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ISBN : 2715242255
Éditeur : Mercure de France (01/01/2016)

Note moyenne : 3/5 (sur 3 notes)
Résumé :
...Perséphone, Fée Personne. Tu nommes pour moi la faille et l'élan, le massacre et le sacre, la vérité muette et les mots qui la scandent, le désir d'être matière et la forme à trouver. Tu condenses les corps que j'ai aimés et l'espace glacé qui les sépare. Les livres s'écrivent entre les corps. Ils naissent des révolutions fragiles qui bouleversent la chair et défont l'ordre des mots, de ces précaires mondes à l'envers. Je n'écris pas à la place de la vie. Et pas... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Slava
  14 décembre 2016
Perséphone 2014 est un livre bien singulier. Il m'a intrigué par son style et son sujet bien que j'ai été confuse sur le récit, assez décontenançant.
Pour ceux qui ne connaissent pas le mythe de Perséphone, le voici : Perséphone, dite Koré, est la fille de Déméter, déesse des moissons et de Zeus, roi des dieux, chérie par sa mère. Mais alors qu'elle cueillait des fleurs avec ses amies, Hadés, dieu des Enfers, surgit de la terre et l'enlève pour en faire son épouse (comme c'est romantique...). Sa mère la recherche pendant longtemps et ira jusqu'à mettre en péril la terre, refusant d'exercer son rôle, obligeant Zeus à rappeler Hadés de rendre Perséphone. Sauf qu'elle a mangé une graine de grenade que celui-ci lui a offert et du coup, ne peut plus sortir des Enfers. Mais grâce à un compromis, elle ira rendre visite à sa mère six mois à la surface et restera avec son époux les six derniers mois, formant les saisons que nous connaissons tous.
Bon le mythe est dit, et est au centre du roman. L'auteure aborde à la fois ce récit légendaire et sa vie de femme et d'écrivain autour de ce sujet. Dans une écriture très particulière, marqué par la poésie (d'autant plus que c'est un poème qui ouvre le roman), Aubry relate le mythe, du début jusqu'à la fin. Mais elle en profite pour aborder les thèmes entourant la légende, des thèmes intemporels et tournant autour de la féminité : l'amour maternel, les relations amoureuses, la beauté mais aussi la stérilité, le viol, la maîtrise du corps, ect.
Les moments autobiographiques s'entrelacent avec ceux mythiques et hors du temps mais souvent, on ne voit pas la frontière et il est difficile après de distinguer.
Un de mes passages préférés est la description poétique de la Fresque de Vergina, une fresque connue sur l'enlèvement de Perséphone, si bien que j'ai cru le voir vivre.
C'est un texte assez complexe, à relire plusieurs fois et les lecteurs non téméraire peuvent effectivement être découragés à le poursuivre. Moi-même, il m'était difficile d'avancer tant malgré le texte envoûtant, l'étrangeté était tel...
Plus proche d'un poème qu'un roman, un texte intéressant sur un mythe grec, au style magnifique et à suivre. En tout cas, j'espère qu'il sera plus lu parce qu'il m'a l'air méconnu autour de moi.
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LucienRaphmaj
  12 février 2017
Se forger une vie à partir d'un mythe séminal, semer dans son adolescence la graine de Perséphone, et ce non pas à la surface du corps-mère de Déméter, mais bien dans l'Antiterre inférieure où la grenade s'ouvre en plein déhiscence, exhibant ses graines rouges et pulpeuses, telle est la perspective de Perséphone 2014 : rendre compte de la fatalité mythologique acceptée dès le plus jeune âge comme un amor fati, un destin auquel s'identifier et qui traverse la vie comme une flèche, avec bonheur, avec malheur, un devenir Perséphone-Korê accepté jusqu'au bout, jusqu'aux enfers.
Pas de récit dans cette centaine de pages publiées au Mercure de France, dans une liberté d'écriture où l'intime et l'érudit, le poétique et le prosaïque, le singulier et le mythique tendent à se croiser. Se croiser ? Ou se freiner ? Chocs ou enlacement ? Ce n'est pas si simple.
C'est que Gwenaëlle Aubry se prête à un exercice difficile. En se vouant à Perséphone, elle se voue à rejouer les fameux mystères d'Eleusis, dont le secret fut préservé jusqu'à nous. Ce mystère et ce secret pèse à mon sens sur la vibration qui peut émaner de ce livre qui joue à plein sur la confession sans jamais réussir à rien nous dire, bâillonnée (kinbaku accepté), empêchée par l'objet même de sa passion.
Ce faisant nous sommes toujours à l'orée de l'expérience intérieure qui pourrait nous émouvoir.
S'affronter au mythe est s'affronter à la démesure tragique de l'intelligence et de la vie. Faut-il souligner combien de créateurs se sont affrontés à la « machine infernale » et ont su transmuer cette défaite en une sublimation ? Pour la confession, c'est Leiris qui a su dans son Âge d'homme montrer l'ombre et la lumière de ces images mythiques, idéales, absolues et ambigües. Gwenaëlle Aubry se rattache à cette ligne, en mettant en exergue ces quelques lignes de Yeats :
"J'ai souvent eu l'idée qu'il existe pour chaque homme un mythe qui, si nous le connaissions, nous permettrait de comprendre tout ce qu'il a fait et pensé."
rapt-persephone-Bernin
Rapt de Perséphone par le Bernin (Villa Borghèse) – Crédit Photo
Mais c'est bien chez Leiris qu'on trouve la plus grande proximité, car c'est bien pour explorer le monde bizarre du désir que le mythe est ici convoqué. de Perséphone, l'auteur garde uniquement l'ouverture, le rapt. Cet arrachement est tout pour l'auteur. le ravissement de la korê (jeune fille), l'abandon, la dépense et la destruction dans l'érotisme est pour elle l'essentiel, ce qui, dans son existence, fait sens, ce qui recouvre, incarne toute la puissance de ce qu'elle a vécu.
Bien sûr dans tous ces motifs on lit en sous-main toutes les lectures littéraires qui sous-tendent ce qui pourtant se présente comme le plus confidentiel. C'est d'ailleurs l'objet du dernier encart du livre qui précise ses dettes et hommages :
On retrouve dans ce texte des traces de :
Georges Bataille, Günther Zuntz, David Bowie, Radiohead, Tiqqun, Søren Kierkegaard, Lou Reed, André Breton, l'Hymne homérique à Déméter, Sylvia Plath, Héraclite, Ovide, Marguerite Duras, Plotin, Homère, Arthur Rimbaud, Antonin Artaud, Iggy Pop, Henry Purcell/Klaus Nomi, Pascal Quignard, Walter Benjamin, Henri Michaux, Michel Leiris, Aristide.
C'est la liste des citations présentes, mais aussi des idées qui parcourent le livre. Et c'est aussi sa limite, car chacun de ces auteurs ont su déjà puissamment délivrer leur approche singulière du mythe, ou bien une pensée plus complexe par rapports aux événements évoqués dans le texte.
La rhapsodie de tous ces auteurs m'a donc laissé dans un certain malaise.
J'aurais voulu une chose radicalement nouvelle. Pas une Perséphone 2014, mais une révolution, une restitution, un scénario d'un film mental qui serait une Perséphone 2066 : radium city. Au moins.
C'est qu'on lit toujours avec des attentes, et de ma part, des attentes insensées.
Lien : https://lucienraphmaj.wordpr..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SlavaSlava   15 décembre 2016
Le mythe était une matrice fabuleux. C'est en passant par lui que je suis entrée dans les livres, pendant des années je n'ai rien fait d'autre que l'écrire, c'était cela que je faisais, récrire le mythe, raconter encore et encore cette histoire qui en m’appartient pas et que tout le monde connait, les manuscrits s'accumulaient qui sans cesse la tramaient, quand j'ai voulu en dire d'autres (la mienne incluse, que je souhaite oublier) toutes étaient prélevées sur lui. Le mythe était le noyau atomique, très actif, très instable, qui n'en finissait pas d'irradier qui, traversant leur matière, pulvérisait les récits, les réduisait à leurs éléments premiers, terre eau feu et air agencés par une géométrie archaïque.

A la fin il ne restait rien, ni histoire, ni sujet, plus d'anecdote ni de secret, rien d'autre que des états de crise, des événements élémentaires, la part commune, muette et illicite, la trace d'un très ancien désastre.
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SlavaSlava   14 décembre 2016
Jadis (je m'en souviens à présent), j'adis j'étais Koré : j'étais jeune fille, je dansais, je portais le nom du reflet qui vacille dans le regards des amants. J'étais Koré, je devins Perséphone, fus sacrée reine des morts, maîtresse de l'Hadés.
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ollevierollevier   06 novembre 2016
"Je suis cendres moi aussi" : voilà ce que tu dis, la phrase née de ton errance, je suis cendres, corps convulsif calciné comme celui-là que tu as vu à Pompéi couché sur un lit de gravier dans sa vitrine sarcophage, jambes écartées, tête renversée, bouche ouverte dans un spasme de jouissance ou d'effroi. Le regardant, l'idée absurde t'a traversée qu'autant que par la lave, avant la nuée ardente, il avait été pétrifié par la scène que figure, tout près, la Villa des Mystères.
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ollevierollevier   06 novembre 2016
Te voici à Naples. Un chien jaune et maigre se colle à toi. Au Musée archéologique un vieux gardien te fait palper à travers le marbre les veines des statues. Il t'apprend à poser la main bien à plat sur leurs fesses leurs cuisses leurs seins puis de sa main à lui cherche les tiens. Tu prends la fuite. Le chien t'attend.
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SlavaSlava   14 décembre 2016
Toutes vos histoires étaient prélevées sur celle-ci, votre vie sans forcer très au large s’y inscrivait et au plus vif d’elle-même portait cet autre nom
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