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EAN : 9782020789516
252 pages
Seuil (14/10/2005)
3.86/5   99 notes
Résumé :
De mai à juillet 2004, s'est tenu à Saint-Omer le procès de l'affaire Outreau : 17 personnes accusées de faire partie d'un réseau de pédophilie. Elles sont présentées comme de vrais monstres, qui vendent des enfants, les violent et parfois les tuent. Il y a là des notables, un huissier et sa femme qui vient en tailleur à des orgies dans une Cité HLM, un curé qui tient en laisse un berger allemand lubrique, une boulangère qui fait trafic de cassettes pédophiles en Be... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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jg69
  06 avril 2015
Dans La méprise, la journaliste Florence Aubenas aborde avec tact et une très grande sensibilité l'affaire d'Outreau, un sordide feuilleton judiciaire qui tint en haleine la France il y a quelques années.
Petit rappel des faits. Après des mois d'une enquête effrénée, basée principalement sur les dires d'enfants, dix-sept personnes sont inculpées, soupçonnées de faire partie d'un gigantesque réseau de pédophilie. Parmi elles des notables, un prêtre-ouvrier, une boulangère, un gardien d'immeuble ou encore un chauffeur de taxi. Les accusés sont présentés comme de véritables monstres, violeurs et assassins d'enfants.
Le juge d'instruction, incapable de prendre le recul nécessaire par rapport à des accusations délirantes (les enfants vont jusqu'à prétendre avoir été violés par des moutons, des vaches et des chèvres...), mène l'enquête uniquement à charge. Arrive le procès, très vite, l'affaire se dégonfle comme une vulgaire baudruche. Plusieurs accusés sont pourtant condamnés alors qu'ils ont toujours clamé leur innocence. Ils seront finalement acquittés l'année d'après, lors du procès appel (que le livre de Florence Aubenas n'aborde pas, ayant été publié avant), non sans avoir passé trois ans en prison préventive et avoir vu leurs vies familiale et professionnelle ruinées. Si ce procès fut l'occasion d'une réhabilitation pour l'ensemble des protagonistes accusés à tort, il fit également ressortir crûment les dysfonctionnements de l'institution judiciaire et des acteurs sociaux (notamment les experts psychologues) dans la lutte contre la pédophilie. Pour parachever le sombre tableau, on notera encore qu'une dix-huitième personne inculpée s'est suicidée en prison, ne pouvant supporter le poids des accusations mensongères portées contre elle.
Le récit fouillé de Florence Aubenas va des premiers soupçons d'actes sexuels sur des enfants habitant la Tour du Renard, dans le quartier populaire d'Outreau, jusqu'au procès de St-Omer. Son enquête finement construite, richement documentée et portée par une plume alerte prend aux tripes. En se basant sur l'ensemble des éléments du dossier judiciaire, la journaliste permet de mieux comprendre comment cette enquête, certes gigantesque et complexe, s'est transformée en instruction digne de l'Inquisition. Mis sous pression par des médias prêts à lyncher quiconque ferait preuve de laxisme dans la traque des pédophiles, le juge d'instruction sombra dans un parti pris manifeste en sacralisant la parole des enfants, qui selon lui, «ne mentent pas».
L'ancienne journaliste de Libération, qui a suivi au jour le jour l'affaire, met également en lumière l'existence de poches de pauvreté inimaginables dans la France du XXIe siècle. On ne peut qu'être abasourdi par la description de quartiers entiers gangrenés par le chômage, la violence, l'ennui et l'oisiveté.
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oiseaulire
  15 février 2021
Florence Aubenas a fait un exposé clair de cette affaire, et elle a du mérite tant elle est embrouillée :
- évocation empathique d'un milieu social défavorisé, la déréliction de trois enfants abusés ; d'une mère de famille auteure des faits dont les mensonges et les affabulations l'ont propulsée sous les feux de la rampe : son heure de gloire enfin, à elle, l'ignorée, la méprisée, l'éternelle victime devenue bourreau sous l'influence d'un mari pervers et violent ;
- un jeune juge psycho-rigide, frais émoulu de l'école de la magistrature, abandonné seul au traitement d'une affaire qui le dépasse, avec une hantise : ne pas recommencer la bévue de l'affaire Dutroux. Et pour cela un leitmotiv : croire les enfants, toujours ;
- l'immense souffrance des accusés à tort dont certains ne s'en sont jamais remis.
Un livre qui ne donne pas le moral et fait douter de beaucoup de choses.
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tesdichiti
  20 décembre 2012
Il m'a fallu des mois pour enfin entamer ce livre.
Je l'ouvrais, j'entamais la préface : « c'était une histoire qui fait peur… », je le refermais.
Il m'a fallu moins de temps pour écrire cette critique mais cependant beaucoup de tentatives furent nécessaire, des brouillons furent effacés, l'idée même de laisser tomber fut envisagée.
D'abord, comme tout le monde, j'ai cru ce que disait la presse, la télévision,…pauvres enfants, et tous ces gens, ces adultes qui ont abusés d'eux……puis, comme d'habitude, de la une, les articles se retrouvèrent en 2me, en 3me page…puis l' »affaire » fut oubliée. Les coupables étaient en prison et les enfants protégés.
Elle reprit la une des journaux lorsqu'il apparu que la
« Justice » avait dérapé.
Des innocents avaient été enfermés des mois sans pouvoir se défendre (ce genre d'affaire dérange tout le monde avocats, journalistes, citoyen lambda,…) et d'un revers de main, « on »
reconnut les erreurs (les horreurs) du (des) dossiers….La Justice n'accepta pas sa culpabilité, ne présenta …que si peu d'excuses et on s'acharna sur un petit juge …responsable, oui, mais était-il le seul ?
« C'était un histoire qui fait peur… »….peur d'accuser trop vite sans réfléchir, en suivant les cris de la foule, peur de se retrouver de l'autre côté, accusé, et de ne pouvoir se défendre.
Merci à Florence Aubenas d'avoir réécrit ce livre avec du recul
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LaTchalette
  03 mars 2015
L'auteure relate des faits ignobles sans porter de jugement mais tout interpelle.
Comment une affaire aussi délicate a-t-elle pu être confiée à un juge débutant? surtout après l'affaire Dutroux en Belgique!
Comment les services sociaux ont ils pu laisser dans leur famille des enfants avec des comportements aussi violents et explicites?
Des familles entières ont été détruites définitivement , uniquement sur la dénonciations d'enfants traumatisés et d'une mère en mal d'amour sincère et de reconnaissance.
L'histoire fait peur :
1)parce qu'elle met en avant tout ce que l'homme est capable de faire et de dire de plus "inhumains" dans des moments d'extrême tension (rumeurs , ragots dénonciations, mensonges ...)
2) parce qu'elle nous met fasse à nos responsabilités dans une société avide de scandale et de notoriété !(la France entière était devant sa télé) et qui nous enlève tout capacité de jugement.
3) parce qu'elle montre les limites de la justice et surtout le pouvoir "des juges" :je me rappelle très bien l'arrivée du juge Burgaud droit , fier sur de lui et qui expliquera à ses "pairs" qu'il n'a fait que son travail!
Florence Aubenas grand Reporter à libération avait commencé le livre juste avant de partir en Irak où elle restera six mois en captivité. A son retour elle recommencera complètement son livre.
A lire juste pour ne pas oublier ces familles , ces enfants qui ont été séparés de leurs parents sans raison et espérer que tout cela n'arrivera plus .
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remygrenier
  20 janvier 2020
Mes dix mots inspirés par cette lecture :
- Rigueur (journalistique)
- Distanciation
- Détricotage
- Réalité (versus Dossier)
- Préjudices (irréparables)
- Dévastations
- "Présumé coupable" (le film)
- Souffrances
- Suicides
- Faillite (du système judiciaire)
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Beatrice64Beatrice64   01 mars 2014
Au barreau de Boulogne-sur-Mer, personne ne s’était bousculé non plus chez les avocats pour défendre la pre­mière vague des mis en examen. Un braqueur flamboyant, une tueuse diabolique, un terroriste émouvant, voilà de jolis cas, des causes valorisantes pour un ténor des Assises. Mais une brochette de délinquants sexuels, détrempés à la bière, élevés à coups de ceinturon et qui haussent le son de la télé pour couvrir le bruit des disputes, qui en voudrait ? Pour arranger encore le tableau, aucun n’avait le sou vaillant – sauf peut-être Roselyne Godard la Boulangère, dont le mari était garagiste – et la plupart avaient demandé l’aide judiciaire. Bref, un dossier peu glorieux à se traîner des mois en perdant de l’argent. À Boulogne, un avocat revoit la lumière tombante de cette fin d’après-midi où il venait d’être désigné d’office pour défendre un de ces gens d’Outreau, arrêté au début de l’affaire. « J’avais feuilleté les premières dépositions des enfants Delay chez le greffier. Mon client se disait innocent et je n’arrivais pas à le croire : les gens nient systématiquement dans les accusations de moeurs. Je le voyais coupable, je dirais même qu’il me soulevait le coeur. J’ai pensé que si au moins il avouait, son dossier serait mieux parti. J’ai essayé de le lui faire comprendre, sans avoir l’air de lui forcer la main, bien sûr. » L’avocat de Boulogne se souvient de son client, assis à côté de lui, qui répétait : « Avouer ? Et puis quoi encore ? » L’homme gar­dait le front baissé, ses yeux le fixaient par en dessous, ses menottes cliquetaient. Le pénaliste a fini par lâcher le pre­mier : « D’accord. Vous vous prétendez innocent. Faisons la liste des éléments qui plaident en votre faveur. » Alors, l’autre n’a plus rien dit, on n’entendait plus que le bruit des menottes. L’avocat reprend : « Je pensais : quel salaud ! En tant que citoyen, je reconnais que j’aurais été le pre­mier à vouloir lui couper le cou. » C’était juste avant un interrogatoire du juge Burgaud, l’accusé et son défenseur s’étaient éloignés quelques ins­tants en tête à tête dans un couloir du palais de justice. L’avocat n’avait jamais jugé utile de lui rendre visite en prison pour préparer sa défense. Il avait d’ailleurs si peu l’intention d’y aller qu’il n’avait même pas sollicité de permis pour le faire. Le dossier, il n’en avait pas demandé copie, pas plus qu’il n’était allé le consulter chez le greffier. Un quart d’heure de discussion dans le couloir, ça suffit, non, avec des empotés pareils ? L’avocat se disait qu’il aurait tou­jours le temps, les quelques nuits juste avant les Assises, de s’avaler en vitesse les trois ou quatre procès-verbaux importants. Le pénaliste hausse les épaules. « Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire là-dedans ? Rien, au contraire. C’est de l’ordinaire pur, de la justice comme elle marche au jour le jour. » L’avocat fait un gros clin d’oeil. « De toute façon, j’ai heureusement réussi à me débarrasser du client assez vite en le refilant à un confrère. » Au début, ces premiers dossiers de l’affaire d’Outreau tournent ainsi de main en main, atterrissant d’abord chez un avocat, qui le passe à un deuxième, qui rêve lui-même qu’un troisième le lui prendra à son tour. On dirait une grande partie de « Pouilleux », ce jeu qui consiste à ne pas rester à la fin avec le valet de pique entre les mains. Certains « Pouilleux » de la Tour du Renard vont ainsi circuler de cabinet en cabinet, sans défenseur attitré. Quatre mois après son arrestation, Franck Lavier écrit au juge : « Je m’adresse à vous, ne pouvant compter sur mon avocat. Ce n’est pas que je ne lui fais pas confiance, mais je ne sais pas la tête qu’il a. » Thierry Dausque, l’ex-fiancé de Martine Goudrolles, devra se débrouiller seul face au juge pendant plus d’une année, traversant tous les interrogatoires et les confrontations sans même la présence physique d’un conseil".
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jg69jg69   06 avril 2015
Comment un accusé avoue ce qu’il n’a pas commis ou pourquoi un magistrat acte des déclarations si farfelues qu’elles feraient rire les enfants, ces choses qui me semblaient compréhensibles mais obscures, ces ténèbres-là m’étaient devenues étrangement familières.
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jg69jg69   06 avril 2015
A Outreau, des pauvres ont été arrêtés parce qu’ils étaient pauvres, des notables parce qu’ils étaient notables, un chauffeur de taxi parce qu’il avait un taxi, un curé parce qu’il était curé, une boulangère parce qu’elle vendait des baguettes.
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jg69jg69   06 avril 2015
C’était une histoire qui fait peur: dans le nord de la France, des ogres et des ogresses avaient abusé de petits enfants pendant des années, et en avaient même tué certains. Ils étaient dix-sept - en tous cas, ceux qui avaient été capturés.
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tesdichititesdichiti   07 novembre 2012
Outreau a ce pouvoir des histoires simples et qui font peur : chacun s'y retrouve et chacun s'y perd
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Videos de Florence Aubenas (55) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Florence Aubenas
Bienvenue à Magnapole, dans la zone 3. le quartier le plus pauvre de cette ville tentaculaire. Une parmi tant d'autres dans ce qui était autrefois la Grèce. Depuis plusieurs années, et malgré l'insurrection d'une partie de sa population, le pays d'Aristote, d'Homère et des dieux de l'Olympe est désormais propriété de GoldTex, un grand groupe international.
C'est ici que vit Zem Spaak, un flic. Un “chien” comme on les appelle. Lui qui, autrefois, manifestait pour sa belle Athènes est désormais de l'autre côté de la barrière. Et en charge d'élucider une sombre histoire de meurtre.
Voici le décor dans lequel Laurent Gaudé nous plonge pour son 11ème roman "Chien 51" paru cet été aux éditions Actes Sud. Dans ce nouvel épisode du podcast l'Infusion, l'auteur se confie à la journaliste Agathe le Taillandier sur son processus d'écriture.
Il revient notamment sur l'impact des confinements successifs dans la création de son univers fictif et sur le choix de la Grèce, pays mystique, comme point d'ancrage de son intrigue. le lauréat du prix Goncourt 2004 partage également sa vision de l'écriture et de son processus, des différences entre les supports, lui qui écrit également pour le théâtre, et livre ses impressions et difficultés rencontrées lors de la rédaction de Chien 51. le premier de ces ouvrages s'inspirant non seulement du polar, mais également de la dystopie, deux genres nouveaux et pleins de défis. Enfin, lui et Agathe reviennent sur des notions au coeur de son livre : le passé, le futur, la nostalgie et le respect de ses valeurs.
Une infusion riche en questionnements et en enseignements à dévorer sans plus attendre.
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>Criminologie>Délits et crimes>Homicides, crimes sexuels, kidnapping (140)
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