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EAN : 9782715254411
240 pages
Éditeur : Le Mercure de France (05/03/2020)
Résumé :
Puis il s’était penché. Je m’étais approchée pour lui offrir ma joue. Mais il s’était penché encore. Et soudain, dans le choc des visages, j’avais senti l’humidité de sa bouche s’échouer au coin de mes lèvres. Je n’avais eu que le temps d’esquisser un mouvement de recul. Il avait refermé la portière, me faisant un signe de la main en me souriant tandis que la voiture démarrait et que je m’effondrais sur le dossier, essuyant mon visage avec dégoût sur la manche de ma... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  09 mai 2020
Récit d'un amour improbable, d'une valse hésitation entre amitié et passion, qui tisse des liens très forts entre une jeune femme et celui qui pourrait être son grand père. La relation entre ces deux-là débute à l'université : Serge est un grand critique littéraire qui donne des cours d'écriture. 
La demoiselle finit par être hébergée dans l'appartement de son prof pendant que celui-ci prend ses quartiers d'été à Paris.
C'est ainsi que peu à peu, entre rendez-vous d'un côté ou de l'autre de l'atlantique et échanges épistolaires, ils se confient avec plus ou mois de sincérité leurs secrets les plus intimes.
Le lien  est complexe  : pour Cécile,   jamais le prof ne s'efface totalement devant l'homme et pour Serge, il n'est pas question de tenir compte de leur différence d'âge qui lui révèlerait ce qu'il veut ignorer, sa vieillesse.
Je retiens l'élégance et la fluidité de l'écriture, qui accentue le romantisme du récit.
La réflexion  sur le processus de l'écriture est également intéressante.
Mais je n'ai pas réussi à m'accrocher à cette histoire de prof séducteur,  et la révélation de l'intimité de cette  relation ambiguë m'a parfois gênée. 

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hcdahlem
  06 juillet 2020
«Parce que c'était lui, parce que c'était moi»
En dévoilant la relation qu'elle a entretenue avec Serge Doubrovsky, le «pape de l'autofiction», Cécile Balavoine fait bien plus que mettre les pas dans ceux de cet écrivain. Cette plongée dans la création littéraire et le pouvoir des mots est fascinante.
Un jour de septembre 1997 Cécile Balavoine fait la connaissance du professeur qui donne un cours sur Molière à l'université de New York. Ou plutôt elle rencontre l'auteur du Livre brisé qui l'a tant marquée. Car, comme l'écrit Clémentine Baron dans sa nécrologie du désormais défunt Nouveau Magazine littéraire, dans ce livre de 1989 Serge Doubrovsky raconte sa hantise «d'avoir peut-être contribué, par ses livres mêmes, au suicide de sa compagne».
L'écrivain est alors «un homme fatigué, vieilli, dont le visage était parsemé de taches brunes, le tour de taille épaissi, les épaules visiblement voûtées.» Mais son charisme et l'émotion ressentie à la lecture de son roman attisent la curiosité de l'étudiante. Un intérêt qui va devenir réciproque: «J'avais remarqué qu'il se confiait plus volontiers depuis qu'il avait découvert que j'avais lu quelques-uns de ses livres. Au printemps, avant son retour à Paris, à la suite de son cours sur Molière, je m'étais inscrite à son séminaire sur l'autofiction, terme qu'il avait inventé vers la fin des années 70 pour désigner le fait d'écrire sur soi quand on n'était personne. Il était fier de ce mot qui avait fait florès, comme il disait. Et il aurait voulu que sa mère, qui l'avait d'abord rêvé en violoniste puis finalement en écrivain, voie ce succès. Malheureusement, elle était morte trop tôt pour en être témoin.»
Un autre événement va sans doute être décisif dans la relation qui se noue. Quand le professeur repart pour Paris, il sous-loue son appartement à ses étudiants. Cécile, Liv et Adrian prennent possession de l'appartement qui «était encore imprégné de sa présence.» L'extrême sensibilité – pur ne pas dire fragilité – de Cécile va alors lui faire percevoir ce que ses camarades ne voient pas. Peu à peu, elle va être hantée , par l'histoire sombre qui s'était déroulée entre les murs de cet appartement, allant même jusqu'à faire à son tour une tentative de suicide, s'imaginant devenir folle.
Après un séjour à la clinique psychiatrique du Bellevue Hospital, oui celle de Vol au-dessus d'un nid de coucou – on lui diagnostique une crise de panique, un choc émotionnel. Son thérapeute, le Docteur Wozniack, va alors l'aider à surmonter ce cap difficile. Son professeur va lui devenir son confident. Leurs conversations prendre un ton plus intime, poussant Serge Doubrovsky à une déclaration enflammée lorsqu'elle vient lui rendre visite à l'hôpital où il a été transporté: «Je t'aime, mais j'aurais préféré que tu ne me voies pas dans cet état!» Plus tard, il lui demandera même de l'épouser, aura un geste déplacé. Puis, devant son refus, se vengera en s'éloignant d'elle, en invitant d'autres étudiants à partager son intimité: «En les invitant, il me semblait qu'il me chassait un peu, que Marguerite, qui trônait devant lui, me destituait. Je n'avais plus ma place.»
La fascinante imbrication de la vie et de l'oeuvre, de l'écriture et du poids des mots vont alors se dévoiler dans toute leur force et dans toute leur intensité. Serge a compris que Cécile avait un talent d'écrivain, Cécile a compris la leçon du maître de l'autofiction, allant jusqu'à faire mal avec ses mots.
Le poids de l'Histoire – l'étoile jaune que portait le jeune Serge – venant s'ajouter aux drames successifs vécus par l'écrivain et la disparition successive de ses compagnes, sans oublier la maladie qui va peu à peu le ronger formant ici le terreau d'une oeuvre que Cécile Balavoine nous donne envie de (re)découvrir.
Avant de nous livrer un jour son «héritage», le livre sur Freud qu'il préparait et dont il a confié les notes à l'une de ses plus proches élèves…

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montmartin
  22 mars 2020
Quand il séjourne à paris, Serge Doubrovsky professeur et écrivain célèbre sous-loue son vaste appartement de New-York à des étudiants. Cécile va donc y aménager en compagnie de Liv et Adrian. Elle vient de fêter ses vingt-cinq ans, lui bientôt en aurait soixante-dix. C'est le début d'une relation ambiguë.
Cécile Balavoine nous raconte donc avec une belle écriture remplie de tendresse, d'émotion cette relation douce comme une caresse. Elle nous décrit son admiration pour l'enseignant et pour l'écrivain, comment ne pas être flattée quand un tel homme s'intéresse à vous, comment ne pas être fière quand il vous invite à boire un verre.
Ces mots nous parlent de cette ambivalence. Un homme qui porte le germe de la mort en lui, cette mort qui le guette, et qui l'a déjà guetté, autrefois, quand il avait une étoile jaune au revers de sa veste. Un homme qui se plaît dans un enfermement quasi maladif et pourtant elle est attirée par lui, elle ressent une profonde admiration presque un envoûtement, elle se sent bien à ses côtés.
Si un jour un baiser a atterri au coin de ses lèvres, si elle s'est assise sur ses genoux, elle ne s'est jamais déshabillée, elle n'a été qu'une des innombrables des femmes qui ont jalonné sa route, elle reste persuadée d'avoir comptée pour lui.
Une écriture élégante toute en retenue, toute en délicatesse pour cette belle histoire d'amour, car c'est bien d'amour dont il s'agit.
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CalliPetri
  03 juillet 2020
"Mais il faut choisir : vivre ou raconter." - Jean-Paul Sartre, La Nausée

"Il allait donc écrire sur moi, j'allais devenir un personnage, j'en étais fière et j'en étais inquiète."

Cécile Balavoine est l'autrice d'un premier roman, "Maestro", que j'avais glissé sur les conseils de mon indispensable libraire dans la valise au moment de m'envoler pour l'Autriche à l'été 2017. "Maestro" était de l'aventure des #68premieresfois. Pas moi. Pas encore. Je me souviens combien j'avais été conquise sans réserve par cette lecture in situ, à la beauté aérienne, à l'élégance pudique, à la plénitude réconfortante tant par son sujet que son écriture. Ce roman avait été une première rencontre et j'espérais déjà qu'il y en aurait d'autres, beaucoup d'autres. À commencer par la deuxième.

J'attendais donc le 2e roman avec cette impatience particulière, prise entre hâte et appréhension. Elle a bien raison Odile D'Oultremont d'écrire dans ses remerciements : "Le deuxième roman, c'est toute une histoire."("Baïkonour", Éd. L'Observatoire). Ce 2e roman, pour Cécile Balavoine, c'est en effet toute son histoire, à nouveau une autofiction donc, où selon les mots de Serge Doubrovsky "la matière est entièrement autobiographique, la manière entièrement fictionnelle."

"Une fille de passage" est la réponse a posteriori, que l'étudiante devenue quarantenaire envoie, par-delà le temps, à Serge Doubrovsky (1928-2017), auteur d'un livre-testament "Un homme de passage" (2011) dans lequel il profitait de quitter définitivement New York pour embrasser une dernière fois la vie derrière lui.

"Life can only be understood backwards; but it must be lived forwards." - Søren Kierkegaard

"Un homme de passage" s'ouvrait dans le salon de son appartement de fonction situé au 12e étage du 3 Washington Square Village dont les fenêtres dominent SoHo et downtown Manhattan. Alors que commence "Une fille de passage", nous sommes au mois de septembre 1997 dans ce même appartement avec vue sur les Twin Towers qui s'effondreront, un autre mois de septembre, 4 ans plus tard.

Cécile a 25 ans ; Serge Doubrovsky, l'âge d'être son grand-père. L'écrivain enseigne à New York University où elle suit ses cours, troublée de découvrir qu'en dehors de la surface de la page, il existe un être de chair :

"C'était donc lui, cet homme que j'avais tenu pour mort, dont j'avais cru qu'il n'existait qu'entre les pages de livres écornés, dans les rayons de bibliothèques obscures. C'était troublant de le voir enfin, après m'être délectée de ses tragédies, de ses frasques et de ses ébats, au bord d'une piscine, dans un jardin, dans les trains, entre mes draps, sur des bancs."

Entre mes draps…

Quand il doit quitter New York pour Paris, le vieux professeur propose à sa jeune étudiante de venir habiter dans l'appartement mis à sa disposition par NYU pour qu'elle fasse suivre le courrier à son adresse parisienne ; rien de plus qu'un échange de services, semble-t-il, que Cécile accepte. Elle emménage avec Liv et Adrian dans cet appartement qu'elle connaît bien pour avoir lu avidement l'oeuvre de son locataire.

"Je savais que je ne choisirais pas la chambre bleue, avec les lits jumeaux et les vestiges de sa vie conjugale."

Ce sera donc la chambre du fond, là où il écrit :

"Nous coucherons donc ensemble par chambre interposée ! Il avait ri, cette fois d'une voix de fausset, aiguë, malgré son timbre autrement très profond. J'étais restée un instant sans bouger, figée, honteuse. Peut-être un peu flattée au fond."

Voilà que l'allusion pas même voilée surgit au détour une phrase lâchée dans un rire si peu naturel qu'il alerte autant qu'il émeut. Cécile aurait-elle présumé de sa capacité à vivre avec les fantômes des femmes qui l'ont précédée dans ce lieu au passé écrasant ? On pense à Barbe Bleue, évidemment. Elle aussi puisque s'ensuit une crise de panique qui l'amène aux portes du Bellevue Hospital (ceux qui ont lu le roman de Ken Kesey savent !).

Et le lecteur de s'interroger sur ce qui se noue/se joue déjà entre ces deux-là - le chat joue avec la souris ? - alors qu'ils entament une correspondance entre Paris et New York où le vous glisse au tu. Ces lettres, de plus en plus longues, font évoluer leur relation au point qu'il est incommode de la cerner. Cécile se met à guetter le courrier comme une femme amoureuse espère un signe de l'absent.

"L'attente de ces lettres contenait, comme toute forme d'attente, une joyeuse espérance. Mais j'y sentais aussi un arrière-goût marécageux, limoneux. C'était un sentiment qui me tourmentait parfois et qui se mesurait au fait que je ne parlais jamais de cette correspondance."

Doubrovsky revient et lui propose de rester. Elle refuse, tout en laissant quelques-unes de ses affaires, tout en continuant à lui rendre visite presque quotidiennement. Et lui, sûr qu'elle viendra, laisse à son habitude la porte palière entrebâillée.

Un bouquet de fleurs ici, un verre de vin ou un repas là ; leur relation reste clandestine. Elle est flattée bien sûr, comment ne pas l'être !

"[...] je savais très bien, il était impossible de me mentir à moi-même sur ce point, que je n'avais peut-être rien attendu, cette année-là, d'autre que cela : QU'IL ME VOIE."

mais aussi soucieuse du regard et du jugement des autres, et balance entre gêne et fierté. Elle se laisse pourtant aller à avoir avec cet homme certains gestes tendres de l'enfance qui, quand on a 25 ans, sont équivoques au point qu'elle ne sait

"[…] plus ce qui était mal, ce qui était bien. J'avais voulu porter la joie entre ses murs, l'eau dans ses plantes et le vin dans ses verres, mais je lui avais laissé espérer l'inespérable. Cela faisait-il de moi un monstre ?"

J'avoue être prise moi aussi d'hésitation au moment de répondre à cette question et, heureusement, je n'ai pas à le faire ! La lectrice que je suis s'est un peu perdue, je le reconnais, ne sachant plus très bien quoi penser de cette relation floue et, par instants, étouffante. Les promenades dans le labyrinthe new yorkais, de la pointe de Manhattan au pont de Brooklyn et la Promenade, en toutes saisons, sous un ciel changeant, offrent, à cet égard, une respiration bienvenue.

Amitié affectueuse ? amoureuse ? Jeu pervers ? Relation d'une fille à une figure (grand)paternelle qu'elle s'est choisie autant que Doubrovsky l'a choisie, elle ? Admiration d'une étudiante pour son mentor ? d'un personnage pour son auteur ? d'un auteur pour son personnage ? Tentative de tenir la vieillesse à distance en séduisant la jeunesse, pour lui ? Respect et empathie, pour elle ?
Peut-être un peu de tout cela, je suppose, tant la frontière est poreuse.

"Je me sentais bien dans cet appartement, malgré ces femmes, ces âmes disparues qui continuaient de rôder. Je le regardais, je regardais sa tristesse qui s'immisçait en moi, qui commençait à m'envahir, à m'attendrir. Je ne pouvais pas l'abandonner."

Une certaine connivence a fait son lit. Et parce que, oui, elle lui a laissé espérer l'inespérable, un jour, à la dérobée, il a le geste qu'elle n'avait pas prévu, on se demande bien comment, puisque le lecteur l'avait anticipé au point de le guetter. Elle se sent salie, trahie. Aussi, quand il la demande en mariage avec la maladresse de ses 70 ans et les promesses d'une autre génération,

"— Je t'épouse, tu m'entends ? Je te donne la sécurité, la stabilité. Je te donne mon nom. Je te donne la gloire du nom."

la réplique cingle, sans appel

"— Merci ! Mais je me la ferai moi-même !"

Quelle prétention ! Quel manque de clairvoyance ! A-t-il vraiment cru que c'était là ce que sa jeune étudiante était venue chercher auprès de lui ? On peut douter avec lui. Doubrovsky, ivre de rage, épouse Élisabeth, 43 ans, dont la philosophie est reposante de bon sens :

"Un être qu'on aime, on ne fait pas de tri dedans, c'est à prendre ou à laisser."

Heureuse personne qui ne s'encombre pas d'atermoiements ! Privilège de femme plus mûre ?

Ce roman pose la question du passage, de ce mince entre-deux inconfortable où rien n'est jamais tranché, d'un no man's land nébuleux où hésitent le réel et la fiction, le passé et le présent, le bien et le mal, la fierté et l'inquiétude, le vrai et le faux, l'identité réelle et l'identité narrative :

"Je me souviens d'avoir simplement approuvé : j'étais d'accord, il pouvait publier ces mots. Pourtant, je ne m'y retrouvais pas. Tout était vrai et tout était faux. Je ne reconnaissais rien ou presque rien non plus de notre histoire. […] C'est en faisant de moi un personnage d'autofiction qu'il m'avait enseigné, mieux qu'en mille cours, les lois d'un genre dont il avait forgé lui-même le nom. […] Céline avait un rôle à tenir, qui à la fois me dépassait et se situait bien en deçà de ce que j'avais pu vivre. Elle avait une mission, une mission narrative […]"

En refermant ce roman, je suis admirative, parce que convaincue, qu'il faut bien du courage, et une bonne dose d'honnêteté, pour faire de soi un personnage de roman. Écrire sur soi et ceux qui traversent notre vie doit être d'un inconfort sans pareil,

"Écrire, inévitablement, c'était mourir et faire mourir un peu. Faire glisser des êtres bien réels dans le chas d'une histoire, [...] c'était les altérer, les estomper ou bien les amplifier, nécessairement les contorsionner. Les tuer et les ressusciter."

même si, dans le même temps, le lecteur est dispensé de chercher quelle est la part de vrai puisque "tout était vrai et tout était faux". Toujours est-il que lorsque la fiction détourne la matière authentique et que le romanesque ne s'embarrasse pas d'être fidèle aux instants vécus, mémoire et imagination se trouvent réconciliées. Et ici, Cécile Balavoine l'a magistralement orchestré, réussissant un roman pas toujours pudique qui évite cependant l'étalage gênant du journal intime et des tourments narcissiques - ce qui aurait été insupportable -, tout en disant, avec lucidité, sans démonstration ni amertume, les contradictions et les émotions troubles de ce huis-clos particulier où elle a offert à Doubrovsky toute la place qu'il méritait dans cette histoire qu'elle a écrite en en faisant un personnage de roman, comme lui l'avait fait pour elle auparavant.

"Je comprenais maintenant que s'il n'avait été ni un amant ni vraiment un ami, ni un grand-père ni tout à fait un confident, que s'il n'existait pas de mot pour qualifier ce lien qui nous avait unis et qui continuerait probablement de nous unir, Serge était devenu un repère de ma vie."

En aurait-il été fier ? En aurait-il été inquiet ?

Un de mes regrets est que très peu de place ait été laissée aux autres personnes rencontrées. Fernande, Liv, Adrian, Élisabeth, Chris, etc. peinent à exister dans la chiche lumière que leur laissent Cécile et Serge. Raison pour laquelle je parle de huis-clos. D'autres lecteurs auront certainement une autre appréciation.

Je terminerai en m'adressant à l'absent. Merci "Chair Serge" d'avoir soufflé à Cécile

"— Vous devriez écrire."

Elle le fait de belle manière avec une écriture douce, feutrée, enveloppante, humaine, tendre que j'ai eu un plaisir immense à retrouver.
Cette histoire (c'en est bien une, n'est-ce pas ?) m'a perturbée, c'est vrai, faisant de moi une voyeuse à mon corps défendant, mais l'écrire était pour Cécile Balavoine certainement nécessaire. "[le] tuer et [le] ressusciter."
2e roman, lu pour la sélection anniversaire 5 ans des #68premieresfois
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Bazart
  10 mai 2020
Si des romancières comme Christine Angot ou Annie Ernaux ont largement contribué à populariser le genre, il faut se rappeler que le concept littéraire de « l'autofiction » a été inventé en 1977 par le romancier Serge Doubrovsky pour auto qualifier son roman "Le fils".
Ce qui est alors encore un néologisme désignait une forme littéraire inédite mettant en lumière le fait d'écrire un texte autobiographique tout en s'en éloignant, par l'utilisation d'un style et de tournures qui distancient l'écrivain de ces propres propos.
Serge Doubrovsky n'aura eu ensuite de cesse de rendre fictionnelle sa matière autobiographique avec d'autres récits la femme brisée ou un homme de passage son dernier roman, paru en 2011 quelques années avant sa mort.hommepassage
Amincir la ligne entre réalité et la fiction, voilà aussi ce à quoi tend la romancière Cécile Balavoine, qui après un premier roman fort remarqué en 2017, Maestro sur la vie de Mozart raconte ici son histoire et son lien intime avec Doubrovsky.
Au mitan des années 90, Cécile Balavoine va partir à New York où vit régulièrement Serge Doubrovsky.
Elle s'inscrit en élève au cours de théâtre classique , l'admire déjà en tant qu'auteur et critique et va peu à peu se lier d'amitié avec lui à tel point qu'avec d'autres étudiants, elle louera avec deux autres étudiants un appartement en plein New York dont Serge Doubrovsky est le propriétaire et commencera ainsi à le fréquenter de plus en plus
C'est l' ambivalence de cette relation, faite d'admiration et d'emprise que raconte près de 20 ans plus tard, Cécile Balavoine dans cette fille de passage, dont le titre répond à l'ultime roman de Doubrosky un homme de passage dans lequel la jeune étudiante est présente, que raconte la romancière dans son texte.
Malgré la différence d'âge et le coté homme à femmes du vieux romancier, la jeune femme ne pourra s'empêcher d'être totalement subjuguée par le charisme de l'homme et son savoir immense.
Plus que la relation qui restera finalement assez chaste entre le romancier et sa muse, et décrite ici avec ambiguité et une certaine douceur, ce qui séduit ici dans le roman de Cécile Balavoine, c'est sa façon d'interroger l'autofiction puisqu'elle est tout autant un personnage de roman que romancière.
« L'écrivain avait fait de moi une autre. Un double. C'était un peu une mort, et un peu une naissance. »
Les deux facettes de l'exercice littéraire sont ainsi convoquées de manière ambitieuse et intelligente dans Une fille de passage et l' on comprend mieux à quel point, parfois, le sujet peut s'échapper du cadre autobiographique voulu par son auteur.
Si on ajoute une très jolie description du New York où vivait une certaine insouciance pré 11 septembre, on saluera donc ce roman paru aux éditions Mercure de France juste avant le confinement.

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   06 juillet 2020
INCIPIT
L’inquiétante étrangeté
C’était la première fois qu’il m’invitait. J’avais sonné, les bras chargés de soleils. Sa voix s’était aussitôt fait entendre. Il me priait d’entrer. J’avais trouvé la porte entrebâillée et lui assis sur le grand canapé du salon, pliant le New York Times. Il s’était levé, s’était saisi des fleurs, un peu surpris, les avait disposées dans le vase en cristal qu’il était allé chercher dans un placard de la cuisine, ce que j’avais pu observer puisque ladite cuisine n’avait pas de porte et qu’une large ouverture, sorte de bar, la reliait au salon. Puis, posant le bouquet sur une vieille table en chêne, placée sous un lustre en étain, il m’avait demandé quelle chambre je comptais choisir. La question m’avait semblé tout à fait naturelle, même si je n’étais jamais venue chez lui. Les lieux ne m’étaient pas inconnus, il le savait, tout comme moi je savais que je ne choisirais pas la chambre bleue, avec les lits jumeaux et les vestiges de sa vie conjugale. Ni non plus celle, proche du salon, où il lisait et travaillait. Il m’avait conduite à travers les pièces et quand nous étions arrivés devant un cagibi, dans le couloir, juste avant la grande chambre du fond, celle qui lui servait de bureau, la plus grande, avec sa salle de bains et son dressing, il m’avait déclaré que, s’il venait à mourir, il me faudrait en briser le cadenas afin de rassembler ses manuscrits et les remettre à l’institut dont j’ignorais alors le nom, qu’il m’avait aussitôt noté sur un morceau de papier. Il aurait pu tout simplement me dire où se trouvait la clé du cadenas à briser. Mais il ne m’en avait rien dit et j’avais, dans une sorte de panique, pensé que je risquais de ne pas savoir comment m’y prendre, n’ayant jamais brisé de cadenas.
Je m’étais rassurée en me répétant que je n’aurais pas à le faire. Il reviendrait. Bien sûr qu’il reviendrait. Pourquoi, de quoi serait-il mort à Paris ? Il n’était pas si vieux. Du moins avais-je conscience qu’il n’était vieux que de manière relative à mon âge. Il était vieux parce que moi j’étais jeune. Je venais tout juste de fêter mes vingt-cinq ans. Lui, bientôt, en aurait soixante-dix. Nous étions tous les deux nés en mai, lui à la fin, moi au début. Il n’était pas si vieux, je le savais. Mais il parlait souvent de sa mort, lorsque nous conversions parfois, dans l’ascenseur, le jeudi soir, avant de nous quitter sur University Place ou devant la bibliothèque de New York University, massif bâtiment rouge face à Washington Square. Il me parlait de la mort qui le guettait et de la mort qui l’avait déjà guetté, autrefois, étoile jaune au revers de sa veste. J’étais cependant certaine qu’il lui restait au moins deux décennies, peut-être trois s’il avait un peu de chance. Il reviendrait. Et quand il reviendrait, le parquet de la chambre que j’aurais choisie serait briqué à la cire ; sur son bureau, il y aurait un bouquet dans le vase en cristal où baignaient maintenant mes soleils ; la cuisine, récurée, sentirait le vinaigre blanc.
Nous étions finalement entrés dans la chambre du fond, avec ses étagères de livres qui recouvraient les deux pans de murs latéraux, avec l’immense fenêtre qui ouvrait sur Soho et sur les Twin Towers, avec le grand bureau auquel il écrivait. J’avais fini par décréter que c’était là, dans cette chambre, que j’allais m’installer. Et aussitôt, de sa voix caverneuse, qui m’était devenue familière au fil des mois, il m’avait rétorqué, sans aucun embarras, Nous coucherons donc ensemble par chambre interposée ! Il avait ri, cette fois d’une voix de fausset, aiguë, malgré son timbre autrement très profond. J’étais restée un instant sans bouger, figée, honteuse. Peut-être un peu flattée au fond.
Pourtant, en quelques secondes, je m’étais imaginé ce qui se serait passé si j’avais joué l’outrée : je serais partie sur-le-champ, claquant la porte pour qu’il me coure après, pour qu’il s’excuse, pour qu’il m’implore devant les ascenseurs du douzième étage, dans le corridor éclairé aux néons. Pourquoi m’étais-je imaginé cette scène alors que je me tenais là, sans intention de m’en aller, heureuse dans sa grande chambre qui serait bientôt la mienne, détournant le visage pour éviter qu’il ne remarque que sa muflerie me faisait sourire, et même plaisir ? J’avais honte, j’aurais dû avoir honte, mais je savais très bien, il était impossible de me mentir à moi-même sur ce point, que je n’avais peut-être rien attendu, cette année-là, d’autre que cela : QU’IL ME VOIE.
Nous avions finalement quitté la pièce, nous marchions l’un derrière l’autre sur le parquet fait de petits carreaux de bois pour retourner au salon. Je m’étais installée sous un portrait de Proust pâle, catleya à la boutonnière, sur l’immense canapé fleuri, fané, affaissé par les ans, dont le velours restait pourtant très doux et pelucheux. Il s’était éclipsé, était revenu avec deux verres, m’avait servi du vin, s’était assis en face de moi, était demeuré silencieux un instant. Puis, lentement, presque grave, articulant chaque mot, il m’avait dit :
— J’aimerais vous demander un service.
Je ne sais plus ce que j’avais répondu, sans doute que j’étais ravie de pouvoir l’aider mais en quoi ? J’avais sûrement accompagné ma réponse d’un geste séducteur, passant une main dans mes cheveux ou souriant tête penchée.
Derrière les vitres du salon, la pointe de Manhattan piquait un ciel torrentueux, gavé de roses, de mandarines et de violettes qui fusionnaient comme sous l’effet d’un doigt. Les Twin Towers s’allumaient peu à peu, et l’on devinait, au tout dernier étage de la tour nord, une lumière rouge montant comme en un trait, peut-être un escalier roulant bordé d’un éclairage.
J’attendais. Qu’allait-il me demander ? Il hésitait, prenait son temps, son souffle. Il paraissait troublé, comme s’il n’était pas sûr que je puisse accepter.
— J’aimerais vous demander, avait-il fini par me dire, s’interrompant à mi-phrase. J’aimerais vous demander de me renvoyer mon courrier à Paris.
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ZakuroZakuro   26 avril 2020
Vingt premières pages, reposées à plusieurs reprises, reprises à plusieurs reprises, et puis soudain sans trop savoir pourquoi, comme on plongerait, comme on s'immergerait, comme on ferait corps avec un élément, j'avais senti que je me pliais à ses mots, à leur rythme organique, imprévisible, je sentais que je me calais à l'étrangeté de leur disposition et de leur mélodie, à leur incongruité, à la syncope des sons, des sens, et que cela devenait comme une danse aquatique, souple et violente, (...)
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hcdahlemhcdahlem   06 juillet 2020
C’était la première fois que je sentais vraiment, je veux dire dans mon corps, dans mes fibres, l’impact que pouvait avoir le fait d‘écrire sur soi et ceux qui nous entourent. À celui même qui non seulement pratiquait l’autofiction mais qui l’avait pensée, théorisée, j’étais parvenue à faire mal par mes mots. Dans Le livre brisé, il avait écrit, Si on avait un crâne en verre, si on pouvait se lire mutuellement dans les pensées, pas un couple qui n’éclaterait au bout d’une heure. Je lui avais sans doute montré, sans pudeur, l’intérieur de mon crâne, du moins la part qui éprouvait encore de la colère et un léger dégoût. p. 166
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BazartBazart   07 mai 2020
Près de cette photo s'en trouvait encore une de lui, jeune cheveux très bruns, crépus, méconnaissable, nez aquilin, méconnaissable. Je m'étais retournée pour le regarder, le comparer. Je le trouvais plus beau maintenant, plus vieux mais bien plus beau qu'il ne l'avait été autrefois comme s'il s'était ajusté à lui même.
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hcdahlemhcdahlem   06 juillet 2020
Un jour, peu après sa sortie de l’hôpital, il avait demandé à notre groupe d’écriture de le retrouver chez lui plutôt que dans la salle de conférences à l’université. Il était encore trop faible pour quitter son appartement. J’étais donc arrivée en compagnie des autres, Hassen, Chris, Marguerite, Jean-Philippe, un peu gênée tout de même. La porte était fermée, il avait mis un certain temps à venir nous ouvrir. Nous avions disposé quelques chaises autour du canapé. Je m’étais installée en retrait avec Chris tandis que Marguerite avait trouvé sa place en face de lui, sous le portrait de Proust. Nous avions lu nos textes; lui commentait, corrigeait, suggérait, pérorait dans son antre en souriant, tandis que moi, je me sentais dessaisie, abandonnée, dépossédée, leurs présences m’oblitérant, je les regardais dans ce décor qui m’était si intime, que tous, ou presque, connaissaient car nous y avions dansé ensemble, dans ces soirées qui s’achevaient au petit matin, mais ça n’était plus moi, la maîtresse de céans. En les invitant, il me semblait qu’il me chassait un peu, que Marguerite, qui trônait devant lui, me destituait. Je n’avais plus ma place. p. 124
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