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EAN : 9782846267731
453 pages
Au Diable Vauvert (08/11/2013)
3.94/5   91 notes
Résumé :
Mouse et Mahlia, deux adolescents orphelins recueillis par un vieux médecin, vivent dans un monde chaotique où la guerre est omniprésente. Mis à l'écart par les villageois en raison de leur origine, leur amitié les protège. Au cours d'une exploration, ils rencontrent Tool, l'homme génétiquement modifié pour la guerre découvert dans Ferrailleurs des mers, mercenaire aujourd'hui fugitif, réfugié dans la jungle. Avec lui, nos deux jeunes héros vont se trouver devant le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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"Les cités englouties" se déroulent dans le même univers que l'excellent "Ferrailleurs des mers" (elles n'en sont pas la suite), à savoir, probablement, notre monde dans un avenir proche : les eaux montent, les ressources s'épuisent...
L'action se passe aux Etats-Unis, mais des Etats-Unis qui connaissent la même situation de guerre civile que certains pays africains actuels, comme la Somalie : l'Etat s'est désintégré, des milices se livrent un conflit interminable et sans merci, elles embrigadent des enfants à qui elles ne laissent qu'un seul choix : torturer, mutiler et tuer ou être soi-même torturé, mutilé et tué.
C'est dans ce monde cauchemardesque que trois personnages particulièrement attachants tentent de survivre : un être mi-homme, mi-machine de guerre, pourchassé par une des milices, et deux adolescents, Mahlia et Mouse, qui vivent dans une communauté à l'écart de la guerre.
Mais cette tranquillité sera de courte durée, l'horreur va s'abattre sur le village, Mahlia et Mouse seront séparés...
Mahlia va tenter de retrouver Mouse embrigadé par une milice : pas de temps mort dans ce roman, pas de répit pour le lecteur, les scènes dramatiques s'enchaînent à un rythme rapide...
La fin de ce voyage au bout de l'enfer s'avère particulièrement émouvante : certains individus, au dernier moment, peuvent retrouver leur humanité première de manière tout à fait inattendue !
Oui, il y a de la cruauté et de la barbarie dans ce roman, mais aussi de l'amitié et de la solidarité : comme dit la présentation, "ce futur sombre n'est pas dénué d'espoir".
Une réussite.
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Un univers post apocalyptique ultra violent et accablant de réalisme par certains aspects.

Des groupes armés de fortune, constitués principalement d'enfants soldats, se livrent une guerre impitoyable et sans merci depuis des années. Ils répondent au nom d'Armée de Dieu, Front Unitaire Patriotique, Compagnie Tulane, Loups de Taylor, milices de la liberté (etc) Ils ne savent plus pourquoi ils se battent mais la guerre est devenue leur raison d'être. C'est un monde complètement ravagé et déshumanisé. La violence est d'autant plus mise en évidence que les rouages et les ravages de la guerre ainsi que ses conséquences psychologiques y sont parfaitement décrits. Embrigadement, conditionnement, dénonciation, torture, viol, haine, trahison, lâcheté, terreur etc, etc… Mécanismes collectifs ou individuels, tout y est. La haine engendre la haine. Une escalade qui n'a pas de fin. Avec cette question en filigrane: jusqu'où est-on capable d'aller pour sauver sa vie ?

Au milieu de ce monde sans foi ni loi, nous suivons le parcours de 2 vers de guerre et un mi-bête. Mahlia et Mouse sont ces 2 vers de guerre, deux orphelins, des victimes collatérales de cette guerre, liés par une fragile amitié. le jour où ils croisent la route de Tool, un mi bête, hybride d'humain, chien, tigre, hyène, véritable prédateur conçu pour la guerre, les événements vont se précipiter. Pour Mahlia, il incarne l'espoir de fuir. Mais on ne manipule pas une machine de guerre. Nos 3 protagonistes vont être brutalement amenés faire des choix aux conséquences irréversibles.

Ce livre est la suite de "Ferrailleurs des Mers" mais il peut être lu de manière tout à fait indépendante. Je n'ai absolument pas été gênée par le fait de ne pas avoir lu le premier. L'écriture est fluide et agréable, les dialogues vivants, les personnages touchants et bien campés. Celui de Mahlia, en proie à sa conscience et sa détermination est attachant. Celui de ce mi-bête est particulièrement intéressant. Cette machine de guerre, tueur impitoyable, qui n'éprouve ni remords ni culpabilité, qui porte sur les hommes un regard méprisant et lucide, qui essaye de conquérir sa propre liberté, et qui s'allie pourtant à cette fillette, est plein de surprises. Ces 2 êtres, rejetés et haïs, l'un parce qu'on lui refuse une place, l'autre parce qu'il n'a que trop sa place forment un duo au sein d'un trio qui a du mal à se rejoindre.

Ce récit se lit très bien malgré la violence qui suinte à chaque page. Heureusement qu'on peut se raccrocher à une faible lueur d'humanité. Elle oscille, vacille, s'éteint, se ravive mais elle résiste. le plus difficile est de la repérer.

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Les citées englouties , est un texte avenant et agréable dans un monde post-apocalyptique assez original .

L'univers est très typé et il suinte à chaque page de façons absolument intégrées à la trame narrative et au vécu des personnages.
Si la veine post-apocalyptique est ancienne disons de ce texte qu'il est hyper-contemporain pour ce qui est du décorum et des lignes de forces qui sous-tendent l'univers.

Le lecteur , se baladera dans deux types de jungles , naturelles et urbaines et pot-apocalyptiques comme jungles , donc …. .
Deux jeunes personnages muris précocement par l'âpreté de la vie , seront sa compagnie principale dans cet exode , avec une bête de guerre génétiquement modifiée qui s'agrégera aux petit groupe ( un duo en fait principalement ) initial .

Fondamentalement ce roman est une étude polymorphe et assez exhaustive sur la guerre et sur ses conséquences sociales et psychologiques , individuelles et collectives .
La guerre en tant qu'environnement est bien pausée dans cet ouvrage assez psychologique , qui n'est donc pas uniquement un roman d'action , mais qui est un roman d'action avec des pauses .

Pas la peine de faire un dessin pour ce qui est des thématiques … :
Pensez à l'embrigadement , aux recrutements forcés , aux stages des recrues forcées , aux processus de conversions , aux enfants soldats , aux adultes précoces , à la vie en petites communautés à l'environnement précaire , aux différents problèmes éthiques qui se posent de manières différentes selon les statuts et les contextes en univers de belligérance principalement asymétrique , les jungles urbaines délabrées , les civils et la guerre .

Il y a aussi le thème de l'effondrement civilisationnel et étatique qui est abordé dans ce texte , comme dans tout bon roman post-apocalyptique qui se respecte , avec ici une géopolitique novatrice qui est utile pour exprimer la difficulté d'associer des forces armées à de réelles opérations de paix sur plus que le court terme et au-delà des interventions de type « pacifications » .

Les personnages sont fonctionnels , touchants , et quand c'est nécessaire : ils sont forgés avec suffisamment de nuances et de détails pour être emblématiques , tout en restant incarnés et intéressants sur un plan strictement narratif .
Il y a de l'action , même si l'action est de loin assez subordonnée aux thèses véhiculées par le récit , qui prendra de ce fait un caractère assez tranquille et posé souvent , voir bavard aussi , sans devenir un texte à thèse .

Les amateurs d'univers apprécieront ce roman soigné et les amateurs de fictions militaires riches et crédibles l'apprécieront aussi , y compris dans sa dimension très concrète , telles que les règles d'engagement au combat par exemple …

Enfin , c'est un texte qui possède le charme de la science-fiction populaire , avec : des univers palpables , de l'action , de bons dialogues .
Si je devais à tout prix donner une idée du style , par comparaison , je dirais que cela sonne assez comme du bordage … sans en être … mais : « il y a ce rien , cet impondérable … qui fait que …. «
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J'ai découvert Paolo Bacigalupi avec « La fille automate », livre d'anticipation complexe, reçu à l'occasion d'une masse critique en 2013. J'ai beaucoup aimé « Ferrailleur des mers » et c'est avec enthousiasme que j'ai commencé « Les cités englouties ».

Les deux derniers livres cités se déroulent dans le même milieu : l'auteur évoque des bâtiments de l'ère accélérée ( ici sans vraiment l'expliquer) puis le réchauffement climatique avec la montée des eaux, l'inondation des cités et l'épuisement des ressources. J'aimerais présenter l'univers particulier de l'auteur dans les cités englouties.

On comprend que le livre se passe aux USA car il reste quelques villes comme Manhattan Orleans, Jersey Orleans et Seascape Boston. Ces villes et leurs entreprises toutes puissantes sont retranchées et protègent leurs frontières en utilisant des créatures génétiquement modifiées, des mi-bêtes, qui patrouillent le long des frontières. de Chine viennent également les casques jaunes, des soldats de la paix, envoyés pour écraser les unités de combats des milices locales et amener du matériel et des vivres au peuple des Cités englouties. Ces casques jaunes qui sont repartis, faute d'avoir pu ramener l'apaisement, abandon attisant la colère des habitants des cités englouties.

Devant ces frontières émergent les ruines des cités englouties où des humains récupèrent tout ce qui a de la valeur, marchandent et commercent. Ils se font surtout la guerre avec diverses factions comme l'Armée de Dieu et le Front Uni Patriotique du Colonel Glenn Stern – Ces factions s'alimentent en unités combatives grâce aux enfants-soldats. Ces enfants, surnommés les « vers de guerre », sont enrôlés de force, après que leurs parents soient tués et leurs villages pillés et brûlés.

Au sud, il ne reste que des ruines, de la jungle qui s'étend dans toutes les directions puis des marais salants et l'océan.
A l'ouest, il reste quelques villages comme Barryan Town où quelques humains survivent dans des champs défrichés, des sous-sols remplis de pluie et de poissons.

L'auteur nous fait suivre le Dr Mahfouz, médecin doux et calme, formé à l'hôpital des Casques jaunes, personnage bienveillant qui vit à Barryan Town avec deux vers de guerre. Il y a Mahlia, batarde abandonnée d'un casque jaune. L'armée de Dieu a découpé sa main droite et tué sa mère. Malhia aide le médecin dont la vue baisse. Et puis, il y a Mouse, orphelin du village incendié de Brighton.
Mon protagoniste préféré, c'est Tool, le bien nommé, mi-bête pourchassé par une patrouille FUP du Colonel Stern. Tool s'est enfui de chez eux car il sait qu'il vaut mieux que la brute animale de combat et d'attaque qu'on en a fait. Il leur échappe mais se trouve à proximité du village de Barryan Town. Barryan Town où tout va commencer….

Je n'en dirai pas plus mais cette vision de société future et de ses dérèglements m'intéresse toujours autant. C'est violent mais réaliste. J'ai réellement passé, encore une fois, un bon moment avec cet auteur.

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En 2009 Bacigalupi Paolo sort «La fille automate» un petit chef d'oeuvre et après…Eh bien après...Le problème quand on découvre un auteur avec un livre aussi fort on en attend du - toujours mieux- ou du moins du - aussi bien- Malheureusement s' il réédite l'exploit avec en 2014 «La fille flûte et autres fragments de futurs brisés» ses autres parutions, «La fabrique de doute» et celui-ci, sont de très moindre qualité.« ferrailleurs des mers » est en attente de lecture.
de la SF post-apocalyptique teintée de fantastique et de fantasie mais destinée à un public jeune. Un petit quelque chose de steampunk, sans plus.
Rien de nouveau: Bacigalupi utilise pour les méchants les figures très médiatisées de l'enfant soldat africains subsahariens et jihadiste religieux intégrées à un scénario à la «Mad Max».
Bacigalupi a pu avoir inspiré «La Route du chaos» de 2015 avec ses personnages de colonel Glenn Stern qui ressemble symboliquement à «Immortan Joe» et Mouse/Ghost à Nux
Pour Mahlia se serait plutôt une Lara Croft teen-ager asiatique ou, mais pas vraiment, une «fille automate» entêtée qui a de la suite dans les idées mais idées assez légères il faut bien l'avouer.
Un docteur humanitaire Mahfouz comme notre bon «french doctor» sans sac de riz mais avec des médocs pourvu d'un coté Saint André. Un nom célèbre d'égyptien qui m'a un peu gêné
Et surtout Tool, drôle de nom pour l'homme-chien, la mi- bête. Là Bacigalupi a fabriqué un être hybride assez indéfinissable une sorte de cerbère à une tête croisé avec un Diego de «L'âge de glace» ou/et un loup-garou, d'une force colossale et très intelligent, très féroce mais pourtant bien sympa. On ne sais pas pourquoi mais il fait penser à la «bête» de Walt Disney peut-être à cause de Mahlia.
Pour les décors de mégalopole engloutie Bacigalupi a peut-être inspiré «New York 2140», pas beaucoup d'originalité le tout baignant dans une jungle exotique de lianes et de commerce populeux et foisonnant asiatique, plus entrevu que décrit.
Les personnages manquent d'épaisseur et Bacigalupi verse trop dans l'invraisemblance, le mi- bête dont l'atavisme le range vers l'animal prédateur devient mentor, philosophe, stratège militaire et tient Mahlia par la main et lui caresse la joue: touchant! Un personnage qui aurait mérité d'être nettement approfondit comme un Gritche de Dan Simmons. Des deux héros humains seul Mouse/gohst tient à peut près la route alors que le personnage principal, Mahlia, un peu con-con, se fait découper en morceau petit à petit on espère qu'avant la fin du livre il ne soit pas réduit à un orteil (c'est difficile d'avoir de l'empathie pour un orteil).
Un personnage féministe, c'est tendance, très mal desservi par Bacigalupi: c'est étrange et dommage Mahlia aurait gagné à être plus mature et globalement méritait un autre traitement. Son cantonnement dans un rôle de petite fille riche et humaniste ayant la fibre commerciale n' est pas à la hauteur du récit.
L'action elle-même est ma foi sans surprise, court moi après que je te rattrape, et pèche parfois d'un humour de second degré (certainement copié dans les film d'action avec grosses pointure, willis, Will Smith etc.) censé détendre l'atmosphère car Bacigalupi n'hésite pas dans les scènes de gore quelques peu artificielles. Il y a là un manque flagrant de finesse. Bacigalupi a tendance à sous-traité certains passages il devrait au contraire les étayer et faire dans la précision et ce avec plus de vraisemblance
Une déception donc mais bon, on va quand même lire les «ferrailleurs»
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critiques presse (1)
Telerama
06 septembre 2022
Proche de l’univers du best-seller mondial de Suzanne Collins, la trilogie d’anticipation de l’Américain est l’une des grandes réussites de la SF jeunesse de ces dernières années.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
L'endroit lui évoquait sa propre ville - Il y avait si longtemps. Il s'étonnait qu'un tel endroit ait tenu jusqu'aujourd'hui. On ne pouvait pas vivre près de la guerre sans qu'elle vous rattrape. Sa propre famille s'était persuadée que la guerre resterait cantonnée aux Cités englouties, là ou se trouvaient tous les imbéciles, mais la guerre était comme la mer: elle continuait à monter jusqu'à ce qu'un jour la marée vous prenne.
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-Tu vas mourir
- J'imagine. Je ne sais pas. Avant je me croyais vivante parce que je pouvais fuir. Tant que je ne prenais pas une balle dans la tête, j'étais victorieuse. Puisque je respirais encore. (Elle regarda la terre noircie, elle se sentait fatiguée, triste et seule.) Maintenant, je découvre que les choses ne fonctionnent pas comme ça. Maintenant, je sais qu'il suffit d'avoir assez de cadavres qui regardent par-dessus son épaule pour être déjà mort. Qu'on marche ou qu'on parle n'a pas d'importance. Ils vous écrasent.
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- Nous ne sommes pas dans un conte de fée ou la belle apprivoise la bête, Mahlia. Même si tu le sauvais, il ne t'obéirait pas. Les mi-bêtes n'ont qu'un maitre. Tu ferais aussi bien d'apprivoiser une panthère sauvage. Ce n'est rien d'autre qu'un tueur.
- Il n'a pas tué Mouse.
Le Dr Mahfouz leva les yeux au ciel.
- Et demain, il l'écartèlera peut être! Tu ne peux pas savoir ce qu'il pense et tu ne peux pas le contrôler. Cette créature, c'est la guerre incarnée. Si tu l'aides, tu apportes la guerre dans ta maison, et la violence sur toi.
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La douleur ne lui faisait pas peur. La douleur était, sinon une amie, du moins un membre de sa famille, avec lequel il avait grandi depuis la crèche, qu'il avait appris à respecter, sans jamais lui céder.
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Les chaînes tintaient dans la pénombre des cellules de rétention.
La puanteur de l’urine, les miasmes de la sueur et de la peur se mélangeaient avec les relents douceâtres de la paille pourrissante. De l’eau gouttait le long des parois en marbre, les noircissant de mousses et d’algues.
L’humidité et la chaleur. L’odeur de la mer, lointaine, un parfum cruel rappelant aux prisonniers qu’ils ne goûteraient plus jamais à la liberté. Parfois, un détenu, chrétien hauturier ou dévot du Saint de la rouille, élevait la voix, priait, mais la plupart des captifs attendaient en silence, préservaient leur énergie.
Un cliquetis de ferraille à l’extérieur leur annonça que quelqu’un approchait. Le bruit de nombreuses bottes.
Quelques prisonniers levèrent les yeux, surpris. Ils n’entendaient aucune foule en liesse, aucun soldat qui appelait au sang. Pourtant, on ouvrait la porte de la prison. Mystère. Ils attendirent, avec l’espoir que ce mystère ne les concerne pas. L’espoir de survivre un jour de plus.
Les gardes entrèrent en groupe pour se donner du courage, se poussèrent en avant les uns les autres jusqu’à la dernière cellule rouillée. Plusieurs avaient des pistolets. Un autre brandissait une matraque électrique qui crépitait d’étincelles, un outil de dresseur, même s’il n’en avait pas la maîtrise.
Tous puaient la peur.
Le préposé aux clés jeta un coup d’oeil entre les barreaux. À première vue, ce n’était qu’une cellule comme les autres, sombre et étouffante, jonchée de paille moisie, mais, dans le fond, il y avait autre chose. Une énorme flaque d’ombre.
– Debout, Face de chien, dit le portier. On t’attend.
Il n’y eut pas de réponse.
– Debout !
Toujours pas de réponse. Dans la cellule voisine, quelqu’un toussa grassement, symptôme de tuberculose. L’un des gardes marmonna :
– Il est mort. Enfin. Il est forcément mort.
– Non, ces choses ne meurent jamais. (Le portier sortit sa matraque et cogna les barreaux d’acier.) Lève-toi, maintenant, ou ce sera pire. On va se servir de l’électricité, et on va voir si tu aimes ça.
La chose dans le recoin ne broncha pas. Aucun signe de vie. Les minutes passèrent.
Finalement, un garde annonça :
– Il ne respire pas.
– Il est canné, acquiesça un autre. Les panthères ont fait le boulot.
– Il a mis le temps.
– Cette chose m’a fait perdre une centaine de billets rouges. Quand le colonel a dit qu’il allait affronter six panthères des marais… (Le garde secoua la tête à regret.) Ç’aurait dû être gagné d’avance.
– T’as jamais vu ces monstres combattre dans le Nord, sur la frontière ?
– Non. Sinon, j’aurais parié sur Face de chien.
Ils fixaient tous la masse morte des yeux.
– Bon, c’est plus que de la viande pour les vers maintenant, constata le premier gardien. Le colonel va pas être content. File-moi les clés.
– Non, grinça le préposé aux clés. Je n’y crois pas. Les faces de chien sont les fils du démon. Le commencement de la purification. Saint Olmos les a annoncés. Ils ne mourront pas avant l’inondation finale.
– File-moi les clés, vieillard.
– Ne t’en approche pas.
Le gardien lui décocha un regard dégoûté.
– C’est pas un démon. Seulement de la viande et des os comme nous, même si c’est un Augmenté. Tu le déchiquètes, tu tires dessus tant qu’il faut et ça crève. C’est pas plus immortel que les garçons-soldats de l’Armée de Dieu. Appelle les Moissonneurs, on verra s’ils veulent ses organes. On peut au moins vendre son sang. Les Augmentés ont toujours le sang propre.
Il enfonça la clé dans la serrure. L’acier renforcé gémit en s’ouvrant, une grille conçue spécialement pour le monstre. Puis une autre série de verrous joua entre les barreaux d’origine mangés par la rouille, assez solides pour contenir un homme normal mais insuffisants contre ce produit terrifiant de la guerre et de la science.
La porte s’ouvrit en raclant le sol.
Le gardien s’avança vers le cadavre. Il frissonna malgré lui, terrorisé. Même morte, la créature était effrayante. Il avait vu ses poings massifs réduire le crâne d’un homme en bouillie. Il avait vu le monstre bondir de six mètres pour enfoncer ses griffes dans la jugulaire d’une panthère.
Dans la mort, l’homme-chien s’était roulé en boule mais même ainsi il paraissait énorme. Vivant, c’était un géant dominant tous les autres, mais il n’était pas devenu un meurtrier à cause de sa taille. Le sang d’une dizaine de prédateurs coulait dans ses veines, un cocktail létal d’ADN – tigre, chien, hyène et le Destin savaient quoi d’autre. Une créature parfaite, conçue uniquement pour chasser, combattre et tuer.
Il marchait comme un homme mais, quand il montrait les dents, sa bouche révélait des crocs de tigre ; quand il tendait l’oreille, c’était l’ouïe d’un chacal qui écoutait ; quand il humait l’air, c’était un limier qui reniflait. Le gardien l’avait assez souvent vu sur le ring pour préférer affronter une dizaine d’hommes armés de machettes plutôt que cet ouragan dévastateur.
Il se tint un long moment au-dessus du monstre à le regarder. Pas un souffle. Pas un mouvement. Pas un signe de vie. De la force meurtrière de Face de chien, il ne restait que de la viande pour Moissonneurs.
Enfin mort.
Il s’agenouilla et fit courir sa main sur la fourrure rase de la créature.
– C’est dommage. Tu rapportais gros. J’aurais bien aimé te voir combattre les coyloups qu’on rassemble en ce moment. Ç’aurait été un beau combat.
Un œil d’or s’alluma dans l’obscurité, plein de malveillance.
– Bien dommage, en effet, gronda le monstre.
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