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Pierre Gascar (Préfacier, etc.)Roger Pierrot (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070316238
Éditeur : Gallimard (28/05/2004)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 499 notes)
Résumé :
Dans les premiers jours de l'an VIII, au Commencement de Vendémiaire, ou, pour se conformer au calendrier actuel, vers la fin du mois de septembre 1799, une centaine de paysans et un assez grand nombre de bourgeois, partis le matin de Fougères pour se rendre à Mayenne, gravissaient la montagne de la Pèlerine, située à mi-chemin environ de Fougères à Ernée, petite ville où les voyageurs ont coutume de se reposer.

Quatrième de couverture
Le premi... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
ibon
23 juillet 2015
C'est une belle surprise que ce roman De Balzac! Une tension continue au gré des affrontements et des troubles passionnés entre les protagonistes!
A 28 ans, Balzac signe son premier roman, avec des aventures à la Walter Scott ("Ivanohé") ou à la façon de Fenimore Cooper( auquel Balzac se réfère souvent en comparant les Bretons à des Mohicans!).
Il s'empare donc d'un genre, le roman historique, avec les dernières batailles entre les Chouans (des Royalistes) et les Républicains dans la région de Fougères.
Il s'empare surtout de la géographie des lieux et emmène le lecteur sur des routes et des sentiers peu sûrs, semés d'embûches, où l'on peut tendre des embuscades!
C'est un roman qui porte la fougue de la jeunesse de son auteur avec cette recherche d'action permanente mais étonnamment maîtrisé sur 340 pages.
J'ai été séduit par la principale héroïne, Marie de Verneuil, qui dépassera en courage bien de ses concitoyens. Et celui que l'on appellera " le Gars" , le chef des Chouans a tout du chevalier sans peur mais c'est un ennemi à abattre pour Corentin, l'espion au service de Fouché, et Hulot, l'officier bougon au service de Madame de Verneuil, et du premier consul.
Même en dépit des remarques incisives et désobligeantes sur les Bretons de cette
région, que j'attribue à de la méconnaissance et au mépris de cette culture, et je mets donc mon chauvinisme de côté pour applaudir le jeune Balzac qui nous a délivré là un splendide roman d'aventures!
Guérilla, noces de sang. Envoûté!



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Tempuslegendae
02 décembre 2012
Il m'a toujours plu de dire que BALZAC a été un enfant des Lumières, avant de lui concéder comme il se doit sa véritable place dans Les Lettres du XIXème siècle. Ma petite remarque n'est pas tout à fait fausse: l'écrivain est bien né en 1799, et il a bien publié dans sa trentième année son oeuvre gigantesque «Dernier chouan ou la Bretagne en 1800»: tout ceci n'est pas anodin, l'histoire qu'il raconte fait bien partie du siècle éclairé de l'Ancien Régime…
De plus, lorsqu'on parle des guerres de Vendée et de la Chouannerie, on ressent très fort l'investissement que notre Grande Histoire occupe encore aujourd'hui. C'est l'émulsion en France, les émeutes vendéennes prennent un virage aigu, et s'étendent à la Bretagne après la «virée de Galerne».
Tous les ingrédients seront avalés par la plume d'Honoré (plume au chapeau s'il vous plait).
S'appuyant sur une documentation précise et approfondie, l'auteur multiplie les notations qui visent à donner au temps et au lieu de l'action une réalité historique. «Ici, le pays est le pays, les hommes sont les hommes». Prodigieux, mêlant l'évocation ponctuelle à l'explication d'ensemble, BALZAC se forge à la technique du roman historique, dont Walter SCOTT est alors pour lui le représentant reconnu et admiré.
Paysans misérables, ignorants, superstitieux, les Chouans sont «baptisés», ils appartiennent à une contrée dont l'Honoré du texte souligne l'«incurie industrielle», à un monde où les passions exacerbées s'expriment avec une violence immédiate: «C'était des sauvages qui servaient Dieu et le Roi à la manière dont les Mohicans font la guerre».
Ne soyons pas contraires, BALZAC a tenté dans "Les Chouans" de retracer «l'esprit d'une époque», d'élaborer par la même occasion un nouveau roman historique qui inclut dans une même trame les événements de l'histoire, la poésie, le drame et la tragédie. L'oeuvre dont le pôle est l'année de sa naissance, aide à la compréhension de la période d'ensemencement littéraire; elle favorise à installer le monde contemporain de la comédie humaine dans une charnière purement historique, où les luttes d'intrigues l'emportent sur les victoires guerrières, les traîtres sur les héros et le roman sur l'épopée.
A mon humble avis, BALZAC a tous les atouts pour se proclamer «père littéraire» du roman historique contemporain.
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filippo
12 juin 2017
Inspiré du ivanhoé de Walter Scott, qu'il venait de traduire, Les Chouans est le premier véritable grand roman balzacien. L'auteur emblématique du réalisme fait le pari d'inscrire une passion amoureuse comme épine dorsale d'un roman historique, qui plus est entre le chef des Chouans, le marquis de Montauran, et Marie de Verneuil, espionne de la République envoyée pour le perdre. Balzac s'efforce de rester le plus fidèle possible aux événements (il s'inspire d'un fait historique de 1798) et surprend par son habileté à se glisser dans la peau et surtout dans la tête d'une femme déchirée entre l'amour de son pays et l'amour qu'elle porte à son amant, qui est en même temps sa cible. le personnage de Marie de Verneuil est particulièrement soigné, doux mélange de force et de faiblesse hésitant constamment entre les deux camps. Les digressions de l'auteur sont nombreuses, essentiellement pour décrire les différents protagonistes de son récit, et la physiognomonie va bon train. L'autre point fort du roman, c'est une tension dramatique qui ne faiblit jamais (René Guise souligne à juste titre le fait que le roman est clairement organisé en 5 actes comme toute tragédie qui se respecte), même quand l'auteur s'éloigne un peu trop de son fil directeur. Un grand roman à redécouvrir, car trop souvent éclipsé par le père Goriot.
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Meps
12 décembre 2015
Pour lire Balzac, deux chemins principaux peuvent être empruntés. Celui qu'il a lui même tracé en classifiant ses ouvrages au sein du grand ensemble qu'est la Comédie Humaine. Ou, comme pour tous les auteurs, la voie chronologique, en partant du premier ouvrage écrit.
J'avais d'abord choisi cette seconde manière, il y a bien longtemps, quand j'ai voulu m'attaquer au monument qu'est l'oeuvre globale de cet auteur et je m'étais donc attelé à la lecture des Chouans, premier roman officiel De Balzac. J'avais vite abandonné ma lecture, lassé d'emblée par une scène d'exposition lourde et longue. Plus tard j'ai ensuite repris ma lecture en prenant l'ordre balzacien, qui m'a plus convenu.
Pour répondre au critère d'un challenge littéraire, j'ai fait une entorse à ce choix et me suis donc ré attelé à la lecture des Chouans, avec évidemment l'appréhension de ma jeunesse déçue. Je me suis rendu vite compte de mon impatience passée, la scène d'entame n'étant finalement pas si terrible.
On dit que Balzac a un peu renié ses romans de jeunesse, qu'il les considère moins réussi que les suivants, les grandes oeuvres qui font la base de la Comédie Humaine, tels Illusions perdues, le Lys dans la Vallée ou le Père Goriot. Je pense avoir compris ce que Balzac y renie, ce côté roman d'aventures, mêlant amour, combat, honneur.
Mais il a tort de minimiser la valeur de cette oeuvre, car on trouve déjà, parmi tous ces rebondissements, la patte de l'auteur plus mur qu'il deviendra. La peinture de son époque, des caractères des personnages, des moeurs de son temps est tout aussi précieuse ici que dans d'autres livres de la grande oeuvre. le divertissement qu'offre les péripéties intermédiaires ne vient pas atténuer cette valeur... Elle peut au contraire séduire un plus grand nombre de lecteurs, et aurait dû intéresser mon "moi" plus jeune, si j'avais eu plus de persévérance...
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Woland
15 janvier 2017
Scènes de la Vie Militaire : Les Chouans ou La Bretagne en 1799
Editions de Référence : Lausanne - 1968
ISBN : non indiqué
Bibliothèque Electronique du Québec
Publiés antérieurement à "Une Ténébreuse Affaire", "Les Chouans", qui sortent en 1829, voient déjà se dresser la silhouette d'un Corentin plus jeune, toujours aussi dandy et toujours au service de la "diplomatie" de Joseph Fouché. Ajoutons que, aussi étrange que cela puisse paraître, en quelques phrases assez rares, l'auteur laisse paraître chez ce personnage pourtant ignoble par principe, comme le début d'un sentiment d'amour sincère envers l'héroïne de l'histoire, Marie de Verneuil, fille illégitime d'un duc débauché, qui a été récupérée par le monde de l'Après-Révolution et désormais par le Consulat, et fut, entre autres, l'épouse (selon Balzac en tous cas) de Danton. Avec une mère qui s'est laissée entraîner par de belles paroles et qui, pour sauver l'honneur de sa famille, est ensuite entrée au couvent, et le sang glorieux quoique roué de son père, Mademoiselle de Verneuil est une authentique aristocrate qui n'a embrassé la cause des Bleus (= les Républicains) que pour survivre dans un monde devenu complètement fou et aussi, sans doute, un peu pour se venger de ceux qui la rejetèrent sous prétexte que, bien qu'officiellement reconnue par son père, elle ne pouvait figurer parmi les gens de sa caste en raison de la bâtardise qui continuait à la flétrir de son sceau.
Il serait vain et plutôt long d'expliquer par quels aléas Marie est passée, avec sa fidèle servante, Francine, d'origine bretonne, avant d'aboutir dans la voiture qui la mène en mission du côté de Fougères, escortée par un corps de robuste soldats bleus, dirigé par le commandant Hulot, et du moins robuste mais diabolique stratège qu'est Corentin. Sa mission : séduire par tous les moyens "le Gars", surnom du nouveau chef des Vendéens qui vient de débarquer de Londres avec la bénédiction de Louis XVIII, et dont les premières pages du roman nous ont déjà montré le courage et la noblesse. Alphonse, marquis de Montauran (nous n'apprendrons son état-civil que bien plus tard), ne manque pas en effet de panache mais il se trouve épouvanté par la sauvagerie des chuins (= mot du terroir pour désigner les Chouans, issu du mot "chouette", puisque les rebelles se reconnaissaient et communiquaient par le cri de ce rapace nocturne) qu'il doit mener au combat en un ordre et une discipline quasi parfaits. On notera au passage (notamment dans la fameuse scène du "chauffage" de l'usurier) que Balzac, volontairement ou non, insiste sur la "sauvagerie" des Chouans, à peu près comme Barbey d'Aurevilly, de son côté et pas mal d'années plus tard, mettra l'accent sur celle des Bleus (Cf. entre autres "L'Ensorcelée). Rappelons encore - notre époque est particulièrement propice à ce triste rappel - que le conflit entre les Bleus (la France républicaine) et les Blancs (la France royaliste et, par conséquent, les Chouans) appartient à la classe des guerres civiles, et qu'il n'existe pas de pire guerre au monde, probablement parce que la notion fratricide est ici fortement ancrée, d'un côté comme de l'autre des combattants en présence.
Si Marie de Verneuil et Corentin peuvent compter sur la figure aussi classique que résolue du vieux soldat honnête et n'ayant qu'une parole qu'est Hulot (en qui l'on verrait bien le prototype des "grognards" qui formeront l'armée napoléonienne), Montauran a pour lui un chouan qui en impose à tous, le dénommé Marche-A-Terre (son surnom en chouannerie), Pierre de son prénom, qui a, jadis, aimé Francine, la servante de Marie de Verneuil, et connaîtra les pires moments de son existence quand il lui faudra aider celle qu'il n'a pas oubliée sans compromettre la sécurité de la cause de celui qu'il sert. Il y a aussi la figure de Pille-Miche, espèce de lieutenant de Marche-à-Terre, infiniment moins sympathique parce que trop intéressé et que Balzac fera guillotiner dans le dernier roman de sa "Comédie Humaine." Marche-A-Terre, lui, aura plus de chance puisque, la paix revenue, il se reconvertira, probablement aux côtés de Francine, dans le commerce du bétail.
Autre personnage qui, en principe, doit appuyer de toutes ses forces le jeune marquis, Mme du Gua, la dernière maîtresse de Charette qui, depuis la mort de son amant, se laisserait bien tenter par Montauran. Mais cet appui, qu'elle lui accorde de bonne grâce et de toute sa jalousie dès qu'elle a compris le coup de foudre (il n'y a pas d'autre mot) survenu lors de la rencontre entre Marie de Verneuil et Montauran, s'entache d'une sauvagerie de femme qui veut en fait la mort de Marie non pour des raisons politiques mais bel et bien sentimentales.
Ce qui frappe le plus dans ce roman, ce qu'on prend pour ainsi dire en pleine figure, c'est l'extraordinaire vigueur du trait. Si le lecteur se passionne malgré quelques clichés, on sent bien que Balzac est lui aussi pris par son intrigue et ses personnages. Tout d'abord, et c'est là un signe qui ne trompe pas, même l'ignoble Corentin parvient à ne pas paraître manichéen dans une histoire où il lui serait si simple de l'être. Hulot, qui le méprise au plus haut point, reste le seul à se rapprocher ici du manichéisme brut quoique, il faut le souligner, il n'hésite pas à reconnaître la valeur des Chouans quand ceux-ci se sont bien battus. Quant au couple central, Marie et Montauran, on a bien du mal à les départager. Ils s'aiment, se haïssent, se rejettent, se déchirent avec la même rage avant de ... Mais chut ! N'allons pas plus loin dans les spoilers.
Et puis, il y a aussi cette inconcevable jeunesse, cette insidieuse modernité de l'histoire racontée qu'on peut reprendre, en changeant évidemment les détails, dans n'importe quel bon roman d'espionnage sur fond de guerre. Certains penseront évidemment "Au Service Secret de Sa Majesté", de Ian Fleming, où la jeune femme que vient d'épouser James Bond est froidement abattue par un ennemi du marié à qui, dans un autre roman, celui-ci ne fera évidemment pas de cadeau.
La première fois que j'ai lu "Les Chouans", je n'avais pas encore tout à fait onze ans et j'étais en 6ème. Evidemment, nous n'en eûmes que des extraits (comme pour "Le Père Goriot" que je connaissais déjà par la bibliothèque de mon frère, plus âgé) mais ils me firent une très forte impression que cette lecture intégrale de l'oeuvre, à plus de cinquante ans maintenant et dans une période un peu difficile, n'a fait que confirmer. Très sincèrement, je pense que tout amoureux De Balzac se doit de lire "Les Chouans", roman peut-être moins connu que "La Peau de Chagrin" ou "La Cousine Bette" ou l'immortel "Père Goriot", oeuvre de jeunesse aussi, comme le disait son auteur, mais oeuvre décisive, à cheval entre le Romantisme et le Réalisme, et qui démontre avec brio que, entre les deux phénomènes littéraires, Balzac fut un auteur unique et atypique. Et, pour ma part, je tiens à placer "Les Chouans" au rang de ses réussites les plus accomplies, d'autant que le contexte historique est minutieusement et très sérieusement décrit. Allez-y voir et venez nous dire si vous avez réussi à choisir votre camp : Bleu ou Blanc ? ,O)
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Citations & extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland17 janvier 2017
[...] ... A cette saillie, qui n'était pas sans fondement, Hulot lui-même ne put s'empêcher de partager l'hilarité générale. En ce moment, Merle avait achevé de faire ensevelir les morts, et les blessés avaient été, tant bien que mal, arrangés dans deux charrettes par leurs camarades. Les autres soldats, rangés d'eux-mêmes sur deux files le long de ces ambulances improvisées, descendaient le revers de la montagne qui regarde le Maine, et d'où l'on aperçoit la belle vallée de la Pèlerine , rivale de celle du Couësnon. Hulot, accompagné de ses deux amis, Merle et Gérard, suivit alors lentement ses soldats, en souhaitant d'arriver sans malheur à Ernée, où les blessés devaient trouver des secours. Ce combat, presque ignoré au milieu des grands événements qui se préparaient en France, prit le nom du lieu où il fut livré. Cependant, il obtint quelque attention dans l'Ouest, dont les habitants, occupés de cette seconde prise d'armes y remarquèrent un changement dans la manière dont les Chouans recommençaient la guerre. Autrefois, ces gens-là n'eussent pas attaqué des détachements si considérables. Selon les conjectures de Hulot, le jeune royaliste qu'il avait aperçu devait être le Gars, nouveau général envoyé en France par les princes, et qui, selon la coutume des chefs royalistes, cachait son titre et son nom sous un de ces sobriquets appelés noms de guerre. Cette circonstance rendait le commandant aussi inquiet après sa triste victoire qu'au moment où il soupçonna l'embuscade, il se retourna à plusieurs reprises pour contempler le plateau de la Pèlerine qu'il laissait derrière lui, et d'où arrivait encore, par intervalles, le son étouffé des tambours de la garde nationale qui descendait de la vallée du Couësnon en même temps que les Bleus descendaient dans la vallée de la Pèlerine.

- "Y a-t-il un de vous," dit-il brusquement à ses deux amis, "qui puisse deviner le motif de l'attaque des Chouans ? Pour eux, les coups de fusil sont un commerce, et je ne vois pas encore ce qu'ils gagnent à ceux-ci. Ils auront au moins perdu cent hommes, et nous," ajouta-t-il, en retroussant sa joue droite et en clignant des yeux pour sourire, "nous n'en avons pas perdu soixante. Tonnerre de Dieu ! Je ne comprends pas la spéculation. Les drôles pouvaient bien se dispenser de nous attaquer, nous aurions passé comme des lettres à la poste, et je ne vois pas à quoi leur a servi de trouer nos hommes." Et il montra, par un geste triste, les deux charrettes de blessés. ""Ils auront peut-être voulu nous dire bonjour," ajouta-t-il.

- Mais, mon commandant, ils y ont gagné nos cent-cinquante serins," répondit Merle.

- Les réquisitionnaires auraient sauté comme des grenouilles dans le bois que nous ne serions pas allés les y repêcher, surtout après avoir essuyé une bordée," répliqua Hulot. "Non, non," reprit-il, "il y a quelque chose là-dessous." Il se retourna encore vers la Pèlerine. "Tenez," s'écria-t-il, voyez ?"

Quoique les trois officiers fussent déjà éloignés de ce fatal plateau, leurs yeux exercés reconnurent facilement Marche-A-Terre et quelques Chouans qui l'occupaient de nouveau.

- "Allez au pas accéléré !" cria Hulot à sa troupe, "ouvrez le compas et faites marcher vos chevaux plus vite que ça. Ont-ils les jambes gelées ? Ces bêtes-là seraient-elles aussi des Pitt et Cobourg ?"

Ces paroles imprimèrent à la troupe un mouvement rapide.

- "Quant au mystère dont l'obscurité me paraît difficile à percer, Dieu veuille, mes amis," dit-il aux deux officiers, "qu'il ne se débrouille point par des coups de fusil à Ernée. J'ai bien peur d'apprendre que la route de Mayenne nous est encore coupée par les sujets du roi." ... [...]
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TristhenyaTristhenya28 août 2012
— Mademoiselle, dit-il avec une émotion mal déguisée, êtes-vous fille ou femme, ange ou démon ?
— Je suis l’un et l’autre, reprit-elle en riant. N’y a-t-il pas toujours quelque chose de diabolique et d’angélique chez une jeune fille qui n’a point aimé, qui n’aime pas, et qui n’aimera peut-être jamais ?
— Et vous trouvez-vous heureuse ainsi ? ... dit-il en prenant un ton et des manières libres, comme s’il eût déjà conçu moins d’estime pour sa libératrice.
— Oh ! heureuse, reprit-elle, non. Si je viens à penser que je suis seule, dominée par des conventions sociales qui me rendent nécessairement artificieuse, j’envie les privilèges de l’homme. Mais, si je songe à tous les moyens que la nature nous a donnés pour vous envelopper, vous autres, pour vous enlacer dans les filets invisibles d’une puissance à laquelle aucun de vous ne peut résister, alors mon rôle ici-bas me sourit ; Puis, tout à coup, il me semble petit, et je sens que je mépriserais un homme, s’il était la dupe de séductions vulgaires. Enfin tantôt j’aperçois notre joug, et il me plaît, puis il me semble horrible et je m’y refuse ; tantôt je sens en moi ce désir de dévouement qui rend la femme si noblement belle, puis j’éprouve un désir de domination qui me dévore. Peut-être, est-ce le combat naturel du bon et du mauvais principe qui fait vivre toute créature ici-bas. Ange ou démon, vous l’avez dit. Ah ! Ce n’est pas d’aujourd’hui que je reconnais ma double nature. Mais, nous autres femmes, nous comprenons encore mieux que vous notre insuffisance. N’avons-nous pas un instinct qui nous fait pressentir en toute chose une perfection à laquelle il est sans doute impossible d’atteindre. Mais, ajouta-t-elle en regardant le ciel et jetant un soupir, ce qui nous grandit à vos yeux...
— C’est ? ... dit-il.
— Eh ! bien, répondit-elle, c’est que nous luttons toutes, plus ou moins, contre une destinée incomplète.
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AlainDAlainD12 novembre 2015
À droite et à gauche, d’énormes rochers de granit, posés les uns sur les autres, offraient de bizarres configurations. À travers ces blocs, d’immenses racines semblables à de gros serpents se glissaient pour aller chercher au loin les sucs nourriciers de quelques hêtres séculaires. Les deux côtés de la route ressemblaient à ces grottes souterraines, célèbres par leurs stalactites. D’énormes festons de pierre, où la sombre verdure du houx et des fougères s’alliait aux taches verdâtres ou blanchâtres des mousses, cachaient des précipices et l’entrée de quelques profondes cavernes. Quand les trois voyageurs eurent fait quelques pas dans un étroit sentier, le plus étonnant des spectacles vint tout à coup s’offrir aux regards de Mlle de Verneuil, et lui fit concevoir l’obstination de Galope-chopine.
Un bassin demi-circulaire, entièrement composé de quartiers de granit, formait un amphithéâtre dans les informes gradins duquel de hauts sapins noirs et des châtaigniers jaunis s’élevaient les uns sur les autres en présentant l’aspect d’un grand cirque, où le soleil de l’hiver semblait plutôt verser de pâles couleurs qu’épancher sa lumière et où l’automne avait partout jeté le tapis fauve de ses feuilles séchées. Au centre de cette salle qui semblait avoir eu le déluge pour architecte, s’élevaient trois énormes pierres druidiques, vaste autel sur lequel était fixée une ancienne bannière d’église. Une centaine d’hommes agenouillés, et la tête nue, priaient avec ferveur dans cette enceinte où un prêtre, assisté de deux autres ecclésiastiques, disait la messe. La pauvreté des vêtements sacerdotaux, la faible voix du prêtre qui retentissait comme un murmure dans l’espace, ces hommes pleins de conviction, unis par un même sentiment et prosternés devant un autel sans pompe, la nudité de la croix, l’agreste énergie du temple, l’heure, le lieu, tout donnait à cette scène le caractère de naïveté qui distingua les premières époques du christianisme. Mlle de Verneuil resta frappée d’admiration. Cette messe dite au fond des bois, ce culte renvoyé par la persécution vers sa source, la poésie des anciens temps hardiment jetée au milieu d’une nature capricieuse et bizarre, ces Chouans armés et désarmés, cruels et priant, à la fois hommes et enfants, tout cela ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait encore vu ou imaginé. Elle se souvenait bien d’avoir admiré dans son enfance les pompes de cette église romaine si flatteuses pour les sens ; mais elle ne connaissait pas encore Dieu tout seul, sa croix sur l’autel, son autel sur la terre ; au lieu des feuillages découpés qui dans les cathédrales couronnent les arceaux gothiques, les arbres de l’automne soutenant le dôme du ciel ; au lieu des mille couleurs projetées par les vitraux, le soleil glissant à peine ses rayons rougeâtres et ses reflets assombris sur l’autel, sur le prêtre et sur les assistants.
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genougenou23 avril 2016
Les Chouans jetèrent autour d'eux des regards effaré. Ces hommes, si braves sous la bouche meurtrière des canons, ne tenaient pas devant un esprit.
Pille-miche seul écoutait sans distraction la confession que des douleurs croissantes arrachaient à sa victime.
- Cinq cents écus, oui, je les donne, disait l'avare.
- Bah ! Où sont-ils ? lui répondit tranquillement Pille-miche.
- Hein, ils sont sous le premier pommier. Sainte Vierge ! au fond du jardin, à gauche... Vous êtes des brigands.., des voleurs... Ah ! je meurs.., il y a là dix mille francs.
- Je ne veux pas des francs, reprit Marche-à-terre, il nous faut des livres. Les écus de ta République ont des figures païennes qui n'auront jamais cours.
- Ils sont en livres, en bons louis d'or. Mais défiez-moi, déliez-moi, vous savez où est ma vie.., mon trésor.
Les quatre Chouans se regardèrent en cherchant celui d'entre eux auquel ils pouvaient se fier pour l'envoyer déterrer la somme. En ce moment, cette cruauté de cannibales fit tellement horreur à mademoiselle de Verneuil, que, sans savoir si le rôle que lui assignait sa figure pâle la préserverait encore de tout danger, elle s'écria courageusement d'un son de voix grave :
- Ne craignez-vous pas la colère de Dieu ? Détachez-le, barbares !
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genougenou23 avril 2016
- Jamais les Chouans n'ont eu de chef plus cruel que celui-là, s'il faut
ajouter foi aux bruits qui courent sur lui, dit-elle en s'adressant à la fois à
Francine et à sa maîtresse.
- Oh ! pour cruel, je ne crois pas, répondit mademoiselle de Verneuil ; mais
il sait mentir et me semble fort crédule : un chef de parti ne doit être le
jouet de personne.
- Vous le connaissez ? demanda froidement le jeune émigré.
- Non, répliqua-t-elle en lui lançant un regard de mépris, je croyais le
connaître...
- Oh ! mademoiselle, c'est décidément un malin, reprit le capitaine en
hochant la tête, et donnant par un geste expressif la physionomie
particulière que ce mot avait alors et qu'il a perdue depuis. Ces vieilles
familles poussent quelquefois de vigoureux rejetons.
Il revient d'un pays où les ci-devant n'ont pas eu, dit-on, toutes leurs aises,
et les hommes, voyez-vous, sont comme les nèfles, ils mûrissent sur la
paille. Si ce garçon-là est habile, il pourra nous faire courir longtemps. Il a
bien su opposer des compagnies légères à nos compagnies franches et
neutraliser les efforts du gouvernement. Si l'on brûle un village aux
Royalistes, il en fait brûler deux aux Républicains. Il se développe sur une
immense étendue, et nous force ainsi à employer un nombre considérable
de troupes dans un moment où nous n'en avons pas de trop ! Oh ! il entend
les affaires.
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