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ISBN : 2902324030
Éditeur : Metropolis Edt (17/10/2019)

Note moyenne : 4.57/5 (sur 28 notes)
Résumé :
La vie de Laure, vingt-et-un ans, s'écroule lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'une tumeur incurable au cerveau. Les médecins sont formels : la jeune femme est condamnée. Mais Laure est une battante, et grâce aux réseaux sociaux, récolte des fonds pour se lancer dans un projet fou : celui de traverser l'Atlantique en solitaire. Très vite, les internautes se prennent de passion pour cette jeune malade que d'aucuns voient comme une héroïne des temps modernes. E... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Antyryia
  24 octobre 2019

Babelio : 105 amis
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Impossible de lire un roman de Solène Bakowski sans penser au moins un peu à son amie Amélie Antoine.
Les deux anciennes reines de l'auto-édition ont en effet partagé leur talent respectif avec les romans Sans Elle / Avec Elle.
Elles ont toutes les deux désormais trouvé un éditeur de renom.
Dans Sans Elle, Amélie Antoine a modifié la fin initiale de son roman pour délivrer une fin Bakowskienne.
Comprenez noire, désespérée et tragique.
Cette année les deux compères publient exactement le même jour ( le 17/10/2019 ) leur nouvelle offrande : Un livre pour les jeunes enfants cette fois pour la Lilloise ( Ernest et moi ) et Miracle donc pour l'auteure parisienne.
Miracle qui dans sa construction et son aspect glaçant n'a pas été sans me rappeler Raisons obscures, et je peux difficilement faire un plus beau compliment.
Composé de deux parties principales, la première regorge d'espoir.
"Vous n'imaginez pas le bonheur que Laure emporte dans son sillage."
Raconte un quotidien qui n'a rien de banal mais qui est bien plus doux que des histoires macabres de sacs, de disparition d'enfant ou de soeurs ennemies.
Ce qui peut donc paraître étrange chez une auteure qui ne jure habituellement que par le malaise et la perdition des âmes.
Bon, on n'est pas non plus dans le monde des Bisounours puisque tout commence avec une des pires nouvelles que peux recevoir une jeune femme de vingt-et-un ans.
"Une tumeur. Inopérable. Trop grosse, trop loin, trop risqué."
D'abord anéantie, Laure Laan, fille d'un célèbre navigateur disparu en mer, va prendre la décision de reconstruire le voilier de son père.
Elle a toujours été passionnée par l'eau, les vagues, le surf, et décide d'accomplir cet exploit en solitaire.
"L'océan a toujours été son élément".
Elle qui est plutôt solitaire, qui a de grandes difficultés à l'oral ( "Elle n'aime pas s'exprimer, les mots ne viennent pas naturellement, elle se tétanise dès que l'attention se rive sur elle." ) va oser diffuser une vidéo sur internet dans laquelle elle évoque à la fois sa maladie, les jours qui lui sont comptés, et son rêve d'accomplir ce dernier voyage.
Parce qu'elle a besoin d'aide financière pour remettre le bateau en état et qu'elle ne risque rien en prenant cette initiative, même si elle n'en n'attend pas grand chose.
Mais la vidéo devient virale.
Les gestes de soutien et d'encouragement, qu'ils soient financiers ou de simples mots bienveillants, font le tour de la blogosphère. Le monde entier la soutient.
Voyant un bon filon à exploiter, un assureur prendra à sa charge les réparations du Laurelle et s'assurera une monstrueuse publicité en soutenant cette cause.
Parce que la timide et complexée Laura, qui n'en n'a plus que pour deux ans à vivre, devient sans le vouloir une icône, un symbole d'espérance, elle incarne la lutte contre le cancer par son courage et sa volonté.
"Donner de l'espoir aux gens l'électrise."
Elle suscite l'admiration de tous, en particulier du jeune Lucas, atteint de leucémie. Ou de sa mère Isabelle qui voit son fils s'épanouir de nouveau, excité par cette aventure. Ou encore de Lionel, jeune homme des plus serviables, infirmier dans le même hôpital pédiatrique, qui semble ne vivre que pour redonner un peu le sourire à tous ces enfants malades, voire condamnés.
"Elle irait même jusqu'à penser que sa tumeur est une seconde chance."
Laure se découvre une vocation, aussi courte soit-elle sa vie va enfin avoir un sens.
"La jeune femme existe enfin, pour elle-même et par elle-même."
Son nombre d'amis sur facebook ne cesse de croître, son nombre d'abonnés sur Instagram ou Twitter est exponentiel.
Ce sont les réseaux sociaux qui sont à l'origine de sa notoriété, qui vont lui permettre de réaliser son rêve, qui la rapprochent de toutes ces personnes qu'elle n'a jamais rencontrées et pour lesquelles elle pourrait soulever des montagnes. Elle réalisera des miracles pour redonner espoir à tous ces malades, pour qu'eux aussi voient s'accomplir leurs rêves.
Les réseaux sociaux sont souvent critiqués, on en oublie les amitiés qui s'y créent, l'engouement qui peut y être suscité, les liens qu'ils permettent de maintenir, la générosité et l'entraide qu'ils suscitent.
"Ils disent qu'elle a changé leur existence. Ils disent que sans elle, sans son message, sans son courage, ils n'auraient pas su où puiser le leur."
Mais alors, où est Solène Bakowski ?
L'auteure qui dérange en nous parlant de personnes différentes, un peu folles, manipulatrices, dévastées, qui mettent des trucs ignobles dans des sacs ?
Oui, ça parle de tumeur au cerveau et d'enfants qui ont le cancer, ce ne sont pas les sujets les plus joyeux qui soient mais derrière cette gravité on découvre une facette résolument optimiste de la Parisienne.
Comme si dans les pires moments qui soient il existait toujours un verre à moitié plein.
Il ne faut pas abandonner ses rêves mais les réaliser par tous les moyens tant qu'il en est encore temps.
Il n'est jamais trop tard pour donner un sens à sa vie.
Eh ben, nous voilà donc avec un livre de développement personnel ?
Laurent Gounelle, sortez de ce corps ! Rendez moi Solène !
Solène Bakowski n'est jamais partie bien loin.
Comme dans Raisons obscures, il faudra attendre néanmoins la seconde partie pour qu'intervienne l'innommable.
Pour que l'on soit parfois obligé de reposer le livre et de respirer un grand coup.
Plus atroce que le cancer.
Le revers de la médaille de la célébrité.
L'autre facette des réseaux sociaux.
L'ignominie, la lâcheté, les obsessions purement humaines dont on avait déjà eu un aperçu mais qui prennent tout leur envol.
"Une course au commentaire le plus dégueulasse, à la vanne la plus trash."
L'histoire suit un ordre chronologique, de la date où est diagnostiquée la tumeur, le 09 août 2019, jusqu'à un drame qui a lieu exactement un an plus tard et qui est relaté dans le prologue.
Par bien des aspects les deux parties sont les reflets l'une de l'autre. Mais l'auteure nous emmène ensuite de l'autre côté du miroir.
Les mêmes éléments sont repris mais cette fois c'est la face cachée qui nous est dévoilée.
Pendant deux cent pages Solène Bakowski fait pousser des fleurs aux couleurs de l'arc-en-ciel, nous berce d'espoirs et d'illusions sur ce que le monde peut avoir de merveilleux, sur la bonté désintéressée des êtres humains.
Pour mieux piétiner encore chaque pétale, pour mieux nous enlever nos illusions, jusqu'à ce qu'il ne reste que des ruines fumantes.
Comme si chaque être, chaque évènement, ou l'océan lui-même avaient leur part d'ombre, de pourriture, et voulaient prendre leur revanche.
Comme si l'altruisme n'existait pas.
Que tout devait se payer au prix fort, y compris les miracles.
"Ca existe les erreurs. Ou les miracles. Il faut croire aux miracles."
Véritable Pénélope attendant son Ulysse, Solène Bakowski défait la tapisserie qu'elle a tissée, et c'est tout particulièrement vrai pour les réseaux sociaux.
Qui peuvent être formidables par bien des aspects comme ils peuvent être des outils de destruction massive.
"Laminée puis sauvée par les réseaux sociaux."
Elle évoque par exemple cette mode consistant à faire le buzz avec des vidéos d'accidents quand les gens préfèrent filmer une scène choquante plutôt que d'intervenir pour tenter de sauver une vie.
De nombreux extraits de dialogues entre internautes parsèment le livre de façon tout à fait crédible, et il est amusant de reconnaître les pseudonymes de certains des protagonistes principaux du roman quand ils interviennent ainsi sur la toile.
"D'ailleurs ce n'est que du virtuel, c'est impalpable, abstrait, du vent, des données, ça ne compte pas."
Bien sûr que si, ça compte.
L'anonymat permet d'être acerbe, méchant, insultant ou menaçant en toute impunité.
La critique est facile. Influencer d'autres personnes avides de répandre les pires horreurs l'est tout autant.
Ce n'est un secret pour personne, écraser gratuitement autrui permet de se sentir exister, de se donner de l'importance, d'avoir du pouvoir.
Peu importe les conséquences.
Et ça ne se limite pas aux ragots des collèges ou des lycées.
"Nos enfants ne sont pas armés contre les dingues qui sévissent sur internet."
Je n'ai qu'un léger reproche à formuler.
Un rebondissement totalement inattendu arrive dans les dernières pages du roman, donnant à celui-ci des allures plus marquées de véritable thriller, mais ce que le lecteur gagne en surprise, le roman jusqu'alors parfait le perd en intensité et en crédibilité. A mon sens il n'y avait nul besoin de cet artifice pour permettre au livre de conserver toute sa puissance, tout son impact. Mais chaque lecteur se fera sa propre opinion.
Avec ce roman la plume de Solène Bakowski a gagné en fluidité tout en gardant une certaine magie dans l'écriture, avec de-ci de-là des phrases vraiment somptueuses.
Elle qui n'était pas toujours à l'aise dans la construction de ses histoires est parvenue à un résultat implacable, avec les deux principales parties qui se reflètent à tous points de vue.
Le bien, le mal.
L'espoir puis l'angoisse.
La lumière terrassée par les ténèbres.
Alors n'hésitez pas davantage, #Embarquez avec Solène Bakowski à bord du Miracle.
Et ne croyez pas un instant qu'elle s'est assagie.
Après le calme viendront la tempête, les noeuds dans l'estomac, les nausées et les vertiges.
Bon voyage !

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gruz
  15 novembre 2019
Les petits miracles de la vie, parfois il faut en payer le prix.
Solène Bakowski excelle dans l'art de raconter des histoires du quotidien, emplies de protagonistes comme vous et moi. Sauf que la noirceur n'est jamais loin, insidieuse.
Quand la vie fait des cadeaux, c'est rarement gratuitement. Il faut savoir mener sa barque, à travers les vents contraires, pour avancer.
A propos de navigation, Laure, du haut de ses vingt-et-un ans, va en faire son but ultime. Pour donner un sens à sa vie qui est en train de s'éteindre. Immensité de la mer, à l'image d'une existence où chercher son but à atteindre n'est pas chose aisée.
Laure est une jeune femme de notre temps, elle va naviguer aussi à travers les réseau sociaux. Au risque de s'y noyer bien plus profondément que dans l'Atlantique. Quand on s'y plonge, mieux vaut être solidement amarré pour faire face aux avaries provoquées par d'autres.
Miracle est un récit de la quête de soi, et une immersion dans un pan de la vie d'une jeune femme à la dérive. Et pourtant, elle se bat pour se maintenir à flot à coups de bonnes ondes.
Le positif fait-il le poids face à la noirceur du monde ? A t-il un sens ?
Le roman débute presque comme un feelgood, avec un destin devenu extraordinaire pour une personne pourtant ordinaire. Mais la mélancolie est là. Quant à la houle…
Même si les deux histoires sont très différentes, pour plusieurs raisons ce livre m'a fait penser à « Quand on a que l'humour » d'Amélie Antoine (rebaptisé « Les silences » lors de sa sortie en poche). Une même sensibilité, de mêmes personnages confrontés à un destin inattendu. Ça ne surprendra personne, tant la connivence des deux auteures est connue et saute au yeux. Miracle est aussi lumineux, mais bien plus noir.
Solène Bakowski sait à merveille déclencher les émotions, faire frissonner le lecteur avec l'immense palette de sensations qu'on peut ressentir. Tout cela sonne si vrai…
L'écrivaine avait déjà marqué les esprits par le passé, mais j'ai eu l'impression de la voir passer un cap avec ce roman. Une maturité d'écriture, une plénitude dans la charge émotionnelle sans surjouer, le tout mis au service d'un récit tout en sensibilité. Belle, dure, émouvante, attristante. Comme la vie.
Jusqu'à présent ses romans étaient courts, elle a pris davantage d'espace cette fois-ci. Des chapitres brefs, mais sur plus de 400 pages. Une intrigue qui démarre doucement, pour poser les jalons et permettre au lecteur de s'attacher aux personnages. Et on s'y attache vraiment, beaucoup… C'est normal, ils ont une âme.
Oui, le pouvoir et la menace des réseaux sociaux est le rouage de ce récit. Mais son coeur est composé des personnages. Facebook et Twitter peuvent tuer métaphoriquement ou pousser aux pires extrémités. Mais ils ne sont que des outils qui, placés entre de mauvaises mains stimulées par l'anonymat, sont un véritable danger. A l'image de notre société et de ses dérives profondément malsaines.
La construction de l'intrigue, moderne, renforce la puissance du propos. Des propos, devrais-je dire, parce qu'on y parle aussi de maladie, de mal-être, et de tant d'autres « petits » sujets de la vie. Dans un roman noir qui s'avère plus tortueux qu'il n'y paraît au départ.
Miracle a le potentiel pour toucher le plus grand nombre, quels que soient les goûts littéraires. Parce qu'il est bouleversant de vérité et formidablement bien mené. de l'émotion à l'état pur, lumineux à en être ébloui, noir à en être aveuglé. le livre de la maturité pour Solène Bakowski.
Lien : https://gruznamur.com/2019/1..
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Killing79
  20 novembre 2019
Si on me demandait de classer « Miracle » dans un genre, j'en serais bien incapable. En effet, en 400 pages, il réunit une multitude de facettes qui se révèlent au fur et mesure. Ce livre passe par différentes phases et change même de styles en cours de route.
Pour nous narrer le destin pour le moins incroyable de Laure, le récit se fait intimiste. Il va au coeur d'une famille touchée par la maladie et par le deuil. Il nous met face aux conséquences de drames sur l'entourage de la victime. Il nous montre aussi les effets de la notoriété. Confrontée à une popularité démesurée, l'héroïne va connaitre l'euphorie de l'ascension et la violence de la chute.
Certains chapitres sont des échanges entre des internautes issus de Twitter. Ils permettent de se rendre compte des réactions des gens face aux mésaventures de Laure. Ils mettent ainsi en lumière la versatilité des réseaux sociaux et leur impact sur la vie d'autrui.
A d'autres moments, le roman devient un véritable thriller. Plein de rebondissements et de révélations, il nous envoie sur une piste et prend brusquement des virages à 90 degrés. Tout au long de ma lecture, à plusieurs reprises, j'ai cru deviner la finalité de l'aventure. Mais le talent de l'autrice a su chaque fois retourner la situation pour redonner un coup de fouet à l'histoire et me remettre dans le flou.
Solène Bakowski nous offre une oeuvre à la fois multiple et homogène. Très accessible par le style et complexe par sa structure, ce texte inclassable traitre d'un grand nombre de thèmes qui font l'actualité de notre société. En tant que lecteur, on passe par toutes les sentiments : la tristesse, la colère, la joie, l'indignation, l'amour, la surprise… On ressort donc chamboulé de ce déferlement d'émotions mais avec le bonheur d'avoir été joliment manipulé.
Lien : http://leslivresdek79.com/20..
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audelagandre
  19 octobre 2019
Laure, 21 ans est atteinte d'une tumeur au cerveau : inopérable et incurable. Les médecins lui donnent 2 ans, peut-être 3, à vivre. « Incomplète. Sa vie, tout ce qu'elle ne fera pas. Incomplète. Tout ce qu'elle ne sera jamais, parce qu'elle n'en aura ni le temps ni l'envie. » Si la nouvelle a l'effet d'une bombe à retardement, l'espoir et l'envie d'accomplir un rêve naissent : traverser l'Atlantique en solitaire sur le bateau qui appartenait jadis à son père. de nos jours, rien d'impossible ! Pour cela, utiliser des moyens à portée de nos doigts, les réseaux sociaux. GoFundMe, Facebook, Instagram, YouTube, tous les moyens sont bons. En quelques clics et des milliers de partages, son rêve fait le buzz et devient le rêve par extension de milliers d'autres personnes atteintes du cancer. Sous le hashtag #OnEmbarqueAvecLaure, #LeCancerNeVaincraPas, Laure devient une idole des temps modernes, suscitant admiration, espérance et foi en l'avenir. Parfois, ce qui a fait votre gloire fait aussi votre chute : sûrement le prix à payer pour un miracle….
Il y a toujours un avant et un après Solène Bakowski. Elles sont rares à percer ainsi les secrets de nos coeurs, à faire tomber les murs construits pour ne pas qu'on nous abîme trop l'âme. Elles sont deux, l'autre s'appelle Amélie Antoine. J'ai autant d'affection pour l'une que pour l'autre, et une même tendresse pour leur habileté à inclure dans leurs textes, des héroïnes de l'ordinaire, vous, moi, à qui il arrive des pépins de tous les jours, presque banals, mais qui se transforment bien souvent en drame. On sent que le dérapage est imminent, que quelque chose va nous sauter au visage, on ressent d'ailleurs cette petite gêne au creux de notre estomac qui va rapidement devenir une gigantesque boule dans la gorge. On sait que le chemin sera noir. On sait que l'humanité cruelle. On sait qu'on va morfler…
En créant des personnages hautement charismatiques dans leur profonde humanité, comme Laure ou Lucas, ces héros ordinaires qui affrontent la maladie au quotidien, Solène Bakowski emporte avec elle ses lecteurs à qui elle montre le monde par le petit bout de la lorgnette, le côté face d'une même pièce dont on aurait déjà largement abusé du côté pile. Sadiquement, elle prend son temps. Elle nous fait aimer ses personnages. Elle nous les pose dans le creux de la main et elle dit nous regarde-les, prends en grand soin, parce que la vie (pas moi) va leur faire beaucoup de mal, va les atteindre au plus profond d'eux-mêmes et les laisser quasi morts sur le bord de la route. L'identification à ces personnages est quasi immédiate : c'est le talent indéniable de l'auteur.
La 4e de couverture évoque la chute de Laure dans l'enfer des réseaux sociaux. Ne vous y méprenez pas, ce livre n'est pas un brûlot contre les réseaux que nous utilisons tous. Il est un miroir de la réalité, le fruit, à mon avis, de longues heures d'observations et d'analyses de ce qui s'y passe. Oui, les réseaux sont parfois « le coeur de la nuit », et les choses y vont très loin, bien trop loin. En cela, le roman est juste. Solène démontre de façon très pertinente combien ils peuvent être utiles et source de ralliement pour créer des communautés dans des combats communs, mais aussi combien ils peuvent rapidement vous faire payer au centuple le fruit de ce rapprochement. J'en faisais moi-même l'expérience très récemment encore : il suffit d'un canard boiteux dans une meute pour faire basculer tout le troupeau. Rajoutez à cela un discours pas trop débile, des attaques bien ciblées, un ton un peu méprisant, et vous obtenez une équation parfaite pour faire dérailler un train. Se greffent alors des insultes, des hashtags bien sentis, et tous les suiveurs qui trouvent très distrayant de partager des posts où on se moque, mais méchamment de quelqu'un. Pensez un peu à Greta Thunberg…. Son discours se perd dans la haine populaire juste parce qu'elle a l'air d'une sale gosse capricieuse. La popularité est un programme de démolition massive. « Tu vois bien que t'es un personnage public, alors on a le droit de tout dire, si on veut t'insulter on t'insulte, c'est pour ça que t'es sur Internet. » Les mots sont également un programme de destruction massive surtout lorsqu'ils détruisent votre moi profond « Il y a pire que le cancer, lui a répondu une voix en miettes à l'autre bout du fil, ce sont les réseaux sociaux. Nos gamins ne sont pas armés contre les dingues qui sévissent sur Internet. »
Au-delà du mécanisme parfaitement décomposé du cercle vicieux lancé à pleine vitesse dans la seconde partie du roman, et dont je ne parlerai pas parce que ce serait criminel de vous en gâcher le plaisir de lecture (et croyez bien que c'est difficile, car j'aurais tant de choses à en dire…), Solène décortique l'arrivée de la maladie dans le cercle familial. Là encore, je ne peux que m'incliner devant la pertinence des propos et l'éventail des réactions proposées. Entre ceux qui veulent décider à la place du malade, ceux qui s'octroient le droit de décider de « la fin », ceux qui veulent gérer la vie du mourant parce qu'ils savent mieux, eux, ce qui est bon, et ceux qui entravent simplement la liberté de choix sur la fin de vie, Solène ne nous épargne pas grand-chose. Soigner et secourir à quel prix ? Sauver contre son gré ? Elle a même pensé à créer un personnage qui, de la lumière passe brutalement à l'ombre, comprenez un personnage qui représente une sorte de vénération familiale, fierté exacerbée de celle à qui tout réussit, à un passage au second plan, celle qui n'est pas entrain de crever… Belle brochette d'êtres humains, avec leurs failles et leurs forces, leur tendresse et leur violence. Absolument tout ce que j'aime pour ne pas entrer dans toute forme de manichéisme ou de jugement.
Les romans de Solène Bakowski me procurent toujours de belles émotions. Si elles sont hétérogènes, elles n'en restent pas moins douloureuses parfois. Il y a toujours sur ses épaules le bon et le mauvais génie. le bon peut être clément, le mauvais est sans pitié. Ses romans sont le reflet de tragédies ordinaires, de celles qui vous émeuvent le plus parce qu'elles peuvent être les vôtres… et dans certains cas, elles le sont. « (…) cette jeune femme portée aux nues par les réseaux sociaux. » en est une belle démonstration. Mais, « C'est toujours pareil, la compassion résiste mal à la proximité de la détresse. »
Solène c'est un coeur tendre dans la nuit noire de l'existence. Sa sensibilité exacerbée fait d'elle un auteur rare, dont les mots, puissants, justes, parlent d'abord à vos tripes avant de parler à votre cerveau. Ses romans se vivent et se ressentent. Ils sont l'opposé de l'indifférence, ils nous mettent en face de nos propres contradictions et démontrent combien la vie se charge d'en faire tanguer l'équilibre.

Lien : https://aude-bouquine.com/20..
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kikenbook
  09 novembre 2019
Acheter un roman édité chez Cosmopolis, c'est, pour moi, le gage d'un moment de lecture sombre, angoissant… J'ai donc ouvert "Miracle" avec une promesse de noirceur qui se trouvait vite tenue par l'annonce à Laure, 21 ans, d'une tumeur au cerveau inopérable qui doit lui être fatale d'ici deux à trois ans. Alors, on espère au pire la dépression, au mieux la transformation d'une jeune condamnée en serial killer assoiffée de vengeance.
Mais quoi ? La demoiselle rêve de faire voguer à nouveau le bateau de son navigateur de père disparu en mer quand elle était toute jeune. Hein ? Quoi ? C'est noir, ça ? Etrange… Laure, malgré sa grande timidité, balance une vidéo sur ses réseaux sociaux pour expliquer son état, son rêve, et c'est l'engouement national. Une cagnotte en ligne récolte des fonds et, le pompon, une compagnie d'assurance propose, contre publicité, de financer entièrement la rénovation du bateau et le voyage qui devrait permettre à Laure de traverser l'Atlantique en solitaire pour rejoindre New-York. Plein d'espoir… et pourtant, une impression de malaise s'installe très doucement, vicieuse, sans trop savoir d'où elle émane.
La popularité de Laure est un château de cartes qui se construit sous le soleil à une vitesse fulgurante, à coups de like, de retweets et de nouveaux "amis" virtuels parmi lesquels Lucas, un garçon malade qui, de son lit d'hôpital, suit le périple de Laure avec admiration ou Lionel, un aide-soignant qui lui aussi est fasciné par le parcours de la jeune femme.
Le soleil, ça brûle et les châteaux de cartes, c'est fragile. Solène Bakowski le sait parfaitement, elle en est la machiavélique et géniale architecte. Elle connait la carte porteuse, celle qui, une fois retirée, fait s'effondrer l'édifice, entrainant les personnages de cette aventure, Laure en tête, dans un enfer terrible pour les protagonistes, jouissif et addictif pour le lecteur.
La carte porteuse retirée, le monde de Laure s'écroule, se retrouve submergé dans les eaux de la haine et de la violence des réseaux sociaux. Des réseaux où likes et commentaires font et défont les réputations, où trois-fois-rien devient tout-un-monde, où un mot devient une étincelle, une critique un harcèlement, un harcèlement une insignifiance. Ces réseaux que l'on chérit et qu'on maudit sont des serpents qui se mordent la queue pour mieux créer les cercles vicieux qui piègeront les uns et feront jouir les autres. L'auteure crée un suspense angoissant, haletant par la brièveté des chapitres qui conduisent à un dénouement puissant qui interroge sur notre "aujourd'hui" et le "demain" des plus jeunes.
J'ai lu "Miracle" juste après "Ces rêves qu'on piétine" de Spitzer, et j'en arrive à la conclusion qu'il n'y a sûrement pas que les régimes dictatoriaux qui prennent un soin sadique à piétiner les rêves de ceux sur lesquels ils ont décidé de s'acharner.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Entre2LivresEntre2Livres   11 novembre 2019
Il y a eu des hypothèses, des suppositions, des fantasmes : l’imagination avait effectué le travail que la réalité n’avait pu prendre en charge.
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AntyryiaAntyryia   22 octobre 2019
La vie passe vite, c'est fou, on est fort et puis, la seconde suivante, on est vieux et fragile.
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collectifpolarcollectifpolar   26 octobre 2019
lle va mourir. Et, au seuil de la mort, sa solitude lui explose à la figure. Personne ne la prendra par la main pour lui montrer le chemin, il est des routes qui s’arpentent en solitaire, on est toujours seul quand on meurt.
– …Soit je vous laisse leur expliquer, avec vos propres mots…
Elle va mourir, et pourtant quand elle regarde son gros orteil prit dans la lanière de ses claquettes, le bracelet aux couleurs fanées sur son poignet, les pointes fourchues de ses cheveux sur ses épaules, son décolleté lâche sur ses seins menus, la boucle de sa ceinture fine, le trou effrangé dans son vieux jeans, elle ne voit aucun indice de la tumeur qui est en train de lui grignoter le cerveau. A part ces fichues migraines qui cognent les parois de son crâne, sa vision qui se brouille de temps en temps, ces nausées qui l’assaillent et l’équilibre qu’elle perd parfois, rien n’indique qu’elle n’a plus beaucoup de temps à vivre.
Elle gratte machinalement l’arrière de sa nuque, là où piquent les cheveux qui commencent à repousser après la tonte partielle de la biopsie. Son palais est plus sec que la mer Morte.
– …Prenez votre temps, Laure, rien ne presse, ce bureau est à vous aussi longtemps que vous en éprouverez le besoin.
Elle a vraiment soif cette plante.
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POINT LECTURE l Thriller, miracle et déception
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