AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2330082037
Éditeur : Actes Sud (13/09/2017)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
De l’ardeur reconstitue le portrait de Razan Zaitouneh, figure de la dissidence syrienne enlevée en décembre 2013 avec trois de ses compagnons de lutte – et à travers elle, le puzzle éclaté de la révolution en Syrie, et du crime permanent qu’est devenu ce pays. C’est le récit d’une enquête et d’une obsession intime, le partage d’un vertige. Une porte d’entrée sur une réalité que l’immédiateté de la tragédie tient paradoxalement à distance. Un questionnemen... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Bookycooky
  09 octobre 2017
".......elle ne me quitte pas, son nom revient, trouve en moi les points de résonance pour m'empêcher de me détourner, se loge dans une zone d'intranquillité, au douloureux point de frottement où regrets et hontes sont à l'oeuvre. En partie parce que fut une longue période de ma vie où j'aurais voulu être –ou j'ai même cru pouvoir devenir –comme Razan. Et le sentiment de honte d'avoir osé penser que je le pouvais, d'avoir abandonné et trahi la jeune femme idéaliste et confiante que j'ai été, ne passe pas, reste vif, et j'ai peur d'avoir à rester en sa compagnie, de me retrouver à ses côtés, petite et timorée."
"Elle" c'est Razan Zaitouneh, avocate, dissidente syrienne disparue sans laisser de traces dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 à Douma, ville de la banlieue de Damas où elle pensait avoir trouvé refuge. La narratrice est l'écrivaine elle-même. Donc nous sommes en pleine dans la terrible actualité syrienne et Justine Augier essaie dans ce livre de restituer l'histoire de cette avocate, activiste des droits humains, dans la Syrie des années 80 à nos jours. Qu'une occidentale raconte l'histoire d'une syrienne n'est pas évident du tout, même si elle y a vécu et connaît bien le Moyen Orient. Augier l'accepte et joue sur ce regard d'étranger sur une dissidente du Moyen Orient, en la plaçant dans un contexte universel ,"mettre le doigt sur son universalité."
Elle ne la connaît qu'à travers les médias. À travers des bribes transmises par la famille et ceux qui ont pu la connaître et les propres écrits de Razan, elle va relier les différents éléments pour faire apparaître une image de cette femme à la personnalité exceptionnelle, qui à 14 ans décide d'être financièrement indépendante, vendant des montres à domicile et faisant du porte à porte, une chose impensable dans le Damas des années 80, ni d'ailleurs plus tard. Elle qui grandit au sein d'une famille conservatrice et religieuse, devient une jeune femme libre et laïque, "Razan sortie de nulle part".....
Certaines choses qu' Augier écrit comme "L'absence de confiance est une question centrale en Syrie ", l'état d'urgence en permanence, (contre des ennemis plutôt imaginaires, pour justifier à la face du monde, toutes les horreurs commises), le déroulement des procès des prisonniers politiques, des espèces de miliciens qui sortent de nul part aux premiers soulèvements,......en faites sont présents dans tous les pays aux régimes totalitaires, rien qu'à voir ce qui se passe chez le voisin.....la peur annihile tout, des deux côtés, le burlesque de la situation. Un burlesque qui déteint aussi sur la ressemblance du régime syrien alaouite avec le groupe salafiste d'opposition,qui l'ironie du sort fera disparaître celle (Razan)qui les défend.
La prose a le mérite d'être simple et clair, comme les idées et réflexions d'Augier, exprimées avec une grande sincérité. Partant de là, son témoignage sans prétention, fouillé et précis sur un sujet brûlant d'actualité, sur une personne représentative de tous les dissidents du monde, disparus,tout pays confondus, Amérique du Sud, Moyen Orient.....est poignante et excellente. Elle y insère aussi ses propres réflexions, ses expériences et vécus au sein de l'ONU et des ONG, comme quoi elle a aussi du vécu dans cet enfer de cette partie du monde, même si c'est indirectement.J'ai beaucoup apprécié l'intelligence de ses jugements personnels, sur les différentes informations recueillies sur la personnalité de Razan, ses goûts musicaux, sa sexualité....., ou sur d'autres circonstances, comme l'ambiguïté que sème un journaliste irlandais au sujet de l'attaque chimique que Razan affirme être réalisée par le gouvernement , plus de 1400 morts dont la plupart des civils, femmes et enfants.....
Vraiment un grand Bravo à Justine Augier pour ce livre bouleversant qui nous fait connaître les enjeux et les détails terribles du dessous du régime de terreur d'Assad, en même temps qu'une femme courageuse, hors norme, qui j'espère est encore en vie, ce dont je doute. Razan a reçu en octobre 2011" le prix Anna-Politkovskaïa, décerné chaque année depuis 2007 à une femme qui défend les droits de l'homme dans une zone de conflit et qui, comme Anna, prend le parti des victimes dans ce conflit, s'exposant ainsi personnellement à de grands risques. (Le même mois elle reçoit aussi le prix Sakharov.)".
Si le sujet vous intéresse, je vous recommande fortement ce témoignage bouleversant, car ce qui se passe en Syrie implique malheureusement l'Europe et nos vies beaucoup plus qu'on ne le pense. Inutile de lire les atrocités de la Shoah pour que l'histoire ne se répète pas, quand presque encore pire se passe au présent, à quatre-cinq heures d'avion de chez nous et qu'on ne peut rien y faire ?....................
(" "N'a rien pu faire” n'est pas la bonne expression ; “n'a pas voulu” ou “n'a pas trouvé d'intérêt à” est sans doute plus juste ".....une des dernières paroles de Razan , concernant la communauté internationale.)
"Au bout de la route, il y aurait du lait et des oeufs pour les enfants affamés, des vêtements chauds, du blé doré que les mains habiles des femmes transformeraient en pain. Il y aurait des médicaments pour soulager les souffrances des malades et sauver des vies. Au bout de la route se trouvait un paradis perdu, la promesse d'un semblant de vie, la promesse de la chaleur, de la satiété et de la guérison."
"I will never leave my country –never."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          613
nathiec44
  20 septembre 2017
Je trouve périlleux voire inapproprié de jauger et juger ce document. En effet, il me semble indécent d'analyser ce texte sur la forme tant le fond prend à la gorge. J'ai été confrontée à ce que notre monde peut engendrer de plus insupportable et douloureux ; j'ai ressenti les mêmes révoltes et la même impuissance qu'à la lecture des "portes du néant" de Samar Yazbek.
le travail minutieux, documenté et rigoureux de recherche et de restitution de Justice AUGIER mérite une autre analyse.
C'est une lecture quasi d'utilité publique, miroir d'une époque bouleversée où certaines dirigeants mènent leur pays à la ruine, au chaos, à la barbarie.
le parcours de Raiza ZAITOUNEH, avocate syrienne, militante, fervente défenseur des droits de l'homme est exemplaire : l'auteure restitue scrupuleusement son parcours, sa vie, elle rencontre les personnes que l'avocate a croisé, tire un à un les fils de son existence et de son engagement jusqu'à son enlèvement en décembre 2013 avec trois de ses compagnons. Depuis aucune nouvelle de Raiza ZAITOUNEH.
Un texte poignant dont on ne sort pas indemne.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Citations & extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
Au début d’un article sur Yahya, Razan met son lecteur en garde, admet que cette histoire de révolutionnaires qui offrent des roses aux soldats peut sembler d’un idéalisme forcené et candide. Mais le geste est partout repris et imité, partout commenté, sans ironie ni commisération. Le régime ne supporte pas ce geste, ne supporte pas ces jeunes hommes qui avancent vers les forces de l’ordre, désarmés, torse exposé, tentant de capter le regard des soldats d’Al-Assad qu’ils considèrent comme des victimes –ils expriment leur empathie à l’égard de ces jeunes des classes populaires qui n’ont pas vingt ans, font leur service, gagnent une misère, vivent sous le regard inquisiteur des officiers et loin de leurs familles depuis des mois parce qu’il vaut mieux déraciner les soldats quand on veut qu’ils puissent tirer sur la foule, qu’ils n’aient pas besoin de s’en prendre au fils du voisin.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          310
BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
L’État islamique est né de la violence déployée en Syrie, en Irak, et avant cela en Afghanistan, mais aussi du langage que l’on a épuisé et qui finit par tourner à vide. Face aux mots qui n’accrochent plus, on pourrait faire le choix de s’en remettre à un autre langage, plus incarné, et pourquoi pas même à une parole révélée.
Commenter  J’apprécie          231
BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
Elle se sentait assez isolée, n’arrivait pas à s’adapter. Je crois qu’elle était très affectée par ce qui arrivait aux prisonniers politiques, par la brutalité du régime et l’injustice. À tel point qu’elle ne parvenait pas à mener une vie normale. Elle sortait très peu. Je crois qu’il lui était impossible de vivre sa vie comme si tout cela n’avait pas lieu.
Commenter  J’apprécie          150
BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
La chaise allemande, le pneu, le tapis volant, le fantôme : on dirait des noms de jeux d’enfants mais ce sont quelques-unes des techniques favorites des mukhabarat syriens. Après la Seconde Guerre mondiale, Alois Brunner, officier SS ayant travaillé avec Eichmann, a trouvé refuge à Damas où il a fait carrière auprès des services secrets. Il y a enseigné des méthodes de torture pratiquées par la Gestapo aux jeunes membres des renseignements, avides de découvertes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
BookycookyBookycooky   08 octobre 2017
Lorsqu’en Orient naît la lune,
Les blanches terrasses s’assoupissent
Dans des amas de fleurs,
Les gens abandonnent leurs échoppes
Et vont ensemble
À la rencontre de la lune,

Nizar Qabbani
Commenter  J’apprécie          200
Lire un extrait
Video de Justine Augier (1) Voir plusAjouter une vidéo
autres livres classés : burlesqueVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Compléter les titres

Orgueil et ..., de Jane Austen ?

Modestie
Vantardise
Innocence
Préjugé

10 questions
12981 lecteurs ont répondu
Thèmes : humourCréer un quiz sur ce livre