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Hubert Haddad (Préfacier, etc.)
EAN : 9782204050036
320 pages
Le Cerf (21/01/1977)
4.23/5   85 notes
Résumé :
L'épopée de Gilgamesh est la plus ancienne épopée de l'humanité. C'est une immense œuvre poétique qui s'inspire de plusieurs récits sumériens composés vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C. et qui nous est connue par un certain nombre de tablettes d'argile, écrites en cunéiformes et rédigées à partir du IIe millénaire. Dès ses origines, elle offre déjà une certaine unité et semble provenir d'un auteur originaire de Babylonie. L'épopée de Gilgamesh a connu une tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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DocIdoine
  16 février 2019
Gilgamesh est le livre d'une vie. Auquel on repense, et l'on revient périodiquement. Comme il est ouvert à toutes les interprétations, il donne nécessairement à réfléchir. En dehors des poèmes dont la beauté transparaît, malgré l'infranchissable mutisme d'une langue perdue depuis des millénaires, la grande morale reste éternelle: comment supporter l'insurmontable scandale de la mort? "Je veux aller bien loin par la plaine! Je ne sais comment me taire; je ne sais comment crier! Mon ami que j'aimais n'est plus que fange!" Ca ne touchera que ceux pour qui amitié a encore un sens, que ceux qui auront connu la mort et l'auront éprouvée durement, que ceux qui auront connu la guerre et son injustice foncière, que ceux qui ont compris par la révélation du néant qu'il n'y a pas d'au-delà et qu'une fois mort, on est foutu.
Mais au-delà du concret, l'amitié de Gilgamesh et d'Enkidu, c'est aussi la condition humaine elle-même, symboliquement tiraillée entre la volonté du surhomme inaccessible et le bonheur perdu du bon sauvage. Mais cela aussi, il faut avoir vécu pour le sentir vivement. Et c'est encore vrai des paroles de Gilgamesh en réponse aux avances d'Ishtar. La grande morale de ce récit d'avant les Temps, mais qui n'appartiendra jamais au passé parce qu'il parle de ce qui, justement, ne passe pas et ne passera jamais tant qu'il y aura des hommes - la grande morale de ce récit, c'est qu'il faut vivre. Se débarrasser de tout ce qui fait écran entre la vie et nous, parce que rien ne dure: "Est-ce pour toujours que nous bâtissons nos maisons, pour toujours que nous marquons de notre sceau ce qui nous appartient?" Non.
C'est pourquoi il faut profiter de la vie tant qu'elle dure, vivre en harmonie avec la nature, se consacrer aux siens, faire preuve envers les autres d'humanité et leur témoigner amitié et justice. Sans doute, les blasés trouveront que c'est bien médiocre et pas du tout pétillant. C'est parce qu'ils projettent leur propre médiocrité sur ce qu'il y a de plus beau et de plus fort en ce monde. Après tout, "blasé", n'est-ce pas l'appellation classique du no-life? "Il y a des hommes, O Roi, qui vivent une vie qui ressemble à la mort, et quand ils sont retournés à la boue, on ne voit pas la différence"...
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Lutopie
  11 avril 2019
Un trésor d'archéologie, vieux de plus de 3000 ans, qui reste méconnu ; un texte gravé sur des tablettes d'argile, en caractères cunéiformes, qui se déchiffre comme la pierre de Rosette, ce texte fragmentaire, n'a-t-il pas de quoi faire fantasmer tous les lecteurs ?
On découvre dans l'épopée de Gilgamesh une civilisation d'une richesse inouïe, fascinante, mésopotamienne. Depuis la lecture de ce texte, je me dirige automatiquement dans les musées vers le département des Antiquités Orientales, et j'y passe plus de temps que dans les départements d'Egypte antique ou De Grèce antique parce que j'y découvre quelque chose que je ne connaissais pas et puis ça me parle d'autant plus actuellement, parce que ces vestiges des peuples guerriers de l'Antiquité, ces énigmes, d'une civilisation inconnue, me laissent méditer sur les évènements actuels : ce qui se passe en Irak, en Syrie, etc. On essaie de comprendre la guerre comme on peut quand on aime profondément l'humanité mais qu'on est tellement horrifiée par la violence, qu'on se demande si l'homme n'est pas une créature monstrueuse. Au British Museum, il y a des pans de murs gigantesques, représentant - entre autres - une magnifique chasse aux lions et ça se déploie sur des dizaines de mètres. C'est très beau, ces détails qui nous viennent de Ninive, ces vestiges de l'empire néo-assyrien. Les lionnes mourantes, criblées de flèches, souffrantes mais majestueuses, me remuèrent quelque peu. Saviez-vous que ces trésors de la civilisation du Proche-Orient ayant résisté à l'épreuve du temps pendant des millénaires sont la cible des hommes qui font la guerre (à leur nature peut-être - sauf si c'est la nature cruelle de l'homme qui parle) ; qu'ils font la guerre à leur propre histoire, à leur culture ? Il est peut-être préférable que les hommes violents s'en prennent aux morts qu'aux vivants, mais je ne sais pas, je trouve ça profondément triste moi parce que c'est l'histoire de l'humanité, ces constructions en ruine, et ces destructions massives en font partie, certes. le Déluge - ce passage fondamental de l'Ancien Testament – trouve sa source dans ce texte fondateur – peut-être que le chaos fait partie de l'ordre des choses, après tout, que sais-je ?
Gilmamesh, roi d'Uruk mais aussi dieu des enfers : est-ce un roi ayant réellement existé ou bien n'est-ce qu'un mythe ? On parle dans ce récit poétique, allégorique, de la vie et de la mort, d'une quête vers l'immortalité, de l'initiation d'un roi guerrier, un demi-dieu, un héros orgueilleux, un tyran sublime. Il rencontre Enkidu, un sauvage, qui a grandi et vécu longtemps seul, comme un ermite, en pleine nature, et à qui on apprend ce qu'est la civilisation. Ces héros, qui se vouent une amitié éternelle, au-delà de la vie et de la mort, se lancent dans une série d'exploits, et combattent Humbaba, le gardien des cèdres ( un personnage que j'aime beaucoup, Humbaba), puis un Taureau sacré, envoyé par Ishtar (ou Inanna), la déesse de la vie, de la fertilité, de l'amour et de la guerre. le rôle des femmes et des déesses, de la sexualité, dans cette épopée antique, qui suit le chemin de ces deux héros si virils mérite qu'on s'y intéresse de plus près. D'autant plus lorsqu'on sait que Gilgamesh a une déesse pour mère : Ninsun, la protectrice, la "dame-bufflesse"en sumérien.
Gilgamesh, c'est un constructeur parce qu'il érige des villes, notamment grâce au bois – des cèdres - qu'il exploite - c'est l'homme qui se bat contre la nature – parce qu'il se bat contre le gardien de la forêt – contre un animal sacré. Gilgamesh, c'est encore celui qui se révolte contre la nature cruellement mortelle de l'homme et qui se lance dans cette quête de l'immortalité qui compose la seconde partie de l'épopée. Gilgamesh, ce roi, et Enkidu, son ami fidèle, rêvent, et interprètent leurs rêves, y compris les rêves d'Enkidu lui annonçant sa mort prochaine et la mort d'Enkidu marque un tournant dans la vie de Gilgamesh parce que c'est ce rappel de la mortalité de l'homme qui fait qu'il erre à son tour dans la nature, vêtu de peaux de bête, de lions qu'il tue de ses propres mains. Oui, l'homme combat la nature depuis l'Antiquité, parce que l'homme est un être "civilisé" ...
En tout cas, si vous aimez les mythes, ou L Histoire antique, je vous conseille cette lecture, ce trésor inestimable et je remercie ceux qui ont su préserver ce texte et qui ont su le recomposer, jusqu'à sa forme poétique et même si le texte reste inachevé, il n'empêche en rien que la vie de Gilgamesh prenne fin – à moins qu'il ne s'agisse pas de la fin ? Gilgamesh meurt-il ? Qu'y a-t-il après la fin d'une histoire sans fin, inachevée ?
Qu'y a-t-il avant et après la mort ? Qu'est-ce que la vie ?
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batlamb
  12 novembre 2020
Dans cette oeuvre fracturée (par la faute de tablettes inégalement préservées), il est émouvant d'entendre les plus anciens échos de voix humaines que l'on puisse trouver en littérature. Ils nous révèlent une esthétique et des valeurs très différentes des nôtres. Nos distinctions habituelles sont peu propices à appréhender cette narration où le minimalisme se mêle à la répétition insistante, et ce récit où la démesure côtoie l'ellipse (pas seulement à cause des fragments manquants). On aperçoit tout de même de nombreux points communs avec les autres grandes mythologies à venir, par exemple l'amitié entre deux héros aux tempéraments guerriers, vouée à s'achever prématurément, qui fait penser à celle entre Achille et Patrocle. Par le merveilleux épique propre à l'épopée, on retrouve aussi un monde aux dieux anthropomorphes, qui procréent avec les hommes. Gilgamesh étant lui-même fils d'une déesse.
La héros et son ami Enkidu peuvent sembler étonnamment puérils jusque dans leurs exploits. L'arrivée et la disparition d'Enkidu sont d'ailleurs toutes deux des punitions adressées à Gilgamesh, puis à son ami, comme à des enfants turbulents. Ils ne sont guère portés sur la diplomatie, comme le prouvent leur rencontre initiale sous forme de rixe, leurs confrontations violentes avec d'autres personnages qui ne leur avaient rien demandé ou les invectives adressées à certains dieux eux-mêmes. Il y a là une forme d'inconscience, d'insouciance. Mais en testant ses forces en permanence, Gilgamesh, ce géant en apparence invincible, est amené à découvrir leurs limites, à l'extrême orient du monde, là où le soleil s'élance de la mer souterraine et poursuit sa route dans les strates célestes, où les dieux les plus inaccessibles font pleuvoir leurs châtiments, dont le plus terrible, aux yeux du « grand homme qui ne voulait pas mourir », est la finitude de sa race, condamnée à retourner à l'argile originel. Très porté sur l'oniromancie, ce récit est peut-être lui-même un grand rêve prémonitoire, qui annonce la mort, mais permet aussi aux morts de nous parler encore, pour nous dire à quoi ressemblait leur vie.
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Moglug
  19 décembre 2015
L'épopée se présente comme un long poème divisé en chapitres et qui se lit d'avantage comme un conte. Toutes les grandes questions de l'humanité y sont abordées et c'est en ce point que le mythe reste extrêmement actuel. Je ne suis pas née en Syrie, ni en Irak – pays correspondant à l'ancienne Mésopotamie - mais je suis pourtant héritière de cette mythologie au même titre que chaque être humain. L'amitié, l'amour, la femme en tant qu'initiatrice, les rêves, la guerre, le courage, la mort, l'immortalité sont au coeur du récit. Les motifs mythologiques font notamment échos aux mythes égyptiens, grecs, monothéistes, qui suivront : le dieu-soleil, le batelier du royaume des morts, l'homme-scorpion gardien de la montagne, le déluge, la traversée des ténèbres, etc. J'ai bien conscience du caractère extrêmement superficiel de ce billet au regard des vies passées à décrypter, traduire, interpréter ce texte. Je ne prétends pas le comprendre – quoique le conte en soi est largement accessible à tous -, mais j'espère a minima vous convaincre d'y jeter un oeil. Il fait partie des rares oeuvres communes à un très grand pan de l'humanité - si ce n'est à toute l'humanité – et il me semble nécessaire de l'avoir présent en arrière-plan de l'esprit, ne serait-ce que pour se remémorer nos origines et intégrer un tant soit peu la richesse des cultures qui se sont croisées jusqu'à produire nos société actuelles dans toute leur complexité.
Lien : https://synchroniciteetseren..
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Marc129
  09 septembre 2022
Le commentaire ci-dessous ne s'agit pas spécifiquement du livre d'Abed Azrié. J'ai lu différentes traductions et introductions, et alors mes notes sont plus-tôt générales. Traduire Gilgamesh s'avère être une affaire délicate : il existe tellement de versions différentes de cette histoire, de tant d'époques différentes (étalées sur 2 millénaires), et parfois très incomplètement transmises. Comme Michael Schmidt l'écrit à juste titre dan ‘La vie d'un poème' : La traduction de Gilgamesh est un puzzle incroyable, nécessitant une interprétation continue, résultant en un texte défilant sans fin qui est inévitablement fortement coloré par la propre entrée du traducteur/lecteur.
Si vous regardez l'histoire de l'origine, de la redécouverte et de la reconstruction de ce texte, alors cela vous donnera certainement le vertige. Prenez par exemple le temps coulé entre le fragment le plus ancien que nous ayons trouvé (vers 2100 avant notre ère) et la version standard qui a été compilée quelque part entre 1300 et 1100 avant notre ère : plus de mille ans. Ou le temps entre cette version standard et la version la plus complète trouvée dans la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive, vers 650 avant notre ère : environ 500 ans. Dans mes propre études d'histoire à l'université, nous avions un (petit) cours de paléographie dans lequel on nous expliquait à quelle vitesse les scribes du Moyen Âge faisaient des erreurs ou même faisaient des ajouts ou des changements conscients chaque fois qu'ils copiaient un texte ; dans un laps de temps relativement court, un texte largement « corrompu » pourrait ainsi être créé. Qu'est-ce que cela n'a pas dû être pour la période mésopotamienne, où les textes étaient continuellement copiés, c'est-à-dire encore et encore avec des marqueurs cunéiformes pressés dans de l'argile molle, souvent par les élèves des écoles, à titre d'exercice ? Chaque traduction de l'histoire de Gilgamesh, basée sur les textes originaux, est donc un exploit, et chaque traducteur fait ses propres choix, qui aboutissent à des textes très différents. Je pense que la traduction de la version standard, par l'assyriologue néerlandais Herman Vanstiphout, et plus récent celui du Danois Sophus Helle, sont les plus réussies car elles restent très proche des originaux, complétées par des fragments plus anciens, et richement fournies d'explications supplémentaires via des notes des introductions et des essays d'accompagnement. Dans mon compte d'histoire sur Goodreads, j'approfondis les aspects substantiels et formels qui m'ont attiré dans cette histoire de Gilgamesh et dans ces traductions : https://www.goodreads.com/review/list/26055396.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
AuroraeLibriAuroraeLibri   16 avril 2020
Au début du Ve millénaire, en basse Mésopotamie, la mer s'est retirée, libérant des terres nouvelles.

Venus l'on ne sait d'où arrivent les Sumériens qui, dans la vallée des deux fleuves, aux rives du Tigre et de l'Euphrate, se sédentarisent. Ils sont pasteurs, agriculteurs, et, comme leurs contemporains égyptiens, maîtrisent cette technique sans laquelle nulle vie ne serait possible: l'irrigation.

Mille ans plus tard, ils ont bâti des temples et des palais. Kish, Our, Ourouk, leurs cités-états, dessinent sur l'horizon doré l'ombre rose de leurs colossaux murs de brique. Et, pour organiser l'économie d'abord, codifier la religion, enregistrer les lois et fixer une tradition orale déjà foisonnante de mythes, de récits épiques, de poèmes, ils ont inventé l'écriture idéographique. Le plus ancien écrit du monde a d'ailleurs été retrouvé dans les ruines d'Ourouk. Il date de la seconde moitié du IVe millénaire.

Les premiers mythes d'Ourouk se perdent déjà dans la nuit des temps. Ils racontent la naissance des dieux et des hommes, la vie, la mort, le bien, le mal et le déluge dont la Bible reprendra le thème deux mille ans plus tard.

C'est à partir du déluge que les Sumériens font commencer leur histoire et datent leurs dynasties.

La première fut celle de Kish. La deuxième celle d'Ourouk. Le cinquième roi de cette deuxième dynastie, disent les tablettes, fut Gilgamesh qui bâtit les murailles d'Ourouk et
régna cent vingt six années. Gilgamesh allait devenir le premier héros-fondateur et inspirer la première épopée qui nous soit parvenue, la plus ancienne.

Ce géant solaire dont les bas-reliefs des temples illustrent les exploits a véritablement existé, gouverné Ourouk vers 2800 ou 2600 avant J.-C. et accompli de hauts faits. Mais, très vite, on en a fait un être surnaturel, fils de déesse, plus divin qu'humain en son corps : « Pour deux tiers il est dieu, pour un tiers il est homme » dit l'Épopée, et plus homme que dieu en son âme, car il connut l'incertitude, le doute, l'amour, la révolte, le désespoir, la sagesse, la mort.

Vers la moitié du troisième millénaire, Sumer voit changer le cours de son histoire. Venu de l'ouest, un peuple d'origine sémite, celui d'Akkad, s'est à son tour fixé en moyenne Mésopotamie. Entre Akkadiens et Sumériens les échanges vont se multipliant. Aux seconds, les premiers empruntent
l'écriture cunéiforme et l'adaptent à la phonétique de leur langue. Dès lors, et pour plus de deux mille ans encore, la Mésopotamie utilisera deux langues.
Sumer domine économiquement, politiquement et culturellement, tandis que l'apport akkadien reste dans son ombre. Puis, Sumer connaît un premier déclin ; surgit alors un chef akkadien, Sargon, qui va fonder la première dynastie akkadienne, imposer la suprématie d'Akkad sur Sumer et unifier le pays. C'est probablement sous son règne que l'Épopée de Gilgamesh commence à prendre forme. Puis, de nouveau, Sumer l'emporte sur Akkad.
Puis, de nouveau, Sumer l'emporte sur Akkad. C'est l'époque, vers 21OO avant J.-C., où la fusion de ces deux cultures, de ces deux pensées dont aucune n'a perdu sa spécificité, donne une prodigieuse floraison littéraire. Poèmes d'amour, poèmes érotiques, récits historiques,
textes religieux, prières, hymnes, lamentations, réflexions philosophiques et métaphysiques sur la justice divine et l'existence du mal, la vie et la mort, fables, allégories, déjà tout existe et tout s'écrit, en sumérien ou en akkadien.

Au début du deuxième millénaire, surgissent, toujours de l'ouest, de nouveaux conquérants: les Amoréens. C'est Babylone qui recueillera l'héritage de Sumer et d'Akkad, et le fera revivre. Règne glorieux dont le rayonnement politique et spirituel s'étendra, notamment au temps d' Hammourabi (1792-1750 avant J.-C.) sur tout le bassin méditerranéen.

Si l'on crée moins qu'aux temps anciens, on enregistre, on fixe, on transcrit sur les tablettes d'argile tout le patrimoine culturel de la Mésopotamie, comme si cette civilisation, se sachant mortelle, voulait à tout prix laisser un héritage. Les tablettes circulent et sont traduites. Le babylonien devient le véhicule de la pensée à travers tout le Proche-Orient, et c'est dans cette langue que les pharaons de Tell-Al-Amarna correspondront avec les Hittites, les Mitaniens, les princes de Syrie et de Palestine.

Entre temps, l'Assyrie du nord est devenue une puissance comparable à Babylone qu'elle finira par dominer. Mais cela ne change rien au phénomène culturel et, peut-être même,
l'enrichit. Le roi assyrien Teglath-Phalassar Ier (1115-1077 avant J.-C.) à Assour, puis Assourbanipal (668-626 avant J.-G.) à Ninive feront copier, pour leurs bibliothèques, des
milliers de tablettes, et ces copies se poursuivront même après la chute de Babylone et de l'Assyrie, environ 500 ans avant notre ère.
C'est ainsi que, au cours des millénaires, l'Épopée de Gilgamesh est devenue un des textes les plus diffusés de la littérature ancienne, traduit en Hittite, en Hourite, connu au pays d'Assour, en Anatolie, en Palestine où l'on a trouvé récemment, à Meggido, une version du XIVe siècle avant J.-C.

Puis sont venus d'autres conquérants : grecs, romains, arabes. La brique des murailles mésopotamiennes s'est délitée. Le sable a enseveli sa mémoire. De cette prodigieuse étape de l' histoire des hommes, on n'a retenu que l'une des branches : la Bible, en oubliant le tronc.

Passent les siècles. Au début du XIXe s'ouvre l'ère des grandes découvertes archéologiques.
Des pionniers, des amateurs, des consuls occidentaux expédiés au Proche-Orient, entreprennent des fouilles sur les lieux des villes anciennes de la Mésopotamie du nord. En l843, Émile Botta, consul de France, découvre, à Ninive, le palais de Sargon II, roi d'Assyrie. A Ninive, à Khorsabad, Victor Place et Fresnel prennent son relais. En 1857, des anglais, Hincks, Oppart Et Rawlison déchiffrent l'assyrien. Un peu plus tard, Rassam et Rawlison découvrent la deuxième partie de la bibliothèque d'Assourbanipal et expédient les précieuses tablettes au British Museum. Mais, dans les signes dont elles sont gravées, ils ne voient qu'un ornement. A partir de là, commence une étonnante aventure.

Un jeune homme de vingt et un ans, George Smith, de son état graveur en billets de banque, est devenu, par passion pour l'orientalisme, l'un des visiteurs les plus assidus du British Museum. En 1863, le conservateur du département qu'il visite a l'idée de l'engager pour l'aider à mettre en ordre et à restaurer les tablettes de Ninive. En comparant les couleurs et les formes, Smith, génialement, regroupe les tablettes, les classe, démontre qu'il s'agit bien
d'une écriture, et la décrypte. Sur la première qu'il a ainsi déchiffrée il trouve.. le récit du déluge. En 1872, il fait une communication à la Society of Biblical Archeology et un
quotidien anglais, le Daily Telegraph, offre un crédit de mille guinées pour que l'on continue les recherches sur place.

Smith part. Et comme si quelque dieu du destin avait décidé qu'il était enfin temps pour la culture mésopotamienne de sortir de l'oubli, une semaine après le début des fouilles, il trouve une deuxième tablette qui a un rapport évident avec le premier texte déchiffré. Il est désormais en possession de deux fragments de l'Épopée de Gilgamesh, et sait qu'il en existe beaucoup d'autres puisque le texte dont il dispose mentionne douze tablettes, vraisemblablement gravées vers l'an 2000 avant J.-C. Voilà les archéologues devant un
puzzle géant. Ils mettront un siècle à le reconstituer, tantôt trouvant des fragments au cours de fouilles en Irak, mais aussi en Anatolie, en Syrie, en Palestine, tantôt les découvrant chez des antiquaires de Bagdad auxquels ils les rachètent. Les dernières trouvailles ont été faites
en 1974 par une expédition allemande, et si l'Épopée de Gilgamesh comporte encore quelques lacunes, on peut cependant considérer qu'elle est pratiquement complète.

Gilgamesh, le héros taillé dans le granit le plus dur, Enkidou, son ami, son frère, modelé dans l'argile la plus tendre, revivent en un texte écrit voici plus de quatre mille ans, mais dont la tradition orale est plus ancienne encore.
Texte admirable et éternel comme les chefs-d'oeuvre lentement élaborés par le divin imaginaire.

Voici celui dont le nom en akkadien signifiait « le guerrier qui est en avant » et qui pouvait signifier en sumérien « l'homme qui fera pousser un arbre nouveau » .

L'épopée de Golgamesh
texte établi d'après les fragments babyloniens, assyriens, hittites et hourites
traduit de l'arabe et adapté par Abed Azrié

Introduction
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Jnc75Jnc75   12 octobre 2015
Où vas-tu Gilgamesh?
La vie que tu cherches
tu ne la trouveras pas.
Lorsque les grands dieux créèrent les hommes,
c'est la mort qu'ils leurs destinèrent
et ils ont gardé la vie éternelle,
mais toi Gilgamesh
que sans cesse ton ventre soit repu
sois joyeux nuit et jour
danse et joue
fais chaque jour de ta vie
une fête de joie et de plaisirs
que tes vêtements soient propres et somptueux
lave ta tête et baigne-toi
flatte l'enfant qui te tient par la main
réjouis l'épouse qui est dans tes bras.
Voilà les seuls droits que possèdent
les hommes
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MoglugMoglug   19 décembre 2015
Les bergers
L'apprentissage

La courtisane déchire son vêtement
en deux parties,
de la première, elle couvre Enkidou
de la seconde, elle se couvre
elle le prend par la main
comme une mère guidant son jeune enfant
elle l'emmène vers les huttes des bergers
vers les étables.
Autour de lui les bergers s'assemblent.

Lorsque les bergers mettent devant Enkidou,
du pain et de la boisson forte
plein d'embarras, longtemps il regarde.
Enkidou ne connaît pas le pain comme nourriture,
ne connaît pas la boisson forte
il a grandi en têtant le lait des bêtes de sauvages.
La courtisane lui dit :

« Mange du pain, Enkidou,
le pain est l'élément de la vie
bois de la boisson forte
c'est la coutume des gens du pays. »

Enkidou mange du pain
jusqu'à satiété
de la boisson forte
il en boit sept fois.
Son esprit se libère, sa poitrine s'élargit
son cœur est enchanté et son visage illuminé.
Il frotte d'huile son corps velu
il ressemble à un homme.
Il met un vêtement
et ressemble à un époux.
Il prend une arme et pourchasse les lions
les bergers peuvent dormir la nuit.
Enkidou devient leur gardien et protecteur.
Enkidou est un homme vigoureux
un héros unique.
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JulienDjeuksJulienDjeuks   07 juin 2020
Et moi que devrais-je te donner si je te prends pour épouse ? Devrais-je te donner de l’huile et des vêtements pour ton corps ? Devrais-je te donner du pain et de la nourriture ? Mais quelle nourriture et quelle boisson devrais-je te donner qui conviennent à ta divinité ? Quel bien aurais-je si je te prenais pour épouse ? Toi, tu n’es qu’un foyer qui s’éteint en hiver tu es la porte ouverte qui ne protège ni du vent ni de la tempête tu es un palais qui extermine les héros tu es le turban qui étrangle celui qui s’en coiffe tu es du bitume qui souille celui qui le touche tu es une outre qui inonde son porteur tu es de la chaux qui disjoint le mur tu es une amulette de jade qui attire et séduit l’ennemi, une sandale qui blesse le pied. Qui est celui de tes amants que tu as aimé pour toujours ? (p. 81-82)
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AuroraeLibriAuroraeLibri   16 avril 2020
Celui qui a tout vu
celui qui a vu les confins du pays
le sage, l'omniscient
qui a connu toutes choses
celui qui a connu les secrets
et dévoilé ce qui était caché
nous a transmis un savoir
d'avant le déluge.

Il a fait un long chemin.
De retour, fatigué mais serein,
il grava sur la pierre
le récit de son voyage.
Il bâtit les remparts d'Ourouk
et l'Eanna sacré, pur sanctuaire
demeure d'Anou et d'Ishtar.

PROLOGUE
La cité première
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