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ISBN : 2330082037
Éditeur : Actes Sud (13/09/2017)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 17 notes)
Résumé :
De l’ardeur reconstitue le portrait de Razan Zaitouneh, figure de la dissidence syrienne enlevée en décembre 2013 avec trois de ses compagnons de lutte – et à travers elle, le puzzle éclaté de la révolution en Syrie, et du crime permanent qu’est devenu ce pays. C’est le récit d’une enquête et d’une obsession intime, le partage d’un vertige. Une porte d’entrée sur une réalité que l’immédiateté de la tragédie tient paradoxalement à distance. Un questionnemen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  09 octobre 2017
".......elle ne me quitte pas, son nom revient, trouve en moi les points de résonance pour m'empêcher de me détourner, se loge dans une zone d'intranquillité, au douloureux point de frottement où regrets et hontes sont à l'oeuvre. En partie parce que fut une longue période de ma vie où j'aurais voulu être –ou j'ai même cru pouvoir devenir –comme Razan. Et le sentiment de honte d'avoir osé penser que je le pouvais, d'avoir abandonné et trahi la jeune femme idéaliste et confiante que j'ai été, ne passe pas, reste vif, et j'ai peur d'avoir à rester en sa compagnie, de me retrouver à ses côtés, petite et timorée."
"Elle" c'est Razan Zaitouneh, avocate, dissidente syrienne disparue sans laisser de traces dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 à Douma, ville de la banlieue de Damas où elle pensait avoir trouvé refuge. La narratrice est l'écrivaine elle-même. Donc nous sommes en pleine dans la terrible actualité syrienne et Justine Augier essaie dans ce livre de restituer l'histoire de cette avocate, activiste des droits humains, dans la Syrie des années 80 à nos jours. Qu'une occidentale raconte l'histoire d'une syrienne n'est pas évident du tout, même si elle y a vécu et connaît bien le Moyen Orient. Augier l'accepte et joue sur ce regard d'étranger sur une dissidente du Moyen Orient, en la plaçant dans un contexte universel ,"mettre le doigt sur son universalité."
Elle ne la connaît qu'à travers les médias. À travers des bribes transmises par la famille et ceux qui ont pu la connaître et les propres écrits de Razan, elle va relier les différents éléments pour faire apparaître une image de cette femme à la personnalité exceptionnelle, qui à 14 ans décide d'être financièrement indépendante, vendant des montres à domicile et faisant du porte à porte, une chose impensable dans le Damas des années 80, ni d'ailleurs plus tard. Elle qui grandit au sein d'une famille conservatrice et religieuse, devient une jeune femme libre et laïque, "Razan sortie de nulle part".....
Certaines choses qu' Augier écrit comme "L'absence de confiance est une question centrale en Syrie ", l'état d'urgence en permanence, (contre des ennemis plutôt imaginaires, pour justifier à la face du monde, toutes les horreurs commises), le déroulement des procès des prisonniers politiques, des espèces de miliciens qui sortent de nul part aux premiers soulèvements,......en faites sont présents dans tous les pays aux régimes totalitaires, rien qu'à voir ce qui se passe chez le voisin.....la peur annihile tout, des deux côtés, le burlesque de la situation. Un burlesque qui déteint aussi sur la ressemblance du régime syrien alaouite avec le groupe salafiste d'opposition,qui l'ironie du sort fera disparaître celle (Razan)qui les défend.
La prose a le mérite d'être simple et clair, comme les idées et réflexions d'Augier, exprimées avec une grande sincérité. Partant de là, son témoignage sans prétention, fouillé et précis sur un sujet brûlant d'actualité, sur une personne représentative de tous les dissidents du monde, disparus,tout pays confondus, Amérique du Sud, Moyen Orient.....est poignante et excellente. Elle y insère aussi ses propres réflexions, ses expériences et vécus au sein de l'ONU et des ONG, comme quoi elle a aussi du vécu dans cet enfer de cette partie du monde, même si c'est indirectement.J'ai beaucoup apprécié l'intelligence de ses jugements personnels, sur les différentes informations recueillies sur la personnalité de Razan, ses goûts musicaux, sa sexualité....., ou sur d'autres circonstances, comme l'ambiguïté que sème un journaliste irlandais au sujet de l'attaque chimique que Razan affirme être réalisée par le gouvernement , plus de 1400 morts dont la plupart des civils, femmes et enfants.....
Vraiment un grand Bravo à Justine Augier pour ce livre bouleversant qui nous fait connaître les enjeux et les détails terribles du dessous du régime de terreur d'Assad, en même temps qu'une femme courageuse, hors norme, qui j'espère est encore en vie, ce dont je doute. Razan a reçu en octobre 2011" le prix Anna-Politkovskaïa, décerné chaque année depuis 2007 à une femme qui défend les droits de l'homme dans une zone de conflit et qui, comme Anna, prend le parti des victimes dans ce conflit, s'exposant ainsi personnellement à de grands risques. (Le même mois elle reçoit aussi le prix Sakharov.)".
Si le sujet vous intéresse, je vous recommande fortement ce témoignage bouleversant, car ce qui se passe en Syrie implique malheureusement l'Europe et nos vies beaucoup plus qu'on ne le pense. Inutile de lire les atrocités de la Shoah pour que l'histoire ne se répète pas, quand presque encore pire se passe au présent, à quatre-cinq heures d'avion de chez nous et qu'on ne peut rien y faire ?....................
(" "N'a rien pu faire” n'est pas la bonne expression ; “n'a pas voulu” ou “n'a pas trouvé d'intérêt à” est sans doute plus juste ".....une des dernières paroles de Razan , concernant la communauté internationale.)
"Au bout de la route, il y aurait du lait et des oeufs pour les enfants affamés, des vêtements chauds, du blé doré que les mains habiles des femmes transformeraient en pain. Il y aurait des médicaments pour soulager les souffrances des malades et sauver des vies. Au bout de la route se trouvait un paradis perdu, la promesse d'un semblant de vie, la promesse de la chaleur, de la satiété et de la guérison."
"I will never leave my country –never."
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michfred
  13 novembre 2017
Pourquoi lire l'histoire d'une activiste et dissidente syrienne, Razan Zaitouneh, enlevée, sans doute par les Islamistes, en décembre 2013, si ce n'est pour essayer d'y voir un peu plus clair dans le marigot syrien, pour mettre un peu de clarté dans les nombreuses factions à l'oeuvre contre un régime honni et couvert de sang - et néanmoins soutenu du bout des dents par les puissances occidentales qui y voient à tort ou à raison l'unique rempart contre l'islamisme radical ?
Tel était bien mon désir en lisant "De l'ardeur"...
Force est pourtant de constater que malgré des efforts louables et soutenus, je n'y suis pas arrivée, tant ce recit oscille entre l'enquête et le projet littéraire, entre la recherche objective des faits et l'hagiographie, entre le récit personnel et le recueil des témoignages.
J'ai été plus d'une fois tentée d'abandonner ma lecture, excédée par les innombrables passages en italique permettant à une "voix" jamais identifiée clairement d'interrompre le récit déjà largement zigzaguant de la narratrice, tandis que des didascalies- type: (il rit)- faisaient mine d'" authentifier" cette parole anonyme...
Le cours des événements est lui aussi noyé dans des parenthèses, des retours en arrière, des parallélismes - avec les récits du regretté Michel Seurat, par exemple.
Quant à Razan elle-même, j'ai mieux compris son personnage en faisant quelques recherches sur internet qu'en lisant Justine Augier...
Il aurait fallu choisir: écrire, en ayant "digéré " son information, un roman historique avec le portrait de Razan, femme de courage et de conviction, en motif central et iconique, - ou faire, modestement et clairement, une enquête journalistique circonstanciée sur la disparition d'une grande figure de la dissidence syrienne. Florence Aubenas est un modèle du genre, qui écrit si bien que son enquête se lit aussi avec plaisir...
A force de faire l'un et l'autre, Justine Augier, elle, se perd et nous perd.
C'est dommage pour Razan Zaitouneh qui méritait qu'on la découvre-ou qu'on la rêve- mieux.
C'est dommage pour les néophytes comme moi qui sortent de cette lecture pas plus savants et même nettement plus embrouillés qu'avant!
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RITAB
  16 novembre 2017
Comme moi, vous achèterez peut-être ce livre et vous le laisserez trainer pendant quelques jours sur une table. Puis vous en achèterez d'autres plus légers que vous déposerez dessus. Puis vous vous direz « Je vais attendre d'avoir un moral d'acier avant de l'aborder ». Puis vous trouverez peut-être un subterfuge pour l'entamer. Pour moi, le subterfuge a consisté à commencer la lecture pendant que mes enfants jouaient calmement à côté alors que d'habitude je préfère lire seule.
Ensuite vous lirez le prologue et vous comprendrez votre malaise si bien décrit par Justine Augier et donc vous lirez la suite. Et alors vous ne lâcherez pas ce livre, d'une part parce que cette fille, Razan, est un personnage extrêmement romanesque et d'autre part parce que la plume de Justine Augier est juste, avec un équilibre parfait entre sensibilité et analyse.
Razan est une dissidente syrienne qui a disparue dans la nuit du 9 au 10 décembre 2013 avec son mari et deux autres personnes. Ce livre retrace l'histoire de cette femme peut-être encore en vie, peut-être pas.

La première partie retrace le chemin tracé par Razan avant le début de la guerre civile syrienne. Comme tous les enfants, Razan a construit son monde imaginaire quand elle était jeune. Elle s'est construite aussi en opposition à une famille traditionnelle patriarcale tout en gardant des sentiments de respect et de loyauté vis à vis des membres de cette famille, sentiments propres à son éducation orientale. Elle n'a pas eu d'éducation politique ou idéologique puisque qu'elle a grandi dans les années 80 en Syrie et en Arabie Saoudite. Elle a lu Woolf et De Beauvoir, a cherché à s'émanciper par la lecture, puis a choisi de gagner la liberté dans l'action et non dans la fuite.
On découvre dans ce livre comment elle s'éveille et s'engage dans le soulèvement syrien. On comprend petit à petit sa personnalité inhérente aux gens qui, comme elle, luttent contre une sensibilité qui les submerge en s'élevant sur de très hautes aspirations.
On découvre comment une ambiance de peur et de terreur est maintenue par les disparitions (définitives ou pas) orchestrées par le régime syrien, les méthodes utilisées et en particulier la méfiance qui isole les individus et entrave toute tentative de rassemblement et de rébellion : « L'absence de confiance est une question centrale en Syrie. Obsédante. Un manque autour duquel tentent de s'articuler les relations et les êtres. Par défaut, on ne fait confiance à personne et c'est là un principe de précaution ancré au plus profond de chacun (p48). » D'ailleurs, au début de son engagement, la terreur de se faire prendre est telle que Razan n'est amie qu'avec les dissidents qui ont déjà fait vingt ans de prison, preuve que ce système marche : il permet de rassembler ceux qui ont déjà connu la torture avec ceux qui vont l'affronter. Ce système ne rassemble jamais ceux qui sont prêts à se battre ensemble avec une nouvelle approche, une nouvelle stratégie, un regard neuf. « On se méfie du chauffeur de taxi, du vendeur de légumes, de chacun, et avec le soulèvement le quadrillage va commencer à se resserrer ». Ce sont les « dinosaures » qui forment le cercle d'amis de Razan quand démarre son action engagée.
Ensuite nous suivons son parcours depuis son engagement dans la défense des droits de l'homme en tant qu'avocate et en tant que journaliste. Razan mène un travail minutieux tous les dimanches pour aider les détenus politiques, l'essentiel se passant dans une ruelle devant la salle de jugement, quand les détenus laissaient échapper des bribes de parole et que les familles racontaient ce qu'ils avaient vu et entendu. Cette partie du livre est très intéressante : « Razan écoute, abandonne des grilles de lectures statiques ; bâtit une compréhension incroyablement précise du monde dans lequel elle navigue, une compréhension qui lui permet de pratiquer comme personne l'art de la résistance tolérée car elle connait tous les interstices dans lesquels il est possible de se glisser, toutes les portes dérobées qu'il est possible d'ouvrir et celles qui sont condamnées. » (p53)
Razan défend tous ceux qui sont poursuivis par le pouvoir y compris les islamistes (qui l'ont probablement enlevée en décembre 2013). Elle ne défend pas que ceux qui lui ressemblent. Elle s'immerge dans l'ambiance familiale de chacun. Elle pousse son métier d'avocat dans une forme d'accomplissement héroïque qui lui coûtera cher. Razan dissèque les méthodes du pouvoir syrien et Justine Augier regroupe ses analyses avec celles déjà dressées par Michel Seurat des années auparavant ce qui atteste de façon tragique la fin réservée à ceux qui comprennent comment un système totalitaire fonctionne. Razan fait un travail de terrain gigantesque pour cartographier la population radicalisée comme une ethnologue (travail très utile pour le monde entier). Elle écrit des enquêtes de terrain tout en naviguant entre les pressions du pouvoir en place.

La deuxième partie du livre décrit les changements qui ont lieu au sein de la population avec le début de la guerre civile et, dans la mouvance du printemps arabe, la jeunesse en 2011 qui se soulève, les villes assiégées, la population étouffée, le sang qui coule sans discontinuer. L'espoir que tout change. Une nouvelle ère commence et une nouvelle vie pour Razan qui doit maintenant vivre cachée. Elle a préparé le terrain et elle apparait alors comme une figure incontournable que tout le monde consulte. Elle ne sort presque plus, se terre, change de cachette quand un des siens est emprisonné, donc torturé. le quadrillage de la population est de plus en plus fin.
Razan perd un ami disparu qu'elle admire et aime beaucoup Yahya, un garçon plus mesuré, plus calme qui mène un combat pacifique ; et c'est la descente aux enfers qui commence pour elle aussi. Elle se métamorphose physiquement. Elle comprend que l'issue est fatale. Mais elle se relève. Elle sombre puis se relève après chaque disparition. Une force inouïe la maintient à flot, mais son corps se transforme. La disparition de cet homme Yahya qu'elle admirait tant marque un point de rupture.
Justine Augier ne perd pas de vue sa sensibilité et sa compréhension de la nature humaine dans cette deuxième partie et sème des éléments qui permettent de comprendre comment ces gens pour qui l'issue est fatale, qui s'y préparent, baissent la garde quand ils sont affaiblis et comment cet affaiblissement, ces brèches sont exploitées par un pouvoir qui veut détruire toute forme de rébellion. Justine Augier scrute aussi les dissidents et les relations qu'ils entretiennent entre eux. Même la cohésion au sein de ces activistes est menacée par un mot, une phrase peu encourageante, un geste pas reconnu à sa juste valeur, quand la fatigue gagne chacun.

Cette deuxième partie est consacrée aux soulèvements, à l'éveil du peuple, l'espoir, les chants révolutionnaires, les larmes, les cris de joie quand démarre les soulèvements après 2010. L'émulation qui entraîne chacun, la fraternité qui lie tous ces êtres qui défendent un idéal commun. La liberté. Cette partie très intéressante également regroupe plusieurs écrits qui se font échos les uns aux autres sur les soulèvements de 1982 comparés à ceux de 2011, les souvenirs tels qu'ils sont transmis par le pouvoir et tels qu'ils sont reçus dans la mémoire de chacun, les souvenirs tels qu'ils sont véhiculés d'une mémoire à l'autre. La construction de la mémoire collective. Et on ne peut s'empêcher, devant ces scènes de massacre de penser que désormais la mémoire collective est embrassée par l'image de Razan.
Pour que le soulèvement ne devienne à aucun moment un mouvement construit et menaçant, le peuple syrien est morcelé, « quadrillé » par le pouvoir, mais la mémoire de Razan plane, ce qui nous laisse penser qu'il est possible que seule l'échéance soit un point d'interrogation. Razan a patiemment répertorié tout, les tortures, les méthodes de disparition, les morts, les détails de leur mort. Elle égrène les morts un à un. Elle tient un registre précis. Elle s'éteint à petit feu.
La révolte syrienne se répand, les chefs et les points de vue se multiplient et c'est là une bataille d'ego qui se met en place. (Juste avant on apprend qu'un prix a été décerné à Razan, prix qu'elle a d'abord refusé puis accepté. Je ne peux pas m'empêcher de penser que les prix décernés pendant l'action sont contre-productifs. Après oui, avant non ! Célébrer l'ego avant le résultat ! Evidemment ceux qui décernent les prix n'y pensent pas et se targuent de décerner un prix à l'action qu'ils auraient voulu mener mais qu'ils ne mènent pas ; alors ils la célèbrent…)

La troisième partie raconte cette incroyable vie souterraine dans des tunnels et la survie qui se met en place dans les villes assiégées, bombardées. Razan finit par quitter Damas et va s'installer à Douma en 2013 où elle sera capturée en décembre 2013. Justine Augier revient sur une scène que l'on peut voir sur YouTube et qui apparait dans le film « Our terrible country » dont elle a déjà parlé au début du livre et qui est le point de départ de sa rencontre avec Razan. On y voit Razan qui se jette dans la gueule du loup dans cette ville de Douma très conservatrice où elle arrive avec son esprit de femme occidentale et on comprend que sont loin les jours où Razan défendait tous les opposants au régime, islamistes compris.
Cette partie raconte ce décalage entre l'idéalisme de Razan et le chaos de la vie à Douma avec ses groupuscules qui s'affrontent. Elle raconte ce décalage entre son idéalisme et les intérêts économiques des puissants qui subventionnent les groupuscules, l'argent qui circule, la corruption. Un énorme noeud dont elle peine à sortir. La fin inéluctable qui la guette. Elle continue à travailler et à avancer ses pions dans ce petit bastion de Douma, un peu comme un malade condamné essaye de capturer des scènes de vie depuis sa fenêtre dans un hôpital.

Justine Augier nous rappelle dans son récit la triste tragédie de Michel Seurat (dont certains écrits sont cités). Ce récit rassemble un incroyable travail de recherche que Justin Augier a fait à travers une quantité d'archives. Ce livre nous fait prendre conscience de ce qu'il a été possible de récupérer (et donc par là même laisse une trace de ce qui a été perdu). Justine Augier comprend parfaitement les ressorts d'une personnalité forte et voit toutes les fragilités que cette force révèle. Elle mène son récit en navigant intelligemment entre les évènements graves qui y sont décrits et la sensibilité extrême de Razan. Cette sensibilité, vous l'aurez compris, ne peut être vécue que dans l'action, que dans le don de soi, puisque de toute façon ce type de personnalité se consume. Il se consume dans la production d'une oeuvre digne de ce nom, jusqu'à l'épuisement.
Un passage du livre, très intéressant également, est dévolu à cet engagement que Justine Augier a eu en faisait partie des équipes de l'ONU en Irak après les attentats et de l'amertume qu'elle a ressentie devant son idéalisme bafoué. Elle explique bien cette désillusion des gens de terrain qui, manipulés, idéalistes, se lancent à corps perdu et découvrent les erreurs interventionnistes et les noeuds qui en découlent. Elle raconte aussi les couloirs vides et mornes de l'ONU à Vienne. Elle analyse tous ces détours qu'elle a empruntés pour finir par prendre l'arme qui peut servir son propre engagement : la littérature. Justine Augier, à travers ce portrait s'interroge sur ses propres engagements, ses idéaux, sur son rapport à l'écriture ; et immanquablement on referme le livre en se demandant quelle part nous sommes prêts à céder pour nous engager, pour aider ceux qui en ont besoin.
Pour une fois qu'un auteur se penche sur un drame actuel et non sur un douloureux événement historique lointain, il faut le lire. On ne peut décemment pas se dire que maintenir nos consciences éveillées sur les drames du passé est essentiel pour nous empêcher d'y retomber avec tous ces romans historiques qui abondent, et ignorer le présent qui se déroule sous nos yeux. Ce serait inconcevable. Illogique.

Je rajouterai que ce livre est bouleversant car c'est le regard de Justine Augier sur une femme héroïque, ce qui en fait une oeuvre à part. L'héroïsme n'est pas abordé de façon aveugle en passant par la case honneur, sens du devoir, etc… Justine Augier aborde intelligemment tous les ressorts de l'ego qui se cache derrière tout homme qui s'élève; elle aborde ce sentiment de puissance devant l'effet que Razan produit sur les autres ; elle exhibe les effets de l'euphorie devant les grands bouleversements d'une société atone, les étincelles que cette euphorie génère et les caractères forts qui se démarquent, s'affrontent, elle souligne les frustrations individuelles qui minent la cohésion. Elle n'oublie pas l'humain qu'elle explore dans sa composante la plus fragile, la plus discutable, la moins glorieuse. Ce texte est donc un texte incontournable de cette rentrée littéraire.
Je crois qu'à y bien pense, ayant déjà lu un livre de Justine Augier dont j'avais aimé l'écriture très sensible, je savais que si elle s'emparait de ce sujet alors j'avais de quoi m'inquiéter sur l'effet qu'il produirait, c'est pour cela qu'il est resté quelques jours (quelques semaines même…) sur une table. C'est pour cela que je l'ai enseveli en empilant d'autres livres au-dessus. Car c'est en effet un livre extrêmement grave, pesant, qui vous plonge dans une tristesse infinie mais qu'on ne peut pas lâcher. Une fois démarré, c'est un livre que vous ne poserez plus. Si vous ne connaissez pas cet auteur, alors c'est une belle manière de la découvrir.

Lien : https://lapagederita.blogspo..
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tynn
  19 octobre 2017
Au coeur de la dissidence syrienne.
Razan Zaitouneh a disparu en 2013 dans les environs de Damas, enlevée avec son mari et deux amis. Depuis, ne restent que le silence et les supputations pour une action de groupe islamiste rebelle au régime de Bachar el-Assad.
Justine Augier reconstitue méticuleusement une biographie de cette jeune icône de l'opposition syrienne, par les témoignages que ceux qui l'ont connue ou croisée, par son impressionnant travail d'avocate et de militante des droits de l'homme. On y découvre une figure de femme implacable dans son combat, travailleuse acharnée, idéaliste convaincue et tenace. Engagée humanitaire de la première heure aux côtés des opposants, intermédiaire poil à gratter qui dérange autant le régime que les insurgés, elle participe au printemps syrien rapidement muselé, subit la clandestinité, dénonce sans relâche les arrestations arbitraires, les conditions de détention et de torture.
Plus largement, le livre nous dessine en creux la Syrie de Bachar, l'opacité et la violence de fonctionnement du pays, la suspicion systématique envers toute forme de réforme sociétale. C'est une immersion dans la tentative de printemps syrien et son implacable répression, creuset de radicalisation des mouvements d'opposition qui deviendront le fond de recrutements de Daech.
Un document percutant et passionnant. Dommage que l'écriture soit parfois approximative et le texte porteur de coquilles jusqu'à quelques phrases incompréhensibles.

Sélection Document pour le Grand Prix des Lectrices ELLE 2018
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Squirelito
  15 décembre 2017
Personne ne pourra rester insensible à la lecture de ce document. C'est non seulement un travail d'enquête, mais aussi un instructif récit sur les méandres du conflit syrien.
Justine Augier a voulu mettre en lumière Razan Zaitouneh, discrète avocate syrienne et militante en faveur des droits de l'homme. Depuis décembre 2013 elle a disparu suite à un enlèvement avec son mari et deux autres proches dans la banlieue de Damas. Sur la base de peu d'éléments, elle retrace le parcours de cette femme atypique, laïque mais qui fonçait tête baissée et sans aucune crainte pour tenter de faire bouger les choses en Syrie, dénoncer l'horreur, sauver des prisonniers et espérer un vent de renouveau.
Si le style d'écriture peut dérouter au premier abord, on serait tenté de la définir comme empirique, on est vite entraîné dans les descriptions de l'auteure et dans sa recherche de vérité. Elle narre, en fait, en fonction de la réalité syrienne : brutale et tranchante. Elle raconte le parcours de Razan Zaitouneh, relate les discours des personnes qui la connaissent, ont croisé sa route, et cherche à savoir si l'avocate est toujours en vie même si les espoirs s'amenuisent au fur et à mesure.
J'ai particulièrement apprécié que Justine Augier fasse référence tout le long du livre à Michel Seurat, sociologue et chercheur, pris en otage à Beyrouth en 1985 et décédé en captivité un an plus tard, cette tragédie révèlant toute la complexité du Moyen-Orient et de toutes les forces s'opposant entre elles, le tout couronné par les divergences des institutions internationales, les couloirs parfois sombres de la diplomatie.
S'ajoutent également des extraits de livres incontournables sur la dictature syrienne et la guerre dévastatrice qui sévit depuis 2011, dont « Carnets de Homs » de Jonathan Littel, « Les portes du néant » de Samar Yazbek et l'insoutenable « La coquille » de Moustafa Khalifé.
A chaque fois, il en ressort un cri d'épouvante face à ce que l'homme peut inventer pour torturer ses semblables. Et aussi un cri face au silence assourdissant de ceux qui ne font que constater du haut de leurs pouvoirs. Comment au XXI° siècle, après des milliers de décennies de barbarie, après les génocides à travers le monde, comment la torture puisse continuer à être exercée ? Et pourquoi… C'est ce sentiment de révolte qui ressort une fois de plus.
Mais n'y a-t-il pas les désordres ordonnés ? L'auteure sait très bien reconstituer le fil du conflit syrien et elle rejoint les diverses analyses élaborées à ce sujet : l'opposition au régime du Lion de Damas (lui-même étant un redoutable félin de la manipulation) a été et est bien trop divisée, chacun voulant s'approprier un morceau tombé et où les jalousies ont carte blanche.
En attendant, Raza Zaitouneh, « celle qui écrivait sur une corde raide » est introuvable. Comme des milliers d'autres personnes, disparues, décédées, mutilées, torturées sur ce sol syrien, sur ce sol qui a accueilli l'un des plus anciens peuples de l'Antiquité, sur ce sol où les dieux ont bâti une civilisation faisant de Palmyre l'un des foyers de l'humanité. Aujourd'hui, ce sont des ogres qui en font un foyer d'inhumanité malgré l'ardeur déployée par des femmes et des hommes qui veulent encore croire à une possible paix, à une possible liberté.
Lien : http://squirelito.blogspot.f..
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critiques presse (2)
LeFigaro   03 novembre 2017
Un portrait de Razan Zaitouneh, avocate syrienne défenseur des droits de l'homme enlevée en 2013 et portée disparue.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   30 octobre 2017
Qu'est devenue Razan Zaitouneh, avocate syrienne ivre de liberté ? Justine Augier recueille des témoignages et en fait un récit intense.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
Au début d’un article sur Yahya, Razan met son lecteur en garde, admet que cette histoire de révolutionnaires qui offrent des roses aux soldats peut sembler d’un idéalisme forcené et candide. Mais le geste est partout repris et imité, partout commenté, sans ironie ni commisération. Le régime ne supporte pas ce geste, ne supporte pas ces jeunes hommes qui avancent vers les forces de l’ordre, désarmés, torse exposé, tentant de capter le regard des soldats d’Al-Assad qu’ils considèrent comme des victimes –ils expriment leur empathie à l’égard de ces jeunes des classes populaires qui n’ont pas vingt ans, font leur service, gagnent une misère, vivent sous le regard inquisiteur des officiers et loin de leurs familles depuis des mois parce qu’il vaut mieux déraciner les soldats quand on veut qu’ils puissent tirer sur la foule, qu’ils n’aient pas besoin de s’en prendre au fils du voisin.
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BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
L’État islamique est né de la violence déployée en Syrie, en Irak, et avant cela en Afghanistan, mais aussi du langage que l’on a épuisé et qui finit par tourner à vide. Face aux mots qui n’accrochent plus, on pourrait faire le choix de s’en remettre à un autre langage, plus incarné, et pourquoi pas même à une parole révélée.
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BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
Elle se sentait assez isolée, n’arrivait pas à s’adapter. Je crois qu’elle était très affectée par ce qui arrivait aux prisonniers politiques, par la brutalité du régime et l’injustice. À tel point qu’elle ne parvenait pas à mener une vie normale. Elle sortait très peu. Je crois qu’il lui était impossible de vivre sa vie comme si tout cela n’avait pas lieu.
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BookycookyBookycooky   09 octobre 2017
La chaise allemande, le pneu, le tapis volant, le fantôme : on dirait des noms de jeux d’enfants mais ce sont quelques-unes des techniques favorites des mukhabarat syriens. Après la Seconde Guerre mondiale, Alois Brunner, officier SS ayant travaillé avec Eichmann, a trouvé refuge à Damas où il a fait carrière auprès des services secrets. Il y a enseigné des méthodes de torture pratiquées par la Gestapo aux jeunes membres des renseignements, avides de découvertes.
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michfredmichfred   13 novembre 2017
La double pratique de la disparition et de l'arrestation est inséparable du régime syrien, figure au coeur du génome. Toutes ces absences contribuent à défaire les liens, à morceler; en chacun se trouve répliquée cette réalité semée de trous qui sape les fondements d'une citoyenneté entière, et s'ouvre un espace au creux duquel la peur vient loger, duquel elle peut déployer ses tentacules puissants.
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Videos de Justine Augier (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Justine Augier
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 10 novembre 2017
L'ordre du jour - Prix Goncourt 2017 de Eric Vuillard aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=80695&id_rubrique=372
La disparition de Josef Mengele - Prix Renaudot 2017 de Olivier Guez aux éditions Grasset https://www.lagriffenoire.com/90630-divers-litterature-la-disparition-de-josef-mengele.html
L'art de perdre de Alice Zeniter aux éditions Flammarion https://www.lagriffenoire.com/90195-divers-litterature-l-art-de-perdre.html
Paname Underground de Johann Zarca aux éditions Goutte d'or https://www.lagriffenoire.com/97194-divers-litterature-paname-underground.html
L'invention des corps de Pierre Ducrozet aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/88252-divers-litterature-l-invention-des-corps.html
La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/23492-divers-litterature-la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais.html
Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/88250-divers-litterature-mercy--mary--patty.html
Tiens ferme ta couronne - Prix Medicis 2017 de Yannick Haenel aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/87431-divers-litterature-tiens-ferme-ta-couronne.html
La Serpe - Prix Fémina 2017 de Philippe Jaenada aux éditions Julliard https://www.lagriffenoire.com/88419-divers-litterature-la-serpe.html
De l'ardeur : Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne de Justine Augier aux éditions Actes Sud https://www.lagriffenoire.com/90555-concours-publics-de-l-ardeur.html
Detroit de Fabien Fernandez aux éditions Gulf Stream https://www.lagriffenoire.com/90855-romans-detroit.html
L'Essence du mal de Luca D'Andrea et Anaïs Bouteille-Bokobza aux éditions Denoël https://www.lagriffenoire.com/97832-divers-polar-l-essence-du-mal.html
Prince bleu de Montmartre de Michou et François Soustre aux éditions Cherche Midi https://www.lagriffenoire.com/99443-divers-litterature-prince-bleu-de-montmartre.html
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