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EAN : 9782070449286
592 pages
Éditeur : Gallimard (15/01/2015)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Comme l'annonce d'emblée sa traductrice et préfacière : «On n'en finit jamais de découvrir Ingeborg Bachmann». L'une des raisons est qu'elle a laissé derrière elle, du fait de sa mort soudaine, brûlée vive en 1973 dans sa chambre d'hôtel à Rome, des centaines de pages inédites.
Cette anthologie de son œuvre poétique a pour but de la révéler plus intimement, dans la vérité et l'acuité de sa démarche. Le présent volume n'a d'ailleurs pas d'équivalent, même en ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
sabine59
  04 avril 2020

J'avoue avoir bien du mal à traduire mon ressenti , après lecture de cette anthologie très complète de l'énigmatique Ingeborg Bachmann. Autrichienne née en 1922, son traumatisme sera que son père a adhéré au parti national-socialiste. Amante de Paul Celan, elle n'aura de cesse de dénoncer les guerres, les injustices, à travers ses poèmes mais aussi ses oeuvres en prose. Elle mourra tragiquement et précocement de brûlures accidentelles, à 47 ans.
Je n'ai pas été touchée, ou très peu, par ses poèmes. Quelques-uns écrit dans sa jeunesse, où la recherche de lumière est pure, et d'autres, empreints d'une tristesse profonde m'ont plu mais je suis restée de marbre devant l'ensemble de sa production poétique. de marbre, j'utilise volontairement le terme car j'ai eu l'impression d'un bloc de pierre impénétrable, sans affects. Mais bien sûr, c'est une impression toute personnelle. Et peut-être que la traduction, si difficile en poésie, n'arrive pas à rendre la profondeur des mots.
La rencontre n'a pas vraiment eu lieu pour moi, j'espère qu'elle se fera pour d'autres lecteurs car la poésie d'Ingeborg Bachmann est exigeante, en quête d'absolu et mérite qu'on s'y attarde...
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Pirouette0001
  13 mai 2016
Quelle force poétique incontestable !
Auteure autrichienne dont le père était nazi et qui en souffrait assez pour nous offrir une poésie pleine de souffrance mais tellement belle.
Sérieux bémol, le vocabulaire utilisé en français semble parfois plat et la rime manque. Le plaisir doit être d'autant plus grand pour le lecteur qui pourra lire le texte original de cette édition bilingue. Car en allemand, il est visible que tout rime et chante davantage. Difficile de traduire la poésie bien sûr.
Ceci n'empêche pas de s'imprégner de cette oeuvre notable. J'en recommande la découverte en tout cas !
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michfred
  07 février 2016
Je feuillette depuis quelques jours ce recueil d'Ingeborg Bachmann - amante et muse de mon bien-aimé Paul Celan- féministe, rebelle, agitatrice infatigable, à la mort tragique - elle succombe à ses brûlures dans une chambre d'hôtel romaine- et je cherche dans ses vers quelques éclats de cette colère, quelques morsures de cette intransigeance, quelques oracles de cette recherche- la belle était philosophe de formation, thèse sur Heidegger, etc...-mais les quelques pépites trouvées me déçoivent un peu..
C'est un peu trop lourd, un peu trop germanique pour mon goût...
Non que ce soit trop "dit" -ce qui tue, à coup sûr, la poésie- mais les images ne me parlent pas, le mystère est de plomb, opaque....pas de fulgurants trous d'air, comme chez Celan...
Il faut sûrement chercher encore, mais en poésie ce n'est pas comme en prose: on se fait vite une opinion. L'intuition nous guide plus que la raison, la sensation plus que l'idée.
La poésie d'Ingeborg reste pour moi comme son rude prénom: une gangue rugueuse dont je n'ai pas su extraire l'or...
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frandj
  12 septembre 2018
Je n'avais jamais rien lu d'Ingeborg Bachmann, jusqu'à ce qu'une amie férue de littérature allemande attire mon attention sur cette poétesse d'origine autrichienne. Tout le long de sa carrière, elle a connu bien d'autres auteurs, dont Paul Celan. En 1964, elle a reçu pour son oeuvre poétique le prestigieux prix Georg-Büchner. Elle est morte tragiquement en 1973.
Ce gros recueil donne un large aperçu sur son oeuvre poétique, dans sa continuité, entre 1942 (elle avait alors 16 ans) jusqu'en 1967; une partie a été publiée seulement en 2000, à titre posthume. Je trouve que ces textes sont souvent très difficiles d'accès, mais certains suscitent non seulement ma curiosité, mais aussi mon admiration.
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critiques presse (1)
Liberation   30 mars 2016
Son «lyrisme» féminin chante l’amour magnifiquement, mais aussi son versant noir.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   08 octobre 2015
L'heure bleue


Le vieil homme dit : mon ange, à ta guise,
pourvu que tu apaises le soir ouvert
et marches un moment à mon bras,
que tu comprennes la sentence des tilleuls conjurés,
les lampes, boursouflées, dans le bleu compassées,
derniers visages ! le tien seul a son juste éclat.
Morts les livres, détendus les pôles du monde,
ce qui retient encore la marée si sombre,
la barrette dans tes cheveux, se détache.
Sans séjour, courant d'air dans ma maison,
sifflet de lune — puis en rase campagne le saut,
l'amour, entraîné par le souvenir.

Le jeune homme demande : et toi aussi toujours ?
Sur les ombres dans ma chambre jure-le,
et si la sentence des tilleuls est sombre et juste,
récite-la avec des fleurs et ouvre tes cheveux
et le pouls de la nuit qui veut se répandre !
Puis un signe de lune, et s'arrête le vent.
Les lampes conviviales dans la lumière bleue
jusqu'à ce que l'espace rompe avec l'heure vague,
et que sous les tendres morsures ta bouche sur ma
bouche
repose jusqu'à ce que la douleur te fasse la leçon :
vivant est le mot qui conquiert le monde,
le joue et le perd, et l'amour commence.

La jeune fille se tait, tant que le fuseau tourne.
Des talents d'étoiles tombent. Le temps des roses
s'écoule : —
Seigneurs, mettez-moi en main l'épée,
et Jeanne d'Arc ira la patrie délivrer.
Bonnes gens, à travers les glaces nous mèneront la nef,
je maintiens le cap que nul ne connaît plus.
Achetez des anémones ! trois souhaits le bouquet,
au souffle d'un souhait elles ferment la bouche.
Du trapèze très haut sous le chapiteau
je saute dans le feu du monde, à travers ses cerceaux,
aux mains de mon maître je m'en remets,
et il m'envoie charitablement l'étoile du soir.

p.299-301
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PartempsPartemps   22 août 2020
Curriiculum vitae

longue est la nuit

longue pour cet homme,

qui ne peut pas mourir, longuement

sous les lanternes des rues chancelle

son œil dénudé et son œil

aveuglé par le souffle de la gnole, et les relents

de la viande mouillée sous ses ongles

ne l’engourdissent plus jamais, O Dieu,

longue est la nuit.

Mes cheveux ne deviennent pas blancs

car j’ai rampé hors du giron des machines,

rouges roses le goudron m’a barré le front

et les mèches, l’on a étranglé la soeur blanche neige. Mais moi

le chef de tribu, je marche à travers la ville

aux dix fois cent mille âmes, et mon pied

est entré dans les âmes grouillantes sous le ciel de cuir,

de là

dix fois cent mille calumets de la paix

étaient pendus, froids, je me souhaite souvent

le repos des anges

des territoires de chasse, remplis des cris impuissants

de mes amis.

jambes et ailes écartées

avec la sagesse des joncs

les jeunes montaient par-dessus moi,

par-dessus le purin, par-dessus le jasmin

dans la géante nuit avec le secret des racines carrées,

souffle la légende de la mort

à chaque heure à ma fenêtre,

elle me donne le lait de la louve et renverse

le rire des anciens en moi dans ma vengeance, quand je dors

tombant sur les in-folios

dans le rêve honteux,

afin de ne pas me soucier de pensées,

jouant avec les glands d’où s’effilochent ces serpents.

nos mères aussi ont rêvé

de l’avenir de leurs hommes,

elles les ont vus puissants,

révolutionnaires et seuls,

pourtant après le recueillement au jardin,

tordus au-dessus des mauvaises herbes en flammes,

main dans la main avec l’enfant bavard de leur amour. Mon père triste

pourquoi vous êtes-vous tu jadis et n’avez pas réfléchi plus avant?

perdue dans les fontaines de feu,

dans une nuit proche d’une pièce d’artillerie,

qui ne tire pas, longuement maudite

est la nuit, sous les crachats

de la lune jaune amer, sa lumière bilieuse

donne un coup de balai dans la trace du rêve de puissance

au-dessus de moi (cela je ne peux l’empêcher)

au loin les traîneaux des histoires enjolivées passent.

ce n’est pas que je dormais: j’étais éveillé,

entre les squelettes glacés je cherchais le chemin,

je suis rentré chez moi, me suis promené avec le lierre

enlacé autour de bras et jambe et il blanchissait

les ruines avec les restes du soleil.

Je me tenais aux jours de fête

et seulement quand cela était loué

je rompais le pain.

En un temps vantard

on doit faire vite de passer d’une lumière

à une autre, d’un pays

à un autre, sous des arcs-en ciels

le cercle du compas dans le coeur,

du rayon la nuit prise.

Ouvert largement. Depuis les montagnes

on voit les mers, dans les lacs les montagnes

et dans les bancs des nuages

les cloches tanguent

d’un monde unique. Savoir de ce monde

m’est interdit.

Un certain vendredi cela advint

- je jeûnais pour ma vie,

l’air débordant de la douceur des citrons

et dans mon palais se planta l’arête -

là je détachais un anneau d’un poisson grand ouvert

qui, jeté au loin à ma naissance,

sombra dans le fleuve de la nuit et coula.

Je le jetais à nouveau dans la nuit.

Ah si je n’avais pas cette peur de la mort!

si j’avais eu le mot

(je n’aurais pas dû le manquer),

si je n’avais pas ce chardon dans le coeur,

( je n’aurais pas donner une ruade au soleil),

si je n’avais ce désir ardent dans la bouche,

( je n’aurais pas bu l’eau sauvage),

je n’aurais pas ouvert les cils,

( si je n’avais pas vu cette farce).

est-ce que les cieux se traînent au loin?

la terre ne me portait plus,

je reposerais déjà longuement silencieuse,

je reposerais déjà longuement,

là où la nuit me veut,

avant que les naseaux se gonflent

et que leurs sabots se lèvent,

pour de nouvelles ruades,

toujours pour la bataille, toujours la nuit

et aucun jour.

frère aimé

frère aimé, quand construirons-nous un radeau

et descendrons-nous le ciel?

mon frère aimé, bientôt la cargaison sera trop grande

et nous coulerons.

Mon cher frère, nous dessinons sur du papier

beaucoup de pays et des voies ferrées,

prends garde, avant ces lignes noires d’ici

tu sauteras très haut sur des mines.

mon frère aimé, alors je serai attachée au poteau

et je crierai

mais toi tu chevauches déjà de la vallée des morts

et nous nous enfuyons tous deux.

nous veillons au campement tzigane et veillons dans la tente du désert,

le sable nous coule dans les cheveux,

ton âge et mon âge et l’âge du monde

on ne peut les mélanger avec les années.

ne te laisse pas abuser par les corbeaux rusés

par la main collante de l’araignée et par la plume dans le buisson

et ne mange et ne bois au pays de Cocagne

la lueur mousse au fond des poêles et des cruches

seul qui sur le pont d’or de la fée

sait encore le mot, a gagné.

Je dois te le dire, il a fondu

avec les dernières neiges dans le jardin

De tant et tant de pierres nos pieds sont tellement blessés,

l’un guérit. Avec celui-ci nous voulons sauter

jusqu’à ce que le roi des enfants nous mène avec la clé de son royaume à la bouche,

et nous chanterons.

qu’il est beau le temps où germe le noyau des dattes!

Quiconque qui tombe, a des ailes.

il y a un dé rouge qui coud le linceul des pauvres,.

mon sceau sombre dans la feuille de ton coeur.

Amour, il nous faut aller dormir, sur la pointe des pieds, la pièce est finie,

les chemises blanches gonflent

père et mère disent, la maison est hantée

quand nous échangeons nos souffles

les ports étaient ouverts

les ports étaient ouverts. Toutes voiles dehors,

le rêve par-dessus bord, nous y sommes embarqués,

fers aux genoux et rires autour de nos cheveux,

car nos rames frappaient la mer, plus vite que Dieu.

nos rames frappaient les aubes de Dieu et partageaient les flots;

au-devant était le jour, et derrière restaient les nuits,

au-dessus était notre étoile,en bas sombraient les autres,

dehors se taisait la tempête, dedans poussait notre poing.

Seulement quand une pluie prit feu, nous guettâmes à nouveau;

des lances s’abattaient et des anges entrèrent,

fixant des yeux plus noirs dans nos ténèbres.

Nous étions là, anéantis. Nos blasons s’envolèrent:

une croix dans le sang et un plus grand navire sur notre cœur
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   03 décembre 2015
le Temps en sursis (1953)
I - Départ en mer


…La première vague de la nuit frappe au rivage,
la deuxième, c'est déjà toi qu'elle atteint.
Mais avec un regard perçant
au loin tu peux encore voir l'arbre
qui vaillamment lève le bras
— un autre a déjà été battu par le vent
— et tu penses : combien de temps,
combien de temps encore
le bois tordu résistera-t-il aux tempêtes ?
On ne vois plus rien de la terre
Tu aurais dû t'agripper d'une main au banc de sable
ou t'accrocher aux récifs avec une boucle de cheveux.

Soufflant dans les conques, les monstres marins glissent
sur le dos des vagues, ils chevauchent et mettent les
jours
en pièces au sabres blancs, reste une trace rouge
dans l'eau, là où le sommeil t'allonge
pour le reste de tes heures
et tu perds connaissance.

Voilà qu'il s'est passé quelque chose dans les cordages
on t'appelle, et tu es content
qu'on ait besoin de toi. Rien de mieux
c'est le travail sur les navires
qui partent loin,
faire des nœuds, puiser l'eau,
calfater les parois et surveiller la cargaison.
Rien de mieux que d'être las et le soir
tomber de fatigue. Rien de mieux que d'avoir, le matin,
avec la première lueur du jour, les idées claires,
que de dresser contre le ciel immuable,
ne pas prêter attention à l'eau impraticable,
et faire que le navire franchisse les vagues
vers le rivage de soleil qui toujours revient.

p.127-129
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   01 décembre 2015
POÈMES DE JEUNESSE (1942-1945)
Notturno


En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s'enflammèrent
et sans égards me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu'en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t'exige et t'attends et t'espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l'on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t'appelle
dans les plaintes et les prières.

p.79-81
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coco4649coco4649   12 février 2016
Le temps en sursis


Des jours plus durs viennent.
Le temps en sursis révocable
devient lisible à l’horizon.
Il te faudra bientôt lacer ta chaussure
et renvoyer les chiens dans les fermes du littoral.
Car les entrailles des poissons
ont refroidi dans le vent.
La lumière des lupins brûle chichement.
Ton regard trace dans le brouillard :
Le temps en sursis révocable
devient lisible à l’horizon.

Ta bien-aimée de l’autre côté s’enfonce dans le sable,
il monte autour de ses cheveux flottants,
il lui coupe la parole,
il lui enjoint de se taire,
il la trouve mortelle
et disposée à l’adieu
après chaque étreinte.

Ne regarde pas en arrière.
Lace ta chaussure.
Renvoie les chiens.
Jette les poissons à la mer.
Éteins les lupins !

Des jours plus durs viennent.

p.149
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Videos de Ingeborg Bachmann (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ingeborg Bachmann
Ingeborg BACHMANN - Reconaissances à la poétesse (France Culture, 2008) L’émission « Surpris par la nuit », par Mathieu Bénézet, diffusée le 14 mars 2008 sur France Culture. Invités : Hélène Cixous, Barbara Agnese et Miguel Couffon.
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