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Critique de nameless


nameless
19 juillet 2015
On ne peut dire un mot sur ce roman, sans préalablement rappeler l'éblouissante trajectoire d'Isabelle Autissier : ingénieur agronome, spécialisée dans l'halieutique, première femme a avoir réalisé un tour du monde à la voile en 1991, présidente du WWF France, ambassadrice de la Fondation de France et de la Fédération internationale des Ligues des Droits de l'Homme, chroniqueuse radiophonique sur France-Inter, et quand il lui reste un peu de temps : romancière.


Ludovic et Louise forment un couple dissonnant et pourtant amoureusement soudé depuis 5 ans. Lui, le navigateur, grand, costaud, beau gosse, “Un homme à succès. Les vêtements et la tignasse perpétuellement en bataille : un signe d'assurance sociale du type qui peut se permettre de briser les codes ?” (p. 170). Elle, la montagnarde, petit gabarit à l'apparence fragile, au physique banal qui la rend un peu transparente aux yeux des autres. “Elle a cheminé dans l'enfance et l'adolescence sans attirer l'attention, mais avec bonne volonté, comme pour se faire pardonner. On disait d'elle qu'elle était sans histoire” (p.31) Elle a été flattée que Ludovic s'intéresse à elle et l'aime. Ensemble, ils décident d'aller affronter les 40èmes rugissants et 50èmes hurlants à bord du Jason, promesse d'aventures quasi-mythologiques et de conquête de leur propre toison d'or.


Aventuriers curieux et insouciants, ils débarquent sur l'île interdite de Stromness pour une randonnée. Une tempête, le Jason englouti, les voilà soudain seuls dans une nature hostile. Il ne leur reste qu'à s'organiser pour vivre et rapidement survivre en attendant peut-être, un jour, l'arrivée miraculeuse de scientifiques qui viennent au printemps faire des études dans cette réserve naturelle. Comment le couple va-t-il résister à ces conditions météorologiques et psychologiques extrêmes dans lesquelles le courage physique ne s'apprend pas mais s'expérimente, dans lesquelles leur amour réciproque va être confronté à leur instinct de survie individuel ? C'est le thème central du roman. Bien que “Soudain, seuls” ne soit pas un thriller (encore que...), il renferme un puissant suspense qu'il convient, à mon sens, de préserver pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte de ses futurs lecteurs. C'est la raison pour laquelle, je ne dirai pas un seul mot à propos de la seconde partie.


Je préfère attirer l'attention sur le style d'Isabelle Autissier. J'ai eu l'impression au cours de cette lecture, qu'elle écrit, comme probablement elle prépare son bateau avant une course : en éliminant le moindre gramme inutile susceptible de l'alourdir et donc de le ralentir. La prose est brillante, rapide, les mots précis, choisis pour restituer avec justesse les émotions de ses personnages, sans digression, sans surcharge.


J'ai apprécié également le message écologique contenu, en filigrane, dans son récit. Stromness, cette île au milieu de nulle part entre la Patagonie et l'Afrique du Sud, 150 kms de long sur 30 de large, découverte au XVIIIème siècle, a rapidement attiré les phoquiers et autres massacreurs de baleines qui voyaient dans cette si abondante faune “des barils de graisse” et de douces fourrures. Plus tard, “on était passé au XIXème siècle à un stade industriel du massacre. On s'avisa alors qu'il était plus commode et surtout plus rentable d'établir sur l'île même les ateliers de traitement des carcasses et d'entretien des navires et des hommes. Par bateaux entiers, on avait apporté de quoi construire ces usines du bout du monde et loger les pauvres bougres qui n'avaient rien à envier aux gueules noires des Midlands” (p.48).


A ce rythme d'abattage frénétique, la faune se rarefia avant de disparaître. Il était bien temps d'abandonner cette terre auparavant inviolée, pour en faire une réserve naturelle interdite aux visiteurs. Les prédateurs humains n'ont laissé derrière eux que des ruines industrielles rouillées, des rats apportés dans les bateaux, grands dévoreurs d'oeufs des nombreuses espèces pondeuses endémiques. Les lecteurs intéressés peuvent facilement découvrir sur Internet de très belles photos de Stromness, saisissantes, qui montrent à la fois sa beauté sauvage et le désastre écologique perpétré, photos qui donnent plus de force, plus de réalisme au roman d'Isabelle Autissier.


Le thème de l'île déserte, de la robinsonnade est universel et résonne en chaque lecteur qui du coup, raisonne. L'histoire de Louise et Ludovic “tend un miroir à notre société sophistiquée, mais où le déclassement et le dénuement guette chacun. Elle rejoint certaines théories de retour à la nature, forcé ou consenti, qui refont aujourd'hui surface” (p.211). Même sur Babelio, il existe une rubrique des livres que chacun d'entre nous emporterait sur une île déserte. Alors une suggestion, pourquoi pas “Soudain, seuls” ?


Merci à Babelio et aux Editions Stock pour ce cadeau très apprécié.



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