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ISBN : 2213705941
Éditeur : Fayard (10/01/2018)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Quand August et Irma comprennent que la politique rattrape toujours ceux qui s'en défendent, il est déjà trop tard pour survivre, mais encore temps de mourir libres.Le 13 juin 1936, un homme perdu dans la foule, sur le quai d'un chantier naval de Hambourg, refuse de saluer Hitler. Le 28 avril 1942, une femme fait partie du premier convoi des gazées de Ravensbrück. Ou comment une histoire d'amour devient une histoire d'insoumission.Ce roman est leur tombeau, dédié au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  21 février 2018
L'histoire d'un héros ordinaire
Il aura fallu un concours de circonstances assez exceptionnel pour retrouver le nom d'un homme sur une photo et donner ainsi à Adeline Baldacchino le sujet de son premier roman.
Les réseaux sociaux ont indéniablement quelques avantages. Quand, par exemple, une photo est partagée des milliers de fois, et qu'elle finit par intriguer et intéresser. On se souvient d'Isabelle Monnin avec Les Gens dans l'enveloppe, qui était partie à la recherche des personnes figurant sur un jeu de photos achetées dans une brocante et qui avait fini par les trouver.
Cette fois, il s'agit du cliché reproduit en couverture du livre et qui montre des dizaines de personnes faisant le salut nazi, sauf un.
En 2012, Marie Simon a raconté dans L'Express comment, grâce à un message posté au Japon sur Facebook pour illustrer la volonté de dire non – en l'occurrence à une catastrophe nucléaire – le monde entier avait pu faire la connaissance d'Auguste Landmesser. Quelques vingt années auparavant, c'est sa fille Irene qui avait reconnu son père sur la phto publiée par un quotidien allemand. « Depuis quelques années déjà, elle rassemble des documents sur le destin de ses proches. Elle en a même fait un livre, publié en 1996, dans lequel elle raconte l'histoire de sa famille "déchirée par l'Allemagne nazie".»
C'est ce livre que la narratrice a dans ses bagages, lorsqu'elle débarque à Hambourg en avril 2017, « un long fichier, un seul, qui rassemble l'essentiel de ce que l'on sait d'August et d'Irma, de leurs filles, Ingrid et Irene, de la grand-mère Friederike, du grand-père Arthur et de quelques autres. Des documents d'archives, aussi secs que le sont tous les papiers officiels. Tout est là. Ou presque. Car ce n'est que le squelette de tout. Ce qui est arrivé. Ce qui fut consigné. Les dates, les lieux, les noms : une chronologie. La vérité crue, brutale et nette, sans artifices ni sentiments. Deux cent cinquante pages d'actes et de fac-similés, quelques lettres, un sommaire qui ressemble à celui d'une dissertation d'histoire. » Un document qui doit ressembler au livre que vient de publier Colombe Schneck, Les Guerres de mon père, livrant lui aussi quelques documents bruts qui sont le fruit de ses recherches. Mais le projet d'Adeline Baldacchino n'est pas celui d'une historienne, mais d'une romancière qui entend traquer la chair. « Ce que nous disent les regards, ce que nous dérobent les actes administratifs. La pulpe du réel. C'est elle que je ne retrouverai qu'au prix de l'invention. Tout sera vrai, tout est déjà vrai puisque tout est arrivé. Je sais les tribunaux, les prisons, les camps. Je sais la dernière balle et même le plan détaillé de la chambre à gaz de Bernburg. Je sais qui est devenu quoi, je sais qui a emprunté quelle impasse de l'Histoire. Je sais les dates, les lieux. Je sais le bruit de cymbales du dénouement. le flot des larmes et les jambes qui flanchent en lisant. le reste, je le devinerai. Donc, je l'écrirai. »
Un choix juste, un choix vrai. de ceux qui donnent cette indicible épaisseur au récit, qui permet de faire se fusionner les sentiments, les époques, les émotions. Car si la narratrice est à Hambourg, c'est aussi pour essayer de faire le deuil de son père, oarti neuf mois plus tôt. « Je crois que j'écris aussi pour te crier que je t'aime et n'ai jamais su te le dire assez. Je ne connais pas d'autre moyen de te le prouver que d'écrire un livre et d'y glisser ton nom. »
Nous voici donc en octobre 1934, au moment où August rencontre Irma. « C'était l'automne à Hambourg. Des feuilles mortes voletaient dans les rues trop larges pour les âmes solitaires. Elle était allée s'asseoir au jardin botanique, Planten und Blomen, près du petit canal aménagé qui le traversait, sous un saule pleureur dont elle avait fait un ami. (…) Ce jour-là, sa robe était blanc et noir. Elle avait emprunté à sa mère un petit châle de laine. le livre venait de retomber sur ses genoux. Je crois bien qu'elle s'était assoupie, vaguement ivre dans l'odeur d'écorce et de colchiques. August cherchait un endroit pour faire la sieste. C'était l'automne, certes, mais l'une des dernières belles journées de l'année. Il avait repéré l'arbre et son ombre prometteuse. Il venait de pénétrer sous le rideau protecteur de sa ramure, quand il était tombé en arrêt, n'osant plus ni continuer ni se retirer.
August ne sait rien alors du début de la longue marche des communistes en Chine du Nord. Rien du vol du premier bombardier soviétique à grande vitesse, le Tupolev SB1. Rien de l'appel de Maurice Thorez à fonder le Front populaire en France. Tout cela se passe en octobre 1934. Tout cela, mais encore ce bruissement de feuilles sous un saule au bord du canal, une femme avec un livre ouvert au bout de ses doigts qui attirent la lumière. Elle pourrait lire, mais elle dort. Et c'est parce qu'elle sommeille qu'il peut regarder longtemps les commissures de ses lèvres, l'angle de son nez, la forme de ses sourcils, la blancheur de son front, les racines de sa chevelure noire et souple. Il peut détailler tout cela. Ses paumes ouvertes, abandonnées, il sait qu'il va les saisir et les retenir, qu'elles vont le caresser et l'épouser. Ce jour-là, August, grand bonhomme un peu gauche qui adhère au parti nazi depuis trois ans, a complètement oublié la politique. Il sait que son désir est charnel, mais aussi pur et puissant que la sève du saule. C'est quand il hésite à la réveiller, se demandant s'il doit s'asseoir là, lui aussi, et la contempler sans fin, qu'une rafale un peu brusque expédie une bouffée odorante dans les narines d'Irma. Crocus et camélias, des fleurs aux noms qui claqueraient dans la mémoire. Ou bien la feuille à peine détachée, jaune encore et rougissante, qui lui effleure la pommette. Elle s'éveille, Irma, et il est là. »
Une longue citation pour dire qu'il n'est guère nécessaire d'en dire plus. Vous découvrirez combien ce bel amour va se transformer en un défi fou. Car Irma est juive et que des lois absurdes «pour la protection du sang» interdisent non seulement leur union, mais aussi toute descendance. Sur ce quai de Hambourg, au moment de cette photo désormais célèbre, August disait non à Hitler, mais il disait surtout oui à Irma. Longtemps, il pensera que la force de leur amour aura raison de la stupidité des hommes. Que cet amour protégera aussi les deux filles qui vont naître. Et quand il se rendra compte que le pays est subitement devenu fou, il sera trop tard. En 1937, on peut arrêter un membre du parti nazi pour «souillure raciale» et l'envoyer en camp de travail et à la mort. Et on ne va pas tarder à expérimenter la solution finale sur ses propres ressortissants. Irma sera de l'un des premiers contingents pour Ravensbrück.
Ce premier roman est un hommage, mais aussi un cri. Qui résonne d'autant plus fort en nous qu'il est soutenu par une plume magnifique : «Les écrivains n'ont qu'une passion : ressusciter les morts en les racontant, retenir les vivants en les répertoriant. Ce goût de pâquerette sur les cendres. Quand les mots s'écoulent de l'âme comme du sang frais, c'est bon signe. Et je saigne. »
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Crazynath
  02 février 2018
C'est une photo datant de 1936 qui est à l'origine de ce livre. Au milieu de la foule en train de faire le salut hitlérien à l'unisson, on remarque un homme. Cet homme, isolé, se démarque des autres par son attitude. Il croise les bras contrairement à tous ses comparses. Il semble bien campé, droit et fier dans ses bottes. Je connaissais cette photo, que j'avais déjà vue à plusieurs reprises sur le net, mais ce que je ne savais pas, c'est que cet illustre inconnu n'en était pas un. Il aurait été identifié par sa famille comme étant August Landmesser, ouvrier sur les chantiers navaux de Hambourg. (Lieu où a d'ailleurs été prise la photo)
Adeline Baldacchino est allée à la rencontre de cet homme qui disait non en se rendant sur place à Hambourg pour faire des recherches. Elle n'a évidemment pas pu rencontrer de visu Herr Landmesser, ce dernier ayant disparu en Croatie en 1944 lors d'une bataille. Mais en allant sur place, l'auteur a pu se remettre dans le contexte. Et pas n'importe quel contexte, car cet homme qui disait non avait une raison bien légitime de refuser de faire le salut hitlérien : sa femme, Irma, était juive.
C'est leur histoire que Adeline Baldacchino va essayer de raconter, en se basant sur la réalité historique, sur les documents rassemblés par l'une des filles du couple et aussi en laissant son imagination faire le reste.
L'histoire de ce couple est édifiante. J'ai cependant un petit regret. Même si l'auteur a un très beau style et une belle qualité d'écriture, la manière dont elle a choisi de raconter l'histoire ne permet pas au lecteur de se projeter ou d'éprouver beaucoup d'empathie pour les différents protagonistes. On se sent un peu détaché de l'histoire…
En effet, elle se raconte en racontant l'histoire de cet homme qui disait non, car en même temps qu'elle écrit son livre, Adeline chemine dans le travail de deuil de son père.
Intéressant…
Et encore merci à Babelio et à son opération masse critique, ainsi qu'aux Editions Fayard pour l'envoi de ce livre.

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AudreyT
  17 février 2018
****
Tout a commencé un 13 juin 1936, à Hambourg, sur le quai de Blohm + Voss. Enfin... Ce fut ce jour là qu'August prit conscience de son pouvoir de dire non. Au milieu de la foule, il a croisé les bras plutôt que de saluer ce petit homme à la moustache, qui mettra à sa vie rêvée. August est aryen et il aime passionnément Irma, juive de naissance. En ces temps noirs, ils n'ont pas le droit de se voir, de se parler, et encore moins de se marier. Mais ce premier geste de révolte va le pousser à se libérer de toutes règles, de toutes lois, et il va aller au bout de son rêve... Mais à quel prix...
Tout parle, tout sonne, tout émeut dans ce très beau premier roman d'Adeline Baldacchino. On pourrait se dire que c'est un énième roman sur la seconde guerre mondiale, sur les déportations massives et les horreurs nazies. Mais celui-ci a un petit supplément d'âme. Est-ce l'écriture, vaporeuse et poétique, est-ce les personnages, ambivalents dans leur sentiment, est-ce l'histoire, racontée de nos jours par un regard détaché ? Autant de questions qui font de ce roman un témoignage touchant sur le grand amour, sa force et sa faiblesse, sa raison d'être et sa justification à mourir.
Il est des pages comme celles-ci qui se tournent avec regret, des livres qui laisseront une trace et des personnages qui nous guideront dans les mauvais jours. Je ne peux que vous conseillez de rencontrer August et Irma. Vraiment...
Merci à NetGalley et aux éditions Fayard pour l'envoi de ce roman.
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sylvaine
  29 mars 2018
Hambourg, le port, le 13 juin 1936 , baptême du trois-mâts Horst- Wessel, quai Blohm+Voss. La moustache est venu assister en personne au lancement , les photographes sont là ..Une photo surgira beaucoup plus tard des archives. Un homme au fond à droite se tient droit les bras croisés , fier , et dit non ... August Landmasser probablement ,certains parlent de Gustav Weigert . Adeline Baldacchino adopte August et parler d'August c'est parler d'Irma l'amour de sa vie, la prunelle de ses yeux , la belle juive qui a pris le coeur de ce jeune nazi et lui a permis d'ouvrir les yeux et de dire non, leur chemin est irrémédiablement tracé.
Un beau texte admirablement documenté , une écriture ciselée, incisive et rebelle , une histoire d'amour au milieu de la tourmente . Un beau premier roman , une auteure à suivre c'est certain.
Merci aux Editions Fayard via NetGalley pour ce partage.
Premier roman de la sélection des 68 premières fois hiver 2018.
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AMR
  25 avril 2018
« Encore un roman sur l'entre-deux guerres ! » me disais-je en recevant Celui qui disait non d'Adeline Baldacchino dans le cadre des lectures des 68 premières Fois !
C'est vrai que depuis le début du mois de mars, j'ai déjà lu quatre romans dont l'action se situe au cours de la première moitié du siècle dernier et qui abordent des problématiques en lien avec les deux premières guerres mondiales.
Cette polyphonie de points de vue était intéressante mais commençait à manquer de variété et si ce livre voyageur ne devait pas être rapidement envoyé au lecteur ou à la lectrice suivante, je l'aurais bien laissé attendre un peu… afin de changer un peu d'ambiance.
Heureusement, ici, j'ai tout de suite été surprise par la posture de l'auteure.
Tout part d'une photo, oubliée, retrouvée, analysée, la photo d'un groupe d'ouvriers sur le quai d'un chantier naval à Hambourg, qui saluent Hitler venu baptiser un navire. Parmi eux, un homme se tient les bras croisés, refusant de faire le salut nazi. le non-geste de cet homme sera le point de départ du récit. Adeline Baldacchino va l'interpeler et reconstituer son histoire, dans un mentir-vrai de biographie fictionnelle. D'avril 2017 à juin 1936, elle va remonter le temps, entreprendre des recherches, fouiller des archives, séjourner à Hambourg, pour, à partir d'une identité, raconter l'histoire d'un amour impossible entre une juive et un aryen.
Paradoxalement, il va se faire tout un processus d'identification à ses personnages, qui la renvoie à son propre vécu, à la mort de son propre père, aux brouillards de sa propre histoire familiale.
Ce roman revisite le mythe du héros résistant : comment dire non ? comment refuser de se soumettre à des lois inhumaines ? Mais suffit-il de dire non ? le héros n'a pas mesuré les risques encourus par sa famille, a mal planifié leur fuite, l'a entrainée vers l'horreur… C'est une véritable tragédie où la notion de destin inéluctable, d'horreur et pitié provoquées chez le lecteur donne une dimension universellement classique.
L'auteure revient sur la montée du nazisme, sur la prise du pouvoir par Hitler, porté par la grande majorité des allemands qui voyaient en lui un sauveur pour l'Allemagne. C'est un élu du peuple, un élu démocratiquement plébiscité, et c'est quelque chose qu'on oublie souvent.
L'écriture est belle, efficace et poétique à la fois. La quatrième de couverture nous apprend que l'auteure est poète et magistrate… Il y a dans son roman de l'urgence, de la précision chirurgicale, de l'investigation, une volonté synthétique et une ouverture sur le monde, une magnifique mise en mots.
Dans l'écriture, il y a un rythme, des récurrences comme des refrains sur ce qu'on fait de la vie, sur ce qu'on fait de l'amour, sur que les autres leurs ont fait, ont fait de leur amour… Il y a aussi des passerelles entre les époques et les protagonistes, une mémoire des uns qui « habille » l'histoire des autres, une forme de transmission… Les bijoux jouent ici un rôle important, objets trans-générationnels par excellence.
Adeline Baldacchino imagine pour donner vie, pour donner à lire. « Si ce n'est pas vrai, c'est vraisemblable : qu'attendre de plus de la littérature ?».
Pourquoi Adeline Baldacchino raconte-t-elle l'histoire de « cet homme qui disait non » à son père, récemment décédé, qui n'est plus là pour l'entendre ? Quelle signification plus profonde que la vision historique met-elle dans ce récit de « l'envers de l'obéissance » ?
Il faut lire ce roman pour le comprendre et en prendre toute la mesure… « " C'est pour parler du mien, de père, que j'ai couru après le leur... Regarde, je commence à confondre ceux que j'interpelle. Est-ce à toi, papa, ou à lui, August, que je dis tu ?".
Un premier roman difficile, qui nécessite une lecture entre les lignes, dont les clés et le pacte de lecture ne sautent pas aux yeux.
Une belle surprise.
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
gromit33gromit33   08 juin 2018
Les écrivains n'ont qu'une passion : ressusciter les morts en les racontant, retenir les vivants en les repertoriant. ce goût de pâquerettes sur les cendres. Quand les mots s'écoulent de l'âme comme du sang fraisn c'est bon signe. Et je saigne. p35
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gromit33gromit33   08 juin 2018
Et le pire, depuis que j'essaie d'imaginer, puis oublier, d'oublier puis d'imaginer, de savoir quoi faire avec toute cette encombrante mémoire : le pire, c'est que nul ici ne se souvient du seul héros qui vaille. p136
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hcdahlemhcdahlem   21 février 2018
Celui qui disait non se demande ce qui reste quand on a tout perdu. Le formule-t-il ainsi ? Agenouillé derrière un rocher, l'épaule collée contre la pierre, son arme appuyée sur le bras, il fixe le rayon de soleil qui vient de percer la couverture nuageuse. Le serpent jaune effleure un buisson, promène sa lumière entre les baies rouges de l'arbuste qu'il semble fouiller. On aurait presque envie de tendre la main pour l'attraper, pour palper cette promesse de chaleur et de réconfort, mais il sait que ce serait la mort certaine.
Les partisans sont à quelques centaines de mètres, dissimulés derrière d'autres éboulis. Un coup de feu éclate à sa droite. En face, ils ripostent. Ilse serre un peu plus contre son rocher.
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michel.carlier15michel.carlier15   18 mars 2018
C'est l'histoire d'un amour fou entre August , jeune ouvrier des chantiers navals à Hambourg , membre du parti nazi et Irma , jeune femme juive (bien que protestante , mais les nazis ne faisaient pas de distinction) .
Ou comment construire un roman à partir d'une photo prise à Hambourg en juin 1936 , au cours d'une harangue du petit homme à moustache . Tout le monde fait le salut nazi , sauf August Landmesser , qui croise les bras sous les regards réprobateurs de ses voisins . Le seul parmi cette foule à refuser de hurler avec les loups .
Et pour cause : il aime Irma d'un amour sans limites , envers et contre tout . A cause des lois raciales , leur deuxième fille , Irene , est considérée comme Juive , alors que l'aînée Ingrid est une Mischlinge (à moitié aryenne) . Tout cela pour expliquer l'absurdité de ces lois et ces diktats , pour dire qu'un Allemand ou une Allemande ne pouvait pas aimer ces personnes "de race inférieure" , encore moins avoir des relations sexuelles et des enfants (souillure de la race ) .
Irma va être assassinée dans un camp de la mort le 28 avril 1942 , et August , incorporé dans un bataillon disciplinaire , va être abattu par des partisans croates , en Dalmatie en 1944 .
Cette petite histoire d'amour , modeste partie de l'Histoire , nous interpelle sur notre comportement face au contexte politique . Et démontre que l'on ne peut pas tourner le dos à ce qui se passe autour de nous : islamophobie , antisémitisme latent , xénophobie , montée des idéologies populistes et fascisantes , homophobie , etc...

En me plongeant à corps perdu dans cette lecture , j'ai pensé à certains romans lus récemment : "inconnu à cette adresse" de Kressmann Taylor , paru en 1938 ; Hadamar , de Oriane Jeancourt Galignani ; "seul dans Berlin" de Hans Fallada et "la voleuse de livres" de Markus Zusak .
Ces romans racontent comment survivent dans l'Allemagne nazie ceux qui ne suivent pas le droit chemin , celui que l'homme à la moustache veut leur imposer . Et ils le payent souvent de leur vie .
J'ai longtemps cru que l'histoire de cet homme qui a osé dire non , était une pure fiction . Mais non , ses deux filles peuvent en témoigner , elles qui ont survécu tant bien que mal à cette période tourmentée , elles ont reconnu leur père sur cette fameuse photo .
Pour conclure , j'ai vraiment adoré ce roman , je me suis parfois identifié à ses personnages (August en particulier ) . Il jette un regard différent sur la montée du nazisme , et sa chute inéluctable .
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hcdahlemhcdahlem   21 février 2018
« C’était l’automne à Hambourg. Des feuilles mortes voletaient dans les rues trop larges pour les âmes solitaires. Elle était allée s’asseoir au jardin botanique, Planten und Blomen, près du petit canal aménagé qui le traversait, sous un saule pleureur dont elle avait fait un ami. De petits cris de joie lui parvenaient, étouffés par le vent et le rideau de verdure qu’elle avait tenté d’interposer entre le monde et elle. C’était son refuge secret. Elle pouvait rester des heures, simplement adossée à lui, plongée dans un roman d’aventures jusqu’à ce que la lumière du jour ne suffise plus. Quelquefois, elle se plaçait debout, face à l’arbre, la joue gauche posée contre son tronc, l’enlaçant de ses deux bras. Elle respirait profondément, attendait que le rythme toujours trop endiablé de son cœur se calme, laissait pénétrer en elle un peu de la vieille sagesse des arbres.
Ce jour-là, sa robe était blanc et noir. Elle avait emprunté à sa mère un petit châle de laine. Le livre venait de retomber sur ses genoux. Je crois bien qu’elle s’était assoupie, vaguement ivre dans l’odeur d’écorce et de colchiques. August cherchait un endroit pour faire la sieste. C’était l’automne, certes, mais l’une des dernières belles journées de l’année. Il avait repéré l’arbre et son ombre prometteuse. Il venait de pénétrer sous le rideau protecteur de sa ramure, quand il était tombé en arrêt, n’osant plus ni continuer ni se retirer.
August ne sait rien alors du début de la longue marche des communistes en Chine du Nord. Rien du vol du premier bombardier soviétique à grande vitesse, le Tupolev SB1. Rien de l’appel de Maurice Thorez à fonder le Front populaire en France. Tout cela se passe en octobre 1934. Tout cela, mais encore ce bruissement de feuilles sous un saule au bord du canal, une femme avec un livre ouvert au bout de ses doigts qui attirent la lumière. Elle pourrait lire, mais elle dort. Et c’est parce qu’elle sommeille qu’il peut regarder longtemps les commissures de ses lèvres, l’angle de son nez, la forme de ses sourcils, la blancheur de son front, les racines de sa chevelure noire et souple. Il peut détailler tout cela. Ses paumes ouvertes, abandonnées, il sait qu’il va les saisir et les retenir, qu’elles vont le caresser et l’épouser.
Ce jour-là, August, grand bonhomme un peu gauche qui adhère au parti nazi depuis trois ans, a complètement oublié la politique. Il sait que son désir est charnel, mais aussi pur et puissant que la sève du saule. C’est quand il hésite à la réveiller, se demandant s’il doit s’asseoir là, lui aussi, et la contempler sans fin, qu’une rafale un peu brusque expédie une bouffée odorante dans les narines d’Irma. Crocus et camélias, des fleurs aux noms qui claqueraient dans la mémoire. Ou bien la feuille à peine détachée, jaune encore et rougissante, qui lui effleure la pommette. Elle s’éveille, Irma, et il est là. »
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