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EAN : 9782357106765
451 pages
Éditeur : Flammarion (01/03/2021)
  Existe en édition audio
3.99/5   168 notes
Résumé :
Né en terre africaine, encore majoritairement païenne au ive siècle, Augustin mène une jeunesse de plaisirs jusqu'à l'âge de 32 ans. Son récit, qui marqua autant l'histoire du christianisme que celui de la philosophie, retrace sa propre quête : celle qui le mena de l'errance et des élans contradictoires des désirs, à Dieu. Il observe le monde, cherchant avec obstination dans la lecture des philosophes de quoi le comprendre. Tout bascule lorsqu'il détourne son regard... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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5Arabella
  28 août 2019
Ce texte au combien célèbre, semble avoir été écrit entre 397 et 401, par un Augustin devenu évêque d'Hippone depuis peu (395). Les Confessions se composent de 13 livres : la trame des 9 premiers suit la vie d'Augustin, de sa naissance en 354 à Thagaste jusqu'en 387, moment où il s'apprête à retourner en Afrique, suite à sa conversion ; le livre 10 fait en quelques sorte transition, Augustin y parle de lui au présent, s'interrogeant sur la mémoire, sur le souvenir, sur le temps, parlant de son chemin vers Dieu, de la lutte quotidienne contre toute incitation à se laisser distraire de la quête du divin ; les trois derniers livres évoquent les Écritures et leurs interprétations.
Le qualificatif d'autobiographie accolée souvent à ce texte risque de provoquer une déception chez le lecteur qui y chercherait essentiellement des anecdotes, des petits faits pittoresques ou qui voudrait suivre avec précision l'existence de l'auteur. Ce dernier choisit quelque faits qui servent son propos, plus qu'il ne nous livre l'ensemble de sa vie, et il a aussi tendance à une forme d'abstraction, ne pas parler par exemple que de son enfance, mais aussi de l'enfance d'une façon plus générale. le but d'Augustin n'est pas de se replonger avec délice dans le souvenir, encore moins de se mettre en valeur. Son texte s'adresse dès les premières lignes à Dieu, il s'agit de faire louange, mais aussi une déclaration d'amour. Il est fait pour être lu par des hommes, avec une visée pédagogique : c'est en quelque sorte un récit exemplaire (mais pas modèle) d'un cheminement qui a amené un homme parmi d'autres, vers Dieu, ce qui a complètement transformé sa vie, lui a permis d'une certaine façon d'atteindre son accomplissement, être enfin pleinement homme. C'est à Dieu et non pas à lui-même qu'il attribue cet accomplissement : de lui-même, il dit surtout le plus contestable, les errements, les pêchés, il confesse ses fautes, fait acte de contrition.
Augustin a connu une réussite hors du commun : issue d'une famille plutôt modeste même si pas misérable, ses exceptionnelles qualités intellectuelles lui ont permis d'arriver à un âge relativement jeune (vers 30 ans) au poste envié de maître de rhétorique à Milan (où résidait la cour impériale). Il pouvait espérer continuer une belle carrière, devenir par exemple gouverneur d'une province. Sa mère venait de négocier un mariage avantageux que le jeune âge de la fiancée laissait en suspens. C'est à ce moment que d'une certaine façon il renonce à tout, et se dévoue à Dieu, ce qui lui apporte une forme de joie et de plénitude qu'il n'avait pas connu jusqu'alors. C'est ce bonheur qu'il tient à partager avec d'autres, ainsi que rendre grâce à Dieu de l'avoir élu.
Il est assez fascinant de suivre cet homme parmi les plus brillants, non seulement de son temps, mais de tous les temps, d'arriver en quelque sorte à la limite de la raison humaine, de butter sur une impossibilité de saisir. Il trouvera sa solution en répudiant en quelque sorte la raison, pour s'abandonner à un être transcendant l'humain, source de toute chose. Mais il ne pourra s'empêcher de penser, les trois derniers des Confessions sont des tentatives de lectures des Écritures. Avec une certaine humilité, il n'est pas sûr de ses interprétations, et admet même que d'autres pourraient être possibles. C'est que l'homme ne peut que tenter d'approcher le divin avec sa faible raison. La seule attitude possible, en dehors de l'humilité, est l'amour, et une forme d'abandon qui peut prendre la forme d'une sorte de transe mystique. La forme du texte ressemble d'ailleurs par moments à une sorte d'incantation, de chant.
C'est donc un objet atypique et composite, très personnel, très inconfortable parfois, même si fascinant. On peut l'approcher de différentes façon, ou ne pas arriver à y entrer. L'abandon au divin laisse à distance tous ceux qui y sont étrangers. Mais il y a tant de beauté formelle et tant de fulgurances sur ce qu'est l'humain que beaucoup de lecteurs pourront y trouver de l'intérêt même en ne partageant pas la foi d'Augustin.
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MarcelineBodier
  29 août 2017
"Les confessions" commencent comme une longue litanie de glorification de Dieu et autres entreprises de mortifications de l'auteur, qui semble vouloir explorer toutes les nuances de son sentiment de n'être pas à la hauteur. Et puis soudain, au moment où le lecteur moderne va rendre les armes et refermer le livre, un homme, annulant les siècles, nous parle de tout ce qui fait le coeur vivant de nos tourments : la relation à sa mère, l'amitié, l'amour, le sexe, la parentalité, et puis la lutte contre soi-même, l'ambition, l'envie d'en découdre avec des adversaires de son propre monde aussi bien que des "Barbares", comme on disait, envie qui n'est finalement rien d'autre que le besoin de résister contre les forces bouillonnantes et inconnues qui sont en nous. Les litanies religieuses prennent alors une toute autre coloration : elles ne se tournent vers un dieu que pour mieux revenir à l'expéditeur, qui cherche à voir clair en lui-même.
L'auteur fait tout cela d'une manière qu'un éditeur d'aujourd'hui recalerait sans aucune forme de procès : il se livre un peu, retourne à ses litanies de culpabilité, perd son lecteur cent fois, l'endort, l'épuise, avant de le repêcher in extremis en provoquant, au détour d'une vingtaine de pages plus loin, un nouveau choc émotionnel... un plan brouillon, un style assommant, surtout quand, comme moi, on a découvert le livre dans sa traduction du 17ème siècle (au 20ème siècle, la traduction de Frédéric Boyer n'existait pas encore ; voir https://www.babelio.com/livres/Augustin-Les-Aveux/187113). Oui, mais voilà : l'homme qui livre en désordre tous ces sentiments et tous ces souvenirs, qui pourraient être les nôtres, qui auraient pu être vécus au 21ème siècle, cet homme a vécu il y a seize siècles. Seize siècles. SEIZE SIECLES. Il faut le voir plusieurs fois noir sur blanc pour s'en convaincre : une époque qu'on ne connaît que par des ruines, des parchemins, une époque que l'imagination de chacun doit reconstruire à sa guise... et que celui qu'on appelle Saint-Augustin ressuscite comme si c'était la nôtre. le temps fait l'objet d'une méditation célèbre dans le livre, mais à la lecture du texte, on se demande s'il existe encore...
Au moment d'appuyer sur le clic fatal pour poster ce petit texte, j'hésite... si j'ai ressenti une émotion et un plaisir si forts à ma première lecture des "Confessions", c'est parce que personne ne m'avait dit tout cela. J'avais été attirée par le titre, le siècle, mais je ne savais pas à quoi m'attendre, si bien que j'ai lu tout le début avec un sentiment de déception et d'ennui qui a donné son prix à ce que j'ai ressenti brutalement ensuite. Alors si je spoile le livre pour vous, même un tout petit peu, en décrivant mon expérience, votre émotion et votre plaisir pourront-ils être aussi forts que les miens ? Eh bien relisons ensemble les mots qui viennent de me venir, car il n'y a rien d'autre à ajouter : émotion. Et plaisir.
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Bouteyalamer
  01 novembre 2020
L'antiquité tardive avec la fin des Douze Dieux, de la Pax Romana et de l'unité de l'Empire, bientôt la prise de Rome et la chute de l'empire d'Occident, voilà une période qui ressemble à la nôtre. de grandes personnalités émergeaient d'une culture solide ce qui nous laisse espérer du siècle présent. C'est dans cet esprit que je reprends ce livre.
Je retrouve la hardiesse de l'éloquence d'Augustin, sa richesse en images : « Il est descendu ici-bas, celui qui est notre vie, il a souffert notre mort et il l'a tuée de l'abondance sa vie. D'une voix tonnante il nous a crié de revenir d'ici vers lui, en ce lieu secret, d'où il est venu à nous d'abord dans le sein d'une vierge où s'est mariée à lui la nature humaine, cette chair mortelle, pour n'être pas toujours mortelle ; et de là, pareil à un époux qui sort du lit nuptial, il a bondi comme un géant pour courir sa route » (p 77-8). Elle montre une proximité de Dieu aujourd'hui inconcevable, — questionnement incessant, vocabulaire intime qui présume une psychologie et une complicité du créateur. Parmi une infinité d'exemples : « Et maintenant, Seigneur, toutes ces choses sont passées, et le temps a adouci ma blessure. Puis-je approcher de votre bouche l'oreille de mon coeur et apprendre de vous, qui êtes la vérité, pourquoi les pleurs sont doux au malheureux ? Encore que présent partout, avez-vous repoussé loin de vous nos misères ? Restez-vous enfermé en vous-même, tandis que nous sommes roulés par le flot des événements ? » etc. (p 71). Paul Veyne écrit dans l'Empire gréco-romain (p 440) « Ce que n'offrait pas le paganisme, c'était l'amour d'un dieu aimant. […] le christianisme aura été une religion plus aimante, plus passionnante, il aura eu l'espèce de succès d'un best-seller qui vous prend aux tripes par sa chaleur éthique, par son dieu redoutable, mais aimant, avec lequel on peut converser intimement ». À propos, pourquoi diable le traducteur utilise-t-il le vouvoiement, inconnu du latin ?
Je m'émerveille de la robustesse, de la finesse d'introspection, de la puissance intellectuelle d'un homme issu de la petite bourgeoisie de province, formé par ses voyages, étudiant en rhétorique à Thagaste, Carthage, Rome, puis enseignant à Milan, enfin évêque d'Hippone. Un homme qui a connu, pratiqué, hiérarchisé les plaisirs : « Ni le charme des bois, ni les jeux ni les chants, ni les paysages embaumés, ni les festins magnifiques, ni les plaisirs de la chambre et du lit, ni enfin les livres et les vers ne pouvaient apaiser [ma souffrance] (p 73). Qui suggère que la culpabilité dans le plaisir ne vient pas de sa nature, mais d'un désir ignorant, frustré ou insincère. En citant quatre mots seulement du célèbre “amabam et amare amabam”, on perd de vue le regret d'une perversion du désir : “Je vins à Carthage, et partout autour de moi bouillait à gros bouillons la chaudière des amours honteuses. Je n'aimais pas encore, et j'aimais à aimer ; dévoré du désir secret de l'amour, je m'en voulais de ne l'être pas plus encore. Comme j'aimais à aimer, je cherchais un objet à mon amour, j'avais horreur de la paix d'une voie sans embûches”. (p 49). Augustin est reconnaissant des plaisirs qu'il juge compatibles avec la foi et l'amitié : “Si les corps te plaisent, c'est Dieu que tu en loueras, ô mon âme, reporte ton amour sur leur Auteur, pour ne point lui déplaire dans les choses qui te plaisent. Si les âmes te plaisent, aime-les en Dieu, car elles aussi sont sujettes au changement et c'est en se fixant en lui qu'elles se stabilisent ; autrement elles passeraient et périraient. Que ce soit donc en lui que tu les aimes, entraine vers lui avec toi toute celles que tu peux” (p77).
Bien sûr des éléments négatifs. Sa sainte mère Monique arrange son mariage pour mettre fin à une vie de désordre : “On poursuivait l'affaire ; la jeune fille était demandée. Il lui manquait deux années pour être nubile [c'est dire qu'elle avait une douzaine d'années]. Comme elle plaisait, on attendait” […] “Cependant mes péchés se multipliaient ; et quand on eut arraché de mon flanc, comme un obstacle à mon mariage, la femme qui était ma maîtresse, mon coeur où elle était attachée en fut blessé et déchiré, et traîna longtemps sa plaie sanglante. Elle était retournée en Afrique en vous faisant le voeu de ne plus connaître désormais aucun homme et en me laissant le fils naturel qu'il m'avait donné” (p 126-7). Les motifs de scandale évoluent…
Dans un autre domaine — lié au désir par les rêves —, je découvre à la relecture des pages étincelantes sur “les prodiges de la mémoire” (X, 8-25). Reconnaissance enthousiaste de sa diversité : mémoire des sens, des savoirs, des sentiments, souvenir du bonheur, et même souvenir de l'oubli. Affirmation de sa puissance : “C'est là que se conservent, rangées distinctement par espèce, les sensations qui y ont pénétré, chacune par son accès propre : la lumière, toutes les couleurs, les formes des corps, par les yeux ; tous les genres de sons, par les oreilles ; toutes les auteurs, par les narines ; toutes les saveurs, par la bouche ; enfin par le sens épars dans tout le corps, le dur ou le mou, le chaud ou le froid, le doux ou le rude, le lourd ou le léger, les impressions qui ont leurs causes hors du corps et dans le corps. La mémoire les recueille tous dans ses vastes retraites, dans ses secrets et ineffables replis pour les rappeler et les reprendre au besoin” (p 210). Aveu de l'empire du souvenir sur les rêves : “Mais elles vivent encore dans ma mémoire, dont j'ai longuement traité, les images de ces voluptés : mes habitudes de jadis les y ont gravées. Elles s'offrent à moi, sans force à l'état de veille ; mais dans le sommeil, elles m'imposent non seulement le plaisir, mais le consentement au plaisir et l'illusion de la chose même. Ces fictions ont un tel pouvoir sur mon âme, sur ma chair, que, toutes fausses qu'elles sont, elles suggèrent à mon sommeil ce que les réalités ne peuvent me suggérer quand je suis éveillé” […] “jusqu'à l'émission charnelle” (p 232-3).
Je passe, ou plus précisément je bute, sur les aspects théologiques : “l'intelligence” ou “la profondeur” de l'Écriture, les questions de création, de temps, de matière et de mouvement ; d'ailleurs, Augustin écrit (p 306) que s'il avait eu pour mission d'écrire la Genèse, il eut demandé l'aide de Dieu pour convaincre “les esprits incapables de comprendre comment Dieu crée”… Idem pour les écrits polémiques contre Arius, Donat, Pelage, les néoplatoniciens. Chaque siècle a ses préoccupations.
NB La pagination concerne l'édition Garnier Flammarion de 1964 (traduction J. Trabucco) que je ne trouve pas dans Babelio

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finitysend
  24 février 2012
Un texte d' un grand intérêt !
13 livres rédigés au début du 4e siècle ...
Un des rares textes réellement autobiographique de l'antiquité ..
L'auteur ( baptisé depuis 10ans ) souhaite confesser ses pêchés et glorifier " le seigneur " son dieu ...
Je passe sur le contenu théologique qui est d'une grande portée pour l'avenir du christianisme ( la grâce divine est nécessaire pour sauver le pécheur et sans elle l'homme est pecheur et ne peut que le rester .. )..
L'aspect théologique ne doit pas éloigner ou rebuter un lecteur curieux de découvrir l'antiquité tardive de l'intérieur .. !!
L'auteur aborde avec une délicieuse et sincère honnêteté :
Son enfance .. son coté adolescent difficile .. la tentation manichéenne et réfutation du manichéisme .. la cour impériale ( de Constantin ) .. sa conversion .. la mort de sa mère ..
Seul les 4 derniers livres sont presque exclusivement de portée théologique ..
Le reste de l'ouvrage est un portrait vivant de l'antiquité ..
Un délice .. des familles mixtes ... du dialogue .. de la cohabitation ..
On sent un monde assez serein qui échange des idées et qui prospère ..
L'introspection de saint augustin est un témoignage intime .. un texte précieux d'accès très facile ..
Accessible à un large public à la recherche d‘intimité avec l'antiquité tardive ....
j'ai toujours plaisir à le relire car c'est savoureux et tellement vivant .....

Ps : c'est d'autant plus poignant que juste après avoir terminé ce texte Saint Augustin évêque D'hippone verra la province romaine d'Afrique s'effondrer ainsi qu'il serra le témoin du sac de la ville éternelle ( Rome ) ...
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Philippe67
  04 novembre 2012
J'ai beaucoup aimé ce livre lorsque je l'ai lu il y a une dizaine d'année mais plus j'y pense et moins je l'aime.
Ce jeune débauché qui fait le désespoir de sa mère et qui trouve un jour l'illumination divine et devient une espèce d'extrémiste puritain ça me fait penser à ces fumeurs repentis qui emm. tout le monde dés qu'ils voient surgir une cigarette.
Chacun doit faire sa route et ses erreurs en respectant les autres M. St Augustin, chacun est libre de croire en un Dieu ou de n'y pas croire.
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Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
EtoilesonoreEtoilesonore   30 octobre 2013
Tard je t'ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! mais quoi ! Tu étais au-dedans de moi et j'étais, moi, en dehors de moi-même ! Et c'est au dehors que je te cherchais ; je me ruais dans ma laideur sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi, retenu loin de toi par ces choses qui ne seraient point, si elles n'étaient en toi. Tu m'as appelé et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as exhalé ton parfum, je l'ai respiré et voici que pour toi je soupire ; je t'ai goûtée et j'ai faim de toi, soif de toi ; tu m'as touché et j'ai brûlé d'ardeur pour la paix que tu donnes.
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enkidu_enkidu_   22 septembre 2014
Mais d’abord « lavez-vous, purifiez-vous ; faites disparaître toute souillure et de vos âmes et de mes regards, » afin que la terre intérieure s’élève. Apprenez à faire le bien ; « rendez justice à l’orphelin, et maintenez le droit de la veuve (Is. I, 16, 17), » afin que cette terre se couvre de fertiles pâturages et d’arbres chargés de fruits. Venez, je veux vous instruire ; attachés au firmament du ciel, vous serez les flambeaux du monde.

Le riche demande au bon Maître ce qu’il doit faire pour obtenir la vie éternelle. Écoute ce bon Maître que tu crois un homme et rien de plus, mais qui est bon, parce qu’il est Dieu ; il te dit : « Si tu veux arriver à la vie, observe les commandements ; » sépare du sol de ton cœur les eaux amères de la malice et de la corruption ; garde-toi du meurtre, de l’adultère, du vol ; ne porte point faux témoignage, afin que la terre paraisse et germe le respect des père et mère, et l’amour du prochain. — J’ai fait tout cela, répond le riche.

D’où viennent donc tant d’épines, si la terre est fertile ? Va, déracine ces sauvages buisson de l’avarice ; vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et ton aumône te couvrira de fruits ; et tu auras un trésor dans le ciel ; et puis, suis le Seigneur, si tu veux être parfait et devenir le compagnon de ceux à qui il parle le langage de la sagesse, lui qui sait et te fera savoir ce que c’est que le jour, ce que c’est que la nuit, afin que les astres brillent aussi pour toi au firmament de son ciel ; chose impossible, si ton cœur n’y est déjà ; et là ne sera jamais ton cœur, si là n’est point ton trésor, comme te l’a dit le bon Maître (Matth. VI, 21). Mais la tristesse se répandit sur la terre stérile, et les épines étouffèrent la parole (Ibid. XIX, 16, 22).

Pour vous, race d’élection, faibles du monde, qui avez tout quitté pour suivre le Seigneur, allez et confondez les puissances du siècle. Que vos pieds radieux marchent sur sa trace ! Étincelez au firmament (I Pierre, II, 19), afin que les cieux racontent sa gloire, en discernant la lumière des parfaits qui sont encore loin des anges, et les ténèbres des petits déjà sauvés de vos mépris ! Brillez sur toute la terre ! Que ce jour, éblouissant des clartés de ce soleil, annonce au jour le Verbe de sagesse, et que cette nuit soit le clair de lune qui annonce à la nuit le Verbe de science (Ps. XVIII, 2). La lune et les étoiles luisent sur la nuit, sans être obscurcies par ses ténèbres ; elles lui donnent toute la lumière qu’elle peut recevoir. Et, comme si Dieu eût dit : Que les astres soient dans le firmament du ciel : voici soudain un grand bruit venu d’en-haut, comme un tourbillon violent, et des langues de feu rayonnent et se divisent en s’arrêtant sur la tête de chacun d’eux (Actes, II, 2, 3) : et il se fit comme un firmament d’astres possesseurs du Verbe de vie. Courez partout, flammes de sainteté, feux admirables ! Car vous êtes la lumière du monde, et le boisseau ne vous couvre pas. Celui à qui vous vous êtes attachés a été exalté dans la gloire, et il vous a exaltés. Courez donc, et révélez-vous à toutes les nations. (livre XIII, chapitre 19)
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enkidu_enkidu_   22 septembre 2014
Seigneur, grâces vous soient rendues ! nous voyons le ciel et la terre, c’est-à-dire les régions supérieures et inférieures du monde ; ou le monde des esprits et celui des corps ; et, pour l’embellissement des parties qui forment l’ensemble ou de l’univers visible, ou de l’universalité des êtres, nous voyons la lumière créée et séparée des ténèbres. Nous voyons le firmament du ciel, soit ce premier corps du monde, élevé entre la sublimité des eaux spirituelles et l’infériorité des eaux corporelles, soit ces espaces de l’air, ce ciel où les oiseaux volent entre les eaux que les vapeurs condensent au-dessus d’eux-mêmes et qui retombent en rosées sereines, et les eaux plus lourdes, qui coulent sur la terre.

Nous voyons, par les plaines de la mer, la beauté de ces masses d’eaux attroupées ; et nous voyons la terre, d’abord dans sa nudité, puis, recevant avec la forme, l’ordre, la beauté et la force végétative. Nous voyons les astres briller sur nos têtes ; le soleil suffire seul au jour ; la lune et les étoiles consoler la nuit ; notes radieuses de l’harmonie des temps. Nous voyons ces humides immensités se peupler de poissons, de monstres énormes, d’oiseaux divers : car l’évaporation de l’eau donne au corps de l’air cette consistance qui soutient leur vol.

Nous voyons la face de la terre ornée de ces races variées d’animaux, et l’homme, créé à votre image, investi d’autorité sur eux par cette divine ressemblance, par le privilège de l’intelligence et de la raison. Et comme il est, dans son âme, un conseil dominant et une obéissance soumise, ainsi, dans notre nature corporelle, la femme est créée pour l’homme, quoique également admise au don de la raison, et son sexe l’assujettit à l’homme, comme la puissance active et passionnée, soumise à l’esprit, conçoit de l’esprit le règlement de ses actions : voilà ce que nous voyons ; chacune de ces œuvres est bonne ; et leur ensemble est très-bon. (livre XIII, chapitre 32)
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enkidu_enkidu_   22 septembre 2014
Où est l’homme qui comprend la toute-puissante Trinité ? où est l’homme qui n’en parle ? et peut-on dire qu’il en parle ? Bien rare est l’intelligence qui en parle avec la science de sa parole. Et l’on conteste, et l’on dispute ; et c’est un mystère qui demeure voilé aux âmes où la paix n’est pas. Je voudrais que les hommes observassent en eux-mêmes un triple phénomène ; simplitude infiniment différente de la Trinité sainte, mais que j’offre à leur méditation, pour leur faire sentir et reconnaître l’infini de la distance. Ce triple phénomène, le voici : être, connaître, vouloir : car je suis, je connais, je veux : je suis celui qui connaît et qui veut. Je connaît que je suis et que je veux, et je veux être et connaître.

Comprenne qui pourra combien notre âme est inséparable de ces trois phénomènes, qui tous trois ne font qu’une même vie, qu’une même raison, qu’une même essence, inséparablement distinctes. Homme, te voilà en présence de toi-même ; regarde en toi ; vois, et réponds moi !
Et si tu trouves quelque lueur dans ces mystères de ton être, ne crois pas en avoir pénétré plus avant dans les mystères de l’Etre immuable au-dessus de tout, immuable dans son être, immuable dans sa connaissance, immuable dans sa volonté : car, est-ce à cause de cette triplicité, que Dieu est Trinité ; ou cette triplicité réside-t-elle en chaque personne divine, chacune étant unité-trinaire ; ou bien, dans le cercle incompréhensible, infini, d’une simplicité multiple, est-il unité féconde, principe, connaissance et fin de soi-même, qui se suffit immuablement ? Quel esprit aurait la force de dégager cette terrible inconnue ? Quelle parole, quel sentiment seraient exempts de témérité ? (livre XIII, chapitre 11)
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enkidu_enkidu_   22 septembre 2014
Et pour vous le mal n’est pas ; il n’est pas non plus pour l’universalité de votre œuvre ; car il n’est rien en dehors pour y pouvoir pénétrer par violence et altérer l’ordre que vous avez imposé. Mais dans le détail seulement, le mal, c’est quelque. disconvenance, convenance plus loin et devenant bien, de substances bonnes en soi. Et tous ces êtres sans convenances entre eux, conviennent à l’ordre inférieur que nous appelons la terre, qui a son atmosphère convenable de nuages et de vents.

Et loin de moi de désirer que ces choses ne soient pas, bien qu’à les voir séparément je les puisse désirer meilleures ! Mais fussent-elles seules, je devrais encore vous en louer, car, du fond de la terre, « les dragons et les abîmes témoignent que vous êtes digue de louanges ; et le feu, la grêlé, la neige, la glace et la trombe orageuse qui obéissent à votre parole ; les montagnes et les collines, les arbres fruitiers et les cèdres, les bêtes et les troupeaux, les oiseaux et les reptiles, les rois de la terre et les peuples, les princes et les juges de la terre, les jeunes gens et les vierges, les vieillards et les enfants, glorifient votre nom.

Et à la pensée que vous êtes également loué au ciel, « que dans les hauteurs infinies, ô mon Dieu ! vos anges et vos puissances chantent vos louanges ; que le soleil, la lune, les étoiles et la lumière, les cieux des cieux, et les eaux qui planent sur les cieux, publient votre nom (Ps. CXLVIII, 1-12), » je ne souhaitais plus rien de meilleur : car embrassant l’ensemble, je trouvais bien les êtres supérieurs plus excellents que les inférieurs, mais l’ensemble, après mûr examen, plus excellent que les supérieurs isolés. (livre VII, chapitre 13)
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