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EAN : 9782264017581
381 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (12/09/1999)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 121 notes)
Résumé :
Amadou Hampaté Bâ, le grand défenseur de la tradition orale africaine né au Mali en 1901, raconte ici l'histoire d'un homme qui fut son ami. Cet homme, voué dès sa jeunesse au dieu "Gongoloma Soké", dieu des contraires et de la ruse, en portait lui-même les contradictions. Bravant impunément la chance, il nous entraîne dans une suite d'aventures cocasses où nous le voyons, avec pour seules armes son intelligence et sa connaissance des hommes, se hisser au sommet de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
BMR
  04 mars 2010
Il était une fois.
Amadou Hampaté Bâ est l'auteur malien par excellence. D'origine peule, il est né à Bandiagara au pays Dogon avec le début du siècle et il s'éteindra un peu avant lui.
Ethnologue et écrivain reconnu, il prononcera à l'Unesco cette phrase restée célèbre : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle."
Avec L'étrange destin de Wangrin il a recueilli puis mis sur le papier les mémoires de cet étrange Wangrin, personnage réel mais ô combien insaisissable, dans tous les sens du terme.
Interprète officiel des gouverneurs (du temps où l'AOF recouvrait le Mali, le Sénégal et d'autres colonies françaises), il aura consacré sa vie à monter des arnaques en tout genre, grugeant indifféremment ses compatriotes et les colons français, aux seules fins de s'enrichir et d'asseoir son influence.
Si la concussion, la malversation et la prévarication étaient des disciplines olympiques, nul doute que le sieur Wangrin aurait réussit le grand chelem sans forcer.
Drôle d'idée donc que de brosser ainsi le portrait d'un noir a priori peu sympathique ... mais dont on ne peut s'empêcher de suivre avec intérêt les aventures abracadabrantes (et pourtant bien réelles, Hampaté Bâ nous l'a dit), racontées au rythme des contes et légendes de la brousse mais avec un suspense digne d'un polar.
Il faut dire que les crimes perpétrés par l'infâme Wangrin ne sont jamais bien graves : il ne s'agit, après tout, que de trafics et d'argent, de l'argent des colons français venus s'enrichir en Afrique, juste retour de manivelle.
Et puis Wangrin se montre un étonnant connaisseur des ressorts de l'âme humaine, jaugeant précisément ses interlocuteurs, trouvant habilement leurs points faibles.
Enfin, tout cela est mené de main de maître es arnaque, au nez et à la barbe des gouverneurs français, roulés dans la farine de mil.
Il faut dire que Wangrin a été à bonne école : l'école des otages, comme on l'appelait alors, lorsque les colons réquisitionnaient de force les fils des notables de la brousse pour les avoir sous la main dans des écoles éloignées et ainsi s'assurer de la fidélité de leurs vassaux.
L'école des colons blancs coiffés du casque colonial (voir citation).
Finalement, dans ce monde peu sympathique (c'est l'époque de la Grande Guerre), Wangrin nous apparaît plutôt humain et passe presque pour une sorte de Robin des Bois de baobabs, un Robin des Bois qui volait beaucoup les riches et donnait un peu aux pauvres et qui, comme la charité bien ordonnée, commençait par se servir lui-même.
Les histoires d'argent comme les histoires d'amour finissent mal, en général, et l'on se prend à la fin de ces aventures truculentes, à regretter ce trouble personnage, l'écriture impeccable d'Hampaté Bâ et le rythme répétitif des contes de la brousse ...
Lien : http://bmr-mam.over-blog.com..
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ignatus-reilly
  02 septembre 2010
Sous-titre du livre :les roueries d'un interprète africain.
Les aventures de Wangrin, interprète des différents représentants de l'autorité de l'AOF.
Wangrin, issu d'une famille de chefs africains bambara, a du suivre les cours de l'école des otages. Ecole qui réunit les fils de notables africains afin de faire pression sur leurs pères et de s'assurer de laur coopération.
Wangrin est très intelligent, malin, débrouillard et sans peur. Wangrin va y pénétrer les arcanes du pouvoir et s'en servir tout d'abord à son profit, ensuite, à celui de ses frères africains pauvres et défavorisés.
Il va s'enrichir au nez et à la barbe des administrateurs coloniaux et surtout à leurs dépens, et ceci avec une grande jubilation.
Malgré tous ces méfaits, on s'attache aux pas de Wangrin. Il n'est jamais cruel mais généreux et agit avec noblesse. C'est lorsqu'il aura tout perdu qu'apparaitra sa vraie grandeur. Même dénué de tout, Wangrin sait encore rire de lui-même et de ce qui l'entoure.
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kaerlyon
  30 septembre 2015
Wangrin nous entraine dans le Mali colonisé du XXe siècle. Une histoire tout en contradiction entre le noir et le blanc. Entre le bien et le mal.

En tant que fils de chef, Wangrin est placé à "l'école des Otages" par le gouvernement colonisateur pour éviter une révolte éventuelle de son père. Wangrin garda la connaissance de ses ancêtres mais eut l'intelligence de faire sienne la culture européenne. Sorti major de sa promotion, il est placé comme instituteur. Bientôt c'est insuffisant pour cet homme intelligent, ambitieux et rusé. Il apprit vite à grimper les échelons au détriment de ceux qui possédaient la place convoitée. Ainsi, il occupa la place d'interprète de plusieurs "commandants de cercle", faisant de lui un homme extrêmement influent. Grâce à un réseau d'informateurs, il put s'imposer comme la personne indispensable aussi bien pour les blancs que pour les noirs. Sa parfaite connaissance des deux cultures lui permet d'influencer qui il veut pour avoir place, argent et respect. Ce mode de vie lui vaut bientôt des ennemis mortels. Wangrin compte sur les forces mystiques pour vaincre ceux qui se mettront sur son chemin. Ce portrait, qu'il fait de lui-même, montre un homme sans scrupules, ce qu'il est dans un sens. Mais gardant le sens de l'honneur qui l'empêchera de franchir certaines limites. Et surtout, sa soif d'enrichissement ne vise que des victimes riches. Jamais il ne s'attaquera aux pauvres pour qui sa porte restera toujours ouverte avec promesse de dons. La fortune de Wangrin doit-elle rester à son apogée ? Que penser des signes qui obscurcissent ce ciel dégagé ? Wangrin se pose beaucoup de questions mais que faire contre son destin ?

Amadou Hampaté Bâ est-il un grand écrivain ? Certainement. Mieux, c'est un grand conteur qui a su admirablement mélanger à la narration les légendes africaines. Un peu comme son héros, un mélange des cultures blanche et noire. L'auteur nous décrit un personnage qui pourrait être antipathique dans son ascension et sa décadence. Mais la magie des mots nous donne envie de devenir l'ami de cet homme ambigüe qui volait publiquement mais donnait anonymement. Si le livre est basé essentiellement sur son héros, il permet aussi de découvrir la vie de l'Afrique coloniale et ses abus. Comme cet esclavage déguisé que sont les corvées et qui ont eu cours jusqu'à la fin des années quarante. Nous devinons la technique africaine pour amadouer les européens, les dieux de la brousse. Etaient-ils appelés ainsi pour leur grand pouvoir ou pour "les offrandes" qu'ils devaient sacrifier en échange d'une relative tranquillité ? Il est intéressant de découvrir les relations familiales élargies : L'importance de la mère. le choix de parents adoptifs pour une protection. La prise en charge d'enfants, de neveux, de cousins etc. Une toile arachnéenne qui se créée avec ses codes et ses devoirs. Tous ces codes et devoirs qui forment la culture, sont souvent incompris par les colonisateurs voulant imposer leurs propres traditions, également incomprises par les indigènes. C'est de cette incompréhension mutuelle dont se servira Wangrin. Acte facile pour quelqu'un d'intelligent qui a la connaissance des deux cultures ! Mais c'est bien une culture noire contre une culture blanche. Bien que le "mariage colonial" soit courant, il n'est nullement fait mention des métis, grand absents de cette société en mutation. le seul point négatif que je pourrais relever sont les annotations (pus de 300!) qui nous obligent à aller en fin de livre et ce, parfois plusieurs fois par page. Cela coupe complètement le rythme de lecture et c'est dommage. Mais l'écriture est si agréable que nous pardonnons à l'auteur cette abondance de renvois pour seulement admirer le bel hommage qu'il a adressé à son ami.
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Charybde2
  17 mars 2013
La vie d'un interprète indigène malien, son succès et sa chute. Beau, poignant et drôle.
Paru en 1973, ce récit largement inspiré de faits authentiques (l'auteur le présente même avec insistance comme la simple retranscription à peine enjolivée des récits qu'il a recueilli auprès du protagoniste principal, et recoupé auprès d'autres personnes impliquées) est peut-être l'oeuvre la plus aboutie et la plus agréable d'Amadou Hampataé Bâ, mondialement célèbre principalement pour son autobiographie "Amkoullel, l'enfant peul", publiée juste après sa mort en 1991.
Le personnage surnommé Wangrin, qui a donc réellement existé, construit son extraordinaire succès entre 1910 et 1930, s'élevant à partir de sa réussite scolaire à l'école "des Otages" (où les enfants des chefs coutumiers étaient prudemment rassemblés par le colonisateur) du Soudan français, pour devenir d'abord un incontournable interprète administratif officiel (rôle d'interface qui tend à être un véritable "n*2" pour tout administrateur colonial de l'époque), puis un très riche marchand, avant de finir ruiné... : voleur habile avec les riches et les puissants, bienfaiteur des pauvres et des laissés pour compte, un destin en effet extraordinaire.
Complexe mélange d'intelligence débridée, de ruse sournoise, de courage, de magnanimité, de générosité, d'implacabilité et d'ambition forcenée, Wangrin prend ici une stature pleinement mythique, largement aux côtés d'un Robin des Bois, proposant une fin autrement belle, en un sens, que le terrible "Timon d'Athènes" de Shakespeare, dans un récit tout en saveurs corsées, linéairement mais subtilement mené à la manière d'un griot, chère à Amadou Hampâté Bâ.
Un très beau livre.
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TiboLexie
  07 juillet 2020
L'histoire de Wangrin commence par une scolarité brillante. Son statut d'homme lettré dans cette période coloniale lui permettra d'être sous les ordres du commandant de cercle. Toutefois, animé d'une ambition dévorante, l'homme développe très vite des envies de grandeur et de puissance.
Ainsi, son premier fait d'armes est d'obtenir le renvoi de l'interprète en poste après qu'il a commis l'imprudence de le défier en public. Wangrin occupera sa place suite à cette disgrâce. C'est le début d'une incroyable épopée, faites d'intrigues et de coups bas, dans les arcanes du pouvoir colonial et local.
Mais, la roue tourne et on finit bien souvent anéanti par les éléments avec lesquels on travaille. Aussi, les victimes de ce roublard, par une étrange coïncidence se croiseront, puis se concerteront, afin d'user des mêmes méthodes pour se venger de lui. le début de la décadence ?
Portrait d'un homme pour qui la fin justifie les moyens. En toile de fond, l'administration coloniale française en Afrique, en confrontation avec les réalités et les usages locaux.
Un chef d'oeuvre intemporel !
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
TiboLexieTiboLexie   06 juillet 2020
_ On peut naître noble et cependant perdre sa noblesse par avarice et cupidité. La vraie noblesse est celle que l'on acquiert par sa valeur. Il en est de la noblesse comme d'un édifice. Il y a les fondations, les murs et la toiture. On hérite des fondations, mais on construit soi-même, les murs et la toiture, faute de quoi l'édifice reste en ébauche et risque de retourner à l'état de terrain vague.
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ignatus-reillyignatus-reilly   02 septembre 2010
Wangrin était filou, certes, mais son âme n'était pas insensible. Son cœur était habité par un intense volonté de gagner de l'argent par tous les moyens afin de satisfaire une convoitise innée, mais il n'était point dépourvu de bonté, de générosité et même de grandeur. Les pauvres et tous ceux auxquels ils étaient venus en aide dans le secret en savaient quelque chose. Son comportement, cynique envers les puissants et les favorisés de la fortune, ne manquait cependant jamais d'une certaine élégance.
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BMRBMR   04 mars 2010
[...] Cette coiffure ridicule ne faisait pourtant rire personne. Bien au contraire elle inspirait la peur. C'était en effet la coiffure officielle et réglementaire des Blancs, ces fils de démons venus de l'autre rive du grand lac salé [...] C'était un emblème de noblesse qui donnait gratuitement droit au gîte, à la nourriture, aux pots-de-vin et, si le coeur en disait, aux jouvencelles aux formes proportionnées pour les plaisirs de la nuit.
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Charybde2Charybde2   18 mars 2013
- Je te suis très mal. Explique-toi plus clairement, mon cher Wangrin.
- C'est clair, pourtant. Je trouve qu'un ancien conducteur de mulets, bien qu'il soit successivement devenu sergent de tirailleurs sénégalais, brigadier-chef de gardes et finalement interprète, ne cessera jamais d'être un valet. Il serait inconvenant qu'un "goujat" se pavanât dans un paradis, y assourdissant tout le monde avec les accents de son "forofifon naspa", alors que des hommes lettrés, sur qui doivent descendre bénédiction et miséricorde du ciel et de la France, peinent dans l'enfer de la pauvreté.
C'est pourquoi j'ai décidé de revenir ici comme interprète. Je sais que tu ne voudras pas partir de ton plein gré. C'est pourquoi je te compare à Adam et moi à l'ange-gendarme. Mais sois tranquille, je ne me servirai pas de flammes pour te chasser d'ici. je n'aurai besoin que de quelques lignes d'écriture couchées sur un papier de format 21/27. Cela s'appelle, au cas où tu ne le saurais pas, une décision.
Romo Sibedi fut complètement hébété par cette déclaration si inattendue. N'était-ce pas là le plus grand témoignage d'ingratitude qu'un étranger pût exprimer à son logeur ?
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ignatus-reillyignatus-reilly   02 septembre 2010
Moulaye Hamidou, dit Wangrin, accepterais-tu de travailler pour me garantir contre mes ennemis blancs-blancs, noirs-blancs et noirs, et pour combien?
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Videos de Amadou Hampâté Bâ (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Amadou Hampâté Bâ
Amadou HAMPÂTÉ BÂ – La tradition orale africaine (DOCUMENTAIRE, 1969) Un documentaire d’Ange Casta diffusé sur la 1ère chaîne, le 7 septembre 1969, dans l’émission « Un certain regard ».
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