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EAN : 9782246813965
155 pages
Grasset (06/03/2019)
3.93/5   109 notes
Résumé :
«  L'autre jour, ma fille m'a demandé si on pourrait te voir quand tu ne seras plus morte. Elle est encore petite, tu sais, alors elle a insisté - et pourquoi ton coeur s'est arrêté, et pourquoi tu es morte dans ta salle de bain... Mourir à 33 ans, elle ne comprend pas, et elle a peut-être senti dans ma réponse mon aversion à parler de toi, à penser à toi. J'avais tout emmuré mais te revoilà sans cesse?  »  Il aura fallu trente ans pour que Clémentine Autain écrive ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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"A 22 ans, j'avais l'impression d'en avoir 50. J'étais mariée, mère d'une petite fille (l'auteure de ce livre) et isolée en banlieue, sans voiture." Dominique Laffin.

Ce livre est un message de l'auteure à sa mère Dominique Laffin, un récit d'une grande douceur et une lumineuse lettre d'amour.

"Je me suis libérée tellement brutalement et avec une telle force, que plus rien ne pouvait m'arrêter..."DL.

L'auteure, Clémentine Autain, surprend sa maman, "toute nue et très saoule, sur le balcon de sa chambre d'hôtel. Ton pauvre amoureux voulait t'empêcher de boire. " J'étais terrifiée de te voir prête à sauter dans le vide. Et toi maman, tu as stoppé net"...

"J'ai couru de production en production et... j'ai été engagée pour jouer, avec Gérard Depardieu, dans "Dites lui que je l'aime." DL

Un sourire éclatant, des traits sublimes, un côté à la fois garçon manqué et hyper féminin. Une femme libérée et une actrice formidable!

J'ai planqué les sommifères. Je le sais déjà, ils ne font pas bon ménage avec l'alcool. Clémentine n'avait que 11 ans...

Sa maman était célèbre, mais où passait son argent?

"Quand on sera dans le bureau du banquier, il faut que tu me dises, avec le regard triste: "Maman, j'ai faim."

Après roulé le conseiller, "on riait comme 2 gamines. C'était sinistre comme situation, mais on riait quand même."

Dominique Laffin meurt d'une crise cardiaque, 9 jours après son 33ème anniversaire.

Quand Clémentine se rend vraiment compte que sa maman est partie, elle va se blottir dans son écharpe. "Ton parfum est resté vivace, un mélange de mûre et de musc, imprégné de ton odeur. L'écharpe elle, je peux la décrire en détail" ...(contrairement au visage de sa mère...)

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"Tu es partie il y a si longtemps que la haine s'est éteinte, évaporée avec les années. Sans doute ma colère s'était-elle simplement fracassée sur le mur de ton absence. Alors j'ai décidé de vivre avec ce mur qui s'est transformé en une sorte de mire de vieille télévision, un faux rien."

Elle sait qu'elle s'est construite "contre", contre les souvenirs que les autres ont de sa mère et qu'ils lui balancent à la tête sans ménagement, sans même se demander si elle souhaite en entendre parler ; contre ses propres souvenirs d'enfant face à cette femme très belle, actrice de talent, ivre, imprévoyante, imprévisible, toujours en retard, qui était sa maman ; et contre son absence.

Clémentine Autain vient d'assister aux obsèques d'une amie très proche.

Elle rentre en voiture, quand une réminiscence de l'enterrement de sa mère la cisaille, le silence qui l'a entouré.

"Des dizaines et des dizaines de personnes sont venues te rendre hommage et déposer à tour de rôle une rose rouge dans ton caveau mais aucun mot n'a été prononcé, aucun témoignage n'a pu être partagé."

Trente ans plus tard, c'est ce qui l'oblige à garer sa voiture, sidérée.

Peu à peu, en tirant sur le fil, doucement qu'il ne casse pas, doucement qu'il ne s'emmêle pas, doucement qu'il lui permette d'aller jusqu'au bout, elle découvre une autre réalité que celle que sa mémoire lui restituait à coup sûr, gravée dans le marbre, et une envie de connaître autrement, de reconnaître sa mère.

Elle raconte ce qui lui vient, partageant les rigolades comme les pincements de honte, l'incompréhension, cette sensation d'abandon absolu dans l'appartement vide de ses sept ou huit ans, les souvenirs cuisants arrivant les premiers.

Elle s'imagine lui parlant, doù ce "tu" fleurissant sur les pages.

"Peut-être suis-je violente mais j'ai décidé de ne pas mâcher mes mots pour tenter de régler nos comptes et de me débarrasser de la boule qui se forme dans ma gorge dès que tu réapparais dans ma vie. Personne ne la voit, elle est tassée à l'intérieur mais je la sens. Je l'ai domptée et pourtant, elle m'habite encore au point d'imaginer que parler à un cadavre pourrait me rendre plus sereine."

Une silhouette plus délicate pourtant se dessine, se précise.

Les sentiments contradictoires la secouent, les rencontres aussi, de toutes ces personnes qui ont connu sa mère et lui en parlent, qu'elle le veuille ou non.

Jusqu'à ce qu'elle le veuille, surtout, et recherche justement dans la vie de sa mère qui pourrait lui en parler.

Tout comme elle, qui le dit dans l'ouvrage, j'aime voir de ces duos d'une mère avec sa fille, m'imaginer quelles peuvent être leurs relations, ce qu'elles peuvent se dire, j'ai une vraie curiosité pour elles quand je les croise dans le métro, ou bien dans un magasin.

C'est cette curiosité qui m'a amenée à lire Dites-lui que je l'aime.

J'ai été très touchée par cette remontée à la rencontre d'une femme dont elle avait enfoui le souvenir, et l'écho qu'elle en retrouve à bien des moments de sa propre vie.

Travail de mémoire autant que travail de deuil, Clémentine Autain nous dit cette expérience dans un petit ouvrage dense et émouvant.

Ce faisant, elle nous offre un double portrait, celui de Dominique Laffin, Domino, partie bien trop tôt, et celui de Clémentine qui a dû apprendre à vivre dans le vide qu'elle a laissé.

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Devenue mère à son tour, Clémentine Autain ressent, trente ans après le décès de sa mère, la comédienne Dominique Laffin, le besoin d'écrire sur son enfance marquée par le décès brutal de cette dernière. Mais aussi, le besoin de raconter l'après. Tout ce qu'elle a gardé au fond d'elle et traîné derrière elle depuis si longtemps.

Dites-lui que je l'aime c'est donc le moment pour l'auteure de dire à sa mère tout l'amour qu'elle avait englouti et enterré au fond d'elle même.

"Je t'avais rangée, je m'étais arrangée mais il faut toujours que quelqu'un ou quelque chose me ramène à toi, c'est épuisant."

Dites-lui que je l'aime c'est comme une lettre d'amour posthume d'une fille à sa mère qu'elle a si peu connue. Une mère si souvent absente. Une mère comédienne, dont le rôle principal de mère était le plus difficile à jouer dans la vie de tous les jours.

Alors cette longue lettre devient un cri d'amour et de souffrance aussi. Celui d'une enfance écourtée. Celui d'une enfance sans figure maternelle très présente. Celui d'une relation mère-fille souvent inversée à cause de l'alcoolisme de Dominique Laffin, à cause aussi de son côté adolescente éternelle. Une mère jeune, dans sa manière d'être femme,  et de se comporter. Une mère peut-être à la jeunesse éternelle.

"Je t'ai entendue une fois parler de tes rêves de retraite heureuse, de confitures que tu fabriquerais durant tes vieux jours. Tu en parlais comme d'une bonne blague, dans ton regard je lisais que ce songe te paraissait hors de portée. T'imaginais-tu un instant vieillir ? Je ne crois pas."

Ce besoin permanent de jeunesse, de profiter de l'existence rendait Dominique insouciante. Et Clémentine devait alors se débrouiller. Devoir assumer des rôles d'adulte alors qu'elle n'était encore qu'enfant. Jusqu'à souvent se transformer en une mère pour la sienne. Jusqu'à avoir des sentiments ambivalents à la mort de cette dernière.

"Un parfum de malaise emplit l'atmosphère. La mort a beau être d'une banalité à crever, elle donne des vertiges aux vivants."

J'ai ressenti la colère de Clémentine Autain au début de ma lecture. Une colère triste. Sur fond de l'incompréhension d'un enfant. Mais une colère qui s'apaise au fil des mots et des pages. Une colère qui s'atténue avec l'âge et l'expérience de la femme qu'elle est devenue.

Dites-lui que je l'aime c'est un récit autobiographique réparateur, qui ne cherche pas à expliquer, mais qui cherche à apaiser et à mettre des mots sur tout ce qui est enfoui depuis de si nombreuses années.

Car les mots sont crus, et la plume directe. Clémentine Autain ne met pas de filtres sur ses sentiments. Elle retranscrit d'une écriture fluide et tranchante à la fois, les émotions de l'enfant qu'elle était . Cela se lit d'une traite, presque en apnée, tant c'est poignant.

Dites-lui que je l'aime, est une ode à une mère certes imparfaite. Clémentine Autain s'autorise enfin à exprimer sa rancoeur pour pouvoir libérer ses sentiments, et son amour pour cette femme qu'elle a si peu connue, mais qui était sa mère avant tout.

Dites-lui que je l'aime est un message plein de sens et d'amour qu'envoie Clémentine Autain à sa mère à travers ses mots et finalement à travers ses lecteurs. Une déclaration sans doute nécessaire et libératrice. Pour enfin apaiser une souffrance latente et profonde. Et profiter de sa vie.


Lien : https://ellemlireblog.wordpr..
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Quel beau titre pour évoquer l'amour pour une mère qui n'a pas été dit de son vivant.

Avec "Dites-lui que je l'aime" Clémentine Autain est sur un registre nouveau, celui du récit autobiographique qu'elle réussit parfaitement.

J'aime beaucoup la députée insoumise engagée en politique et militante pour la justice sociale et le droit des femmes. D'ailleurs, j'attends la rencontre organisée par la librairie coopérative Points communs près de chez moi.

Clémentine Autain elle, a attendu 30 ans avant d'écrire sur sa mère. Mais comme ses enfants grandissent et lui posent des questions sur leur grand-mère alors elle décide d'ouvrir les yeux et surtout d'ouvrir son coeur. Car ça n'a pas été facile d'être la fille de Dominique Laffin et d'Yvan Dautin.

Yvan Dautin le chanteur me disait quelque chose mais j'avoue que Dominique Laffin est un nom qui ne me disait rien alors qu'elle a été comédienne dans les années 70. Mais lorsque j'ai regardé sur Internet et que j'ai vu son visage je l'ai reconnue tout de suite. Elle a tourné pour Claude Miller, Catherine Breillat, Marco Ferreri, dans "La Femme qui pleure" de Jacques Doillon et "Garçon !" de Claude Sautet. Elle était féministe et sexy. Elle a eu un destin à la Patrick Dewaere : une réussite professionnelle jeune, une personnalité qui crève l'écran et une mort prématurée. Car Dominique Laffin est morte en 1985, à l'âge de 33 ans alors que sa fille avait 12 ans.

Clémentine Autain raconte qu'elle a souvent eu honte de cette mère alcoolique, femme-enfant qu'elle avait envie de protéger même lorsqu'elle était toute petite. Elle n'a jamais réussi à faire éclater son amour. C'est ce qu'elle fait avec ce très beau livre qui sonne juste et cette sincérité m'a beaucoup émue.

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Clémentine Autain, femme politique, est la fille de Dominique Laffin, actrice à succès dans les années soixante-dix.

Sa mère meurt brutalement alors qu'elle n'a que douze ans.

Elle a depuis refermé sa mémoire sur cette mère qui fut aimante mais inconséquente.

Elle a tout enfoui et ne veut plus se souvenir.

Mais trente ans plus tard, des interrogations de sa fille sur sa grand-mère font peu à peu ressurgir les souvenirs.

Elle redécouvre sa mère avec ses yeux d'adulte et enfin lui pardonne et fait la paix avec elle.

C'est un très beau témoignage, sincère et pudique.

Une révélation sur cette mère fragile, mal dans sa peau malgré son succès, qui aime sa fille mais ne sait pas lui montrer et lui propose une vie instable.

Un livre libérateur pour l'auteur, un bel hommage à Dominique Laffin.

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critiques presse (1)
LaPresse   10 mai 2019
Ce livre est une quête de réconciliation, dans la lignée de La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette et de Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan. Une magnifique lettre d'amour à une mère imparfaite, juste à temps pour la fête des Mères.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Quand tu es morte, j’ai passé des heures et des heures devant le miroir à répéter maman. Ce mot m’apparaissait aussi magique que mystérieux. J’épelais chaque syllabe lentement, à la façon d’Antoine Doinel, le personnage de Truffaut, qui prononce en chaîne son nom face à une glace, dans Baisers volés. Comme lui, je faisais des grands mouvements avec la bouche : ma-man, ma-man, ma-man. Je n’avais plus de raison de dire maman mais j’avais besoin de dire maman. [page 94]
[Note de la lectrice qui a transcrit cette citation : le mot "maman" et Baisers volés sont en italiques dans le texte original, ce que le système de Babelio ne transmet pas.]
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... j'adore voir une mère avec sa fille devenue jeune adulte. Dans la rue, dans le métro ou les magasins, je les observe en coin, je me raconte des histoires sur leurs secrets partagés, les courses qu'elles s'apprêtent à faire toutes les deux, les coups de fil qu'elles se passent plusieurs fois par semaine même pour ne rien se dire. Je scrute les ressemblances, les traits physiques, les expressions communes.(...) J'en nourris une forme de curiosité. Ce n'est pas de la jalousie parce que ce sentiment ne m'est pas familier, mais plutôt une envie de savoir, comme une intrigue. C'est ce que je n'aurai jamais avec toi.
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J'ai peur, et la plupart du temps, je ne sais pas bien de quoi. De mon lit d'enfant, j'écoute les bruits, je ne m'endors pas facilement. L’heure tourne mais je n'ai aucune idée de la vitesse à laquelle elle tourne. A un moment donné, il me semble que je n'entends plus rien. Où plutôt que j'entends un grand silence suspect. Je me lève, j'ouvre la porte qui donne sur le couloir. Personne. J'avance sur la pointe des pieds dans ta chambre. Personne.
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Je venais d'avoir douze ans lorsque tu es morte, j'en ai quarante-deux. Tu es partie il y a si longtemps que la haine s'est éteinte, évaporée avec les années. Sans doute ma colère s'est-elle simplement fracassée sur le mur de ton absence. Alors j'ai décidé de vivre avec ce mur qui s'est transformé en une sorte de mire de vieille télévision, un faux rien. Attachée à la distance qui s'est installée entre nous depuis ces trois décennies que tu n'es plus, je ne voulais pas être dérangée.
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Ce qui abime c’est la répétition. Ce qui nous a séparées c’est la récurrence de ton incapacité à prendre soin de moi. Je n’ai plus trouvé la force de comprendre, j’ai condamné. Je n’ai plus cherché à relier les bribes d’interprétations possible pour te disculper, j’ai considéré que ce n’était pas mon problème. Je n’ai plus entretenu les moments de bienveillance et de joie, je les ai enterrés. Qu’importe la compassion et la compréhension, la justice ou la vérité, pourvu que je marche droit. Tout a fonctionné comme si j’avais eu un besoin impérieux de t’anéantir pour pouvoir m’en sortir et tracer mon chemin loin de la déprime et de l’alcool.
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