tout en s'inscrivant dans la problématique des clivages, Charles-Dominique Luc se propose de réécrire une histoire sociale de la musique et place la figure emblématique du ménétrier au coeur de son étude. L'énigmatique formule, «joueurs d'instruments tant hauts que bas», propre à ces interprètes, fonde son projet. Moins anodine qu'elle n'y paraît, elle prend un relief inattendu et vient abondamment nourrir la réflexion d'une enquête très savante.
Au 13e siècle, les instruments s'ordonnent entre le «haut» et le «bas» selon une verticalité symbolique qui recouvre une dimension religieuse et morale. le «haut» est associé à l'excès et l'orgueil, le «bas» à l'humilité du chrétien. Charles-Dominique Luc porte plus loin l'allégorie et tente une interprétation plus singulière encore; «haut et bas» vont ainsi désigner le fort et le faible volume sonore.
Si, au Moyen Age, les musiques savantes participent pleinement de l'espace du sacré, de la ferveur des fidèles, de l'inspiration divine et des idéaux chrétiens, les musiques populaires sont, au contraire, perçues comme l'exutoire des forces occultes et infernales. Elles semblent pareilles à un déferlement démoniaque. Sonore et sacré résonnent à l'unisson dans le plaisir mystique, la prière, la dévotion et les élans polyphoniques De La Renaissance. La théologie du «bas», sobre et mesurée, n'inspire que vertus, harmonies triomphantes, et plénitude sensorielle. Dans la sphère profane, vouée à l'impiété et à l'orgueil, tout n'est que mort et tumulte, discordance et damnation, vacarme et diableries – une démonologie sonore ostentatoire. le couple «haut-bas» sonore ne s'épanouit alors que dans un fonctionnement dual antagoniste.
Musiques savantes, musiques populaires charrie un flot d'idées et d'analyses inédites. Sa problématique de recherche procède de l'anthropologie musicale historique et de l'ethnohistoire sociale et politique. Elle s'affranchit de l'ethnomusicologie, privilégie l'interdisciplinarité et la transversalité, ne se satisfait pas de spéculations hasardeuses mais puise avec une érudition consommée dans un vaste corpus documentaire et archivistique et exploite, sans retenue, l'expression allégorique et la sémantique. Au terme d'une investigation méthodique et nourrie,
l'auteur nous invite à une lecture subtile des évolutions du sonore et de la sensibilité musicale entre XIIIe et XVIIIe siècle. L'approche anthropologique révèle les sources religieuses, leur rapport antagoniste, la mesure de leurs désaccords ainsi que les grandes phases d'une histoire résolument conflictuelle. le poids de la religion, de la pensée symbolique et de l'imaginaire social sur une des fractures majeures de la musique ancienne prend, désormais, tout son sens et apparaît en toute clarté.
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    "La musique s'inscrit entre le bruit et le silence, dans l'espace de la codification sociale qu'elle révèle".

    Voici un brillant essai sur l'économie politique de la musique, essai rédigé il y a un demi-siècle. Brillant, étonnant et, pour l'essentiel, qui n'a pas pris une ride.

    Polytechnicien, Jacques Attali a soutenu en 1972 un doctorat d'État sur la La Théorie de l'ordre par le bruit dans la théorie économique. Bruits est la version "grand public" de cette thèse. Je dis "grand public" quand, en réalité, le sujet est assez ardu et la manière dont il est traité pas toujours d'un accès facile.

    Ce qui est facile à comprendre dans cet essai ? le développement de la place sociale occupée par la musique et les musiciens. du jongleur moyenâgeux au musicien salarié d'orchestre contemporain en passant par le ménestrel, de la composition anonyme à l'oeuvre d'un "grand" compositeur, de la formation réduite aux orchestres nationaux, de la soirée de musique de chambre partagée entre amis à l'écoute solitaire de disques, de la diffusion intimiste à la radiodiffusion : la musique n'a cessé de prendre une place de plus en plus importante dans notre société. Cela s'est accompagné de la reconnaissance progressive des droits d'auteurs et de celui des interprètes, avec, au bout du compte, la marchandisation de la musique : " [elle] est devenue une marchandise, un moyen de produire de l'argent. On la vend, on la consomme, ..."

    Mais Jacques Attali va plus loin que ce constat (que l'on pourrait trasmposerà la peinture : la reproduction des toiles, l'utilisation de la lithographie, l'impression de livres "d'art", l'ouverture à un large public de musées, etc.) : il prétend que l'évolution de la musique est annonciatrice, pour qui sait la détecter, de celle de la société tout entière. "L'individualisme bourgeois [...] est entré dans la musique avant de régler l'économie politique". Il commente l'apparition du gramophone, du disque, de la cassette, du "stockage" des enregistrements, du hit-parade, du free jazz, du play-back (mais ne pouvait pas parler en 1977 de Spotify...).

Tout cela est agréablement étourdissant.

En refermant cet essai, on peut se poser deux questions :
1/ L'avant-garde stimule. N'y a-t-il pas dans tout art (architecture, sculpture, musique, peinture, poésie, danse, cinéma...) les germes annonciateurs de la société à venir ?
2/ L'explication a posteriori donnée dans Bruits n'est-elle pas un peu suspecte d'être faussée par la succession de trois périodes, celle du mouvement artistique, celle du changement de la société et celle de l'analyse de l'influence de la première sur la seconde ?
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J'ai été un peu agacé par la lecture de cet essai dont je ne sais pas s'il me restera grand-chose. Mais j'ai un peu de mal à départager ce qui provient d'une prévention contre l'auteur, brillant certes, mais dont le champ d'investigation est un peu trop large à mon goût et au caractère un peu superficiel et bref de l'ouvrage. Je suis resté en le lisant à la surface...
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On est d'accord ou pas avec la thèse de Jacques Attali, mais le travail réalisé est brillant et passionnant à lire, bien qu'un peu indigeste par endroits.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
La musique commence à être théorisée comme une preuve de l'harmonie du monde. En Chine, par exemple, la rigueur de la gamme matérialise l'harmonie nécessaire entre le Ciel et la Terre; elle crée un pont entre l'ordre des dieux (le rituel) et l'ordre terrestre (le simulacre). A la fin du IIème siècle av. J.-C., peut-être déjà sous influence grecque, l'historien chinois Sun Ts'ien écrit: "La musique met en honneur l'harmonie; elle étend l'influence spirituelle et se conforme au Ciel : quand les rites et la musique sont clairs et complets, le Ciel et la Terre exercent chacun leurs fonctions normales."
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Les musiciens sont soit des esclaves, soit des princes cultivés, soit des prêtres attachés au service du temple.
Des mythes glorifient leurs pouvoirs surnaturels et leur virtuosité.
L'empereur sélectionne les formes de la musique compatibles avec le bon ordre de la société; il interdit celles qui peuvent troubler le peuple, et contrôle les débordements que son apprentissage peut entraîner. Musique et pouvoir sont alors explicitement liés.
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