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ISBN : 2220081818
Éditeur : Desclée de Brouwer (22/09/2016)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
L'islamisme marque le retour de la barbarie, et ceci dans une dynamique croissante après le 11 septembre. Nous avons vaincu les barbares d'autrefois : saurons-nous vaincre ceux d'aujourd'hui ? Ils ne sont plus les marginaux de jadis, car ils viennent du coeur de nos sociétés modernes. Barbarie et civilisation seraient-elles deux images en miroir ? De fait, leurs frontières se sont estompées. Des Occidentaux éduqués partent désormais combattre dans les rangs des terr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
madameduberry
  26 octobre 2016
Ecrit par un universitaire, voilà un ouvrage sérieux et profond sur un sujet qui concerne toute l'humanité et la définition qu'on peut essayer d'en donner.
Contrairement à ce que la présentation éditeur, et les étiquettes laissent à penser, ce livre ne traite pas de l'islamisme. Il traite de la barbarie, en deux parties égales.
La première nous décrit les différents barbares des temps anciens, des barbares qu'on peut dire "du dehors" si on place son antonyme la civilisation comme étant le dedans, protégé par des murailles des envahisseurs et des assaillants.
La seconde analyse les barbaries du vingtième siècle, dont la spécificité est qu'elles ne représentent plus une menace extérieure, mais qu'elles exercent leurs ravages meurtriers de l'intérieur des états modernes et dits civilisés du vingtième siècle, perpétrant des massacres et des génocides en utilisant l'appareil froid, rationnalisé et calculé d'une bureaucratie étatique toute puissante.
Érudit et documenté, mais clair et didactique, cet ouvrage présente donc beaucoup d'intérêt.
En premier lieu, Il rassemble une somme de références, de descriptions de témoins ou historiens, contemporains ou non des exactions commises par les barbares. En second lieu il propose une analyse des comportements des barbares des temps anciens , en lien avec le fonctionnement particulier de ces groupes guerriers, dont chacun est garant de la survie et de la cohésion du groupe, mais aussi directement en lien avec la transcendance.
Les prêtres n'existent pas chez les barbares de jadis.
L'auteur utilise la théorisation faite par René Girard du bouc émissaire pour décrire comment la victime expiatoire va sauvegarder l'unité du groupe, phénomène dont on dont on trouve une manifestation au coeur du monde civilisé à travers les phénomènes de foule, les lynchages, etc.
Il démontre que même à l'époque gréco romaine, on ne peut tracer aussi aisément une "frontière" entre barbarie et civilisation, même s'il existe des signes distinctifs qui ne sont pas forcément que d'ordre moral. En effet, si l'homme civilisé se distingue du barbare, c'est peut-être avant tout par l'empathie qu'il peut ressentir devant la souffrance qu'il inflige. Cette empathie n'est a priori pas concevable pour qui ne conçoit pas que celui qui est hors de son groupe puisse lui ressembler, encore moins être son semblable. Mais le barbare lui-même peut entrer en relation avec l'homme « civilisé » quand ce dernier se réfugie chez lui, persécuté par l'état dont il est un des citoyens.
Le lien avec le « retour » de la barbarie, qui est en fait une résurgence de la barbarie tapie dans toute civilisation, est le point le moins fouillé de cet ouvrage et c'est un reproche qu'on peut lui adresser. Freud parlait du Malaise dans la civilisation, et non du Malaise de la civilisation, pour indiquer, comme l'auteur, que la barbarie est à l'intérieur de la culture elle-même. La pulsion de mort est à l'oeuvre dans le plus haut degré de civilisation, comme dans la barbarie. Ce point n'est pas développé, même s'il est clairement énoncé.
Enfin l'égratignage du « laïcisme » qui clôt cet ouvrage ressemble trop à un plaidoyer pro domo. Edité à une nouvelle période tourmentée de l'histoire, cet ouvrage gagnerait à être prolongé d'une troisième partie traitant de façon plus approfondie des spécificités éventuelles des guerres djihadistes, et anti djihadistes. Mais peut-être manque-t-on encore du recul nécessaire à la réflexion, et sommes-nous toujours dans la sidération qui empêche de comprendre. Tel que, le livre est est passionnant et mérite assurément qu'on s'y attarde et qu'on y revienne.
Merci à Babelio et à l'éditeur desclée de brouwer pour l'envoi de ce livre lors de l'opération Masse critique.
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jimruel
  16 octobre 2016
Une belle découverte grâce à l'opération Masse critique de l'automne 2016. Vincente Aucante nous propose dans cet ouvrage un panorama historique sur la barbarie au travers des âges, par opposition à la civilisation, et nous donne des clés pour essayer de mieux comprendre le phénomène terroriste djihadistes. le propos est très bien structuré et facile d'accès, avec de nombreuses références pour qui voudra approfondir le sujet.
Loin du discours politique selon lequel "tenter d'expliquer, c'est déjà excuser", l'auteur nous invite à la réflexion, afin de ne pas répondre trop rapidement à la violence par la violence. Rappelant de manière dérangeante que chacun porte en soi une forme de barbarie latente qui ne demande qu'à s'exprimer, Vincent Aucante nous encourage ici à cultiver notre humanité, ainsi que la charité et la compassion prônées respectivement par le bouddhisme et le christianisme. Hobbes a raison et Rousseau a tort : l'homme n'est pas naturellement bon, et il lui faut se battre pour que le bien triomphe en lui et autour de lui.
Dans une première partie, l'auteur nous rappelle l'étymologie du terme "barbare", désignant avant tout celui qui ne partage pas la langue et la culture d'une civilisation donnée. Il y a une distinction possible, mais pas toujours très nette, entre les groupes de population sédentaires, et les groupes nomades.
Vincent Aucante montre dans son livre qu'il existe une culture barbare dont les traces nous sont parvenues, malgré les difficultés de la transmission : peu de vestiges architecturaux et de rares écrits. En effet, les peuples barbares (Huns, Goths, Mongols, Bédouins, Alains...) constituent des communauté nomades privilégiant l'oralité. Ces groupes sont pourtant soudés par des règles strictes, non écrites, que chaque individu intériorise, et dont la transgression, jugée comme un manquement à l'honneur, est souvent punie de mort. Malgré cette absence de l'écrit, les tribus barbares ont développé des réseaux commerciaux ainsi que des techniques artisanales sophistiqués.
La religion est très présente au sein des tribus barbares, où chacun peut avoir une relation avec les divinités, sans qu'il y ait vraiment une classe de prêtes. Il y a beaucoup de divinités différentes, mais également un dieu tout-puissant et omniprésent, dont l'existence a favorisé le développement du monothéisme (judaïsme, christianisme, islam) au sein de ces groupes. On retrouve encore aujourd'hui des traces d'art décoratif et corporel. Un point clé également de la culture barbare est l'omniprésence de la violence et de la guerre avec les autres tribus, ou civilisations avoisinantes. Cette caractéristique s'accompagne aussi d'un mépris pour la mort, tout autant que d'une peur des morts qui risquent toujours de revenir hanter les vivants, et dont il faut s'assurer les faveurs.
Au départ simple chasseurs cueilleurs, les nomades développent la pratique de l'élevage puis celle de l'agriculture, et deviennent peu à peu sédentaires. La réduction des efforts que la communauté consacre à assurer sa subsistance lui permet de développer d'autres activités culturelles, sociales ou religieuses.
Vincent Aucante nous présente cinq stratégies développées face aux barbares de jadis : l'apprivoisement qui permet leur intégration au sein d'une civilisation, la mise à distance au moyen d'échanges commerciaux et parfois de rançons versées pour acheter la paix, le recrutement sous forme de mercenariat, la guerre contre les barbares ou la victoire démographique permettant le dépassement par le nombre.
Le titre de la deuxième partie est comme un pied-de-nez aux idées reçues : "la barbarie de la culture". Après une première partie ayant démontré que les barbares ne sont pas les sauvages incultes, conformes à l'image d'Épinal qu'on peut avoir d'eux, l'auteur va nous rappeler comment les civilisations dites développées ont subit l'émergence d'une barbarie d'Etat : nazisme, stalinisme, maoïsme, de nombreuses idéologies meurtrières se sont développées au cours du XXème siècle. Elles ont toutes en commun le programme de construire un monde meilleur, habité par une société uniforme et identitaire, d'où toute différence est exclue. le salafisme moderne, terreau du terrorisme islamiste, présente les mêmes caractéristiques. Sont également rappelés ici les massacres de la guerre de Vendée, perpétrés au nom de la République pendant le siècle des Lumières, le génocide arménien, cambodgien, rwandais...
Bien après les écrits du Marquis de Sade, la psychologie expérimentale a confirmé l'existence du plaisir sadique, et la rareté du sentiment de compassion. L'auteur cite également à plusieurs reprises l'anthropologue René Girard, ainsi que sa fameuse théorie du désir mimétique, et du bouc-émissaire dont le sacrifice permet d'apaiser les tensions internes à la communauté.
Vincent Aucante fait ici le constat que nos sociétés multiculturelles occidentales sont particulièrement exposées à la nouvelle barbarie. Ayant développé un individualisme forcené, elles sont incapables de maintenir une identité culturelle minimale, à même de proposer la recherche d'un bien commun à tous. La fragmentation de la société se révèle au travers d'un communautarisme où chaque groupe défend ses intérêts particuliers. Les seules actions militaires ne peuvent suffire à endiguer le terrorisme islamiste. Il faut que chacun lutte intérieurement contre sa propre barbarie, afin de préserver la dignité de notre humanité.
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nelson43
  05 octobre 2016
tout d'abord merci à Babelio qui , dans le cadre de masse critique m'a permis de découvrir Vincent Aucante qui m'était totalement inconnu .
"Barbares le retour " est un ouvrage historique et philosophique très documenté qui fait référence à de nombreux textes et qui ne se lit pas aussi facilement qu'un roman ..Il faut prendre son temps , quelquefois retourner en arrière mais quelle érudition ! Vincent Aucante est un homme de grande culture qui sait intéresser le lecteur sur un phénomène de société qui date de l'antiquité .
Le mot barbare à l'origine signifiait " ignorant de la langue grecque " .Chez les barbares , l'individu n'existe pas .On vit en clans , en tribus et le mépris de la mort est inéluctable . Mieux vaut mourir au combat qu'affronter la mort en maladie ou vieillesse . Une mort glorieuse au combat est une fierté (on pense à ce moment-là à tous ces kamikazes qui n'hésitent pas à se sacrifier pour défendre leur cause )
Au cours des siècles apparaît la civilisation mais " la frontière entre civilisation et barbarie est mouvante ".Les premiers actes barbares naissent dans les conflits entre sédentaires et nomades . Les migrants qui cherchent une terre ne sont pas de vrais nomades mais des sédentaires contraints de se déplacer et les difficultés qu'ils endurent les transforment en barbares pendant de courtes périodes .
De tous temps il y a eu de la barbarie et proche de nous , au XX siècle , le nazisme , le stalinisme , le maoÏsme .Chacun de nous possède un instinct de révolte ou une envie de domination qui nous pousse vers la violence bien que violence et barbarie n'aient pas le même sens .
"Chaque personne peut devenir bourreau si les circonstances sont favorables " cette citation de l'auteur donne à réfléchir .
La ressemblance entre les barbares d'autrefoiscomme les Huns , les Mongols , Les goths et les djihadistes actuels est frappante mais si les premiers n'avaient pas le choix , les partisans de Daesh ont choisi , ont des moyens , des facilités de communication et justifient leurs crimes comme nous l'explique Vincent Aumale que je félicite pour cette analyse pertinente et pour sa documentation .
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