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Roger Pierrot (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253010677
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1975)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.9/5 (sur 362 notes)
Résumé :
La Cousine Bette est le récit d’une vengeance implacable, celle d’une vieille fille, Lisbeth Fischer, qui travaille à la destruction systématique d’une famille – sa famille. Le poison de jalousie et de haine qu’elle distille répand autour d’elle son venin mortifère ; la toile arachnéenne qu’elle tisse empiège ceux qui ont ouvert la boîte de Pandore de ses passions contrariées.
Nul ne sortira indemne de ce thriller réaliste, pas même le lecteur de Balzac, plon... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Cosaque
  05 décembre 2014
Avec ce roman Balzac poursuit son exploration de la société de son temps (et moi la mienne dans l'oeuvre De Balzac), en l'occurrence la bourgeoisie parisienne triomphante de la première moitié du 19e siècle. Si jusqu'à présent ce que j'ai lu de cet auteur avait toujours un aspect sombre et âpre, avec la Cousine Bette le portrait de l'humanité qu'il nous dresse est d'une noirceur désespérante. Dès l'ouverture, le ton est donné : un nouveau riche fier de sa réussite commerciale profite de la situation difficile dans laquelle se trouve une épouse fidèle pour tenter de l'acheter ; cette tentative n'est pas seulement dictée par un simple désir libidinal mais surtout par celui d'assouvir une vengeance sur le mari de la dame ainsi transformée en prostituée. Ce début m'a franchement surpris par la rapidité et la violence avec laquelle on se trouve jeté dans l'action. En outre cette introduction indique clairement quels seront les éléments moteurs du récit : sexe, argent, haine.
Tout le long de la lecture j'ai senti comme une urgence, une impatience à montrer les turpitudes qui se trament. Impression d'urgence accrue par le fait que l'histoire qui s'étale sur près de 500 pages n'est pas subdivisée, le roman est d'un seul tenant, il n'y a pas de pause. Je suis loin de connaître l'ensemble de l'oeuvre De Balzac, mais il semblerait que le fait de ne pas ménager d'étape dans la lecture soit une de ses caractéristiques, est-ce dû à la publication sous forme de feuilleton ? Je ne sais pas, mais quoi qu'il en soit le récit est haletant et comme fiévreux. Et de la fièvre, les personnages qui se démènent comme des âmes damnées dans cette histoire, en sont atteint. J'avais parfois le sentiment d'épier la vie d'un hôpital psychiatrique où les malades s'agitent poussés par des pulsions qui les dépassent.
Le plus bel exemple de ce type de personnage complètement possédé par un désir insatiable, c'est le baron Hulot d'Evry. Voilà un homme plutôt comblé par la vie et la société, qui va sacrifier fortune, position sociale, famille, honneur, santé physique et mentale pour satisfaire son appétit libidinal de jeunes femmes ; et plus on avance dans le roman et plus elles sont jeunes au point de se rapprocher de la pédophilie vers la fin. Malheureusement pour lui, la société qui est en train de se constituer en ce début de XIXe (et sous le régime de laquelle nous vivons toujours), est celle du marché, de l'offre et de la demande, ainsi sa tendance « pathologique » est donc encouragée car pécuniairement rentable, tant pis s'il se détruit, il est libre.
À toute demande sur le marché répond une offre appropriée, et c'est là qu'interviennent les femmes qui ont un capital physique exploitable dans le cadre d'une prostitution de luxe. D'une manière détaillée Balzac révèle le professionnalisme avec lequel les courtisanes parisiennes opèraient pour appâter le chaland dans toutes les occasions festives de la vie parisienne d'alors. le costume occupe certes une part importante de la mise en valeur du produit, mais à celui-ci doit s'ajouter le jeu du décolleté, de la bretelle glissante mais également du sourire et de l'oeillade. Balzac nous fait assister aux préparatifs de la principale courtisane (Valérie Marneffe) que nous suivons dans ce roman ; nous la voyons qui s'entraîne, à parfaire les mimiques qui feront mouche devant son miroir, avec une méticulosité et une compétence tout à fait impressionnante, digne des professionnels de la scène. Ces postures aguicheuses constituent une gestuelle technique qui ne fait que répondre à l'attente des hommes, elle ne correspond à aucune réalité intérieure, c'est une sorte de mécanique. Ce pauvre Baron Hulot succombe totalement au charme de cette enveloppe de femme, à l'instar de Nathanaël dans l'homme au Sable de Hoffmann qui tombe fou amoureux d'un automate de forme féminine. Si Hulot se laisse détruire par la terrible Valérie Marneffe, il en est d'autres qui savent négocier chaque clause de la prestation, s'établit ainsi un contrat commercial où chacune des parties trouve son intérêt.

Ce roman a par moment quelque chose qui le rapproche du documentaire dans le sens où il ne semble ne rapporter que des faits bruts. Il y a peu de digressions (sur la vertu, la femme, le vice, la religion...) qui interrompent le fil de l'action, à une exception notable en plein milieu du roman, subitement l'auteur apparaît, pour nous signifier qu'il existe et que derrière tous ces personnages qui s'agitent pour notre plaisir il y a quelqu'un qui s'épuise et souffre à leur insuffler vie.
« Un grand poète de ces temps-ci disant en parlant de ce labeur effrayant [l'écriture] : « Je m'y mets avec désespoir, je le quitte avec chagrin. Que les ignorants le sachent » ».
Remarque qui apparaît après deux pages sur la nécessité pour l'artiste de traquer l'inspiration, de la piéger pour l'obliger à se plier aux exigences d'une forme artistique, qu'elle soit poétique, littéraire, picturale ou sculpturale.
Pour le reste nous sommes dans l'action et uniquement dans celle-ci. Action qui peut prendre des tournures théâtrales ; la Cousine Bette fait la part belle aux dialogues. Certaines séquences m'ont fait penser à des scènes de vaudeville d'un Labiche ou d'un Courteline. Je pense notamment à l'épisode où Valérie Marneffe enceinte offre un repas aux cinq pères potentiels. Elle réussit le tour de force de faire en sorte que chacun d'entre eux se croient le géniteur de l'enfant qui va naître, ce qui donne une séquence où nos cinq cocus sont tout fiers de la naissance d'un mâle ; car en plus elle leur a fait croire, en se basant sur « des signes que seules les femmes sont capables de percevoir », que l'enfant à venir serait un garçon.

Les situations ont, dans cette oeuvre, plus d'importance que les personnages, car si nous voyons se dessiner le destin des individualités qui forment le noeud de l'intrigue, Balzac nous fait surtout le portrait d'un monde, d'une époque qui voit l'avénement d'un système qui s'il ne crée pas la folie humaine la favorise avec un cynisme consommé. Il nous donne à voir les débuts du capitalisme, et comment il agit sur les mentalités. C'est ainsi que nous voyons des individus se transformer volontairement en produits de consommation. Quant à ceux qui ne parviennent pas à s'insérer dans l'engrenage de l'offre et de la demande, soit parce qu'ils sont intoxiqués et totalement dépendant d'un produit comme le baron Hulot soit parce qu'ils sont trop dignes, nobles ou simplement conscients de leur humanité comme la Baronne Hulot, ils sont détruits ou réduits à la folie. Destruction mentale qui est particulièrement sensible dans la confrontation entre Crevel (archétype du nouveau riche, brutal et content de lui) avec la Baronne Hulot (femme intègre, pleine d'espérance et si naïve). Pour sauver un membre de sa famille la baronne accepte finalement de s'offrir à Crevel contre monnaie sonnante et trébuchante, seulement Crevel ayant déjà une maîtresse qui le satisfait pleinement refuse l'offre de la Baronne. Toutefois il essaie de trouver une solution pour sortir la baronne de ce mauvais pas, en lui proposant un « plan ». Il connaît un ami financièrement bien pourvu mais qui trop fraîchement débarqué de sa province n'a pas eu le temps d'acquérir la maîtresse de premier choix qui correspondrait au standing de vie parisienne auquel il peut prétendre, madame Hulot pourrait éventuellement faire l'affaire. Accepter de se vendre à un homme qu'elle connaissait était déjà un viol qu'elle s'imposait, mais qu'en outre elle se voit d'abord rejetée puis reléguée au statut de marchandise, est une humiliation si violente qu'elle provoque une commotion nerveuse qui laissera des traces (un tremblement nerveux du bras droit) jusqu'à sa mort. Ce qui il y a de remarquable dans cette scène, c'est l'incrédulité de Crevel devant la réaction de la Baronne, il n'a rien compris, il pensait simplement rendre un petit service en facilitant une transaction tout ce qu'il y avait de rentable : un bon plan, un tuyau. Cette scène est d'une cruauté assez rare, elle pourrait figurer dans un roman noir tout ce qu'il y a de plus trash.

La cousine Bette est une oeuvre d'une actualité brûlante par la logique du cynisme marchand qui nous est révélée dans toute sa crudité. Cet ouvrage pourrait aisément être réactivé dans une adaptation cinématographique mais transposée à notre époque. Balzac a signé il y a moins de 170 le scénario d'un film toujours atrocement contemporain.
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Allantvers
  04 juillet 2017
Sans doute est-ce parce que la version que j'ai lue n'était pas découpée en courts chapitres, plus rythmés qu'une lecture au long court : le démarrage, passé la première scène d'une violence dramaturgique époustouflante, fut un peu poussif. Mais une fois passés les premiers écueils et entrée dans les pleines eaux du récit, plus les turpitudes de la maison Hulot dégénèrent, plus elles m'ont enjaillée !
Ce n'est pourtant pas la cruauté qui manque à cet aéropage bourgeois en devenir ou en déclin, et la cousine Bette est loin d'être la pire. Elle a fini par me plaire cette vieille fille spoliée, aigrie et frustrée mais incroyablement calculatrice et maîtresse d'elle-même. Ruminant sa vengeance sur de longues années, elle aura finalement eu peu à faire pour pousser au vice ceux-là qui ne demandaient pas mieux, du baron Hulot poussé dans les bras d'une jeune cocotte méthodique qui gère en administratrice de biens ses multiples amants, à son gendre polonais, arraché des griffes de Bette pour la bonne fortune de la famille Hulot et tombé aussitôt, poussé par Bette, dans les rets de la jeunette ; sans compter l'arriviste Crevel pour qui tout s'achète, la vertu de la baronne, le prestige des titres et la jouissance des plaisirs.
Inexorablement la famille tombe dans la déchéance, et l'on regrette presque pour Bette le retournement final qui lui ravit son triomphe.
On parle beaucoup d'argent et on porte beaucoup de masques : nous sommes bien chez Balzac, que je connais encore trop peu et dont j'ai bien envie de découvrir d'autres peintures de la comédie humaine pour explorer, en contrepoint de Zola que je connais mieux, le 19ème siècle dans sa première moitié.
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Woland
  29 octobre 2011
Oh ! le beau mélo ! Sans rire, on se croirait chez l'incroyable et ébouriffant Ponson du Terrail. Jugez vous-même : une épouse fidèle (baronne Adeline Hulot d'Ervy) mais trompée de façon infâme par son mari, une espèce de vieux beau qui ruine sa famille et provoquera plus tard la mort de la digne épouse (baron Hulot d'Ervy) ; leur fille (Hortense), jeune personne "sage" et présentée comme bonne qui s'empresse de "voler" sans vergogne à sa cousine, la fameuse Bette du titre, l'homme dont celle-ci lui a pourtant avoué être amoureuse ; l'"Amoureux" en question (comte Wenceslas Steinbok), un noble polonais émigré et tombé dans la misère doublé d'un artiste-graveur exceptionnel ; un rival du baron dans le monde libertin (Célestin Crevel) qui, pour se venger de Hulot, lequel lui a pris une jeune maîtresse, entend se faire payer en nature tôt ou tard par la malheureuse Adeline ; une petite bourgeoise affairiste (Valérie Marneffe) qui s'empresse de tomber dans les bras du volage baron afin d'améliorer son ordinaire personnel et, au passage, celui de son maquereau de mari ; un beau baron brésilien (baron Montès) dont la jalousie, bafouée par Valérie, se retournera de façon horrible contre celle-ci et son époux ; et puis, bien sûr, la cousine Bette (Lisbeth Fisher), tour à tour admirable et monstrueuse, un cerveau rendu machiavélique par les injustices subies au nom de sa laideur et de sa pauvreté, et qui mènera presque la famille Hulot d'Ervy et surtout sa cousine, Adeline, à l'abîme avec, il est vrai, l'aide puissante de la Marneffe.
Oh ! oui ! Ponson du Terrail n'aurait pas fait mieux question mélo - et pourtant, il s'y connaissait !
Et pourtant, voyez-vous, "La Cousine Bette" est un fabuleux roman, l'un des meilleurs selon nous De Balzac. La grâce et la fougue du génie s'y révèlent sans effort, transformant ce qui est, effectivement, au départ, un horrible mélo en un drame qui vous étreint le coeur. Certes, comme d'habitude, on regrettera quelques égarements du style - mais on était dans la première moitié du XIXème siècle et le Romantisme régnait en maître - mais on n'est pas près d'oublier ni la flamboyante, subtile - et complètement détraquée - Valérie Marneffe, ni cette énigme, tour à tour émouvante et hideuse, que restera la cousine Bette. Eût-elle eu un peu plus d'amour dans son enfance qu'elle ne serait pas morte désespérée par une vengeance qui lui échappait.
Quant à la fin réservée au baron, cet infâme vieux beau à qui l'on est en droit de préférer un Crevel - eh ! oui ! - ce vil remariage avec une servante-maîtresse après la mort, causée par le chagrin, de sa première épouse, elle est d'une justesse et d'un cynisme en tous points remarquables.
Une fois encore, on ne peut que constater l'incroyable compréhension de la nature féminine qui était celle De Balzac. Car, à y bien regarder, il arrive que le lecteur (la lectrice ?) se laisse émouvoir par Mme Marneffe et par son amie Bette. Il y a, dans ces deux femmes, si pervers que soient leurs actes, une volonté de rébellion qui n'est que la conséquence de la façon dont les hommes et la société les considèrent. C'est en cela que Balzac est précieux et unique, chez les écrivains mâles de son époque. ;o)
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filippo
  16 mai 2017
Il y a beaucoup plus de génie dans La Cousine Bette qu'il n'y paraît au premier abord. C'est l'un des premiers Balzac que j'ai lu - par opposition au Cousin Pons qui est l'un des derniers - et j'en garde un impérissable souvenir.
La Cousine Bette - comme l'indique son titre - c'est d'abord un roman de personnages. Et ils sont réussis dans les moindres détails : Balzac parvient, une fois encore, à croquer d'irrésistibles caractères, que ce soit dans le jeune sculpteur ingénu, la femme éplorée et soumise, le mari luxueux et débonnaire, l'arriviste aux dents de scie, et surtout - dans un des plus vertigineux portraits de notre littérature - la grande Bourgeoise au sourire sanglant qui dévore petit à petit tout ce monde. Et derrière tout cela, se dissimulant sous un masque hypocrite qui ne s'effritera jamais, se tient la plus bouleversante des anti-héroïnes de la Comédie Humaine.
Jugez si avec de tels ingrédients on ne peut pas tirer une oeuvre !
La pluralité des thèmes de la critique est aussi intéressante. On retrouve avec plaisir le critique d'art du Chef-d'oeuvre inconnu, qui cette fois-ci explore le monde très peu étudié de la sculpture, tandis que le terrible usurier de la Maison Nucingen dissèque une nouvelle fois les rouages de la finance française au XIXème siècle. La Beauté, au centre de ce Paris très bipolaire, oscillant entre les bas-quartiers où réside Marneffe et l'apanage de luxe dans lequel se roule allègrement Hulot, et, en contre-pied, la vieillesse et l'impuissance de ses personnages qui peinent à se faire vraiment aimer. Il y a du bon dans ces victimes qui triomphent sans même le savoir sur leurs ennemis, mais ils sont encore plus méprisables, et je regrette presque la déconfiture finale - le mécanisme impitoyable de la Cousine Bette aurait pu ne pas s'effondrer.
Une autre chose que je m'étonne que l'on ait pas soulignée, c'est la lenteur avec laquelle le ménage Hulot s'effondre, je veux dire par là, la lenteur avec laquelle Bette parvient à satisfaire sa vengeance. C'est là que le roman est vraiment jubilatoire, à mon sens : cette délicatesse et cette douceur dans l'anéantissement ont tout des éloges donjuanesques.
Le seul regret que j'éprouve, c'est de voir à quel point cette oeuvre est excentrée des autres. Il n'y a pas beaucoup de personnages reparaissants, et des thèmes de la Comédie, comme l'animalisme ou l'Etude de Paris au regard de la province, sont vraiment non-traités. Pour le dernier roman De Balzac, c'est sûr que j'aurais préféré un grand tableau qui mettrait en scène tous ses personnages importants - comme on vient saluer après un spectacle. Ne serait-ce pas là le meilleur moyen de clôturer la COMEDIE humaine ?
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ladyoga
  12 juillet 2015
Un vrai chef d'oeuvre ! Je ne me suis décidée à démarrer ce Balzac que pour soutenir mon fils dans cette lecture obligatoire ! Je ne peux que le remercier puisque sans lui jamais je n'aurais eu envie de me plonger dans Balzac en été...
Me voilà bien réconciliée avec ce grand écrivain et tant mieux.
Le roman a été publié en 1846 sous forme de feuilletons et a connu un bon succès. Bien mérité à mon humble avis.
Imaginez, 132 chapitres, plus de 500 pages... Des chapitres très courts qui donnent un rythme frénétique au roman. Que de péripéties et de rebondissements ! Très souvent j'ai eu l'impression d'être dans une pièce de théâtre. le lecteur ressent même le besoin de souffler de faire une pause mais non il est embarqué immédiatement et ne peut respirer qu'en tournant la dernière page, après une ultime surprise dans les derniers paragraphes...
Bref un très bon moment de lecture dans le milieu parisien, petits-bourgeois du 19 ème siècle. Je ne suis pas prête d'oublier le baron Hulot ni sa sainte baronne.
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Citations & extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   07 février 2012
[...] ... En examinant les fenêtres de sa nouvelle belle, [Hulot a déjà aperçu Mme Marneffe mais sans lui parler] le baron aperçut le mari qui, tout en brossant sa redingote lui-même, faisait évidemment le guet et semblait attendre quelqu'un sur la place. Craignant d'être aperçu puis reconnu plus tard, l'amoureux baron tourna le dos à la rue du Doyenné, mais en se mettant de trois-quarts afin de pouvoir y donner un coup d'oeil de temps en temps. Ce mouvement le fit rencontrer presque face à face avec madame Marneffe qui, venant des quais, doublait le promontoire des maisons pour retourner chez elle. Valérie éprouva comme une commotion en recevant le regard étonné du baron, et elle y répondit par une oeillade de prude.

- "Jolie femme !"s'écria le baron, "et pour qui l'on ferait bien des folies !

- Eh ! monsieur !" répondit-elle en se retournant comme une femme qui prend un parti violent. "Vous êtes bien monsieur le baron Hulot, n'est-ce pas ?"

Le baron, de plus en plus stupéfait, fit un geste d'affirmation.

- "Eh ! bien, puisque le hasard a marié deux fois nos yeux, et que j'ai le bonheur de vous avoir intrigué ou intéressé, je vous dirai qu'au lieu de faire des folies, vous devriez bien faire justice ... Le sort de mon mari dépend de vous.

- Comment l'entendez-vous ?" demanda galamment le baron.

- "C'est un employé de votre direction, à la Guerre, division de monsieur Lebrun, bureau de monsieur Coquet," répondit-elle en souriant.

" - Je me sens disposé, madame ... madame ?

- Madame Marneffe.

- Ma petite madame Marneffe, à faire des injustices pour vos beaux yeux ... J'ai dans votre maison une cousine, et j'irai la voir un de ces jours, le plus tôt possible, venez m'y présenter votre requête.

- Excusez mon audace, monsieur le baron ; mais vous comprendrez comment j'ai pu oser parler ainsi, je suis sans protection.

- Ah ! ah !

- Oh ! monsieur, vous vous méprenez," fit-elle en baissant les yeux.

Le baron crut que le soleil venait de disparaître.

' - Je suis au désespoir mais je suis une honnête femme," reprit-elle. "J'ai perdu, il y a six mois, mon seul protecteur, le maréchal Montcornet.

- Ah ! vous êtes sa fille.

- Oui, monsieur, mais il ne m'a jamais reconnue.

- Afin de pouvoir vous laisser une partie de sa fortune.

- Il ne m'a rien laissé, monsieur, car on n'a pas trouvé de testament.

- Oh ! pauvre petite, le maréchal a été surpris par l'apoplexie ... Allons, espérez, madame, on doit quelque chose à la fille de l'un des chevaliers Bayard de l'Empire."

Madame Marneffe salua gracieusement et fut aussi fière de son succès que le baron l'était du sien.

- "D'où diable vient-elle si matin ?" se demanda-t-il en analysant le mouvement onduleux de la robe auquel elle imprimait une grâce peut-être exagérée. "Elle a la figure trop fatiguée pour revenir du bain, et son mari l'attend. C'est inexplicable et cela donne beaucoup à penser. ... [...]
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AllantversAllantvers   30 juin 2017
- Vous voilà comme je vous veux mon enfant, dit-elle en le regardant avec ivresse.
La vanité chez nous tous est si forte, que Lisbeth crut à son triomphe. Elle éprouva la plus vive émotion de sa vie, elle sentit pour la première fois la joie inonder son coeur.
- Je suis engagé, répondit-il, et j'aime une femme contre laquelle aucune autre ne peut prévaloir. Mais vous êtes et vous serez toujours la mère que j'ai perdue.
Ce mot versa comme une averse de neige sur ce cratère flamboyant. Lisbeth s'assit, contempla d'un air sombre cette jeunesse, cette beauté distinguée, ce front d'artiste, cette belle chevelure, tout ce qui sollicitait en elle les instincts comprimés de la femme, et de petites larmes aussitôt séchées mouillèrent pour un moment ses yeux. Elle ressemblait à ces grêles statues que les tailleurs d'images du moyen âge ont assises sur des tombeaux.
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LydiaBLydiaB   04 mai 2010
Au moment où la cousine Bette, la plus habile ouvrière de la maison Pons, où elle dirigeait la fabrication, aurait pu s’établir, la déroute de l’Empire éclata. L’olivier de la paix que tenaient à la main des Bourbons effraya Lisbeth, elle eut peur d’une baisse dans ce commerce, qui n’allait plus avoir que quatre-vingt-six au lieu de cent trente-trois départements à exploiter, sans compter l’énorme réduction de l’armée. Epouvantée enfin par les diverses chances de l’industrie, elle refusa les offres du baron, qui la crut folle. Elle justifia cette opinion en se brouillant avec M. Rivet, acquéreur de la maison Pons, à qui le baron voulait l’associer, et elle redevint simple ouvrière.

La famille Fischer était alors retombée dans la situation précaire d’où le baron Hulot l’avait tirée.

Ruinés par la catastrophe de Fontainebleau, les trois frères Fischer servirent en désespérés dans les corps francs de 1815. L’aîné, père de Lisbeth, fut tué. Le père d’Adeline, condamné à mort par un conseil de guerre, s’enfuit en Allemagne, et mourut à Trèves, en 1820. Le cadet, Johann, vint à Paris implorer la reine de la famille, qui, disait-on, mangeait dans l’or et l’argent, qui ne paraissait jamais aux réunions qu’avec des diamants sur la tête et au cou, gros comme des noisettes et donnés par l’empereur Johann Fischer, alors âgé de quarante-trois ans reçut du baron Hulot une somme de dix mille francs pour commencer une petite entreprise de fourrages à Versailles, obtenue au ministère de la Guerre par l’influence secrète des amis que l’ancien intendant général y conservait.
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WolandWoland   07 février 2012
[...] ... Ces malheurs de famille, la disgrâce du baron Hulot, une certitude d'être peu de chose dans cet immense mouvement d'hommes, d'intérêts et d'affaires, qui fait de Paris un enfer et un paradis, domptèrent la Bette. Cette fille perdit alors toute idée de lutte et de comparaison avec sa cousine [Adeline Hulot], après en avoir senti les diverses supériorités ; mais l'envie resta cachée dans le fond du coeur, comme un germe de peste qui peut éclore et ravager une ville, si l'on ouvre le fatal ballot de laine où il est comprimé. De temps en temps, elle se disait bien : "- Adeline et moi, nous sommes du même sang, nos pères étaient frères, elle est dans un hôtel et je suis dans une mansarde." Mais, tous les ans, à sa fête et au jour de l'An, Lisbeth recevait des cadeaux de la baronne et du baron ; le baron, excellent pour elle, lui payait son bois pour l'hiver ; le vieux général Hulot [frère du baron] la recevait un jour à dîner, son couvert était toujours mis chez sa cousine. On se moquait bien d'elle mais on n'en rougissait jamais. On lui avait enfin procuré son indépendance à Paris, où elle vivait à sa guise.

Cette fille avait en effet peur de toute espèce de joug. Sa cousine lui offrait-elle de la loger chez elle ? ... Bette apercevait le licou de la domesticité ; maintes fois, le baron avait résolu le difficile problème de la marier ; mais, séduite au premier abord, elle refusait bientôt en tremblant de se voir reprocher son manque d'éducation, son ignorance et son défaut de fortune ; enfin, si la baronne lui parlait de vivre avec leur oncle et d'en tenir la maison à la place d'une servante-maîtresse qui devait coûter cher, elle répondait qu'elle se marierait encore bien moins de cette façon-là.

La cousine Bette présentait dans les idées cette singularité qu'on remarque chez les natures qui se sont développées fort tard, chez les Sauvages qui pensent beaucoup et parlent peu. Son intelligence paysanne avait d'ailleurs acquis, dans les causeries de l'atelier [la cousine Bette est une ancienne ouvrière en passementerie d'or et d'argent de la Maison Pons], par la fréquentation des ouvriers et des ouvrières, une dose du mordant parisien. Cette fille, dont le caractère ressemblait prodigieusement à celui des Corses, travaillée inutilement par les instincts des natures fortes, eût aimé à protéger un homme faible ; mais à force de vivre dans la capitale, la capitale l'avait changée à la surface. Le poli parisien faisait rouille sur cette âme vigoureusement trempée. Douée d'une finesse devenue profonde, comme chez tous les gens voués à un célibat réel, avec le tour piquant qu'elle imprimait à ses idées, elle eût paru redoutable dans toute autre situation. Méchante, elle eût brouillé la famille la plus unie. ... [...]
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PiertyMPiertyM   20 juin 2017
Les sentiments nobles poussés à l'absolu produisent des résultats semblables à ceux des plus grands vices. Bonaparte est devenu l'empereur pour avoir mitraillé le peuple à deux pas de l'endroit où Louis xvi a perdu la monarchie et la tête pour n'avoir pas laissé verser le sang dun monsieur Sauce.
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