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Anne-Marie Meininger (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070380521
Éditeur : Gallimard (22/11/1989)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.52/5 (sur 54 notes)
Résumé :
John Melmoth est le héros mythique du roman de Charles Robert Maturin : Melmoth ou l’homme errant, auquel Satan a donné d’immenses pouvoirs en échange de son âme. Il arrive au moment où le caissier de Nucingen, Castanier, presque ruiné par sa maîtresse, Aquilina, s’apprête à détourner une grosse somme à des fins personnelles.
Melmoth propose à Castanier de lui acheter son âme et il lui donne un second rendez-vous où il lui livrera un secret qui lui pèse : la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  11 juin 2013
Ce livre regroupe deux courts romans d'Honoré de Balzac n'ayant pas forcément grands rapports entre-eux, si ce n'est que le second fait intervenir un personnage travaillant dans la banque, dont il est question dans le premier. Hormis ce lien ténu, on pourrait se gratter longtemps la tête pour chercher d'autres similitudes et seul l'éditeur pourrait éventuellement nous l'expliquer s'il était en mesure de le faire, ce dont je me permets de douter. Mais peu importe.
Tout d'abord, La Maison Nucingen, roman de petite taille où Balzac invite son lecteur à être une oreille indiscrète qui écoute aux portes des confidences de quatre larrons, journalistes ou apparentés journalistes, bien connus de la comédie humaine: Bixiou, Blondet, Couture et Finot. Lesquels amis commentent la réussite financière aussi subite qu'étonnante d'Eugène de Rastignac (héros du père Goriot) sous l'impulsion du Baron de Nucingen. L'auteur y dresse un bref portrait du financier dont Nucingen est selon lui l'archétype, ainsi que de la mécanique d'auto dévaluation ou réévaluation de ses propres valeurs. le tout visant à faire exploser ou imploser temporairement la masse d'un portefeuille d'actions en vue soit de sa cession au-dessus de sa valeur réelle ou réciproquement de son rachat bien en-dessous.
Évidemment, beaucoup sont les dupes de ces transactions, et d'autant plus que l'on est un proche de Nucingen, que Balzac compare à un loup-cervier et qui, s'il est la cause de la fortune de Rastignac, ne lui procure pas cet avantage par sympathie ou amitié, mais juste parce qu'il a besoin d'un porte-parole crédible pour ébruiter des " fuites " volontaires dans le dessein d'affoler les places financières à son profit.
Cette mécanique boursière est reprise, complétée et développée dans l'excellent roman d'Émile Zola, L'Argent. On peut en effet reprocher à Honoré de Balzac, une fois n'est pas coutume, le côté succinct de la façon dont il traite un sujet aussi vaste, et aussi important de sa comédie humaine, car, peu ou prou, l'argent est cause de tous les maux de son oeuvre. Qui suis-je pour prétendre faire la fine bouche sur le travail De Balzac ?
Ensuite vient Melmoth Réconcilié où l'auteur nous questionne sur nous-même : Que ferions-nous si nous disposions d'un pouvoir illimité ? Qu'adviendrait-il de nous ? de nos désirs ? de os espérances ?
Tout comme il se réapproprie le mythe de Dom Juan dans L'Élixir de Longue Vie, ici, Honoré de Balzac revisite à sa façon le thème du pacte avec le diable que Goethe avait fraîchement mis en lumière dans son Faust.
Mais ici, après une entrée en matière tonitruante et corrosive à souhait, Balzac fait récipiendaire de son pacte diabolique un obscur caissier de la banque de Nucingen. (D'où le vague lien entre les deux livres, je suppose.)
Cet insignifiant caissier, Rodolphe Castanier, plongé dans les dettes jusqu'au cou pour les beaux yeux d'une apprentie prostituée repêchée in extremis sur le pavé de Paris, s'apprête à commettre sa plus savante malversation pour s'assurer le confort d'une nouvelle vie à l'étranger lorsqu'il voit apparaître un sinistre anglais du nom de John Melmoth.
Celui-ci voit tout, devine tout, domine tout et impose son fait. le caissier éberlué, au bord de l'abîme, déjà aspiré par les affres du gouffre, ne voit d'autre choix que d'accepter le pacte que lui soumet l'Anglais démoniaque.
Doué de ce don nouveau de vue extralucide, Castanier voit tout, les trahisons de sa maîtresse, les intentions fourbes des servantes, les soifs mesquines, les désirs fades, la grande comédie qu'est la vie. Un peu comme pour le Peter Schlemihl de Chamisso, la fortune de Castanier prend un goût très amer sitôt qu'elle s'offre à lui.
À l'étroit dans son omnipotence, rien n'est jamais aussi simple et beau qu'on se l'imagine vu d'en bas et c'est sur cette douloureuse réflexion que l'auteur nous place au travers de ce petit roman qui tient, à juste titre, sa place dans la section " études philosophiques " de la Comédie Humaine.
Le trait fantastique n'est pas ce que je préfère chez Balzac, mais ce petit volume se laisse lire sans aucun déplaisir. Au final, un livre très correct, mais assurément pas la fine fleur de l'auteur, en tout cas, c'est mon avis, c'est-à-dire, il est vrai, bien peu de chose.
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PiertyM
  22 janvier 2018
Melmoth réconcilié est un Balzac pur jus philosophique qui fait un tout petit cocktail avec du fantastique. Que vaut à un homme de gagner le monde s'il perd son âme, voici la philosophie dans laquelle nous plonge ce petit roman.. Ici, gagner le monde va au-delà de la matière, l'homme devient ce qu'on pourrait dire un petit Dieu. Un pacte avec le diable doit aller d'une main à une autre, Melmoth, le tout dernier pactisant doit se trouver un ramplaçant, quoi de plus persuasif que de chercher un homme qui chavire avec son être, un homme ancré dans toutes ses faiblesses, comme l'est Castanier, accablé de dettes, un caissier en déficit dans sa gestion, un homme sur le point de quitter les choses avant que les choses ne le quittent. Castanier saisit cette occasion pour changer le cours de sa vie...mais comment se dire homme quand le corps perd toute la sensibilité de ses sens...
Ce Balzac est un petit bijoux !
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Acerola13
  02 août 2012
Un petit Balzac pendant les vacances pour ne pas perdre la main !
Après le colonel Chabert et la cousine Bette, changement radical d'orientation : le premier conte narre les aventures d'un caissier qui, ne pouvant plus soutenir la vie que lui impose sa maîtresse, fait un pacte avec le diable pour s'en sortir.
Texte philosophique et spectateur de la vie d'un homme semblable à tant d'autres, Melmoth réconcilié revient sur la conception des plaisirs et sur notre recherche de l'inaccessible ; le thème de l'avidité et du nombre de personnes prêtes à vendre leur âme pour obtenir ses plaisirs interdits sont également évoqués ; mais le point clef du roman est sans doute la mise en bourse de ce pouvoir de demi-dieu...Comme quoi, que ce soit hier ou aujourd'hui, tout s'achète !
La deuxième partie du livre, à savoir la Maison Nucingen, dévie du tournant fantastique pris par Melmoth, mais reste relié par le thème de la banque omniprésent.
La Maison Nucingen débute par un dîner entre deux amis qui écoutent derrière la faible cloison les discussions de quatre autres personnes dinant elles-aussi, et dont le discours porte sur un proche du baron Nucingen ayant acquit récemment une immense fortune.
Discours rapporté à l'intérieur d'un autre discours rapporté, le genre de narration est amusant puisque l'on pénètre peu à peu les différents "étages" sans s'en rendre compte, en plongeant toujours plus avant dans la vie du personnage choisi en oubliant le narrateur.
Ode aux banquiers qui, par quelques manoeuvres efficaces ont réussi à obtenir une faramineuse fortune, et qui réussissent à tromper bourgeois et nobles par de simples rumeurs non commentées, La Maison Nucingen étonne par son côté actuel et intemporel : un tel récit pourrait aisément être substitué à certaines histoires du XXIème siècle...
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Eleusis
  09 mai 2017
Le personnage de Castanier autour duquel tourne la nouvelle n'est pas réellement sympathique et s'il nous ressemble, c'est dans ce que nous avons de méprisable. Il n'en reste pas moins terriblement humain. Les petits ajustements qu'il fait avec sa conscience, dans sa relation avec Aquilina, en sont un bon exemple.
Mais nous en sommes alors à la moitié du récit. Mis au pied du mur, Castanier accepte l'offre de Melmoth. le mal sublime rejoint le mal quotidien, en somme. Et puisque nous sommes dans un conte philosophique, la découverte par Castanier du pouvoir absolu est l'occasion d'une réflexion sur le désir. Pouvant satisfaire tous les siens, le personnage principal finit rapidement par ne plus en avoir : le désir se cristallise en ce sens sur ce qui est, sinon accessible, du moins difficile à obtenir et la satisfaction systématique fait que les meilleurs mets ont bientôt sur ses lèvres un goût de cendre. C'est le genre de choses qui apparaissent parfois dans les mentions en petits caractères des contrats que l'on passe avec le diable…
Le pacte faustien trouve par ailleurs une résonnance toute particulière dans le Paris du début du XIXe siècle. Certes inspiré de Melmoth ou L'Homme errant de Mathurin Régnier, référence du roman gothique anglais, le récit De Balzac reprend les éléments fantastiques du récit pour les implanter dans une société de médiocres, hantés avant tout par des questions d'orgueil et d'argent. Je suis en train de revoir la série Buffy contre les vampires de Joss Whedon et le bibliothécaire, Giles, déplorait, dans le dernier épisode que j'ai vu, que les démons n'étaient plus ce qu'ils étaient. le démon concerné avait en effet renoncé aux cryptes et aux grottes pour un petit appartement dans les quartiers chauds de la ville, et vendait une édition originale du Livre de l'Ascension contre du liquide, et non un coeur de vierge. Si cela peut consoler notre bibliothécaire, les choses n'étaient déjà plus ce qu'elles étaient du temps De Balzac : Castanier choisit à terme de se débarrasser de son pacte à la Bourse, et celui-ci perd peu à peu de sa valeur au fil des échanges, pour échoir finalement, à la fin du récit, à un petit clerc de notaire. Ce faisant, l'ouvrage interroge la place du merveilleux dans le quotidien bien rodé d'un monde aux multiples contraintes sociales et économiques.
Lien : https://gnossiennes.wordpres..
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njussien
  09 juin 2014
En 1836, de l'autre c??t?? de la cloison d'un c??l??bre restaurant parisien, un homme surprend la conversation de quatre journalistes ??chauff??s par un bon repas, Finot, Blondet, Couture et Bixiou. Ceux-ci commentent l'??tonnante r??ussite de Rastignac, qui a d?? son succ??s ?? la Maison Nucingen, la fameuse banque parisienne. Pour avoir compris tr??s t??t que l'argent n'est une puissance que quand il est en quantit??s disproportionn??es , Nucingen a choisi de stimuler des liquidations : il suspend ses paiements et propose ?? ses d??biteurs des valeurs mortes, titres dont le prix r??pond au montant des cr??anciers quand leur valeur en Bourse est tr??s inf??rieure ; le march?? conclu, il reprend ses paiements. Au fil des ann??es, Nucingen perfectionne encore la technique : il fait croire par des hommes cr??dibles, comme Rastignac donc, ?? l'imminence de sa liquidation pour d??cider les cr??anciers ?? ??changer d'eux-m??mes leurs capitaux en valeurs mortes ; il se retrouve alors d??tenteur des investissements qu'on lui a abandonn??s. Il parach??ve ensuite l'op??ration en rachetant ?? bon compte les actions artificiellement surestim??es au moment o?? elles devaient sembler un investissement fiable. Les lois sont des toiles d'araign??es ?? travers lesquelles passent les grosses mouches et o?? restent les petites , conclut Blondet. R??cit de la haute finance vicieuse et triomphante, tout comme C??sar Birotteau est le r??cit du commerce vertueux et vaincu, La maison Nucingen est certainement le texte le plus v??n??neux de la Com??die humaine. Il faut relire plusieurs fois le texte pour parvenir ?? d??m??ler les fils particuli??rement enchev??tr??s des actions et des discours. Il s'agit n??anmoins d'un laminoir pour le capitalisme naissant.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   17 avril 2015
Attaquer la liberté commerciale à cause de ces inconvénients, ce serait attaquer la Justice sous prétexte qu'il y a des délits qu'elle ne punit pas, ou accuser la Société d'être mal organisée à cause des malheurs qu'elle engendre ! [...] Que les lois interdisent aux passions tel ou tel développement (le jeu, la loterie, tout ce que vous voudrez), elles n'extirperont jamais les passions. Tuer les passions, ce serait tuer la Société, qui, si elle ne les engendre pas, du moins les développe. Ainsi, vous entravez par des restrictions l'envie de jouer qui gît au fond de tous les cœurs, chez la jeune fille, chez l'homme de province, comme chez le diplomate, car tout le monde souhaite une fortune gratis, le Jeu s'exerce aussitôt dans d'autres sphères. Vous supprimez stupidement la loterie, les cuisinières n'en volent pas moins leur maîtres, elles portent leurs vols à une Caisse d'Épargne. [...] On joue toujours, seulement le bénéfice n'est plus à l'État. [...] L'encouragement donné aux caisses d'épargnes est une grosse sottise politique. [...] Une caisse d'épargne est l'inoculation des vices engendrés par l'intérêt à des gens que ni l'éducation ni le raisonnement ne retiennent dans leurs combinaisons tacitement criminelles.
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Nastasia-BNastasia-B   07 juin 2013
Le gouvernement, lui, lève sur les jeunes intelligences, entre dix-huit et vingt ans, une conscription de talents précoces ; il use par un travail prématuré de grands cerveaux qu’il convoque afin de les trier sur le volet comme les jardiniers font de leurs graines. Il dresse à ce métier des jurés peseurs de talents qui essaient les cervelles comme on essaie l’or à la Monnaie. Puis, sur les cinq cents têtes chauffées à l'espérance que la population la plus avancée lui donne annuellement. Il en accepte un tiers, le met dans de grands sacs appelés ses Écoles, et I'y remue pendant trois ans. Quoique chacune de ces greffes représente d'énormes capitaux, il en fait pour ainsi dire des caissiers ; il les nomme ingénieurs ordinaires, il les emploie comme capitaines d'artillerie ; enfin, il leur assure tout ce qu'il y a de plus élevé dans les grades subalternes. Puis, quand ces hommes d'élite, engraissés de mathématiques et bourrés de science ont atteint l'âge de cinquante ans, il leur procure en récompense de leurs services le troisième étage, la femme accompagnée d'enfants, et toutes les douceurs de la médiocrité.
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Nastasia-BNastasia-B   31 mai 2013
Étrange civilisation ! La société décerne à la vertu cent louis de rente pour sa vieillesse, un second étage, du pain à discrétion, quelques foulards neufs, et une vieille femme accompagnée de ses enfants. Quant au vice, s'il a quelque hardiesse, s'il peut tourner habilement un article du Code comme Turenne tournait Montecuculli, la société légitime ses millions volés, lui jette des rubans, le farcit d'honneurs et l'accable de considération. Le gouvernement est d'ailleurs en harmonie avec cette société profondément illogique.
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Nastasia-BNastasia-B   09 juin 2013
C'était une de ces filles qui, soit par la misère la plus profonde, soit par défaut de travail ou par l'effroi de la mort, souvent aussi par la trahison d'un premier amant, sont poussées à prendre un métier que la plupart d'entre elles font avec dégoût, beaucoup avec insouciance, quelques-unes pour obéir aux lois de leur constitution.
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Nastasia-BNastasia-B   30 mai 2013
Il est une nature d'hommes que la civilisation obtient dans le règne social, comme les fleuristes créent dans le règne végétal, par l'éducation de la serre, une espèce hybride qu'ils ne peuvent reproduire ni par semis, ni par bouture. Cet homme est un caissier, véritable produit anthropomorphe, arrosé par les idées religieuses, maintenu par la guillotine, ébranché par le vice, et qui pousse, à un troisième étage, entre une femme estimable et des enfants ennuyeux.
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