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ISBN : 2070375153
Éditeur : Gallimard (04/01/1984)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Un employé pauvre a le goût du vin. Mais l'époque est mauvaise, et les moyens lui manquent pour satisfaire sa passion. Un rêve traverse et hante l'une de ses nuits : de deux fontaines d'abondance le vin coule à flots. Le malheureux, poursuivi par son obsession, considère alors ses semblables sous la forme de bouteilles de vin. Il finira à l'asile d'aliénés, condamné à l'eau de Vittel.
Tel est le sujet d'une des nouvelles de ce célèbre recueil qui comprend aus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Folfaerie
  17 février 2012
Le recueil de nouvelles de Marcel Aymé a été publié en 1947, soit très peu de temps après la fin de la guerre. L'action de chaque nouvelle se passe soit durant l'Occupation, soit après la fin du conflit, essentiellement à Paris. On pourrait les classer en deux catégories :
- Une série de nouvelles raconte la petite vie ordinaire de citoyens qui s'accommodent tant bien que mal d'un quotidien misérable causé par la guerre : les combines, les mille et une astuces pour survivre sont autant de préoccupations communes aux personnages principaux des trois nouvelles suivantes.
L'indifférent est sans doute le récit le plus glaçant. Il se rapproche un peu de la Traversée de Paris, car pour chacun des protagonistes, que ce soit Martin, Grandgil ou le tueur, leur sens de la justice est différent de celui du commun des mortels. Ils pratiquent des activités illégales, mais ils ont soucieux de respecter leurs propres principes, agissant en vertu d'un certain code de l'honneur. Si les mauvaises actions se limitent au marché noir, dans La Traverséede Paris, il n'est pas de même pour L'indifférent où le narrateur – qui n'est même pas identifié par un nom - trucide froidement un grand nombre de personnes, sans en éprouver ni remords ni scrupules. Son indifférence, même si elle est légèrement tempérée à la fin, ne peut que susciter le malaise.
Le Faux Policier quant à lui, pourrait se situer entre les deux. Martin assassine lui aussi, pour voler, mais uniquement des gens mauvais, des criminels, des trafiquants, des personnes qui ont dénoncé. Il possède son propre sens de la justice.
Dans ces trois récits, les dialogues sont particulièrement réussis, l'argot donne une dimension encore plus réaliste à ces fictions.
- Quatre autres nouvelles possèdent des éléments fantastiques : Dermuche, La Grâce, La Fosse aux péchés, La Bonne Peinture.
Les trois premières abordent chacune sous un angle différent Dieu et la religion. Dermuche, le colosse meurtrier dont l'innocence est reconnue par Dieu mais non par les hommes, ne suscite pas la pitié (il n'éprouve pas vraiment de regret d'avoir tué cette famille) mais l'attitude des représentants de l'Administration et des magistrats, si rigides, si inaccessibles à la pitié, permettent au lecteur de plaindre le condamné .
C'est Dieu encore qui distingue un honnête homme en lui conférant le privilège de porter une auréole. Là encore, le ton est ironique et grinçant. Loin de se comporter comme un bon chrétien, Duperrier, il est vrai poussé par sa femme, se conduit comme le pire des pécheurs.
La Fosse aux Pêchés est, je l'avoue, la nouvelle la moins intéressante à mes yeux. Elle est complètement absurde et prête à sourire, mais je l'ai trouvée un peu trop longue et surtout sans véritable lien avec le contenu du recueil.
La Bonne Peinture est ce conte farfelu dans lequel un peintre un peu médiocre se découvre un incroyable don : celui qui contemple un de ses tableaux ne connaît plus la faim. J'ai beaucoup aimé l'évocation du milieu artistique de Montmartre, les différences de comportement des uns et des autres face aux tableaux. Lafleur est sans doute le seul personnage véritablement sympathique de tout le livre, le seul qui soit suffisamment désintéressé, ni héroïque, ni lâche.
Ces incursions dans le fantastique permettent de se moquer davantage, de dénoncer, de souligner les travers de la société, que ce soit sur le plan politique ou relativement à la religion.
Le vin de Paris se démarque des autres récits par un ton beaucoup plus humoristique, plus léger. C'est l'un des rares à ne pas finir en tragédie. Une fois de plus, Marcel Aymé évoque les traces laissées par la guerre : la faim, les privations, le découragement car la fin du conflit n'implique pas nécessairement un retour à une vie plus facile. Rien de très réjouissant, cependant l'obsession du principal protagoniste pour les bouteilles de bon vin permet l'évocation de passages fort drôles.
L'écrivain fut sans doute extrêmement marqué par la guerre, le regard lucide qu'il porte sur ses contemporains est terrible. Lors d'une première lecture de ces nouvelles, j'ai d'abord retenu les scènes cocasses, l'humour omniprésent (même s'il est grinçant), l'absurdité des situations. Mais une seconde lecture laisse finalement un goût amer. Personne n'est épargné par la plume acérée de l'écrivain, pas plus les riches que les pauvres, l'Etat que le curé, la presse ou les artistes. Ici, point de héros, chaque personnage créé par l'écrivain ne semble montrer que ses mauvais côtés, même si, pour certains, les portraits sont nuancés. La lâcheté, la cruauté, l'envie, la cupidité, la bêtise dominent, la frontière entre le Bien et le Mal devient plus floue, plus lâche. Les comparaisons avec certains traits des animaux sont assez nombreuses : Grandgil est comparé à un bélier, Justine a un mufle, l'une des compagnes de Lafleur est surnommée la Girafe…L'auteur souhaitait-il accentuer la part d'animalité de chacun des protagonistes ?
J'ai noté que les femmes ne bénéficiaient pas d'un traitement de faveur. Elles sont de moeurs légères, prostituées, filles légères, succombent si facilement, comme la grande Betty, la Girafe, ou les filles du pasteur anglais. Pire encore, sous le vernis de l'épouse modèle, elles peuvent être acariâtres, revêches, toujours promptes à se plaindre, à récriminer, si habiles à profiter de la faiblesse des hommes, telle Madame Duperrier ou Justine, l'épouse de Martin.
C'est une lecture qui m'a permis de réfléchir à certains aspects d'un conflit aussi important que la seconde guerre mondiale. Plus discrète et moins glorieuse que les combats et les luttes, c'est la vie quotidienne vécue pendant et après ces événements par des gens ordinaires, dans un contexte extraordinaire. Comment savoir ce que l'on est capable d'endurer lorsqu'on a faim, à quelles extrémités est-on poussé ? Comment définir le Bien, pourquoi n'avons-nous pas tous le même sens de la justice ?
Il me semble qu'au travers de ces nouvelles, et grâce à une belle maîtrise des dialogues, Marcel Aymé a su restituer les différents aspects de la nature humaine, en maniant l'ironie et l'humour, sans méchanceté et sans complaisance. Quelques soixante années plus tard, ces portraits ne sont pas démodés et demeurent d'une consternante actualité.

Lien : http://lectures-au-coin-du-f..
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gill
  22 février 2012
Parmi les huit nouvelles de ce recueil signé Marcel Aymé, se trouve ''Traversée de Paris''. C'est le joyau caché qui donna lieu à la fameuse adaptation cinématographique avec Bourvil et Jean Gabin. le texte est une petite nouvelle, qui est très différente du film, notamment par la nature des personnages et par sa fin tragique.
Les autres nouvelles sont aussi de grande qualité, Marcel Aymé n'est jamais si à l'aise pour déployer tout son talent de plume que dans les nombreux textes courts qu'il nous a offerts tout au long de sa carrière d'écrivain.
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nathalie_MarketMarcel
  23 avril 2016
Le Paris inquiétant, mais familier de l'Occupation.
C'est un Paris triste, suspicieux et inquiétant, où les personnages sont cruels ou indifférents, tout en étant très certains de leur bon droit. le climat de l'Occupation est bien là avec le marché noir, la pénurie, le rationnement, les profiteurs. Plus généralement, ces nouvelles abordent fréquemment les questions relatives aux classes sociales et aux diverses frustrations qui en découlent. L'intervention du surnaturel ou de l'absurde et cet univers gris m'ont fait penser aux nouvelles de Buzzati.
Ma nouvelle préférée est La bonne peinture qui se déroule parmi les peintres de Montmartre : le peintre Lafleur se met à peindre des toiles nourrissantes – vraiment nourrissantes ainsi que l'expérimente un clochard. Elle amène du soleil et de l'espoir, tout en ayant l'humour nécessaire.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
gillgill   22 février 2012
Notre cher professeur de pureté, Ludovic Martin, fut tenté par le diable sur une petite plage bretonne où nous étions une douzaine de disciples à profiter de ses enseignements. Dans son fameux Traité de Prophylaxie de l’Âme, il recommandait trente-deux moyens sûrs de repousser la tentation. Entre neuf heures du soir et minuit, le diable ne lui proposa que du clinquant : visions d'art, pouvoirs ministériels, succès mondains, beautés officielles, croupes princières, voitures américaines, championnat de lettres, de la philosophie, du cornet à pistons, du tour de France cycliste, du calcul intégral, de la pêche à la ligne.
Le professeur en triompha sans trop de peine, quoique avec application, mais y eut bientôt épuisé les ressources de sa méthode prophylactique...
(extrait de "la fosse aux péchés")
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   23 avril 2016
Les vieux ne sont pas si à plaindre qu’on croit, fit observer Martin. Ils repensent toujours à dans le temps et les souvenirs, c’est comme le vin, plus ils sont vieux, plus ils sont bons. Et quand ils sont frais, bien souvent, on en a gros cœur. Pas vrai ?
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Videos de Marcel Aymé (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marcel Aymé
Emission "Une vie, une oeuvre" du 4 juillet 1991 consacrée à Marcel AYME. Une émission proposée par Pascale CHARPENTIER qui retrace à travers une série d'interviews, d'archives et de lectures, la vie et l'oeuvre de Marcel AYMÉ. Ecrivain de gauche puis de droite, il fut décrié et traité de collabo par l'inteligentsia de l'époque. Coupable ? Collabo ? Il n'en reste pas moins un auteur à l'humour féroce. Avec les romanciers, Jacques LAURENT et Alphonse BOUDARD, le metteur en scène Georges WILSON, l'écrivain et petit-fis de Louis Ferdinand Céline Jean-Marie TURPIN, le professeur d'histoire Pascal ORY et Michel LECUREUR, professeur et biographe. Avec les voix de Marcel AYME, Gen PAUL , Antoine BLONDIN et ARLETTY.
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