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Critique de Myriam3


Myriam3
  24 novembre 2014
Je le savais, je n'en attendais pas moins, mais maintenant que j'ai refermé ce livre, je ne peux que soupirer d'aise, de plaisir et d'incertitude, confirmant mes attentes. Que lire, suite à ça? Oui, Mansfield Park appartient à cette catégorie rare et et si précieuse d'oeuvres qu'on ne peut quitter sans de douloureux regrets.
Imaginez, dans la campagne anglaise, un presbytère à quelque distance d'une grande demeure victorienne, les deux séparés par un grand parc, et deux familles, les Bertram et les Grant.
Les Bertram, sur le conseil de Madame Norris - la soeur de Lady Bertram et forte de sentiments charitables- accueillent l'une de leurs nièces élevée jusqu'alors dans une famille nombreuse et désargentée, Fanny Price (quelle ironie!).
Fanny a tout de l'héroïne de la littérature victorienne: humble, d'origine modeste, innocente et sensible mais dotée d'une volonté qu'on ne saurait briser, très éloignée de la suffisance qui caractérise le milieu dans lequel elle se trouve projetée contre son gré.
De leur côté, les Grant accueillent durant plusieurs mois les jeunes frère et soeur de Lady Grant, les Crawford.
Bientôt, Sir Thomas Bertram doit s'absenter plusieurs mois pour remettre de l'ordre dans son entreprise implantée dans les Colonies anglaises. Tous les ingrédients sont alors réunis pour éveiller l'enthousiasme et les ardeurs des jeunes Bertram et Crawford, délivrés de l'autorité paternelle, et ceux-ci atteignant l'âge de se marier, Lady Grant et madame Norris ne sont pas en reste dans l'agitation générale, désireuses qu'elles sont de fomenter les meilleurs alliances.
Ce roman psychologique est surtout celui de la jeunesse - les adultes y tiennent une place secondaire, même si rien ne peut se faire concrètement sans eux, ou avec eux d'ailleurs- et c'est ce qui fait son intérêt, sa fraîcheur, sa richesse. Jane Austen prend un soin et un plaisir sans pareil à dépeindre une ronde de relations dont les personnages principaux sont le fils cadet des Bertram, Edmond, sa cousine Fanny, et monsieur et mademoiselle Crawford.
Son regard va et vient de l'un à l'autre, avec une préférence pour Fanny, et se concentre sur ces fluctuations émotionnelles qui effleurent nos jeunes héros au gré des gestes, regards et paroles de chacun. Avec la narratrice, qui se fait jour à certains points du récit par un "je" réservé qui se dévoile explicitement à la fin pour nous céder la suite de cette histoire, nous pénétrons dans ces âmes qui pourtant ne se dévoilent jamais tout-à-fait. le mot "amour" ne saura être prononcé, même pour nous, par Fanny lorsqu'elle songe à cet être si cher à son coeur.
Parlons-en, justement, de cet amour. Quelle ironie Jane Austen met dans ce récit! le fait que Fanny et ses cousins grandissent côte-à-côte comme frères et soeurs ne les prémunira-t-il pas d'une attirance amoureuse, pensent madame Norris et Sir Bertram lorsqu'ils décident de prendre Fanny chez eux?
Et puis, ces jeunes gens si bien élevés qu'ils n'élèveraient pas la voix, ne se laisseraient pour rien au monde aller aux effusions - à part Fanny, qui rougit et pleure régulièrement, ce qui ne la rend que plus touchante - qui prennent soin à ne pas heurter les sentiments de l'autre, qui se protègent mutuellement - les deux cousins d'un côté, les frère et soeur de l'autre - ne cherchent-ils pas, sous couvert d'affection, à manipuler l'être qu'ils disent aimer pour arriver à leur propre fin? Tout n'est ici, finalement, que manigances et égoïsme, et même notre douce Fanny n'est pas en reste.
Mansfield Park est un roman passionnant que j'ai retrouvé chaque soir avec beaucoup d'impatience et de plaisir, et je suis rassurée à l'idée qu'Emma, un des autres romans de Jane Austen, m'attend patiemment.
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