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EAN : 9782234087934
Éditeur : Stock (19/02/2020)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 27 notes)
Résumé :
Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.
En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible. 
Quand James Baldwin, qui ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  08 avril 2020
En l'espace de deux ans, environ, vingt-huit enfants dont l'âge varie de 7 ou 16 ans, ont été assassinés. le seul point commun : ils sont tous noirs, issus de familles pauvres. L'enquête piétine, on évoque au passage la main du Ku Klux Klan, dans cette ville du Sud, dont les dirigeants sont noirs. On n'envisage pas d'emblée que le tueur puisse être noir, jusqu'à ce que le FBI mette en évidence ce qu'il a appelé « un faisceau d'indices » et curieusement un homme noir est arrêté.
Mauvais endroit au mauvais moment ? il aurait été trouvé sur les lieux d'un des crimes mais pourquoi ? Tout ceci est un peu capillotracté car on va le juger en fait sur deux meurtres, en sous entendant qu'il est coupable des autres aussi, c'est tellement plus simple.
James Baldwin, appelé à se rendre à Atlanta va essayer de décortiquer l'histoire, en mettant en parallèle des notions fortes : les relations entre Blancs et Noirs, la déségrégation qui pour lui aurait été la solution plutôt que l'intégration. Il met en relation la pauvreté, qui est toujours dans les mêmes quartiers, et la manière dont ces enfants sont souvent dans la rue, car ils y sont mieux qu'à la maison, et non pour le plaisir de traîner la nuit.
Il pose la question de la culpabilité : est-on coupable d'office si l'on est noir ? est-ce que Wayne Williams est vraiment le meurtrier ou était-il temps de mettre un terme à ce drame pour calmer le jeu ? il est le coupable idéal car c'est un jeune homme peu agréable, arrogant, qui avait tendance à être violent avec ses parents : le mauvais garçon, qu'on n'a aucun scrupule à condamner d'office. (Même si d'autres meurtres ont été commis pendant son incarcération) …
Comment les jurés ont-ils peu le désigner coupable et le condamner sans véritable preuve ?Certes, je le répète, c'est le climat engendré par ces meurtres qui l'a conduit au banc des accusés. D'un point de vue judiciaire, il est accusé de deux assassinats. Et pourtant, il est présumé coupable de vingt-huit meurtres, pour lesquels il est jugé sans être inculpé !
James Baldwin revient, avec brio, sur l'esclavagisme, la manière dont s'est déroulée la période après l'abolition de l'esclavage, le poids de l'homme blanc dans l'exploitation des pauvres, les effets de la colonisation, la manière dont les différents présidents américains ont été élus, et sur quels critères, et surtout la manière dont ils ont envisagé le racisme et la lutte éventuelle à mener pour en venir à bout, dans ce pays où la violence est omniprésente et où les marchands d'armes sont tout puissants.
Il aborde aussi l'Afrique du Sud et l'Apartheid, et il n'aura pas eu la chance de connaître, de son vivant, Madiba président…
Autre question soulevée : les soldats noirs ont un comportement héroïque pendant les guerres, mais ils ne seront pas mieux considérés pour autant, ceci se retrouve aussi dans les guerres plus récentes (Afghanistan, Irak…) ils ont le droit de mourir en héros, mais s'ils reviennent ils doivent faire à nouveau profil bas, situation que l'on peut retrouver dans les pays colonisateurs.
Il évoque aussi la notion de communauté qui ne doit pas aboutir à une exclusion ou encore le fait que certains voudraient être des blancs et se comportent comme eux. Il compare aussi la situation à Harlem à celle d'Atlanta, rivant son clou au passage à « autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell bien trop complaisante à ses yeux.
Il y a longtemps que je voulais me plonger dans un texte de James Baldwin et je n'ai pas été déçue du voyage, sa démonstration est brillante, même si elle ne peut rien changer au cours des choses, l'affaire étant considérée comme résolue. le raisonnement de l'auteur est brillant, même si on n'est pas toujours totalement en accord avec lui. Afin de ne pas trop divulgâcher, j'ai choisi de limiter ma chronique aux éléments du discours de l'auteur qui m'intéressaient le plus, mais il évoque beaucoup d'autres thèmes tout aussi passionnants les uns que les autres.
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui m'ont permis de découvrir ce livre qui est toujours terriblement d'actualité et n'a pas pris une ride trente-cinq après avoir été publié pour la première fois. C'est le genre de livre qu'il faut déguster en prenant son temps et dont je pourrais parler pendant des heures, alors un conseil : si ce n'est pas déjà fait, lisez-le !
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Stockard
  17 mars 2020
Les faits, rapidement : Atlanta entre 1979 et 1981, au moins 28 enfants et adolescents de 7 à 17 ans sont assassinés, tous africain-américains. Pas de mobile apparent, pas de pistes, une enquête qui prend son temps avant de passer la seconde et finalement l'arrestation d'un certain Wayne Williams, 23 ans, peut-être coupable, peut-être pas mais qu'importe puisqu'il prend deux peines de perpétuité pour l'assassinat de deux adultes survenu dans la même période, n'écopant de rien pour les enfants tout en laissant planer une culpabilité qui ne fait de doute pour personne.
On voudrait accuser le racisme (et on aurait raison, les faits sont là) mais à l'instar de Reagan qui déclarait la « guerre à la drogue » quand on comprenait bien que le message sous-jacent était « guerre aux Noirs », Atlanta, ville du Sud, raciste et bigote a à cette époque un maire noir à sa tête, alors, du racisme ? Où ça ?
D'un autre côté, que Wayne Williams soit lui aussi Africain-américain peut-être considéré comme "normal". Pour Micki Pistorius, Robert Ressler, John Douglas et tous ceux qui se sont sérieusement penchés sur les meurtres en série, les serial killers dans leur grande majorité choisissent leurs victimes dans leur propre groupe ethnique.
Alors la discrimination et la haine dont cette affaire a pourtant toute l'apparence auraient pu passer sous les radars du racisme si James Baldwin ne s'était pas rendu lui-même sur place histoire d'y mener sa propre enquête et de nous livrer le résultat de ses recherches. Résultat sinistre mais malgré tout, tristement prévisible.
Donc malgré l'absence de preuves décisives et même si le tribunal ne le condamne pas pour le massacre des enfants, dans l'opinion publique, Wayne Williams est le seul et unique coupable. Fin de l'histoire.

James Baldwin à travers ce livre émettra d'emblée des doutes sur la culpabilité de Williams et si on accepte de s'y pencher un peu avec lui, vu comme cette affaire fût honteusement traitée, difficile de ne pas en avoir. Malgré cela, il n'exonèrera pas non plus Williams de toute accusation.
Peut-être Baldwin pensait-il en envisageant l'écriture de ce livre y mettre plus de sérieux que cette parodie de procès et donc réussir à trancher ce noeud gordien. Il n'en sera rien et ce qui devait être à la base un livre sur l'affaire en question va en profiter pour prendre d'autres directions, beaucoup d'autres.
Si, bien entendu, les meurtres d'Atlanta servent de fil rouge à cet essai, c'est avant tout d'Histoire, de société et de l'éternelle dichotomie Noirs-Blancs dont James Baldwin nous entretient en refaisant le chemin qui de petit bled bouseux a mené Atlanta à devenir la grande métropole qu'on sait, à l'intégration rendue impossible et au rêve américain qui s'apparente encore et toujours à un cauchemar pour les Noirs.
Deux ans d'assassinats sauvages, une arrestation quelque peu arbitraire et c'est toute l'histoire de l'Amérique qui se déroule pendant une parodie de procès dont on ne saura peut-être jamais si la culpabilité décrétée de Wayne Williams est avérée ou si ce pauvre gars "arrogant et mou" selon Baldwin s'est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment et surtout avec la mauvaise couleur de peau.
L'intérêt de ce livre est donc l'ingénieux entrelacement que tresse James Baldwin pour d'une part nous raconter l'affaire des meurtres d'Atlanta et d'autre part faire une critique virulente mais juste et justifiée de sa terre natale visant, au travers une écriture riche et incisive, à la dénonciation d'une société injuste et clivante, société qu'il ne connaissait que trop bien.
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Frederic524
  16 juillet 2020
James Baldwin a été, toute sa vie durant ,(il est mort en 1987) un ardent militant de la lutte pour les droits civiques, un opposant farouche au racisme anti-noir, il a lutté également pour la cause homosexuelle, c'était donc un homme de tous les combats que l'on qualifierait aujourd'hui de « progressistes ». « Meurtres à Atlanta » est son dernier livre paru en 1985, le titre original était « The evidence of things not seen » (« la preuve des choses non vues ») en référence à un extrait de l'Épître de Paul aux Hébreux. Dans cet essai, James Baldwin nous parle de l'affaire des meurtres d'Atlanta. Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants noirs furent retrouvés morts étranglés dans la ville d'Atlanta, aux États-Unis. Vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis. En juin 1981, un jeune homme noir, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C'est le suspect idéal. Il fût jugé et condamné à la prison à vie alors même que les preuves rassemblées pour démontrer sa culpabilité étaient infimes. Mais au delà de cette enquête, c'est la place de l'homme noir dans la société américaine qui est questionnée. Trente cinq ans ont passé et le mouvement “Black lives matter”, mouvement politique dans la communauté afro américaine qui milite contre le racisme qui sévit aujourd'hui encore contre les afro américain, poursuit ce combat anti-raciste. La mort de George Floyd rend ce livre incroyablement actuel car le racisme, décrit par James Baldwin, perdure malheureusement aux États-Unis. La question de cet essai n'est pas tant de savoir si Wayne Williams est coupable ou pas, mais il vise à questionner la place assignée par le peuple américain aux Noirs. C'est un texte fort, moderne, incisif, celui d'un homme révolté par les outrages subis par les hommes, femmes et enfants noirs pour leur couleur de peau. On ne peut qu'être touché par ce combat. La justice est questionnée, le système capitaliste libéral également. Je pense qu'il est utile de lire ce livre dont la réédition 35 ans après, correspond malheureusement à une réalité qui n'a que peu changé.
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Derfuchs
  03 mai 2020
Ce que je remarque en premier lieu en ouvrant ce livre c'est que le titre, plutôt, racoleur n'est en rien celui donné par l'auteur :
"The evidence of things not seen"
Ce que l'on pourrait traduire par :
"L'évidence des choses non vues"
C'est plus évident que penser qu'il s'agit d'un roman policier, même si il y a des morts, un homme arrêté et un jugement.
Pour faire court : un homme est accusé de deux meurtres et comme 28 enfants ont été assassinés, tout simplement, la police et la justice essaie de coller la totalité à ce bonhomme. On fait d'une pierre deux coups et on diminue les frais
Ah, j'oubliais, l'accusé est noir, les morts aussi.
Atlanta c'est en Géorgie, le sud des Etats Unis d'Amérique, pays de coton, si on voit ce que je veux dire.
"Georgia on my mind" dont chantait un certain...
Bref, l'auteur, journaliste pour ce "fait divers", emploie ce récit sous forme d'essai pour attirer l'attention de ses lecteurs sur la condition des noirs à cette époque. C'est à dire en 1985.
D'aucuns diraient que rien n'a beaucoup changé depuis lors. Peut-être pas tout à fait mais pas loin.
Baldwin met cette suprématie blanche au dessus de ces pauvres qui existent dans ce pays depuis bien longtemps et il n'hésite pas à faire des indiens, des chicanos et des noirs un ensemble qui ne trouve pas sa place dans la vie de cette nation.
Qui dirige, qui gouverne, qui dicte et fait la loi, qui la fait respecter : des blancs, depuis toujours et même si depuis l'espérance aura pris le visage d'un certain président ce n'était pas le cas à l'époque de l'écriture.
La plaidoirie de l'auteur pour cette, ces, communauté(s) passe bien avant ces meurtres et ce procès qui ne sont qu'un prétexte, un de plus à la persécution subie de mille façons par la communauté noire. Puisque c'est de ça dont on parle.
De fait n'y a t-il pas 8 jurés blancs pour 4 noirs?
Comme disait Bob Dylan : vous pouvez sortir vos mouchoirs, il est temps de pleurer.
Il fallait draguer la rivière pour savoir s'il n'y avait pas d'autres morts, aussi on a retrouvé un cadavre d'homme noir inconnu, puis un autre et encore un autre et ainsi de suite. Alors on a arrêté de draguer la rivière...
En 1996 Atlanta a organisé les jeux olympiques. Les visiteurs recevaient un plan de ville...coupé à la limite de la ville blanche! La ville noire ayant été purement supprimée. Mais c'est Mohamed Ali qui a allumé la flamme olympique, alors...
Il faut lire ce livre!
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belette2911
  30 août 2020
Entre 1979 et 1981, 28 enfants sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.
Petites précisions importantes pour ce qui va suivre : tous étaient noirs et tous étaient issus de familles pauvres.
Ça va mieux situer les choses de connaître l'origine sociale et "raciale" de ces gamins (je n'aime pas le mot "racial" mais il prend tout son sens lorsqu'on lit le roman de Baldwin).
Si ces gamins avaient Blancs et issus d'une classe sociale moyenne ou élevée, les autorités auraient mis le paquet dès le premier disparu ou dès le premier corps sans vie retrouvé.
Ici, l'enquête piétine, on en parle très peu, jusqu'à ce qu'un homme Noir (Wayne Williams) soit arrêté. Il est accusé du meurtre de deux adultes et pourtant, on va lui coller l'assassinat de ces gamins sur le dos, alors qu'aucune preuve ne vient étayer cette accusation.
Le voici donc présumé coupable de 28 morts en plus… Sans qu'il y ait eu arrestation pour ce chef d'accusation. Sans qu'il y ait des preuves concluantes qu'il ait assassiné ces 28 enfants. Un simulacre de procès aura lieu et le condamner "coupable" permettra de clore les dossiers et de les oublier ensuite. Bravo la justice…
Baldwin va utiliser cette affaire de meurtre et de simulacre de justice pour nous dresser un portrait peu flatteur de l'Amérique (qui est menteuse) et de la société Blanche qui la compose, qui prend les décisions, même si la ville d'Atlanta a un maire Noir. L'État est dirigé par des Blancs, le pays aussi.
La plume de Baldwin est trempée dans l'acide, il frappe dans les couilles de l'Amérique WASP (White Anglo-Saxon Protestant) qui se veut bien pensante, mais aussi dans celles de l'Europe. Il y met les formes mais certains auront besoin de glace posée sur les bijoux de famille pour atténuer la douleur.
Ce court roman/essai de 180 est bourré d'informations, de réflexions, d'Histoire et lorsqu'on arrive à la fin, on se retrouve un peu groggy tant on y a vu défiler de la misère, de la douleur, des peurs, du sang, de l'esclavage, Scarlett O'hara, de la ségrégation, des injustices…
L'intérêt du livre n'est pas tant de savoir si Wayne Williams est coupable ou pas, mais de voir comment la justice s'est arrangée avec les preuves, les témoignages, créant même un précédent dangereux.
Ce sera le fil rouge qui servira à Baldwin de faire un procès à charge contre l'Amérique, les Blancs, l'Europe, l'Angleterre et même la communauté Noire.
C'est un livre à lire et à relire, pour bien s'imprégner de tout ce que l'auteur écrit.

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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
StockardStockard   14 mars 2020
Si « le travail honnête et la magie du marché » – pour reprendre l'expression de notre honorable président-magicien, M. Reagan – étaient vraiment créateurs d'abondance, les Noirs américains seraient aujourd'hui parmi les peuples les plus riches de l'histoire de l'espèce humaine. Le travail honnête et la magie du marché : cette formule résume, à vrai dire, avec une terrible précision l'histoire noire américaine. Elle est la clef de notre tragédie permanente. Oui, c'est bel et bien sur le marché que nous avons été débarqués à notre arrivée en Amérique. Et notre existence légale commence ici avec la signature de notre maître sur l'acte de vente de notre chair-marchandise. Il est vrai, bien sûr, que de nombreux individus à la peau claire venus d'Europe (et parmi eux sans doute des ancêtres de plusieurs de nos présidents) sont arrivés dans ce pays dans des conditions similaires ; naufragés, criminels et dames s'enfuyant à Salt Lake City pour se marier. Mais ceux-là ont réussi assez vite à devenir blancs. Ils ont vu, au premier coup d'oeil, ce qui les attendait s'ils ne devenaient pas blancs. Et ils ont compris, d'une façon très concrète, où se trouvait le bon côté du manche !
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StockardStockard   21 mars 2020
Le monde se porterait à merveille si l'on supprimait toute publicité à la télévision. La pub à la télé a pour fonction de vous persuader que votre odeur (qu'on achète !), votre jean (qu'on achète !), vos cheveux (qu'on achète !), votre vin, votre whisky, votre Canada Dry, votre bourbon (qu'on achète !), votre Jaguar (qu'on achète !), votre diamant (qu'on achète, ça, c'est sûr), sans parler de votre dentifrice, de votre chewing-gum, de votre bière et de votre papier hygiénique (qu'on achète !), que toute cette pacotille fera de vous une créature sexuellement irrésistible. La pub est la racine même de ce que ce système, dont la vulgarité est sans bornes, appelle la pornographie. La pub est pornographique. Mais personne n'est prêt à s'en prendre à un marché qui brasse des milliards de dollars. Tout le monde a trop besoin de la poule aux oeufs d'or pour la tuer.
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StockardStockard   11 mars 2020
Ni le temps, ni les hommes, ni même le pardon divin ne pourront effacer ce qui s'est passé en Allemagne. La rupture du contrat social qui s'y produisit restera à jamais comme un des moments les plus abominables de l'histoire de l'espèce humaine. Elle a sonné le glas de la prétention de la morale judéo-chrétienne à une quelconque authenticité. Elle marque la fin de l'autorité morale du monde occidental. Oui, croyez-moi. L'Occident comprenait parfaitement le besoin de Lebensraum du chancelier allemand. Ce n'est que lorsque l'espace vital de l'Allemagne commença à empiéter sur celui des autres nations occidentales qu'elles s'opposèrent à l'expansion du Troisième Reich. L'élimination des dissidents, les autodafés, l'incarcération et le massacre des Tsiganes – les seuls « Noirs » que les nazis avaient sous la main –, des homosexuels et des Juifs n'ont provoqué dans le monde civilisé qu'un déluge de larmes de crocodile et un réexamen des accords commerciaux. Quand, enfin, l'Occident entra en guerre contre le monstre qu'elle avait elle-même créé, ce fut par autodéfense et pour nulle autre raison.
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StockardStockard   19 mars 2020
Ainsi, on trouve en Angleterre et en France, pour ne citer que ces deux pays, des colonialistes furieusement amers et qui ne se remettront jamais d'avoir été forcés de quitter le Kenya ou l'Algérie par exemple, rejetés par des peuples qu'ils prétendaient mépriser. Ils les méprisaient – et les méprisent encore – parce que seul le mépris pouvait justifier à leurs yeux les abus auxquels ils soumettaient ces êtres humains. Quelle vision effarante ces conquérants avaient de leur propre humanité et des possibilités humaines en général ! Qui a oublié comment l'Irlande fut violée et les Irlandais exterminés délibérément par la famine organisée afin que soient protégés les profits des marchands britanniques ? Cette civilisation a démontré qu'elle savait détruire les peuples plutôt que de les entendre, saccager les continents plutôt que d'en partager fraternellement les richesses. Elle est tout à fait capable de détruire la vie sur cette planète.
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StockardStockard   06 mars 2020
La plupart des femmes réussissent fort brillamment à survivre sans se laisser enfermer dans les définitions d'autrui. Elles ignorent tout simplement les catégories dans lesquelles on voudrait les enfermer lorsque celles-ci sont susceptibles de les menacer. Ou bien encore, elles trouvent parfois même une façon de les tourner à leur avantage. Et cela, peut-être, parce qu'elles ne rêvent pas. Mais les hommes ne sont pas aussi flexibles ou subtils. Un homme doit se battre pour sa virilité : c'est le minimum en deçà duquel il n'existe pas. C'est que l'homme ne dispose tout simplement pas des armes féminines. La mère doit nourrir ses enfants – c'est son minimum à elle. Et on peut dire qu'à un certain niveau elle ne peut se permettre de lésiner sur les moyens d'accomplir cette tâche. Mais lorsqu'un homme ne peut nourrir sa femme et ses enfants, il trouve impossible de se présenter, littéralement, devant eux. Comme le dit la chanson :

« Quand une femme a le blues, bon Dieu
Elle baisse la tête et ses larmes coulent
Mais quand un homme a le blues, bon Dieu
Il attrape le premier train qui roule. »
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Alain Mabanckou est romancier, poète et essayiste. Il est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages traduits dans de nombreuses langues, et a reçu en 2006 le prix Renaudot pour son roman "Mémoires de porc-épic". En 2016, il est titulaire de la chaire de création artistique au Collège de France. Né au Congo-Brazzaville, il a habité en France, et vit depuis le début des années 2000 aux États-Unis, où il enseigne la littérature d'expression française à UCLA. Dans "Rumeurs d'Amérique", il nous offre un journal de bord de son Amérique, au travers de saynètes et chroniques mêlant anecdotes intimes, expériences de vie et profondes réflexions.
Dans cette rencontre, autour de "Rumeurs d'Amérique", Alain Mabanckou nous parle notamment du mouvement Black Lives Matter, de l'écrivain James Baldwin, de la notion de temps mort au basket appliquée à l'écriture, et de la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes...
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/17002450-rumeurs-d-amerique-alain-mabanckou-plon
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairiedialogues FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues
À bientôt !
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