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Pierre-Georges Castex (Éditeur scientifique)
ISBN : 207010866X
Éditeur : Gallimard (21/03/1978)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.95/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Après avoir mené une intense vie mondaine à Paris et à travers l'Europe, le jeune comte Paul de Manerville décide de se retirer dans sa région natale pour se marier. C'est à Bordeaux qu'il fait la connaissance de Natalie Evangelista, dont le père était très fortuné.

Paul la demande en mariage, mais lors de la préparation du contrat de mariage, le notaire de Paul découvre que la fortune de Natalie a été dilapidée par sa mère. Celle-ci et Natalie vont t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Allantvers
  11 juin 2018
Quelle drôle d'idée les bourgeois ont-ils eue d'introduire, après la Révolution, pour se démarquer des moeurs d'une noblesse bien mieux avisée, l'idée que l'amour puisse être le fondement d'un mariage? Un bon contrat, une union d'intérêts bien compris, voilà la recette d'un mariage réussi dans laquelle les hommes pouvaient pour servir leurs carrières s'appuyer sur des épouses qui en retour obtiennent d'eux le train de vie qui leur sied, sans compter que les patrimoines familiaux sont alors bien préservés.
Malgré les mises en garde de son ami de Marsay et les conseils avisés d'un notaire qui en a vu d'autres, le débonnaire comte de Manerville ne prendra hélas pas à son compte cette règle de bonne hygiène sociale en tombant en pâmoison devant la belle Nathalie qui, cornaquée par sa redoutable mère, aura vite vu en lui le pigeon à plumer et le ficellera bien vite dans un mariage contractualisé à son seul avantage.

Un Balzac grinçant à souhait sur les moeurs d'une vieille noblesse bordelaise qui sous des dehors altiers et brillants n'a que le calcul de ses intérêts en tête.
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AMR
  04 mars 2018
Le Contrat de mariage d'Honoré de Balzac est une réflexion sur le mariage et ses conséquences, mais du point de vue masculin et surtout administratif cette fois.
Le comte Paul de Manerville, après une carrière de diplomate en Europe, retourne dans sa région natale, à Bordeaux, avec l'intention de se marier et de mener une vie de gentilhomme, ce que lui déconseille vivement son ami, le Marquis Henri de Marsay, persuadé que la vie de garçon n'a que des avantages.
Paul est un beau parti, une sorte de dandy, et quand il tombe amoureux de Nathalie Évangelista, la mère de cette dernière, qui a déjà dépensé l'héritage de sa fille, va tout tenter pour mettre la main sur la fortune du comte, surnommé Fleur de Pois, à cause de ses manières très parisiennes. C'est sans compter sur le dévouement du vieux notaire de la famille Manerville qui fera tout pour protéger les intérêts de Paul…
Le début du texte est, pour l'essentiel, constitué de conversations entre Paul de Manerville et Henri de Marsay sur la nécessité ou non de se marier. Les points de vue masculins en disent long sur la place de la femme dans la société du XIXème siècle. Balzac lui-même présente ces passages comme " une introduction à l'oeuvre, uniquement destinée à retracer la grande comédie qui précède toute vie conjugale […], scène […] négligée par les auteurs dramatiques, quoiqu'elle offre des ressources neuves à leur verve ". En effet, le sujet de ce roman est bien " la discussion à laquelle donnent lieu les contrats de mariage dans toutes les familles, nobles ou bourgeoises : car les passions humaines sont aussi vigoureusement agitées par de petits que par de grands intérêts ". L'auteur s'adresse à des lecteurs familiers de telles démarches qui, contrairement à nous aujourd'hui, ne seront pas dépaysés : " ces comédies jouées par-devant notaire ressemblent toutes plus ou moins à celle-ci, dont l'intérêt sera donc moins dans les pages de ce livre que dans le souvenir des gens mariés ".
À partir de là, les deux notaires sont mis en avant car " ces condottieri matrimoniaux qui s'allaient battre pour leurs clients, et dont les forces personnelles devenaient si décisives en cette solennelle rencontre, les deux notaires représentaient les anciennes et les nouvelles moeurs, l'ancien et le nouveau notariat ". Certains passages deviennent alors très techniques et un peu ennuyeux ; il y est question de rentes, de placements, de majorats, de tutelles, de valeurs, de donations, de constitutions de dots…
Mais Balzac ne laisse pas le lecteur s'ennuyer : cinq ans passent et la " conclusion " de cette scène de la vie privée nous est offerte. le mariage est resté sans enfant, la jeune épouse a ruiné son mari… L'auteur oppose les mariages d'amour où la femme reste un " instrument de plaisir " aux mariages de raison où, faisant et élevant des enfants, elle devient " l'honneur et la vertu de la maison ". Dans cette société où le paraître régente tout, les commentaires vont bon train et la réputation du comte de Manerville se retrouve bien vite malmenée : " - Oui, ma chère, celui qui a épousé mademoiselle Evangélista. le voici ruiné, sans sou ni maille, allant aux Indes pour y chercher la pie au nid. - Mais comment s'est-il ruiné ? Il était si riche ! - Paris, les femmes, la Bourse, le jeu, le luxe... ".
Fort de ses opinions royalistes et de sa foi en la famille, Balzac qualifie cette histoire d'" immense désastre " tel celui qui frappa Napoléon à Waterloo.
Même si je dois reconnaître que ma lecture de ce Contrat de mariage a été un peu laborieuse, j'ai pris plaisir à y retrouver des personnages déjà rencontrés dans La Comédie humaine, notamment Henri de Marsay et ses fines analyses, une discrète allusion à l'usurier Gobseck
Balzac démonte avec virtuosité l'échafaudage notarial ingénieusement construit pour éviter la ruine de son protégé, Madame Évangélista se révélant redoutable dans ses manoeuvres, et j'avoue que je ne m'attendais pas à cette fin-là. Les personnages sont laissés en suspens, les choses peuvent encore changer, d'autres manigances étant à l'oeuvre.
Encore un Balzac à exhumer, à redécouvrir !
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andreepierrette
  25 avril 2015
Etude de moeurs d'une certaine partie de la bourgeoisie bordelaise dans les années 1832.
Le comte de Manerville, riche héritier, apprécié de son entourage pour son affabilité, sa belle allure surnommé "Fleur des pois", décide après avoir mené une plaisante vie de garçon de se ranger et d'épouser une jeune fille correspondant à sa condition sociale.
Nathalie Evangelista, fille d'un riche commerçant, issue de branche aristocratique espagnole-créole par sa mère héritera de la grande fortune de son père décédé.
Le comte de Manerville tombera éperdument amoureux de la plus belle jeune fille de la contrée.
La mère de la jeune fille qui a dilapidé une partie de la fortune compte sur ce mariage pour renflouer ses finances, son ambition politique et garder son rang.
Un contrat de mariage devra protéger les "parties contractantes".
Voici le noeud du roman.
On y rencontrera la cupidité, l'hypocrisie, la haine mais aussi l'hônneté, l'amour, l'amitié, la fidèlité.
Pas toujours facile à lire, dès que l'on aborde le langage notarial de l'époque.
J'avoue que je me suis accrochée, mais c'est BALZAC, la Comèdie Humaine... que dire de plus ?
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DonaSwann
  08 février 2016
Une vision, comme toujours, très désenchantée de l'humain, de la famille, de l'amour, du mariage, quand on l'observe d'une étude de notaire. Me Mathias est le notaire de Paul de Manerville, jeune noble de province, très en vue, qui ambitionne de faire un beau mariage, pourquoi pas d'amour, et de devenir pair de France. Sa route croise celle de Natalie Evangélista, jeune lionne bordelaise d'origine espagnole, qui, curieusement n'a pas encore été demandée en mariage, malgré sa naissance et sa beauté. le notaire s'avise que le train de vie de la future fiancée et de sa mère, veuve, est trop élevé et témoigne d'une mauvaise gestion. Quand Me Solonet, sur la demande de la future belle-mère, demande à "la partie adverse" (le langage du combat domine) de prétendre avoir reçu des sommes qu'elle n'a pas présentées, comme quittance de la bonne gestion de la fortune du défunt père de Natalie, Me Mathias comprend qu'on tente de duper son amoureux client.
Les discussions pourront paraître ardues, surannées car certains points de débat juridique sont caducs désormais, mais on sera plutôt frappés par le caractère de Mme Evangélista, véhémente et cruelle, instrumentalisant sa fille à son profit. (2015)
Note de lecture du 9 août 2010.
Lien : http://aufildesimages.canalb..
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igaluck
  03 octobre 2013
[Livre audio lu par Jean Debucourt]
Cette histoire a bien dû faire rire les gens de l'époque. Et faire grincer les dents ou faire couler les larmes de certains autres. Pour nous autres, pauvres habitants du vingt-et-unième siècle, les tenants et les aboutissants de ce récit sont plus obscurs. Que de tractations aux termes malaisés à saisir ! On comprend tout de même qu'en gros, un couillon amoureux aux poches bien garnies se fait pigeonner en beauté malgré les conseils avisés de son vénérable notaire. Je reste curieuse de savourer les subtilités de cette entourloupette, je suis frustrée d'être passée à côté. Il faudra que je réécoute ce livre, un dictionnaire encyclopédique sous la main.
Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   24 octobre 2014
- Chère Natalie, dit Paul, comprenez donc que ce n’est ni moi, ni votre mère, ni vous qui exigeons ces sacrifices, mais les enfants…
- Et si je ne me marie pas ? dit-elle en l’interrompant.
- Vous ne m’aimez donc point ? dit Paul.
- Allons, petite folle, crois-tu qu’un contrat soit un château de cartes sur lequel tu puisses souffler à plaisir ? Chère ignorante, tu ne sais pas combien nous avons eu de peine à bâtir un majorat à l’aîné de tes enfants ! Ne nous rejette pas dans les ennuis d’où nous sommes sortis.
- Pourquoi ruiner ma mère ? dit Natalie en regardant Paul.
- Pourquoi êtes-vous si riche ? répondit-il en souriant.
- Ne vous disputez pas trop, mes enfants, vous n’êtes pas encore mariés, dit madame Evangélista.
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AMRAMR   04 mars 2018
Garçon, tu peux te dire : - " Je n'aurai que telle somme de ridicule, le public ne pensera de moi que ce que je lui permettrai de penser. " Marié, tu tombes dans l'infini du ridicule ! Garçon, tu te fais ton bonheur, tu en prends aujourd'hui, tu t'en passes demain ; marié, tu le prends comme il est, et, le jour où tu en veux, tu t'en passes. Marié, tu deviens ganache, tu calcules des dots, tu parles de morale publique et religieuse, tu trouves les jeunes gens immoraux, dangereux ; enfin tu deviendras un académicien social. Tu me fais pitié. Le vieux garçon dont l'héritage est attendu, qui se défend à son dernier soupir contre une vieille garde à laquelle il demande vainement à boire, est un béat en comparaison de l'homme marié. Je ne te parle pas de tout ce qui peut advenir de tracassant, d'ennuyant, d'impatientant, de tyrannisant, de contrariant, de gênant, d'idiotisant, de narcotique et de paralytique dans le combat de deux êtres toujours en présence, liés à jamais, et qui se sont attrapés tous deux en croyant se convenir ; non, ce serait recommencer la satire de Boileau, nous la savons par coeur. Je te pardonnerais ta pensée ridicule, si tu me promettais de te marier en grand seigneur, d'instituer un majorat avec ta fortune, de profiter de la lune de miel pour avoir deux enfants légitimes, de donner à ta femme une maison complète distincte de la tienne, de ne vous rencontrer que dans le monde, et de ne jamais revenir de voyage sans te faire annoncer par un courrier. Deux cent mille livres de rente suffisent à cette existence, et tes antécédents te permettent de la créer au moyen d'une riche Anglaise affamée d'un titre. Ah ! Cette vie aristocratique me semble vraiment française, la seule grande, la seule qui nous obtienne le respect, l'amitié d'une femme, la seule qui nous distingue de la masse actuelle, enfin la seule pour laquelle un jeune homme puisse quitter la vie de garçon. Ainsi posé, le comte de Manerville conseille son époque, se met au-dessus de tout et ne peut plus être que ministre ou ambassadeur. Le ridicule ne l'atteindra jamais, il a conquis les avantages sociaux du mariage et garde les privilèges du garçon.

[…]

Le garçon libre et sans soins, toujours agresseur, n'a rien à craindre d'un insuccès. En état de mariage, un échec est irréparable. S'il est possible à un amant de faire revenir une femme d'un arrêt défavorable, ce retour, mon cher, est le Waterloo des maris. Comme Napoléon, le mari est condamné à des victoires qui, malgré leur nombre, n'empêchent pas la première défaite de le renverser. La femme, si flattée de la persévérance, si heureuse de la colère d'un amant, les nomme brutalité chez un mari.

[…]

Puis, la lutte est inverse. Une femme est disposée à refuser ce qu'elle doit ; tandis que, maîtresse, elle accorde ce qu'elle ne doit point.
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DonaSwannDonaSwann   08 février 2016
Je suis ton ami, mon gros Paul, tu le sais, dit de Marsay (...), eh ! bien, sois bon père et bon époux, tu deviendras ridicule pour le reste de tes jours. Si tu pouvais être heureux et ridicule, la chose devrait être prise en considération : mais tu ne seras pas heureux. Tu n'as pas le poignet assez fort pour gouverner un ménage. (...) Je te vois d'ici, mené grand train par madame la comtesse de Manerville, allant contre ton gré plus souvent au galop qu'au trot, et bientôt désarçonné !... oh ! mais désarçonné de manière à demeurer dans le fossé, les jambes cassées. (...) Qui se marie aujourd'hui ? des commerçant dans l'intérêt de leur capital ou pour être deux à tirer la charrue, des paysans qui veulent, en produisant beaucoup d'enfants se faire des ouvriers, des agents de change ou de notaires obligés de payer leurs charges, de malheureux rois qui continuent de malheureuses dynasties.
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AMRAMR   04 mars 2018
Le sujet de cette étude n'est pas dans la transition du garçon à l'état d'homme marié, peinture qui, largement composée, ne manquerait point de l'attrait que prête l'orage intérieur de nos sentiments aux choses les plus vulgaires de la vie. Les événements et les idées qui amenèrent le mariage de Paul avec mademoiselle Evangélista sont une introduction à l'oeuvre, uniquement destinée à retracer la grande comédie qui précède toute vie conjugale. Jusqu'ici cette scène a été négligée par les auteurs dramatiques, quoiqu'elle offre des ressources neuves à leur verve. Cette scène, qui domina l'avenir de Paul, et que madame Evangélista voyait venir avec terreur, est la discussion à laquelle donnent lieu les contrats de mariage dans toutes les familles, nobles ou bourgeoises : car les passions humaines sont aussi vigoureusement agitées par de petits que par de grands intérêts. Ces comédies jouées par-devant notaire ressemblent toutes plus ou moins à celle-ci, dont l'intérêt sera donc moins dans les pages de ce livre que dans le souvenir des gens mariés.

[…]

Madame Evangélista ne donnait rien de son chef à sa fille. Mademoiselle Natalie se marie avec ses droits.

[…]

Dans la plupart des familles, la constitution des dots et les donations à faire au contrat de mariage engendrent ainsi des hostilités primitives, soulevées par l'amour-propre, par la lésion de quelques sentiments, par le regret des sacrifices et par l'envie de les diminuer. Ne faut-il pas un vainqueur et un vaincu, lorsqu'il s'élève une difficulté ? Les parents des futurs essaient de conclure avantageusement cette affaire à leurs yeux purement commerciale, et qui comporte les ruses, les profits, les déceptions du négoce.

[…]

Ainsi madame Evangélista, Paul, Natalie et les deux notaires étaient tous enchantés de cette première rencontre. Le Te Deum se chantait dans les deux camps, situation dangereuse ! Il vient un moment où cesse l'erreur du vaincu. Pour la veuve, son gendre était le vaincu.

[…]

Les naturalistes nous ont dépeint les mœurs de beaucoup d'animaux féroces ; mais ils ont oublié la mère et la fille en quête d'un mari.
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AMRAMR   04 mars 2018
Tu n'as pas d'enfant, mon cher. Ce mot n'explique-t-il pas bien des choses à un observateur ? Amoureux, tu ne pouvais guère t'apercevoir de la froideur naturelle à une jeune femme que tu as formée à point pour Félix de Vandenesse. Eusses-tu trouvé ta femme froide, la stupide jurisprudence des gens mariés te poussait à faire honneur de sa réserve à son innocence. Comme tous les maris, tu croyais pouvoir la maintenir vertueuse dans un monde où les femmes s'expliquent d'oreille à oreille ce que les hommes n'osent dire, où tout ce qu'un mari n'apprend pas à sa femme est spécifié, commenté sous l'éventail en riant, en badinant, à propos d'un procès ou d'une aventure. Si ta femme aimait les bénéfices sociaux du mariage, elle en trouvait les charges un peu lourdes. La charge, l'impôt, c'était toi ! Ne voyant rien de ces choses, tu allais creusant des abîmes et les couvrant de fleurs, suivant l'éternelle phrase de la rhétorique : tu obéissais tout doucement à la loi qui régit le commun des hommes, et de laquelle j'avais voulu te garantir. Cher enfant, il ne te manquait plus, pour être aussi bête que le bourgeois trompé par son épouse et qui s'en étonne, ou s'en épouvante, ou s'en fâche, que de me parler de tes sacrifices, de ton amour pour Natalie, de venir me chanter : - Elle serait bien ingrate si elle me trahissait, j'ai fait cela, j'ai fait ceci, je ferai mieux, j'irai pour elle aux Indes, je, etc. Mon cher Paul, as-tu donc vécu dans Paris, as-tu donc l'honneur d'appartenir par les liens de l'amitié à Henri de Marsay, pour ignorer les choses les plus vulgaires, les premiers principes qui meuvent le mécanisme féminin, l'alphabet de leur coeur ?

[…]

Nos femmes légitimes nous doivent des enfants et de la vertu, mais elles ne nous doivent pas l'amour. L'amour, Paul ! Est la conscience du plaisir donné et reçu, la certitude de le donner et de le recevoir ; l'amour est un désir incessamment mouvant, incessamment satisfait et insatiable. Le jour où Vandenesse a remué dans le coeur de ta femme la corde du désir que tu y laissais vierge, tes fanfaronnades amoureuses, tes torrents de cervelle et d'argent n'ont pas même été des souvenirs. Tes nuits conjugales semées de roses, fumée ! Ton dévouement, un remords à offrir ! Ta personne, une victime à égorger sur l'autel ! Ta vie antérieure, ténèbres ! Une émotion d'amour effarait tes trésors de passion qui n'étaient plus que de la vieille ferraille. Il a eu, lui Félix, toutes les beautés, tous les dévouements, gratis peut-être, mais en amour la croyance équivaut à la réalité. Ta belle-mère a donc été naturellement du parti de l'amant contre le mari ; secrètement ou patiemment, elle a fermé les yeux, ou elle les a ouverts, je ne sais ce qu'elle a fait, mais elle a été pour sa fille, contre toi. Depuis quinze ans que j'observe la société, je ne connais pas une mère qui, dans cette circonstance, ait abandonné sa fille. Cette indulgence est un héritage transmis de femme en femme.
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