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EAN : 9782246583820
219 pages
Éditeur : Grasset (01/03/2006)

Note moyenne : 4.41/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Ce journal, tenu alors que l'auteur était berger dans le Sahara dans les années 1950 est un ouvrage scandaleux, et ultime. Scandaleux dans l'aveu d'un plaisir naturel tiré des garçons, des jeunes filles, des animaux. Ultime car la quête d'Augiéras, dont le désir se lève contre " la vulgarité de l'Europe ", est plus pure et plus passionnante que ses actes : traquer le secret d'une nouvelle alchimie, d'une nouvel... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
michfred
  03 juin 2020
Augiéras n'a pas fini de me charmer. Peut-être me surprend-il moins depuis que je l'ai quelque peu  lu .
Toutefois, pour qui ne le connaît pas, ce Voyage des morts risque d'être sinon un choc, du moins une découverte assez dérangeante du fait d'une extrême liberté de ton, de propos dans ce recit d'un "parcours initiatique" atypique où une naïveté edénique  d'avant la faute se mêle à une provocation tranquille, assumée,  réitérée.
Pédophilie, prostitution, homosexualité, zoophilie, sado masochisme, le jeune François erre dans les villes et déserts du Maghreb en quête de sensations fortes, de tendresse, de brutalité,  d'amour. Il est à la recherche de son âme dans l'espace dangereux des nuits où les corps s'aimantent et se cherchent, bravant l'interdit.
 Toujours en rupture avec l'ordre établi et en osmose avec les pulsions naturelles , toujours entre deux marchandages,  les très jeunes prostituées qu'il paye, les hommes mûrs qui le paient , entre deux sortes d'amour, les jeunes bergers qu'il désire et attire, et le vieil homme qui le sadise et l'instruit.
Le récit n'est jamais linéaire, la chronologie semble itérative, lancinante comme le Boléro de Ravel,  la trame, comme le manteau d'un vagabond céleste, trouée d'ellipses, de "blancs" inexplicables,  s'ouvre soudain sur l'extase d'un ciel étoilé,  quitte sans ambages un lieu, un être, un métier, pour spéculer sur l'essence du divin, l'esthétique du sacré. 
Le lecteur est voué à suivre ce Voyage comme si lui-même s'était embarqué sur la nef des Morts, penché sur les abîmes,  perdu dans les ergs ensablés.
Peut-être vaut-il mieux goûter d'abord au pur poème du Vieillard et l'Enfant, ou lire le récit insolent et allègre d'une jeunesse au temps du Maréchal avant de tenter ce Voyage-là. 
Le Voyage des morts est d'un abord difficile, déroutant, mais il est aussi profondément original, refusant toutes les articulations logiques, chronologiques, tous les habillages romanesques destinés à faire passer la pilule:  c'est un saut délibéré dans l'inconnu.
Le journal de bord poétique et enfiévré d'un itinéraire intérieur unique.
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ThibaultMarconnet
  23 décembre 2020
Augiéras, le Grand Vivant
L'oeuvre de François Augiéras est une entière approbation de l'existence ; un témoignage fervent des douleurs et des plaisirs gravés à même la chair.
Martyr offert à la joie de la souffrance et de la jouissance, ce Grand Vivant était peau à peau avec les quatre éléments du cosmos.
Il est de ceux qui osèrent présenter leur poitrine nue à l'épée de lumière, afin qu'elle entrouvre les points cardinaux de son âme.
Tour à tour victime et bourreau, il fut un être lumineux, solaire ; une âme burinée dans la forge des volcans.
Par le sexe, il fit corps avec la part d'humus qui gît en tout être.
Il est peu d'hommes qui aventurèrent leur vie aussi loin, qui se piquèrent avec autant de passion aux ronces rougies de l'extase.
Les livres d'Augiéras sont sa semence, donnée aux hommes qui le reconnaîtront pour frère.
Météore, il brûle dans la nuit comme un grand soleil.
© Thibault Marconnet
le 1er février 2013
Lien : https://le-semaphore.blogspo..
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Davjo
  16 septembre 2013
Il faut lire ce livre en abandonnant nos filtres et nos repère moraux de tièdes démocrates. Parfois, on a envie de rire, mais la folie de l'extase d'Augiéras n'accepte aucune ironie, aucune espèce d'autodérision. Il est dans la sensation crue. Les chapitres sont donnés par des noms de lieux: Tadmit, Gardaia, El Golea, Agadir, sauf le dernier, sorte d'épilogue au Mali: le Fleuve.
François Augiéras est un barbare qui a vécu trop seul. Il écrit le soir à la lueur d'une petite lampe. Il aime marcher dans le désert, sous le ciel devenu clair, dans le silence de la campagne déserte. Il va au bordel aimer des putes de quinze ans ou suit dans la nuit des garçons indigènes et nomades dans l'espoir d'une étreinte amoureuse, au risque de la mort, armé de son revolver.
Il fait un stage dans une contrée dangereuse, l'Algérie des années 50, juste avant la décolonisation. Il est destiné à devenir moniteur de la SAR (secteur d'amélioration rurale) et mène une vie de berger, faire paître les bêtes, les vacciner, les passer au bleu de méthylène.
Sous la luminosité d'une extrême violence, on le prend pour un simple d'esprit. Il écrit avec ses tripes, uniquement concentré sur la sensation, ce qu'il éprouve au contact des forces de la nature, de la vie qui s'écoule si forte en lui. C'est ce qui frappe le lecteur, cette intensité à vivre la moindre sensation, le sommeil, l'envie de sexe, la nature, le froid, le chaud, l'inconfort, la dureté. Il jouit de tout et nous le fait savoir par son écriture limpide, ses phrases dures et lumineuses. Sa prose consacre le silence et décrit des instants de solitude et d'extase. On découvre un frère un peu fou qui côtoie la mort. Il vit tout à fleur de peau. Il écrit qu'il est délirant de gaieté, qu'il danse de joie, saoulé par l'air et la vie « ...mon îvresse incomparable devant l'amour, dans la plénitude de ma joie de vivre. »
Il mourra jeune, c'est écrit. François Augiéras meurt à 46 ans, seul, pauvre, à l'hospice de Montignac.
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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Albounet
  28 mars 2013
En lisant le titre et le thème , à savoir les aventures en grande partie homosexuelles et masochistes de l'auteur, nous avons du mal à croire que ce récit est nimbé d'une délicieuse poésie. Et pourtant c'est le cas !
Dans des lieux sauvages des régions algériennes, Augiéras nous présente ses rencontres , ses désirs mais aussi sa vision de l'existence en grande partie influencée par la philosophie nietzschéenne.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
DavjoDavjo   16 septembre 2013
Une bête mourait dans une étable. J'allumai une lampe qui éclaira faiblement les murs lavés au grésil. Je pris la bête dans mes bras et me couchai près d'elle. Les yeux grands ouverts elle tremblait, ne luttant plus contre la mort et s'abandonnait avec une sorte de ravissement au sommeil inconnu qui ne l'effrayait pas. Depuis deux jours, elle n'avait rien mangé, n'en souffrant pas. La fièvre la nourrissait. Une colique sanglante maculait son arrière-train. Elle bêla, ferma les yeux: pas un cri de douleur, un cri d'appel. Je la berçais. Elle vomit dans mes mains, je la savais condamnée. Son cœur battait à coups rapides: le bruit même de la vie. Qu'avait-elle connu de la vie, cette brebis née en décembre ! Je chantai doucement, pour elle. Elle ne bougea plus. Avait-elle passé ? La vie reprit dans son corps chaud, mais faiblement, comme soutenue par ma présence; il me semblait mourir moi-même.
Elle mourut à six heures du soir, ses yeux grands ouverts.
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michfredmichfred   03 juin 2020
On n'allait pas très vite, mais rien ne nous pressait. J'aimais les jeunes femmes, puis retrouver le clan des hommes. Celui-là pur sur les eaux bleues du fleuve: Le grand fleuve des Morts au paradis des arbres et des fleurs.
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michfredmichfred   03 juin 2020
Il me prit dans ses bras : — Tu ne vas pas crever, non ? — Ça fatigue le cœur, lui dis-je, toujours les yeux fermés, avec orgueil, avec un sanglot dans la voix. Le dos, les cuisses me brûlaient ; la taille surtout me faisait mal. Il rajusta mon pantalon; j'étais comme aveuglé par les coups et j'avais une étrange douceur, et des larmes dans les yeux. — Je t'aime ainsi. — Oui, c'est bien, merci.
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mandarine43mandarine43   23 mai 2011
Rassuré, il me rendit mes baisers avec une douceur si humaine et si grave que je crus mourir de joie. Ma vie entière, pensai-je, j'aurai de l'homme cette image exemplaire. Il appuya son beau visage contre mon épaule ; ses habits avaient la senteur du désert tout proche, comme ses lèvres. Il était : mon âme venue de la nuit, un autre moi-même plein de douceur et de bonté pour moi. Il se leva. Debout parmi les herbes sèches, au bord de la colline, dans les bras l'un de l'autre, nous fîmes ce que j'ai dit.
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mandarine43mandarine43   23 mai 2011
La peur de la mort donnait un style à notre amour. Ses beaux yeux aux prunelles blanches me regardaient bien en face. Tout en lui me plaisait : sa pudeur dans l'amitié, son silence. Je pris sa main ; nos doigts unis sur la terre un peu ocre, j'embrassai son visage demi-obscur dans la nuit transparente. Sous l'étoffe, je devinais une épaule tendre et chaude, un cœur jeune et pur ; j'étais frappé de la beauté ses traits. J'éprouvais pour lui des sentiments venus du plus lointain passé, nos mœurs dataient des premiers soirs du Monde, je n'aurais pas couché avec mon frère avec plus de respect, il était l'image la plus belle que j'avais conçu de l'amour.
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Videos de François Augiéras (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Augiéras
François Augiéras (1925-1971) : Une vie, une œuvre [2000 / France Culture]. Par Christian Giudicelli. Réalisation : Marie-Andrée Armynot. Équipe technique : Christian Fontaine et Stéphane Desmond. Émission “Une vie, une œuvre” diffusée sur France Culture le 6 août 2000. François Augiéras est un écrivain français, né à Rochester (État de New York) le 18 juillet 1925 et décédé à Périgueux le 13 décembre 1971. François Augiéras est le fils de Pierre Augiéras, un pianiste français renommé, et d'une mère peintre sur porcelaine d'origine polonaise. Pierre Augiéras, installé aux États-Unis pour raisons professionnelles, meurt d'une appendicite deux mois avant la naissance de son fils. Revenu en France quelques mois après sa naissance, François Augiéras passe son enfance seul avec sa mère. À Paris, qu'il trouve sinistre, il étudie au collège Stanislas. Il vit ensuite à Périgueux, où il s'installe à l'âge de huit ans. À l'âge de treize ans, à la bibliothèque municipale, il découvre André Gide, Nietzsche et Arthur Rimbaud. Attiré par l'art, il quitte l'école à l'âge de treize ans pour suivre des cours de dessin. En 1941, il s'inscrit dans un des mouvements de jeunesse qui prolifèrent sous le régime de Vichy, mais dès 1942 il s'en détache pour devenir acteur dans un théâtre ambulant. Il s'engage, en 1944, au dépôt de la flotte à Toulon, puis passe en Algérie où il se retrouve à Alger. Il ne s'y attarde guère, pressé d'aller vers le Sud qu'il pressent être son véritable pays, et où il rejoint son oncle Marcel Augiéras, militaire colonial en retraite, qui vit à El Goléa, dans le Sahara. Augiéras s'inspire de cet épisode pour écrire en 1949, “Le Vieillard et l'Enfant”, qu'il publie à compte d'auteur sous le pseudonyme d'Abdallah Chaamba. L'ouvrage retient l'attention d’André Gide qui, quelques mois avant son décès, rencontre le jeune écrivain après que ce dernier lui a envoyé deux lettres. Augiéras décrit plus tard un Gide manifestement ému par sa rencontre avec lui, et s'imagine comme le « dernier amour » du grand écrivain. “Le Vieillard et l'Enfant” est publié en 1954 par les Éditions de Minuit et une rumeur prétend alors qu'« Abdallah Chaamba » est un pseudonyme posthume de Gide. Solitaire et révolté, Augiéras multiplie les voyages, parcourant notamment l’Algérie et la Grèce, et faisant retraite au mont Athos. En 1957-1958, il participe à la revue “Structure”, que dirige Pierre Renaud à Paris, puis s'engage dans une compagnie de méharistes du sud algérien. Ses livres s'inspirent de sa vie mouvementée. Lui-même écrit : « J'ai accepté – ou appelé – de dangereuses aventures, toujours avec cette arrière-pensée : ça deviendra des livres ! » D'un tempérament panthéiste, Augiéras évoque ouvertement dans ses écrits l'attirance sexuelle à la fois pour les garçons et les jeunes filles, mais également pour les animaux. En 1964 paraît sans nom d'auteur, aux éditions Julliard, “L'Apprenti sorcier”, un texte peu connu, sauvage, d'une force peu commune, où un adolescent entretient des rapports masochistes avec le prêtre chez qui il est placé, puis vit une histoire d'amour avec un jeune garçon. En 1967, Augiéras achève le premier livre qu'il signe de son véritable nom, “Une adolescence au temps du Maréchal et de multiples aventures”. Les errances, la précarité, l'extrême solitude aggravent son état de santé. Les séjours à l'hôpital de Périgueux se succèdent. À la fin des années 1960, il réside un temps dans les grottes de Domme pour échapper aux conditions de vie dans les hospices, et y écrit sur des cahiers d'écolier. Son livre “Domme ou l'Essai d'occupation”, qu'il ne parvient pas à faire éditer de son vivant, est inspiré de sa vie dans les grottes. Miné par la pauvreté et la malnutrition, prématurément vieilli par ses conditions de vie, il s'installe dans une maison de repos à Fougères, puis dans un hospice pour indigents à Montignac. “Un voyage au Mont Athos” est publié en 1970. Usé du cœur, François Augiéras meurt le 13 décembre 1971 à l'hôpital de Périgueux. Il est inhumé à Domme le 18 décembre 1971. L'un de ses rares amis, l'instituteur Paul Placet, s'emploie ensuite à faire connaître l'œuvre d'Augiéras en organisant des expositions de ses peintures et en diffusant ses manuscrits. Avec la participation de :
Jean Chalon, écrivain et exécuteur testamentaire de l’œuvre de François Augiéras Michel Mardore, romancier, critique de cinéma, réalisateur, photographe, auteur d’un projet de film inabouti, d’après le livre “L’Apprenti sorcier” de François Augiéras Paul Placet, écrivain et ami intime de François Augiéras, auteur d’une biographie intitulée “François Augiéras, un barbare en Occident” (La Différence) Stéphane Sinde, auteur d’un film documentaire sur François Augiéras : “François Augiéras, un essai d’occupation” Textes lus par Fabrice Eberhard Sources : France Culture et Wikipédia
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Bref survol de l'oeuvre de François Augiéras

Quel est le titre du premier livre d'Augiéras ?

La jeunesse au vert
Le vieillard et l'enfant
Les vieux s'amusent
Quand j'étais vieux
La vieille aux orties

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