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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  24 août 2020
Bienvenue dans le petit monde, dépeint non sans humour, de la bourgeoisie anglaise.
Au début on trouve l'histoire agréable, le quotidien d'Emma est plutôt paisible dans sa propriété de Hartfield aux côtés de son vieux père. Elle reçoit, rend visite, papote avec sa toute nouvelle amie Harriet à qui elle souhaite trouver le meilleur mari qui soit (comprendre: le plus adapté à son niveau social), a des discussions enflammées avec l'ami de la famille, Mr Knightley. Certes la jeune femme agace un peu, on la sent vaguement manipulatrice et un brin méprisante (elle persuade Harriet de refuser la demande en mariage de Mr Martin sous prétexte qu'il n'est qu'un vulgaire agriculteur). Un peu enfant gâtée qui a tout pour elle. Mais on apprécie son caractère indépendant: "Sans le mobile de l'amour, je serais bien sotte d'abandonner une situation comme la mienne: je n'ai besoin ni d'argent, ni d'occupations, ni d'importance sociale; bien peu de femmes mariées sont aussi maîtresses dans leur intérieur que je le suis à Hartfield".

Et puis on commence à trouver la petite société de Highbury franchement insupportable. M. Woodhouse n'est qu'un soupe au lait à cheval sur les horaires et les conventions. Il passe son temps à s'inquiéter qu'un(e) tel(le) attrape froid. Plein d'idées reçues et sans aucune conversation, c'est un personnage inintéressant. Emma se targue d'être fine psychologue mais elle interprète mal les sentiments des uns et des autres, ce qui crée bon nombre de malentendus. Elle porte des jugements hâtifs, aime que l'on aille dans son sens et ses bévues obstinées ont de douloureuses conséquences émotionnelles pour son entourage ("Avec une insupportable vanité, elle s'était imaginé pénétrer le secret des sentiments de chacun, et avait eu la prétention de diriger les destinées à son gré!"). Les principales (et futiles) occupations de ces (plus ou moins) riches désoeuvrés tournent autour de l'organisation de dîners, d'après-midi dansants, de balades à la campagne et autres pique-niques (et qui inviter, comment placer les invités...). Les conversations, déjà réduites, finissent par tourner en rond (mon dieu le flot incessant de Mlle Bates, les propos égocentriques de Mme Elton!).

C'est là que prend forme la dimension ironique du roman. On comprend progressivement qu'il faut lire entre les lignes, que derrière la description se cache une parodie de ces gens qui ne jurent que par l'étiquette, le qu'en dira-t-on, le rang social, évoluant dans un univers pesant et étriqué malgré leur éducation et leur niveau de vie. Les relations ne sont pas toujours sincères ("Voulant à aucun prix causer la moindre peine à Mme Weston, elle se vit contrainte de souscrire à un arrangement qui lui déplaisait beaucoup") voire résolument hypocrites ("Elle n'aurait pas su dire pourquoi Jane Fairfax ne lui était pas sympathique: M. Knightley lui avait dit une fois que c'était parce qu'elle voyait en Jane la jeune fille véritablement accomplie qu'elle avait l'ambition de paraître").

Heureusement Mr Knightley est là pour lui faire entendre raison chaque fois qu'Emma s'égare. Ils ont ensemble de longues conversations animées où chacun défend son point de vue, argumente et proteste gentiment. C'est une véritable émulation intellectuelle ("Plus elle réfléchissait, plus elle prenait conscience de ses torts"). On sent la jeune femme évoluer progressivement ("Elle prit la résolution d'être humble et modeste et de modérer son imagination pour le reste de sa vie"), reconnaissant le rôle de son précieux compagnon ("Je suis sûre que vous m'avez été utile; je subissais votre influence sans vouloir me l'avouer") et s'avouant "heureuse d'être si bien comprise".

Au final tout rentrera dans l'ordre pour les différents protagonistes. Y compris pour l'héroïne qui saura, sans renier son choix féministe d'indépendance (et sans trahir son rang!), faire le choix du coeur.
Lien : https://www.takalirsa.fr/emm..
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