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Stéphane Audoin-Rouzeau (Autre)
EAN : 9782866458973
280 pages
Éditeur : Le Félin (09/06/2020)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 3 notes)
Résumé :
La lettre d’un homme décrivant à sa femme ce qu’il reste de leur maison après qu’elle fut rasée par l’artillerie allemande ; la canne sculptée par le Poilu Claude Burloux dans la boue d’une tranchée ; le combat de la veuve Maupas pour la réhabilitation de son mari ou encore la présence de la délégation des gueules cassées à Versailles en 1919 sont autant de « petits sujets sur la violence du fait guerrier».
Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d’études à l’EHES... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Deleatur
  10 juillet 2020
Ma lecture a débuté par une déception : alors que la quatrième de couverture laisse espérer un livre constitué comme tel, l'auteur mentionne dans son introduction que l'ouvrage n'est qu'un recueil d'articles parus des années 90 à aujourd'hui. Or on sait le caractère fondamentalement hétéroclite dont peuvent souffrir de tels objets éditoriaux, depuis le joyeux bric à brac jusqu'au raclement opportuniste de tous les fonds de tiroir restants. Dès la seconde page, je me suis ainsi trouvé plongé dans l'appréhension...
J'avais tort de m'inquiéter, fort heureusement : s'il s'agit bien d'un recueil d'articles, celui-ci témoigne avant tout de la remarquable continuité d'inspiration avec laquelle Stéphane Audouin-Rouzeau a abordé le fait guerrier depuis trente ans. Mieux que cela : le livre montre au fil des textes comment se constitue et se complexifie une réflexion historique. À ce titre, C'est la guerre est tout autant un livre d'histoire qu'un journal au long cours sur la façon d'écrire l'histoire.
Il n'y a pas ici de nouvel appareil méthodologique qui renouvellerait la compréhension de la guerre, ce que l'auteur, à vrai dire, a déjà proposé dans ses travaux précédents. En revanche, de multiples interrogations cheminent en filigrane tout au long de ces textes, témoignant de la richesse d'une pensée en train de s'élaborer. Ce processus à l'oeuvre est tout simplement passionnant.
La guerre qui intéresse Audouin-Rouzeau est la guerre « au ras du sol, celle de l'avant comme celle du front intérieur, celle de la culture matérielle et de la culture sensible, celle des affects et des émotions » (p212). La formule de « la guerre au ras du sol »  est parlante, et il faut reconnaître d'emblée que chacun des textes repris ici suit scrupuleusement cette ligne directrice. La plupart d'entre eux évoquent évidemment la Première Guerre mondiale, dont l'auteur est un spécialiste reconnu. le point de départ de la réflexion est quelquefois infime : un tableau tombé dans l'oubli, une lettre, la canne sculptée par un soldat,… Si les archives exhumées sont parfois pauvres en matériaux originaux, on y apprend néanmoins des éléments intéressants : comment Fernand Léger, par exemple, fit jouer ses relations pour tenter d'échapper au front, ou bien comment Albert Londres participa avec entrain à la propagande de guerre avant de devenir le modèle de journaliste que l'on connaît. Certains textes, parfois, ne donnent même que leur silence à interroger, telle cette relecture étonnante de Norbert Elias au prisme du traumatisme refoulé que constitua pour lui l'expérience des tranchées. En d'autres circonstances, l'auteur ne craint pas de se mettre en retrait devant la force d'une archive, afin de la laisser parler seule : le journal de deuil que tient ainsi Jane Catulle-Mendès après la mort de son fils en 1917 est suffisamment éclairant et poignant pour que l'analyse gagne en effet à rester discrète. Enfin, il arrive aussi à Audouin-Rouzeau de s'échapper de 14-18, et de déplacer ses grilles de lecture du fait guerrier vers d'autres objets, plus contemporains et plus inattendus : la vision de mai 68 comme guerre civile mimétique, ou bien la brève résurgence de la culture de guerre dans l'après 13 novembre 2015, sont ainsi des textes incontestablement féconds et riches d'enseignement.
Par delà cette somme de sujets épars, l'ouvrage réussit au final à brosser un tableau très cohérent de son sujet. Par sa démarche et sa pertinence jamais prise en défaut, C'est la guerre m'a un peu fait penser aux fameuses Mythologies de Roland Barthes. Ici la culture de guerre, là la France petite bourgeoise des années 50 : les objets d'étude sont certes différents mais la moulinette obéit à la même recherche de sens, souvent lumineuse. À mes yeux, je peux assurer que cette comparaison n'est pas un petit compliment.
Un grand merci à Babelio et aux Éditions du Félin pour cette Masse critique qui a tenu toutes ses promesses.
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Tostaky61
  10 juillet 2020
Avis mitigé sur une lecture que je dois assumer... Je l'ai choisi, donc...
Stéphane Audouin-Rouzeau est historien et professeur d'université (un lieu que je n'ai moi- même jamais fréquenté et c'est dans ce genre de lecture que l'on s'en rend compte) entre autres.
Mais revenons au sujet de ce C'est la guerre que je viens de terminer.
L'auteur a choisi d'analyser différents conflits, guerres, manifestations, attentats, au travers d'objets ou écrits directement liés à des événements qui ont marqué l'histoire mondiale.
Dessins, lettres, journaux intimes, cartes postales, articles de journaux, livres et autres objets sculptés sont ainsi disséqués pour nous donner un regard au plus près des faits.
Audouin-rouzeau a scindé son livre en trois parties distinctes.
1-La violence (en fait, "les" violences): entre combattants, mais aussi contre les populations, violences verbales comme physiques.
2-L'après-coup : cette partie est consacrée essentiellement à la Première Guerre mondiale, on y parle entre autres du deuil, de la perte d'un être cher, de réhabilitation des fusillés pour l'exemple, mais aussi de pertes matérielles, la destruction de maisons, villes et villages.
(J'avoue que c'est ma partie préférée).
3-Traces : qu'est-ce qu'il nous reste ? Les cimetières, les sanctuaires, les musées, les commémorations...
Si la guerre de 14-18 représente la plus grande partie de cet ouvrage, l'auteur nous emmène aussi en 1870 pendant le conflit Franco-prussien, en 39-45, mai 68 ou le 13 novembre 2015 à Paris.
Je trouve l'idée absolument géniale et c'est ce qui m'a amené à découvrir ce livre. Malheureusement, j'ai eu énormément de mal à adhérer à l'écriture de Stéphane Audouin-Rouzeau, sur une grande partie de cet ouvrage.
Ce n'est pas dû à l'auteur, c'est un historien,  il manie une langue que le profane que je suis a du mal à ingérer.
Je me suis perdu par moments, parce que j'avais l'impression qu'il s'adressait à un public averti de spécialistes, à une élite professionnelle à laquelle je suis bien évidemment étranger.
Ce livre aura toutefois une bonne place dans ma bibliothèque parce qu'il y a des choses qui m'ont plu quand même.

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Diabolo44
  18 juillet 2020
Parmi les livres que j'avais sélectionnés dans le cadre de la masse critique Babelio, celui-ci était en pole position. J'en attendais donc beaucoup et disons-le : je n'ai pas été déçu. Grand amateur de la période de la grande guerre, je n'avais bizarrement encore jamais lu de livre de Stéphane Audoin Rouzeau, qui se positionne pourtant comme l'un des plus grands historiens contemporains sur le sujet, hormis quelques courtes contributions, articles ou reportages.
Paradoxalement, je commence donc par ce livre qu'il présente clairement dans son introduction comme le bilan de 40 ans de carrière. Après tout, pourquoi pas ?
"Je n'aime dans L Histoire que les anecdotes", disait Prosper Merimée, ce premier grand conservateur des monuments historiques. Je me reconnais beaucoup dans cette citation, et quel bonheur donc de lire que l'auteur n'a, au cours de sa carrière, jamais pris autant de plaisir que dans l'analyse de ces microfaits qui jalonnent notre Histoire. Il le dit bien, rien ne l'intéresse autant que la guerre à "ras du sol", et ça tombe bien, car moi aussi.
Certaines des petites histoires dans la Grande qui nous sont présentées ici ne m'étaient pas inconnues. J'avais, par exemple, une bonne notion de la triste histoire des quatre caporaux de Souain et de leur représentant emblématique, Théophile Maupas, ou bien de celle des cinq gueules cassées invitées au Traité de Versailles par Clemenceau... Mais même dans ces cas-là, la justesse de l'analyse de l'auteur et son érudition ont inondé ces histoires d'un jour nouveau.
Je suis un grand lecteur de compilations d'oeuvres courtes, format hélas trop souvent méprisé en France. Il est rare, cependant, que j'éprouve un intérêt homogène pour tous les textes présentés, et cette oeuvre-ci n'échappe pas à la règle. Ainsi, j'ai eu un peu plus de mal avec l'article dédié à l'histoire du sociologue allemand Norbert Elias, ou avec l'article lié au livre de Jean Rouaud, que je n'ai pas lu, ce qui explique peut-être cela. Et si l'analyse de mai 68 en tant que "guerre civile mimétique" ne m'a guère convaincu, la très fine étude de la rhétorique guerrière au moment des attentats de novembre 2015 m'a en revanche fait forte impression. À quelques mois près, l'auteur aurait même pu ajouter une postface à cet article avec le resurgissement de cette rhétorique et de cette héroïsation lors de la crise du coronavirus.
En bref, un très bon ouvrage, exigeant sans être inabordable, qui part de situations à hauteur d'homme pour élever le débat sur la guerre à un niveau sociologique et anthropologique.
Merci aux éditions du Félin et à Babelio pour cette masse critique qui a tenu toutes ses promesses.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Diabolo44Diabolo44   28 juillet 2020
Le barbelé : inventé pour contrôler le gros bétail dans la prairie américaine, il lui fallut à peine plus de dix ans pour devenir un outil de contrôle des corps humains ; dans les premiers camps d'abord, ouverts par les Européens dans les espaces coloniaux ; dans la guerre ensuite, avant même l'année 1914. Modifié afin d'être le plus vulnérant possible pour la fine peau humaine, il devint l'une des armes défensives les moins coûteuses et les plus efficaces de la Grande Guerre. Une de celles aussi dont le commandement comprit le plus mal la redoutable dangerosité pour les troupes d'assaut, dès lors que le canon n'avait pas ouvert de larges brèches permettant de passer au travers des réseaux.
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Diabolo44Diabolo44   30 juin 2020
Au moment où s'achève [un travail de 40 ans] touchant nécessairement à son terme, je dois confesser que c'est le maniement des échelles "micro" qui m'a apporté mes plus grandes satisfactions d'historien. Le temps court (...), l'incident (...), la lettre isolée, l'objet ou l'image unique (...) : voilà ce que j'ai le plus aimé, voilà ce qui m'a le plus appris (...). Et je ne saurais exactement m'expliquer pourquoi je tiens tant à cet infiniment petit. Peut-être parce que l'activité guerrière constitue un sujet d'une telle ampleur, d'une telle richesse, d'une telle capacité de transformation que mieux vaut peut-être renoncer à la saisir tout entière pour ne s'attacher (...) qu'à quelques-unes de ses anfractuosités. Peut-être l'exploration de celles-ci permet-elle d'atteindre sinon au cœur du phénomène guerrier, du moins d'en approcher un peu.
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Diabolo44Diabolo44   30 juin 2020
La bataille de St Quentin, que suivront de peu la capitulation de Paris et la signature de l'armistice, clôt en fait le XIXè siècle militaire. Elle le clôt en France : la défaite contribue à ruiner l'efficace guerrière du mythe de Valmy, jusque-là si vivante dans la mouvance républicaine. La route est libre, désormais, pour une forme de conscription universelle sur le mode prussien, jusqu’ici refusée par toutes les familles de l'échiquier politique. La première étape s'inscrit en 1872 et permet la mise sur pied de cette armée de masse qui avait tant fait défaut en 1870.
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