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Pierre Barbéris (Autre)
ISBN : 207036951X
Éditeur : Gallimard (27/05/1977)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.63/5 (sur 243 notes)
Résumé :
Un des mythes fondateurs de l'histoire de la condition féminine. Avec La Femme de trente ans, le thème immémorial de l'émancipation des femmes sort de la fable ou de l'illusion comique pour s'insérer dans le contexte de la société libérale issue de la révolution de 1830. La liberté politique, c'est aussi, pour la femme jusque-là enfermée dans ses devoirs d'épouse et de génitrice, le droit à l'indépendance morale et au désir. «À trente ans,» l'héroïne de Balzac décou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  26 juillet 2013
'La femme de trente ans' a été pour moi une découverte de l'univers balzacien, ou presque. Une belle découverte, assurément, assortie quand même de pas mal de surprises.
En fait, à part 'La cousine Bette' que ma cousine, justement, m'avait offert un Noël il y a bien longtemps et qui m'avait, à mon grand étonnement, beaucoup plu, je n'ai jamais rien lu De Balzac. Pas envie, drôles de titres, trop classique, sûrement ennuyeux... voilà tout ce qu'il m'inspirait. Jusqu'à ce que je lise la biographie comparée écrite par Zweig : Balzac, Dostoievski, Dickens, Trois maîtres. Cette description de l'écrivain Balzac comme artisan besogneux cherchant jusqu'à l'obsession à caractériser les archétypes humains m'a mise en appétit... et j'ai encore faim De Balzac après 'La femmes de trente ans' !
En fait, 'La femme de trente ans' est un livre un peu bizarre, plein de trous, d'invraisemblances et de changements de ton. Cela s'explique par son histoire : les 6 chapitres étaient au départ 6 textes complètement indépendants, ayant simplement en commun un même thème, celui de la femme passionnée et des difficultés qu'elle peut rencontrer... C'est apparemment pour des raisons pratiques de volume déjà composé que Balzac les a rassemblés, en changeant juste les noms des héros ! Étonnant, non ? C'est en tout cas le genre d'anecdotes qui me fait aimer un livre malgré ses petits défauts.
Il y a en revanche une grande unité au sein de chaque chapitre, correspondant peu ou prou à chaque âge de la vie d'une femme : la jeune fille en fleur, la femme de trente ans, la vieillarde (je cite), l'épouse, la maîtresse, la mère... Les portraits successifs sont frappants de justesse et de précision, et prennent à rebours les clichés et la morale de l'époque. Là, on est pile dans ce que j'attendais et espérais De Balzac... mais en mieux !
Bref, je suis tout à fait d'accord avec la thèse du livre, à savoir que 'La femme de trente ans' est bien plus passionnante qu'elle n'en a l'air...
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jeunejane
  19 mai 2017
Balzac situe son roman en 1813.
Julie s'éprend de son cousin, Victor d'Aiglemont, un officier , cavalier dans l'armée de Napoléon.
C'est un bellâtre, égoïste mais l'amour est aveugle.
Elle arrache le consentement de son père et se marie.
C'est la grosse déception.
En plus, elle ne trouve aucun plaisir dans l'acte sexuel et se confie à sa tante.
Julie réalisera un amour platonique avec un Anglais , toutefois avec une fin tragique.
Julie s'enferme dans un deuil où elle se complaît dans sa tristesse.
Ensuite, elle rencontrera un homme de trente ans et devient une "femme" consciente de son corps et maître d'elle-même.
Du moins c'est comme cela que je la perçois par ma lecture.
"La femme de trente ans" fait partie des premiers tomes de "La comédie humaine" consacrés aux scènes de la vie privée.
Balzac présente la femme comme un être assez libre finalement.
Je l'ai relu en lecture rapide, un peu en mémoire de ma mère qui appréciait beaucoup ce roman.

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missmolko1
  17 octobre 2014
"La femme de trente ans" est ma première rencontre avec Balzac. Une première lecture de l'auteur qui j'en suis certaine ne sera pas la dernière car j'ai beaucoup aimé son style et son écriture.
C'est un roman en tout cas assez déstabilisant car les diverses parties sont toutes assez différentes et sans forcement de transitions. Il semblerait que l'auteur est d'abord choisi d'écrire des nouvelles correspondantes aux divers ages des femmes et que finalement soit né ensuite l'idée du roman.... C'est un élément a prendre en compte et qui aide beaucoup a la compréhension et a l'approche de l'oeuvre.
On suit l'existence de Julie d'Aiglemont, elle est adolescente quand s'ouvre l'oeuvre et le livre se referme a sa mort. Entre temps elle découvre l'amour, la déception de la vie conjugale, les amants, la maternité.... Ces différents thèmes sont très bien traités par l'auteur et le roman est vraiment passionnant, quoique peut-être un peu déprimant. Il faut bien sur imaginer a cette époque et se mettre dans le contexte.
En tout cas, c'est un roman que je conseille et pour ceux qui prennent peur a la vue des classique, celui-ci se lit très bien et est très abordable. Quand aux amoureux de belles lettres et de classique, celui-ci ne vous décevra pas !

Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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AMR
  30 janvier 2018
Quel plaisir de reprendre mes lectures de la Comédie Humaine, beaucoup délaissées depuis mars 2017 pour cause de PAL vertigineuse ! Comment ai-je pu me laisser déborder au point d'abandonner cet auteur ?
Dans La Femme de trente ans, je retrouve d'abord un contexte historique, entre gloire et chute napoléoniennes autour du parcours de Victor d'Aiglemont, colonel sous l'empire, puis pair de France avec le retour des Bourbons… et surtout, encore une fois, je découvre un magnifique portrait de femme et suis subjuguée par le travail De Balzac sur la psychologie féminine.
Balzac réussit ici à nous conter les déboires conjugaux d'une jeune fille peu avertie des choses de la vie, élevée avec amour par son père sans présence maternelle ou féminine, qui découvre qu'il ne suffit pas d'épouser un homme dont elle est éprise pour connaître le bonheur dans le mariage. Son époux est avant tout un militaire, plutôt rustre et maladroit dans l'intimité et de surcroit pas très intelligent. Que Balzac décrive admirablement la manière dont l'épouse veille sur la carrière de son mari ne nous étonne nullement, convaincus que nous sommes toutes et tous de son grand talent pour parler des moeurs de la société de son temps… Là où cet écrivain se révèle particulièrement " bluffant ", c'est dans son approche de l'intimité féminine : tout est dit à mots couverts, tout est suggéré tout en finesse… Julie d'Aiglemont n'est pas heureuse : les rapports sexuels lui font mal, elle souffre physiquement et moralement en se soumettant au devoir conjugal. En proie à ce que nous appellerions aujourd'hui une grosse dépression, elle n'arrive pas non plus à développer son instinct maternel ; " ni l'esprit de famille ni l'esprit religieux ne [la] touchent ". Bien souvent, ses réflexions désabusées traduisent un regard incisif sur la condition des femmes ; ainsi, elle qualifie le mariage de " prostitution légale ".
Ce roman, bien qu'intitulé La Femme de trente ans couvre toute la vie de Julie, depuis l'éveil amoureux, son triste mariage, ses passions coupables et sa mort en proie à l'inquiétude pour sa fille préférée, Moïna ; la boucle est alors bouclée puisque la jeune femme risque fort de se perdre dans les mêmes erreurs que sa mère, en cédant à de coupables passions. Balzac analyse les différentes nuances de l'amour maternel en se focalisant sur les relations mère-filles.
Encore une fois, je suis tentée de faire une " lecture féministe " De Balzac… En effet, ce roman porte un titre qui rappelle aussi le lectorat contemporain de cet auteur, en majorité constitué de bourgeoises trentenaires malheureuses en amour ou en ménage, qui retrouvaient une illustration de leurs frustrations par le biais du roman.
Je me plonge avec délice dans les grandes descriptions de défilés militaires ou de paysages, qui même si elles allongent le récit ne l'alourdissent jamais car elles recréent une ambiance, un décor. de plus, Balzac alterne les passages descriptifs et les péripéties romanesques : à ce propos, la fin de la première partie, digne d'un vaudeville, puis les deux rencontres, le combat naval et les retrouvailles de la cinquième partie relancent avec brio une trame narrative qui s'étirait un peu en longueur.
Un narrateur intra diégétique intervient directement dans le récit de la quatrième partie, intitulée " le Doigt de Dieu " et ce JE intempestif est là pour relater et éclairer d'une lueur moralisatrice un évènement important. Balzac se veut-il et se fait-il ici juge de la conduite de son héroïne au point qu'il se fasse témoin impuissant de son malheur ?
Enfin, quel plaisir de retrouver des personnages déjà rencontrés depuis le début de ma lecture in extenso de la Comédie humaine, notamment Victor d'Aiglemont, brièvement apparu dans La Maison du chat qui pelote et le nom de Vandenesse, dont les membres de la famille apparaissent de manière récurrente dans cette immense saga.
Parmi les choses qui m'ont étonnée et un peu gênée figure la différence de traitement entre les " premières fautes " longuement décrites alors que Julie résiste pourtant à sa passion adultère pour Arthur, le jeune lord anglais et la manière dont ensuite plusieurs années passent très vite, à peine marquées par les naissances de trois enfants, fruits de ses amours coupables avec Charles de Vandenesse. En outre, les passages très " romanesques " comme l'enlèvement d'Hélène et les retrouvailles avec son père, puis sa mère sont des épisodes un peu plaqués qui mériteraient un effet de transition par rapport au reste du récit.
Mais ça reste du Balzac, même si je ne mets pas ce roman dans mes préférés ou mes coups de coeur…
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PiertyM
  03 avril 2014
La bourse: Une histoire d'amour troublante et surprenante!
Un jeune peintre Hypolithe Schinner se réveille dans les bras d'une beauté nommée Adélaïde après un évanouissement survenu dans son atelier. Adélaïde et sa mère la baronne Rouville vivent au quatrième niveau au dessus de l'atelier du peintre.
Aussi vite, amoureux de la jeune fille il se rendra chaque soir chez ses voisines vivant apparemment dans la pauvreté mais curieusement elles ont des allures plus ou moins bourgeoises. plusieurs questions préoccupent le peintre: Pourquoi le comte Kergarouët vient-il chaque soir y perdre de l'argent dans une partie de jeu? Pourquoi entretient-il un lien particulier avec ces deux dames? Pourquoi une forte calomnie poursuit ces deux femmes?...
Et quand il va perdre sa bourse dans cette maison, soupçonnant les deux femmes de l'avoir volée, ses sentiments subiront une affliction indéniable. Il cherchera à prendre le dessus sur son amour afin de parvenir à oublier ces deux dames mais il n'y parvient pas. Aussi pense-il convertir la belle voleuse par la force de l'amour...une tache bien lourde et persqu'incertaine quant à son aboutissement.
Quelques jours plus tard, lorsqu'il revient voir ses deux voisines, il est surpris de voir Adélaïde toute changée désagréablement comme si elle avait été malade...mais ça ne sera pas la seule surprise de sa soirée...
Une histoire bien contée, on ne s'ennuie pas, la transformation des passions ds personnages se ressent aussi naturellement! Un très beau livre!
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Citations et extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
AMRAMR   30 janvier 2018
Néanmoins M. D'Aiglemont était modeste au logis, il y sentait instinctivement la supériorité de sa femme, quelque jeune qu'elle fût ; et, de ce respect involontaire, naquit un pouvoir occulte que la marquise se trouva forcée d'accepter, malgré tous ses efforts pour en repousser le fardeau. Conseil de son mari, elle en dirigea les actions et la fortune. Cette influence contre nature fut pour elle une espèce d'humiliation et la source de bien des peines qu'elle ensevelissait dans son coeur. D'abord, son instinct si délicatement féminin lui disait qu'il est bien plus beau d'obéir à un homme de talent que de conduire un sot, et qu'une jeune épouse, obligée de penser et d'agir en homme, n'est ni femme ni homme, abdique toutes les grâces de son sexe en en perdant les malheurs, et n'acquiert aucun des privilèges que nos lois ont remis aux plus forts. Son existence cachait une bien amère dérision. N'était elle pas obligée d'honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui, pour salaire d'un dévouement continu, lui jetait l'amour égoïste des maris, ne voyait en elle que la femme, ne daignait ou ne savait pas, injure tout aussi profonde, s'inquiéter de ses plaisirs, ni d'où venaient sa tristesse et son dépérissement ? Comme la plupart des maris qui sentent le joug d'un esprit supérieur, le marquis sauvait son amour-propre en concluant de la faiblesse physique à la faiblesse morale de Julie qu'il se plaisait à plaindre en demandant compte au sort de lui avoir donné pour épouse une jeune fille maladive. Enfin ; il se faisait la victime tandis qu'il était le bourreau. La marquise, chargée de tous les malheurs de cette triste existence, devait sourire encore à son maître imbécile, parer de fleurs une maison de deuil, et afficher le bonheur sur un visage pâli par de secrets supplices.

[…]

- Eh ! bien, mon cher Ronquerolles, disait le marquis au frère de Mme de Sérisy, tu enviais mon bonheur en voyant Mme d'Aiglemont, et tu me reprochais de lui être infidèle ? Va, tu trouverais mon sort bien peu désirable, si tu restais comme moi en présence d'une jolie femme pendant une ou deux années, sans oser lui baiser la main, de peur de la briser. Ne t'embarrasse jamais de ces bijoux délicats, bons seulement à mettre sous verre, et que leur fragilité, leur cherté nous oblige à toujours respecter. Sors-tu souvent ton beau cheval pour lequel tu crains, m'a-t-on dit, les averses et la neige ? Voilà mon histoire. Il est vrai que je suis sûr de la vertu de ma femme ; mais mon mariage est une chose de luxe ; et si tu me crois marié, tu te trompes. Aussi mes infidélités sont-elles en quelque sorte légitimes. Je voudrais bien savoir comment vous feriez à ma place, messieurs les rieurs ? Beaucoup d'hommes auraient moins de ménagements que je n'en ai pour ma femme. Je suis sûr, ajouta-t-il à voix basse, que Mme d'Aiglemont ne se doute de rien. Aussi, certes, aurais-je grand tort de me plaindre, je suis très heureux... Seulement, rien n'est plus ennuyeux pour un homme sensible, que de voir souffrir une pauvre créature à laquelle on est attaché...

[…]

Mon silence vous prouve que vous avez en moi une femme pleine d'indulgence, et qui n'exige pas de vous les sacrifices auxquels les lois la condamnent ; mais j'ai assez réfléchi pour savoir que nos rôles ne sont pas les mêmes, et que la femme seule est prédestinée au malheur. Ma vertu repose sur des principes arrêtés et fixes. Je saurai vivre irréprochable ; mais laissez-moi vivre.
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DanieljeanDanieljean   11 décembre 2015
Une femme de trente ans a d'irrésistibles attraits pour un jeune homme; et rien de plus naturel, de plus fortement tissu, de mieux préétabli que les attachements profonds dont tant d'exemples nous sont offerts dans le monde entre une femme comme la marquise et un jeune homme tel que Vandenesse. En effet, une jeune fille a trop d'illusions, trop d'inexpérience, et le sexe est trop complice de son amour, pour qu'un jeune homme puisse en être flatté; tandis qu'une femme connaît toute l'étendue des sacrifices à faire. Là, où l'une est entraînée par la curiosité, par des séductions étrangères à celles de l'amour, l'autre obéit à un sentiment consciencieux. L'une cède, l'autre choisit. Ce choix n'est-il pas déjà une immense flatterie? Armée d'un savoir presque toujours chèrement payé par des malheurs, en se donnant, la femme expérimentée semble donner plus qu'elle-même; tandis que la jeune fille, ignorante et crédule, ne sachant rien, ne peut rien comparer rien apprécier; elle accepte l'amour et l'étudie. L'une nous instruit, nous conseille à un âge où l'on aime à se laisser guider, où l'obéissance est un plaisir; l'autre veut tout apprendre et se montre naïve là où l'autre est tendre. Celle-là ne vous présente qu'un seul triomphe, celle-ci vous oblige à des combats perpétuels. La première n'a que des larmes et des plaisirs, la seconde a des voluptés et des remords. Pour qu'une jeune fille soit la maîtresse, elle doit être trop corrompue, et on l'abandonne alors avec horreur; tandis qu'une femme a mille moyens de conserver tout à la fois son pouvoir et sa dignité. L'une, trop soumise, vous offre les tristes sécurités du repos; l'autre perd trop pour ne pas demander à l'amour ses mille métamorphoses. L'une se déshonore toute seule, l'autre tue à votre profit une famille entière. La jeune fille n'a qu'une coquetterie, et croit avoir tout dit quand elle a quitté son vêtement; mais la femme en a d'innombrables et se cache sous mille voiles; enfin elle caresse toutes les vanités, et la novice n'en flatte qu'une. Il s'émeut d'ailleurs des indécisions, des terreurs, des craintes, des troubles et des orages, chez la femme de trente ans, qui ne se rencontrent jamais dans l'amour d'une jeune fille. Arrivée à cet âge, la femme demande à un jeune homme de lui restituer l'estime qu'elle lui a sacrifiée ; elle ne vit que pour lui, s'occupe de son avenir, lui veut une belle vie, la lui ordonne glorieuse ; elle obéit, elle prie et commande, s'abaisse et s'élève, et sait consoler en mille occasions, où la jeune fille ne sait que gémir. Enfin, outre tous les avantages de sa position, la femme de trente ans peut se faire jeune fille, jouer tous les rôles, être pudique, et s'embellit même d'un malheur. Entre elles deux se trouve l'incommensurable différence du prévu à l'imprévu, de la force à la faiblesse. La femme de trente ans satisfait tout, et la jeune fille, sous peine de ne pas être, doit ne rien satisfaire. Ces idées se développent au coeur d'un jeune homme, et composent chez lui la plus forte des passions, car elle réunit les sentiments factices créés par les moeurs, aux sentiments réels de la nature.
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LydiaBLydiaB   04 mai 2010
La marquise, alors âgée de trente ans, était belle quoique frêle de formes et d'une excessive délicatesse. Son plus grand charme venait d'une physionomie dont le calme trahissait une étonnante profondeur dans l'âme. Son œil plein d'éclat, mais qui semblait voilé par une pensée constante, accusait une vie fiévreuse et la résignation la plus étendue. Ses paupières, presque toujours chastement baissées vers la terre, se relevaient rarement. Si elle jetait des regards autour d'elle, c'était par un mouvement triste, et vous eussiez dit qu'elle réservait le feu de ses yeux pour d'occultes contemplations. Aussi tout homme supérieur se sentait-il curieusement attiré vers cette femme douce et silencieuse. Si l'esprit cherchait à deviner les mystères de la perpétuelle réaction qui se faisait en elle du présent vers le passé, du monde à sa solitude, l'âme n'était pas moins intéressée à s'initier aux secrets d'un cœur en quelque sorte orgueilleux de ses souffrances. En elle, rien d'ailleurs ne démentait les idées qu'elle inspirait tout d'abord. Comme presque toutes les femmes qui ont de très-longs cheveux, elle était pâle et parfaitement blanche. Sa peau, d'une finesse prodigieuse, symptôme rarement trompeur, annonçait une vraie sensibilité, justifiée par la nature de ses traits qui avaient ce fini merveilleux que les peintres chinois répandent sur leurs figures fantastiques. Son cou était un peu long peut-être ; mais ces sortes de cous sont les plus gracieux, et donnent aux têtes de femmes de vagues affinités avec les magnétiques ondulations du serpent. S'il n'existait pas un seul des mille indices par lesquels les caractères les plus dissimulés se révèlent à l'observateur, il lui suffirait d'examiner attentivement les gestes de la tête et les torsions du cou, si variées, si expressives, pour juger une femme. Chez madame d'Aiglemont, la mise était en harmonie avec la pensée qui dominait sa personne.
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ClaudeChenozClaudeChenoz   08 mai 2015
Il faut toujours être circonspect dans la critique que l'on fait d'un classique. Il ne s'agit pas d'entrer en religion avec un livre (dieu merci, ceux-là font déjà assez de mal et sont en nombre suffisant). Non, simplement il faut rester modeste et penser a priori que ce qu'ils ont à nous apprendre est plus important que ce que nous avons envie d'en dire spontanément . La tendance actuelle est au jugement à l'emporte-pièce, basé surtout sur des critères très actuels. Comme dit Nabokov, rencontrer un grand auteur, c'est explorer un territoire non défriché par nous et donc difficile encore à déchiffrer car nous n'aimons pas nous sentir en perte de repères. Je raconte tout cela, parce que Balzac ne me laisse pas indifférent. Il me perturbe car il peut m'émerveiller, me captiver mais aussi m'ennuyer, m'irriter. Parfois, je le trouve prodigieux, unique (je ne crois pas que ce soit un hasard si ses romans les plus lus se trouvent être "Eugénie Grandet" ou "Le père Goriot", je les trouve parfaits dans leur construction, leur dramaturgie, la vérité psychologique des personnages. "La Cousine Bette" est captivant comme un roman policier, frisant parfois les limites du Grand-Guignol, et "Le Colonel Chabert" un des plus poignants que j'ai lus.) Pour résumer, j'adore Balzac, et avec toute ma modestie de lecteur, je trouve qu'il boite souvent. Ou alors c'est mon astigmatisme qui est à mettre en cause, ce que je n'exclue pas encore une fois. Le fabuleux artiste qu'il est, parfois nous donne des meubles vraiment bancals. Je ne suis pas d'accord avec Jean Giono qui trouvait que c'était un très mauvais écrivain. Je dirai qu'il me semble inégal. Un architecte merveilleux souvent et souvent un artisan brouillon. Comme chez tous les grands auteurs, Cervantès, Shakespeare, Molière. Leurs imperfections nous les rendent plus proches de nous, plus attachants. Je suis très partagé en ce qui concerne "la femme de trente ans". Je vais le relire. J'y ai quand même noté des manques, et même des incohérences. J'ai trouvé par exemple le chapitre intitulé "Le Doigt de Dieu" vraiment confus. Qui est ce narrateur du début qui parle à la première personne pour disparaître au milieu du chapitre, en sachant que le reste de la narration du roman est à la troisième personne ? Après la mort du petit Charles, on retrouve Julie (que Balzac appelle à un moment Juliette) et son amant, avec auprès d'eux un petit Gustave, dont on ne sait pas grand-chose. C'est un récit très elliptique et c'est au lecteur de combler les trous. Je trouve que ce roman brille plus par son argument que par sa dramaturgie, même si certains passages très "scéniques" (l'entrevue du curé et de Julie; la complicité de la vieille comtesse et de la jeune mariée) permettent par l'émotion qu'ils suscitent d'emporter l'adhésion du lecteur.
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DanieljeanDanieljean   11 décembre 2015
Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d'hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent ? Un haut rang, une illustre naissance, d'importantes fonctions, un certain vernis de politesse, une grande réserve dans la conduite, ou les prestiges de la fortune sont, pour eux, comme des gardes qui empêchent les critiques de pénétrer jusqu'à leur intime existence. Ces gens ressemblent aux rois dont la véritable taille, le caractère et les moeurs ne peuvent jamais être ni bien connus ni justement appréciés, parce qu'ils sont vus de trop loin ou de trop près. Ces personnages à mérite factice interrogent au lieu de parler, ont l'art de mettre les autres en scène pour éviter de poser devant eux ; puis, avec une heureuse adresse, ils tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et se jouent ainsi des hommes qui leur sont réellement supérieurs, en font des marionnettes et les croient petits pour les avoir rabaissés jusqu'à eux. Ils obtiennent alors le triomphe naturel d'une pensée mesquine, mais fixe, sur la mobilité des grandes pensées. Aussi pour juger ces têtes vides, et peser leurs valeurs négatives, l'observateur doit-il posséder un esprit plus subtil que supérieur, plus de patience que de portée dans la vue, plus de finesse et de tact que d'élévation et de grandeur dans les idées. Néanmoins, quelque habileté que déploient ces usurpateurs en défendant leurs côtés faibles, il leur est bien difficile de tromper leurs femmes, leurs mères, leurs enfants ou l'ami de la maison; mais ces personnes leur gardent presque toujours le secret sur une chose qui touche, en quelque sorte, à l'honneur commun ; et souvent même elles les aident à en imposer au monde. Si, grâce à ces conspirations domestiques, beaucoup de niais passent pour des hommes supérieurs, ils compensent le nombre d'hommes supérieurs qui passent pour des niais, en sorte que l'État Social a toujours la même masse de capacités apparentes. Songez maintenant au rôle que doit jouer une femme d'esprit et de sentiment en présence d'un mari de ce genre, n'apercevez-vous pas des existences pleines de douleurs et de dévouement dont rien ici-bas ne saurait récompenser certains coeurs pleins d'amour et de délicatesse ? Qu'il se rencontre une femme forte dans cette horrible situation, elle en sort par un crime, comme fit Catherine II, néanmoins nommée la Grande. Mais comme toutes les femmes ne sont pas assises sur un trône, elles se vouent, la plupart, à des malheurs domestiques qui, pour être obscurs, n'en sont pas moins terribles. Celles qui cherchent ici-bas des consolations immédiates à leurs maux ne font souvent que changer de peines lorsqu'elles veulent rester fidèles à leurs devoirs, ou commettent des fautes si elles violent les lois au profit de leurs plaisirs.
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