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Critique de kikenbook


kikenbook
  09 novembre 2019
Acheter un roman édité chez Cosmopolis, c'est, pour moi, le gage d'un moment de lecture sombre, angoissant… J'ai donc ouvert "Miracle" avec une promesse de noirceur qui se trouvait vite tenue par l'annonce à Laure, 21 ans, d'une tumeur au cerveau inopérable qui doit lui être fatale d'ici deux à trois ans. Alors, on espère au pire la dépression, au mieux la transformation d'une jeune condamnée en serial killer assoiffée de vengeance.
Mais quoi ? La demoiselle rêve de faire voguer à nouveau le bateau de son navigateur de père disparu en mer quand elle était toute jeune. Hein ? Quoi ? C'est noir, ça ? Etrange… Laure, malgré sa grande timidité, balance une vidéo sur ses réseaux sociaux pour expliquer son état, son rêve, et c'est l'engouement national. Une cagnotte en ligne récolte des fonds et, le pompon, une compagnie d'assurance propose, contre publicité, de financer entièrement la rénovation du bateau et le voyage qui devrait permettre à Laure de traverser l'Atlantique en solitaire pour rejoindre New-York. Plein d'espoir… et pourtant, une impression de malaise s'installe très doucement, vicieuse, sans trop savoir d'où elle émane.
La popularité de Laure est un château de cartes qui se construit sous le soleil à une vitesse fulgurante, à coups de like, de retweets et de nouveaux "amis" virtuels parmi lesquels Lucas, un garçon malade qui, de son lit d'hôpital, suit le périple de Laure avec admiration ou Lionel, un aide-soignant qui lui aussi est fasciné par le parcours de la jeune femme.
Le soleil, ça brûle et les châteaux de cartes, c'est fragile. Solène Bakowski le sait parfaitement, elle en est la machiavélique et géniale architecte. Elle connait la carte porteuse, celle qui, une fois retirée, fait s'effondrer l'édifice, entrainant les personnages de cette aventure, Laure en tête, dans un enfer terrible pour les protagonistes, jouissif et addictif pour le lecteur.
La carte porteuse retirée, le monde de Laure s'écroule, se retrouve submergé dans les eaux de la haine et de la violence des réseaux sociaux. Des réseaux où likes et commentaires font et défont les réputations, où trois-fois-rien devient tout-un-monde, où un mot devient une étincelle, une critique un harcèlement, un harcèlement une insignifiance. Ces réseaux que l'on chérit et qu'on maudit sont des serpents qui se mordent la queue pour mieux créer les cercles vicieux qui piègeront les uns et feront jouir les autres. L'auteure crée un suspense angoissant, haletant par la brièveté des chapitres qui conduisent à un dénouement puissant qui interroge sur notre "aujourd'hui" et le "demain" des plus jeunes.
J'ai lu "Miracle" juste après "Ces rêves qu'on piétine" de Spitzer, et j'en arrive à la conclusion qu'il n'y a sûrement pas que les régimes dictatoriaux qui prennent un soin sadique à piétiner les rêves de ceux sur lesquels ils ont décidé de s'acharner.
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