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Élisabeth Guinsbourg (Traducteur)
ISBN : 2743601698
Éditeur : Payot et Rivages (08/01/2006)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 107 notes)
Résumé :
Dans le Paris de l'après-guerre, David, un jeune Américain, s'éprend de Giovanni tandis que sa fiancée est en Espagne. La sincérité et l'audace avec lesquelles James Baldwin décrit le trouble émotionnel de David, déchiré entre Giovanni et Hella, font de ce livre un classique. Publié en 1956 aux Etats-Unis, La Chambre de Giovanni est un récit bouleversant sur la confrontation culturelle, l'identité sexuelle et l'amour.

James Baldwin (1924-1987) est né ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  03 février 2019
David aime les hommes, et se déteste pour ça. Chaque fois qu'il succombe aux charmes d'un jeune homme, il tremble de peur à l'idée d'être découvert, pense aux blagues salaces et aux propos injurieux qui accompagnent les gens de son espèce et craint de les incarner. Pour se tranquilliser, le jeune américain part à Paris. À l'abri de la foule, et des regards connus, il peut fréquenter les milieux homosexuels en relative tranquillité.
Cette tranquillité ne le pousse toutefois pas à s'affirmer, même pas dans ces cercles fermés. Il clame à qui veut l'entendre qu'il aime les femmes, et les quelques aventures qu'il a ne comptent pas vraiment. D'ailleurs, il a une petite amie, et il vient de la demander en mariage. Si ça, ce n'est pas une preuve ! le fait qu'elle soit partie seule en Espagne pour faire le point avant de répondre ne semble pas le troubler outre mesure.
Pendant cette absence, David rencontre Giovanni, un immigré venu d'Italie. Giovanni est tout le contraire de son nouvel amant : il se donne à 100 % dans cette nouvelle relation, sans crainte des regards, sans peur des préjugés. Dans la chambre de Giovanni, coupée du monde extérieur, avec ses rideaux toujours tirés, une petite bulle d'amour pur peut exister. En dehors, David ne peut tout simplement pas supporter le poids de cette relation. « Tu veux quitter Giovanni parce qu'avec lui tu pues. Tu veux mépriser Giovanni parce qu'il n'a pas peur de la puanteur de l'amour. »
L'ambiance de ce livre est très oppressante : dans la description du milieu homosexuel de l'après-guerre déjà, et la chape de plomb de la condamnation morale à supporter ; la haine de soi est omniprésente, tout comme la haine de l'autre, qui a contribué à vous faire chuter une nouvelle fois. S'ajoute encore à cela un rapport prostitutionnel qui ne contribue pas à adoucir les rancoeurs, car seuls les très riches, ou les déclassés, peuvent être à l'abri des poursuites.
On plaint également Giovanni, pour qui l'amour semble si facile, et le poids du regard des autres si léger. Jusqu'au bout, il croira à la victoire des sentiments contre l'obligation de conformité ; prêt, même, à sacrifier une grande partie de la vie de son amant à la société des gens biens comme il faut. Mais pour ça, il faudrait que David arrête de fuir ce qu'il a fuit toute sa vie. Et la partie est loin d'être gagnée…
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JeanPierreV
  21 février 2019
David est un jeune américain dans le Paris des années 50. Sa fiancée Hella est en Espagne...Seul, il fréquente les bars, cherche de la drogue...il doit de l'argent, ne sait où dormir...Rencontre avec Giovanni, jeune italien, qui l'héberge. Début d'une relation sexuelle, d'un amour, d'amours qu'on cachait alors. Magnifique roman, que certains disent autobiographique sur l'amour homosexuel...
Roman tragique aussi sur la peine de mort, évoquée très tôt dans le livre. Pourquoi ? Je vous laisse le découvrir.
Si Giovanni se donne complètement à cet amour véritable, il n'en est pas tout à fait de même pour David, qu'on perçoit tantôt passionné, tantôt incapable et fautif du fait de cette relation interdite par l'époque, interdite par les bonnes moeurs. Tiraillé par les conventions. Incapable de s'assumer.
Cette petite chambre l'étouffe parfois, Hella est toujours présente à son esprit.
Un roman troublant, non pas du fait du thème, mais surtout du fait du témoignage de la période. Un petit côté vieillot bien nostalgique dans la description des lieux, de l'époque, de l'ambiance. Et surtout dans la perception du poids des convenances.
Je ne sais pas comment ce livre fut reçu lors de sa parution. Il a certainement dû être montré du doigt, banni dans certains milieux bien pensants. Peut-être confidentiel, James Baldwin n'étant pas alors très connu..C'était l'un de ses premiers livres.
Si la confrontation culturelle ne posait pas de problème, il n'en était pas de même ce ce qui concerne l'identité sexuelle, les amours homosexuelles, même sincères.
"On a beaucoup écrit sur l'amour qui se transforme en haine, sur le coeur qui, avec la mort de l'amour, devient de la glace. C'est un processus remarquable. Considérablement plus terrible que tout de que j'avais lu sur le sujet, plus terrible que je ne saurais jamais le dire." (P. 222)
Lien : https://mesbelleslectures.co..
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ATOS
  05 mai 2013
Lorsque la porte de la chambre de Giovanni se referme comment ne pas penser au condamné à mort de Jean Genet ? «  On dit que la Guyane est une terre chaude. Il se peut qu'on s'évade en passant par le toit... ». Cette chambre deviendra pour le narrateur l'anti-chambre de sa vie.
Giovanni est beau, et c'est par ses mots, par cette langue particulière de James Baldwin que Giovanni devient tout au long du roman si tragiquement beau.
Splendeur et décadence d'un ange.
Giovanni est, tout simplement. le narrateur fut sans doute... , deviendra peut être....
Son errance identitaire, qu'il nomme voyage, fera sombrer dans son sillage tous ceux qui ont tenté de l'aimer.
La chambre de Giovanni : voilà la véritable scène du crime.
Se réfugiant derrière un choix qu'il croit possible , il ne réussit que très maladroitement à ne pas s'avouer que le seul mal dont il souffre et qu'il répand derrière lui n'est en fait que son incapacité d'aimer. Tout choix alors lui est dès le départ impossible. Comment peut on choisir entre deux êtres que l'on croit aimer alors que ces deux amours en fait n'existent pas.
Le mensonge de l'un génèrera la violence de l'ange. C'est beau, c'est magnifiquement écrit, une véritable tragédie.
En dormant sous les toits, il se peut que certains anges n'en réchappent pas. Peut être que la Guyane , en fait, n'existait pas...
La traduction d' Elisabeth Guinsbourg nous permet de découvrir ce Paris des années 50 sous les lumières particulières de Baldwin. Cela faisait vingt cinq ans que ce classique de la littérature afro américaine ne nous avait pas été présenté dans la langue de Carco.
Astrid SHRIQUI GARAIN
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oiseaulire
  07 mai 2018
Ce roman est paraît-il un sommet de la littérature homosexuelle. C'est surtout un sommet de la littérature tout court.
Certes le thème de l'amour entre hommes est superbement traité mais la force de l'auteur est d'avoir su exprimer la quasi impossibilité de la rencontre amoureuse, la peur d'être abandonné suscitant son corollaire : l'effroi de ne pouvoir donner assez, qui confronte à sa finitude et à son impuissance finale celui des deux qui peut-être aime moins, ou différemment.
Aragon le dit " Rien n'est jamais acquis à l'homme ni sa force ni sa faiblesse ni son coeur et quand il croit ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix ".
Et La Mort, réelle ou fantasmée, de suivre le cortège des amours inachevées...
Ce petit livre m'a beaucoup émue et je n'oublierai pas de sitôt David et Giovanni.
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5Arabella
  02 août 2016
Il s'agit d'un récit à la première personne, fait par David, un jeune Américain venu en France dans les années 50. Il est à un tournant de sa vie, et nous la conte par petits bouts, tout au moins des éléments les plus significatifs. Son enfance, les relations difficiles avec son père, puis sa venue en France, et sa rencontre avec Giovanni, un jeune Italien, avec qui il va vivre une histoire d'amour, condamnée d'avance. Giovanni qui doit mourir, condamné pour meurtre.
Un très beau récit, très sobre, très limpide avec rien de trop, ni dans les faits racontés ni dans la forme. Une sorte de juste mesure dans les moyens utilisés par le romancier. Les commentaires du roman évoquent surtout la question de l'homosexualité refoulée du personnage principal, mais personnellement j'y ai plutôt vu le récit d'un homme qui a du mal à assumer ses sentiments, pour qui que ce soit, et qui se condamne ainsi à la solitude et aux regrets, par incapacité de dire aux gens ce qu'il ressent, et par une volonté d'éliminer ses attaches pour eux, par peur.
Un livre court mais très dense, qui me donne une grande envie de lire d'autres romans de son auteur.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
FromtheavenueFromtheavenue   29 février 2012
- Vous venez souvient ici ? demanda Giovanni soudain, après un moment de silence.
- Non, pas très.
- Mais vous viendrez plus souvent maintenant, dit-il le visage illuminé d'un air de moquerie irrésistible.
- Pourquoi ? bredouillai-je.
- Ah ! s'écria-t-il, est-ce que vous ne vous rendez pas compte quand vous vous faites un ami ?
Je ne savais que je devais avoir l'air idiot et que ma question était idiote aussi. Si vite ?
Pourquoi pas ? Il dit cela comme une évidence, puis ajouta, jetant un coup d’œil à sa monte : on peut attendre une heure si vous préférez. On pourrait devenir amis dans une heure. Ou attendre jusqu’à la fermeture. On pourrait devenir amis à ce moment-là. (...) Les gens disent toujours ça, il faut attendre, il faut attendre. Qu'est-ce qu'ils attendent ?
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LuniverLuniver   28 janvier 2019
J'eus soudain peur. Peut-être parce qu'il avait l'air si innocent, couché là, totalement confiant ; peut-être parce qu'il était tellement plus petit que moi. Mon propre corps me sembla soudain grossier, écrasant, et le désir qui montait en moi me parut monstrueux. Mais surtout, j'avais brusquement peur. Une pensée se fit jour en moi : Mais Joey est un garçon ! J'étais soudain conscient de la puissance de ses cuisses, de ses bras, de ses poings doucement serrés. La puissance, la promesse et le mystère de ce corps me firent soudain peur. Ce corps m'apparut soudain comme l'entrée béante d'une caverne à l'intérieur de laquelle je serais torturé jusqu'à la folie, dans laquelle je perdais ma virilité. Justement, je voulais connaître ce mystère et sentir cette puissance et voir cette promesse s'accomplir à travers moi. La sueur se glaça dans mon dos. J'avais honte. Le lit était lui-même, dans son tendre désordre, la preuve de cette souillure. Je me demandai ce que la mère de Joey dirait lorsqu'elle verrait les draps. Puis je songeai à mon père, qui n'avait personne d'autre au monde que moi, ma mère étant morte lorsque j'étais enfant. Un abîme s'ouvrit dans mon esprit, sombre, empli de rumeurs, de suggestions, d'histoires à demi entendues, à demi oubliées, à demi comprises, pleines de mots sales. Je crus voir mon futur dans cette caverne. J'eus peur. J'avais envie de pleurer de terreur et de honte, d'incompréhension qu'une chose pareille ait pu m'arriver, qu'une chose pareille ait pu avoir lieu en moi.
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AppolineRomanensAppolineRomanens   06 mars 2017
“You knew my fiancée was coming back to Paris.''
'You are not leaving me for her,' he said. ''You are leaving me for some other reason. You lie so much, you have come to believe all your own lies. But I, I have senses. You are not leaving me for a woman. If you were really in love with this little girl, you would not have had to be so cruel to me.'
'She's not a little girl,' I said. 'She's a woman and no matter what you think, I do love her—'
'You do not,' cried Giovanni, sitting up, love anyone! You never have loved anyone, I am sure you never will You love your purity, you love your mirror—you are just like a little virgin, you walk around with your hands In iront of you as though you had some precious metal, gold, silver, rubies, maybe diamonds down there between your legs ! You will never give it to anybody, you will never let anybody touch it—man or woman. You want to be clean. You think you came here covered with soap and you think you will go out covered with soap—and you do not “do not want to stink, not even for five minutes, in the meantime.' He grasped me by the collar, wrestling and caressing at once, fluid and iron at once, saliva spraying from his lips and his eyes full of tears, but with the bones of his face showing and the muscles leaping in his arms and neck. You want to leave Giovanni because he makes you stink. You want to despise Giovanni because he is not afraid of the stink of love. You want to kill him in the name of all your lying little moralities. And you—you are immoral. You are, by far, the most immoral man I have met in all my life. Look, look what you have done to me. Do you think you could have done this if I did not love you? Is this what you should do to love?'
'Giovanni, stop it! For God's sake, stop it! What in the world do you want me to do? I can't help the way I feel.'
'Do you know how you feel? Do you feel? What do you feel?'
'I feel nothing now,' I said, 'nothing. I want to get out of this room
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LuniverLuniver   29 janvier 2019
Il ferma la porte derrière nous et, pendant un long moment, dans la semi-obscurité, nous nous dévisageâmes, avec un mélange de soulagement et de consternation, le souffle court. Je tremblais. Je me disais : si je n'ouvre pas immédiatement la porte, si je ne sors pas d'ici, je suis perdu. Mais je savais que je pouvais pas ouvrir la porte, qu'il était trop tard ; bientôt il fut trop tard pour faire quoi que ce soit sinon gémir. Il m'attira contre lui, se glissant entre mes bras comme s'il se confiait à moi pour que je le porte, et il m'entraîna peu à peu avec lui vers le lit. Tout en moi hurlait : Non ! et ce qui était vraiment moi soupirait : Oui.
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enkidu_enkidu_   21 novembre 2017
Je suis – ou j’étais – un de ces êtres qui s’enorgueillissent de la force de leur volonté, de leur capacité à décider d’une action et à la mener à bien. Cette vertu, comme toutes les vertus, est l’ambiguïté même. Ceux qui croisent posséder une grande volonté et être maîtres de leur destin ne peuvent persister dans leur croyance qu’en se leurrant absolument eux-mêmes. Leurs décisions ne sont pas du tout des décisions – une décision réelle nous rend humble, car nous savons qu’elle est à la merci de plus de choses qu’on ne saurait en énumérer – mais plutôt des systèmes d’évasion, d’illusion, destinés à les faire paraître différents de ce qu’ils sont.

C’est certainement en cela que consistait ma décision, prise il y a si longtemps dans le lit de Joey. J’avais décidé de ne laisser aucune place dans l’univers à une chose qui m’effrayait ou me faisait honte. J’y parvins très bien – en refusant de regarder l’univers, de me regarder moi-même, en restant, en fait, sans cesse en mouvement. Et bien sûr, même un mouvement incessant ne nous permet pas d’éviter un heurt occasionnel, une chute, comme un avion tombant dans un trou d’air. Et il y eut bon nombre de ces chutes effrayantes, toujours mêlées d’alcool, toujours sordides, l’une d’elles alors que j’étais dans l’armée, impliquant une tapette qui plus tard sera jugée en cour martiale. La panique que ce châtiment me causa m’amena plus près que jamais de la confrontation intérieure avec ces terreurs qui brouillaient parfois les yeux d’autres hommes.

Ce qui se produisit fut que, sans comprendre la nature de mon ennui, je devins las de tout ce mouvement, la de ces mers d’alcool sans joie, las des amitiés grossières, faussement joviales, superficielles, las des errances à travers des nuées de femmes désespérées, las du travail qui me nourrissait qu’au sens le plus brutal et littéral.

Peut-être, comme on dit en Amérique, que j’espérais me trouver moi-même. (pp. 35-36)
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