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EAN : 9782070361168
219 pages
Gallimard (09/06/1972)
3.81/5   69 notes
Résumé :
La cuisine était propre. Au milieu, l'Aurélie pendait à une grosse ficelle, accrochée par le cou. De grand matin, courbée sur son cuveau, elle avait entrepris de buander le linge. Au soir, elle avait eu envie de mourir, tout d'un coup, comme on a soif. L'envie l'avait prise au jardin, pendant qu'elle arrachait les poireaux pour la soupe.
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Je constate que, depuis un mois, trois des livres que j'ai lu portent sur la vie des gens simples, de ceux d'en bas, les silencieux, les modestes, qu'ils soient de la ville ou de la campagne.

Un hasard ? Dans un sens, oui, et dans l'autre, non. Comme on a subitement envie d'oranges parce que l'on a des carences en vitamine C, sans doute ai-je eu inconsciemment besoin de ces histoires-là pour combler mon désir de revenir à une réalité brute, sans fioritures ni délayages.

Parce qu'il fût un temps, pas si lointain, où les psychologues et autres sociologues, ne s'étaient pas encore abattus sur la vie des gens pour la décortiquer, l'analyser, et trouver des causes et des explications à tout et à rien. On retrouve, d'ailleurs, leur influence dans de nombreux romans actuels où, de mon point de vue, la pesante insistance sur la psychologie des personnages enlève à l'histoire, tout son charme, toute sa magie.

J'ai aimé ce roman et ses personnages - que d'aucuns, aujourd'hui, jugeraient "bruts de décoffrage" - parce qu'ils sonnent vrai. Même les plus vils d'entre eux ne trichent pas avec ce qu'ils sont. La vie était déjà assez compliquée pour ne pas y ajouter la culpabilité d'être ce que l'on était et de faire ce que l'on pouvait.

Marcel Aymé écrit, raconte, il "n'explique" pas. Il me laisse à lire, à voir, entendre, imaginer...

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A Cantagrel, un village de la campagne comtoise, on distingue les hommes des bois de ceux de la plaine. Les premiers vivent au hameau de Cessigney qui se situe au milieu de la forêt. Les hommes sont bucherons et se livrent au braconnage et à la contrebande. Les différends se règlent à la chevrotine. Les familles du hameau sont très croyantes. Leur foi mêle la doctrine catholique à des rites païens.

Quant au bourg, il s'étend au milieu des champs de blé. Les hommes de la plaine sont principalement des paysans cossus car la terre ici est riche. La politique a divisé le village deux groupes : les calotins attachés à l'Église et les Républicains, anticléricaux, qui gèrent la mairie.

Ces clivages vont être le moteur de deux intrigues qui tourneront autour d'un personnage : Urbain Coindet. C'est un paysan respecté pour sa vaillance, élu au conseil municipal sous l'étiquette républicaine. Un jour, en rentrant de la foire, il trouve son épouse Aurélie pendue à une corde. La défunte était très pieuse mais un suicide empêcherait une cérémonie religieuse. Sa famille cherche donc à convaincre les villageois qu'il s'agit plutôt d'un meurtre commis par son époux. Quelques semaines plus tard, le veuf envisage de se remarier avec Jeanne, une fille des bois. Mais son frère sorti depuis peu de prison le refuse. Il accuse Coindet de l'avoir dénoncé aux gendarmes et décide de se venger.

Le roman est remarquablement construit et écrit ; on ne peut que s'étonner de sa faible notoriété. La vie campagnarde est décrite avec une ironie mordante et un grand souci de réalisme. Il est question d'amour, d'amitié, de jalousie, de commérages et de vengeance. Tout débute avec une scène d'une grande force. L'histoire conserve ensuite une grande intensité et il faut attendre les dernières pages pour en connaitre le dénouement. « La Table-aux-crevés » est un véritable chef d'oeuvre que je vous recommande vivement.

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« La Table-aux-crevés » est le quatrième roman écrit par Marcel Aymé, mais il a déjà marqué de son style un genre qui, après lui, ne sera plus tout à fait le même. le drame paysan, la tragédie rustique, le crime à la campagne, chez Marcel Aymé, c'est carrément une « comédie humaine », à la fois profondément véridique et pathétique, et en même temps d'une rare corrosivité, d'un esprit satirique implacable qui met à jour aussi bien les beautés que les noirceurs de l'âme humaine.

L'histoire se passe juste après la guerre de 14, à Cantagrel, petit village du Jura. le personnage principal du roman s'appelle Urbain Coindet, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas de veine : il rentre du marché, qu'est-ce qu'il trouve ? Sa femme Aurélie pendue dans la cuisine. C'est déjà un choc. Choc doublé quand il se voit pointé du doigt comme assassin. Choc triplé quand son beau-frère, Frédéric Brégard, qui sort de prison pour contrebande, l'accuse de l'avoir dénoncé. Comme dans tous les villages, il y a de multiples dissensions entre les habitants : entre les cléricaux (les calotins) et les républicains (Urbain, élu au conseil municipal en fait partie), et surtout entre les gens de Cantagrel et ceux du village d'à-côté, Cessigney, entre ceux de la plaine, et ceux des bois (comme qui dirait les Longeverne et les Velrans, dans « La guerre des boutons »). Urbain doit ses débattre dans tout ça, d'autant plus qu'une fille de Cessigney, Jeanne Brégard, la soeur de Frédéric et d'Aurélie, s'est amourachée de lui, et le sachant veuf, veut profiter de l'occasion…

Depuis Balzac et Zola, jusqu'à Giono et Pagnol, on sait que la campagne n'a rien à envier à la ville en fait de moeurs inavouables, de crimes, de turpitudes et de situations plus ou moins sordides. le Jura ne fait pas exception à la règle : la galerie de portraits que dresse Marcel Aymé est tout sauf monotone : vous y trouverez des villageois chafouins et rusés, un curé qui cherche à rameuter ses ouailles, un garde-champêtre ivrogne, un beau-père et un beau-frère à la gâchette facile, comme le soupirant éconduit de la Jeanne, des commères à chaque coin de rue… C'est avec une ironie mordante et une grande jubilation que Marcel Aymé met tous ces gens dans un chaudron et qu'il remue joyeusement avec une grande louche.

L'exercice n'est pas facile : à naviguer ainsi entre roman de moeurs et roman satirique, il est facile de tomber dans l'excès dans un sens ou dans l'autre. Tout l'art de Marcel Aymé consiste à maintenir un équilibre entre l'étude de moeurs sans complaisance, la description au scalpel des petites faiblesses humaines, et une verve à la bonne humeur communicative, même quand l'histoire n'est pas drôle.

Marcel Aymé n'a pas de mal à trouver cet équilibre, parce qu'il est un peintre de la vie : fin observateur de ses contemporains, il sait retenir les grandes lignes et aussi souligner les détails : les personnages qu'il décrit sont criants de vérité. Et comme ils nous sont montrés dans toute leur humanité, bonne ou mauvaise, ils nous touchent, nous émeuvent, deviennent à nos yeux aimables ou haïssables, parce que finalement, ils nous ressemblent.

« La Table-aux-crevés » a fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1951 : le réalisateur Henri Verneuil et son co-scénariste André Tabet (qui signera les dialogues du « Corniaud » et de « La Grande vadrouille ») ont pris le parti de mettre ne place une distribution toute provençale (Fernandel, Andrex, Fernand Sardou, Henri Vilbert…) qui tire le film plutôt du côté de Pagnol, mais ça marche quand même.

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Pour mieux faire une étude de comportements dans les campagne, voici un livre qui nous le sert aussi bien. Il a fallu que Coindet vienne trouver sa femme pendue dans la cuisine pour que des conflits fulminent de part et d'autre dans ce petit village. Déjà les avis se divisent sur la mort mystérieuse de la femme de Coindet, les uns croient à son suicide mais d'autres pensent que c'est un meurtre, que Coindet a assassiné sa femme surtout pour la belle famille, surtout quand Coindet voudra après épouser le jeune Jeanne dont le frère s'oppose farouchement à cette liaison...

Simplement une agréable lecture!

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Marcel Aymé (1902-1967) est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français. Ecrivain prolifique, il a laissé deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). Roman paru en 1929, La Tables-aux-Crevés a reçu le prix Renaudot.

Dans un petit village du Jura. A son retour du marché Urbain Coindet trouve sa femme Aurélie pendue. Très vite la belle famille laisse entendre que ce serait le mari qui l'aurait tuée. le même jour, Frédéric Brégard, frère d'Aurélie, est libéré de prison où il purgeait une peine pour contrebande ; Frédéric qui est persuadé d'avoir été dénoncé par Urbain. le conflit entre les deux familles ne peut que s'envenimer et la coupe est pleine lorsque Jeanne, soeur de la morte, décide de se mettre en ménage avec le veuf…

Un drame paysan comme on les aime chez Marcel Aymé. A partir d'un suicide, l'affaire va affecter tout le village avec des répercussions de multiples nature : religieuse, s'il y a suicide l'enterrement ne peut être que civil, d'où conflit entre les calotins et les Républicains du bled, tension générale exacerbée par les commérages et rumeurs non fondées mais qui agitent les langues du pays (« C'était un sujet de conversation assez délectable par l'importance de l'accusation, qu'on fût pour ou contre »). Et quand après quelques semaines à peine, Jeanne et Urbain se mettent en ménage, la fureur est à son comble, d'autant que la mignonne était pressentie par Rambarde. Frédéric et Rambarde s'allient fusil en main pour en finir avec Urbain, mais…

Une intrigue rondement menée, des personnages sympathiques ou non mais fort bien campés, outre ceux déjà cités, les commères et leur langue de vipère, le curé qui tente désespérément de rabibocher les clans tout en cherchant à augmenter sa clientèle à l'église, et ce malheureux Capucet, le garde-champêtre, naïf et porté sur la gnôle. La psychologie des acteurs est finement décrite, nous sommes à la campagne, la pendue est encore chaude mais on n'oublie pas qu'il faut s'occuper des animaux de la ferme, priorité aux vivants ; alliances et mésalliances se jouent aussi sur des intérêts financiers, des espoirs de rachats de terre etc.

Il va de soi que c'est très bien écrit avec ce qui fait, pour moi, le charme de ce type de romans de l'écrivain, les formules ou les expressions placées dans ses dialogues (« Coindet n'était pas habitué à une solitude désoeuvrée et, comme il avait son complet des dimanches, sa pensée ne retrouvait pas ses plis familiers. »

Un très bon roman.

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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation

A Cessigney, on était pieux et d'un rigorisme qui avait choqué plus d'un curé. L'église de Cantagrel, dont ils n'apercevaient pas même le clocher depuis leur forêt, se parait à leur regard du dimanche d'une étrange magnificence, assez représentative du paradis.

Ils vivaient dans l'observance très stricte des rites principaux et n'auraient pas manqué la messe pour un sanglier. Pourtant l'église n'était pas la capitale de leurs divinités, tout au plus un lieu de rendez-vous solennel où le bon Dieu et la sainte Vierge, endimanchés, gardaient leurs distances.

Dans les bois, au contraire, on les touchait de bien plus près et, pour ainsi dire, à chaque pas, la sainte Vierge surtout.

Il y avait des arbres qu'on n'approchait pas sans donner un signe de croix, certaine pierre plate où l'on faisait des offrandes de fruits, de monnaie, voire de gibiers. Les offrandes, toujours clandestines, étaient enterrées au pied de la pierre...

(extrait du chapitre III)

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Avant de sortir, il ne fit pas de projets. Capucet était comme les poules que le soleil tire du poulailler. Il s'en allait le matin parce ce qu'on s'en va le matin. Chez lui, d'ailleurs, il n'avait rien à faire. Dehors, non plus, bien sûr, mais il aimait toucher du pied la terre du plat Cantagrel qu'il avait dans l'oeil depuis soixante-six ans. Il aimait les gens, leurs vaches, leurs clôtures et leur eau-de-vie. Et s'il se plaisait à les regarder travailler, c'était sans ironie. Ceux du pays le savaient bien et l'avaient en bonne amitié, parce que Capucet était un personnage reposant. On était sûr qu'il n'avait désir ni besoin de posséder sur quelqu'un, terre ou femme. A Cessigney, on disait volontiers de Capucet, bien qu'il fût très rarement à la messe, qu'il n'attendrait pas longtemps aux portes du paradis. Capucet n'en était pas orgueilleux et riait à l'entendre dire, confiant tout de même. Les mains dans les poches de son corps astral, il arpentait Cantagrel et le bois de l'Etang, toujours très pressé d'arriver où rien ne l'appelait, la pensée au bout du nez.

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La cuisine était propre. Au milieu, l'Aurélie pendait à une grosse ficelle, accrochée par le cou. De grand matin, courbée sur son cuveau, elle avait entrepris de buander le linge. Au soir, elle avait eu envie de mourir, tout d'un coup, comme on a soif. L'envie l'avait prise dans le jardin, pendant qu'elle arrachait les poireaux pour la soupe.

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Du vivant de l'Aurélie, il ne s'était pas fait faute de courir le jupon et passait pour adroit galantin, au discours facile. Mais il parlait quand il fallait, comme à la foire. "L'affaire faite, disait-il, le boniment n'est plus qu'une fatigue."

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Après avoir mis de l'ordre dans son ménage et rajusté son chignon, elle avait recommandé son âme à Dieu, non sans aigreur. Décrochant la suspension de faïence bleue, elle s'était pendue à la place. L'Aurélie était morte presque sur le coup, les pieds en flèche, le visage pas beau.

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Il était une fois un petit café-restaurant, entre ville et campagne, refuge d'une poignée de drôles d'oiseaux que le monde moderne n'avait pas encore engloutis.
« On boit un coup, on mange un morceau, on écoute des histoires. Toutes activités qui s'accommodent mal du va-vite. Chacun offre son grain de temps au sablier commun, et ça donne qu'on n'est pas obligé de se hâter pour faire les choses ou pour les dire. »
Madoval, le patron, Mésange, sa fille, Comdinitch, Failagueule et les accoudés du zinc – braves de comptoir… « Pas des gueules de progrès », ces gens-là, mais de l'amitié, des rires, de l'humanité en partage et un certain talent pour cultiver la différence.
Jean-Pierre Ancèle signe un premier roman tendre et perlé comme une gorgée de muscadet, aux accents de Raymond Queneau ou de Marcel Aymé.
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