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Pierre Barbéris (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070364053
694 pages
Éditeur : Gallimard (20/06/1973)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 571 notes)
Résumé :
Après "Le Père Goriot" et "Illusions perdues", "Splendeurs et misères des courtisanes" achève "la trilogie de Vautrin". Ce héros des bas-fonds, bagnard faussaire et assassin, est aussi un amant sublime et un poète à sa manière, qui consacre ses forces de Titan et son imagination infernale à la fortune de l'homme qu'il adore : Lucien de Rubempré. Jamais Balzac n'a plus cruellement ôté
ses masques à une société dont il pénètre les secrètes compromissions. Des m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  10 décembre 2017
Splendeurs et misères des courtisanes, c'est d'abord un magnifique titre pour le second plus long roman d'Honoré de Balzac après Illusions perdues, dont il constitue une suite ou un prolongement. Il fait du personnage central des Illusions, Lucien de Rubempré, un personnage secondaire mais essentiel autour duquel vont graviter deux personnages successivement centraux : la courtisane tout d'abord et le mentor ensuite.
L'ouvrage est constitué de quatre parties, à peu près équivalentes en volume, les deux premières centrées sur le personnage de la courtisane et les deux dernières sur celui du mentor. Dès à présent, on pourrait remarquer que cet ensemble aurait pu constituer deux ensembles distincts et que son titre, fait en réalité référence uniquement à la première moitié du livre.
Ouvrage composite, ouvrage complexe car il se présente comme une clef de voûte de la Comédie Humaine. C'est une pièce centrale qui relie mécaniquement beaucoup de chefs-d'oeuvres de cet ensemble en ogive : les sublimes Illusions perdues, déjà mentionnées, mais également le très fameux Père Goriot, ou encore des petits romans comme Gobseck, La Maison Nucingen, L'Interdiction ainsi que quelques autres, de façon plus ténue.
Splendeurs et misères des courtisanes, c'est une sorte de portrait en creux : le sujet étant la réussite sociale et mondaine, l'accession à un poste de premier plan à l'échelle nationale, à l'époque de la Restauration (aux alentours de 1830). Il y est bien sûr question de la réussite de Lucien, qui passerait par un beau mariage, mais ce n'est pas le centre d'intérêt de l'auteur. Celui-ci s'intéresse aux à-côtés de cette ascension.
En ce sens, l'analyse d'un phénomène humain sous la Restauration au XIXè s. que nous propose ce roman pourrait étayer avantageusement et nous être précieuse pour la compréhension fine de phénomènes humains similaires du XXIè s. tels que l'ascension vertigineuse d'un certain Emmanuel M., par exemple, mais on pourrait en cibler beaucoup d'autres. Et c'est en ce sens, quoi qu'on en pense et quoi qu'on en dise, que Balzac est vraiment très, très fort : il touche à des caractéristiques universelles de la mécanique humaine, ce qu'il nommait " la comédie humaine ". Et bien qu'on ne parle plus ni de monarchie, ni du XIXème siècle, ses observations et ses conclusions restent valables des siècles après leur formulation et n'importe où dans le monde. Voilà la force de Balzac.
La courtisane, très comparable au personnage de Coralie dans les Illusions perdue, sera ici la jolie juive, la sublimissime Esther, surnommée " la torpille " tant elle tape dans l'oeil de tous les hommes qui posent le regard sur ses charmes. Cette femme, cette demi-mondaine, va subir une transformation sous l'action de qui vous verrez (il ne faut pas que je vous en dévoile de trop). de sorte qu'Esther va peu à peu se muer en formidable tremplin pour Lucien. Tremplin pour quoi ? Qu'advient-il du tremplin ? Ça, je vous laisse le plaisir de le découvrir par vous même, quoique, si vous êtes perspicaces, le titre vous donnera peut-être une légère indication.
Le destin d'Esther n'est pas sans m'évoquer celui de Christine Deviers-Joncour. Rien dans le cynisme et l'utilisation incroyablement méprisante voire humiliante des femmes aux plus hauts échelons de l'État n'a véritablement changé de nos jours. Combien d'Esther encore de par le monde à l'heure qu'il est ? Balzac a le mérite de nous sensibiliser à leur triste destin, même s'il peut paraître enviable, vu de loin, de très loin…
Venons-en à présent à la seconde moitié du livre et à ce mentor d'exception qui souhaite à tout prix faire réussir Lucien. C'est bien le " à tout prix " qui compte ici. On pourrait même ajouter un proverbe : la fin justifie les moyens. Qui donc, parmi la galerie de portraits de la Comédie humaine a les épaules assez solides et l'audace assez haut placée pour ne reculer devant rien, mais ce qui s'appelle rien ? Vous l'avez reconnu ? Nom de code : Trompe-la-mort, cela évoquera peut-être quelques souvenirs à certains, quant aux autres, je vous invite à venir découvrir le personnage si vous ne le connaissez déjà (peut-être sous une autre appellation).
C'est l'occasion pour Balzac de nous emmener dans les coulisses de la justice de 1830 mais dont vous constaterez qu'elle n'a pas si fondamentalement changé depuis lors. C'est aussi l'occasion de nous évoquer l'action souterraine de la police secrète, qu'on désignait il y a peu encore par les deux lettres RG et qui depuis a encore changé de nom, mais dont les attributs plus ou moins troubles demeurent.
Le romancier s'inspire très fortement d'un personnage historique ayant réellement existé : Vidocq. Mais, et c'est là encore une des grandes réussites sociologiques de la Comédie humaine, à divers endroits du monde des 3/4 malfrats ont joué des rôles d'auxiliaires de " justice " (avec toutes les réserves possibles que l'on peut émettre sur cette notion). On sait par exemple que pour chasser les banksters des années 1930, Franklin D. Roosevelt a fait appel à l'un des meilleurs d'entre eux, un certain Kennedy, père d'un futur président américain assassiné, on se demande bien pourquoi.
Plus près de nous, en France, il y a peu encore, Étienne Léandri a joué ce rôle du temps de Charles Pasqua. De nos jours, de par le monde, combien de Trompe-la-mort continuent d'officier en sous main, parfois pour la cause de leur gouvernement, parfois pour leurs intérêts propres ?
Bref, vous le voyez, un très, très grand Balzac, encore une fois, dont le projet littéraire n'est pas si éloigné de ce qui se fait à l'heure actuelle en terme de séries, je pense notamment à la série exceptionnelle The Wire (Sur écoute en français) de David Simon.
Littérairement parlant, j'aurais peut-être un ou deux petits bémols à apporter, notamment dans la troisième partie où les descriptions de la Conciergerie ne me semblent pas toutes indispensables. L'accent systématique yiddisho-alsacien de Nucingen est un peu fatigant à la longue. Certains personnages sont peut-être un peu exagérés, je pense principalement à celle qui est surnommée " Asie ". C'est sûrement vrai aussi de quelques autres, mais pour le reste, un vrai grand plaisir de lecture sans cesse renouvelé sur plus de 500 pages, ce qui m'incite à vous conseiller vivement la lecture de ce roman. En outre, souvenez-vous que tout ceci n'est que mon avis, splendide pour certains, misérable pour d'autres donc, si l'on fait une moyenne, pas grand-chose. (CQFD)
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Sachenka
  28 février 2015
Splendeurs et misères des courtisanes commencent là où Les illusions perdues se terminent. Lucien de Rubempré, grâce au soutien du mystérieux abbé Carlos Herrera revient triomphalement dans la capitale française. Ce Paris qui l'avait dédaigneusement rejeté l'accepte maintenant les bras (presque) grands ouverts. Eugène de Rastignac, la comtesse de Sérisy et la duchesse de Maufrigneuse en font leur protégé. Il est même question d'un mariage avec la fille de la duchesse de Grandlieu.
Attention, spoiler !
Les magouilles de l'abbé Herrera visant à faire recouvrer sa fortune à Lucien font beaucoup parler et plusieurs commencent à douter. La mort d'Esther fait s'écrouler ce château de cartes. Il apparaît que cette courtisane se prostituait et soutirait des fortunes au baron de Nucingen pour les distribuer à son amoureux Lucien. le jeune homme, emprisonné, est trop faible et il n'arrive pas à se défendre correctement.
Ce roman De Balzac dépasse grandement l'histoire de Lucien de Rubempré. D'ailleurs, celui-ci, disparaît avant la fin du roman. Ce sont les femmes, des courtisanes, qui, si elles n'occupent pas toujours une place de premier plan, n'en ont pas moins un rôle déterminant. D'abord, le désir de vengeance de Mme de Bargeton et de son cercle d'amies joue pour beaucoup. Toutefois, Esther symbolise la courtisane par excellence : elle réussit à merveille à exploiter la passion du baron de Nucingen. Et ce n'est pas qu'une jolie femme. Elle tente de sa racheter de son ancienne vie de prostituée, hésite à se donner à son soupirant, sa conscience la travaille. Il y a aussi la duchesse de Maufrigneuse qui intervient dans le procès de Lucien et la comtesse de Sérisy qui va jusqu'à obtenir de son mari qu'il use de toute son influence dans l'affaire. D'un autre côté, l'épouse du juge Camesot intrigue pour favoriser l'avancement de son mari. Bref, des femmes avec leur agenda qui tissent le destin des hommes qu'elles croisent…
Ceci dit, Splendeurs et misères des courtisanes est également une histoire de rédemption. Alors que Lucien sombre rapidement dans le désespoir, tout le génie de l'abbé Herrera se met en branle. Il joue de ruse et d'intelligence contre les forces de l'ordre qui le soupçonnent être nul autre que l'ancien bagnard Jacques Collin, alias Vautrin, aussi surnommé Trompe-la-mort. Il porte le roman sur ses épaules dans la dernière partie du roman. Quand son protégé commet l'irréparable, il vit un moment de profonde tristesse et d'abattement mais se reprend vite en main. Mieux, il délaisse le crime pour rejoindre la police.
Balzac a le mérite de dépeindre réalistiquement et extraordinairement bien les Paris du début du XIXe siècle. Oui, oui, les Paris. Celui des pauvres gens, des chaumières, des ruelles sombres, des prisons, etc. Mais aussi celui de l'élite, qu'on retrouve à l'opéra et dans les salons privés. J'en retrouve l'écho dans la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust. Malheureusement, soit les lecteurs de l'époque étaient ignares, soit l'auteur aimait s'épandre en descriptions. Parfois, son côté pédagogue m'a agacé, particulièrement quand il se sent obligé d'expliquer en long et en large la justice française, le monde des forçats, etc. Quant à moi, quelques lignes auraient suffi. Cette lourdeur m'a ennuyé plus que tout. Mais bon, les personnages, intéressants, complexes, surprenants, plus grands que nature, ont compensé amplement. Bref, j'ai fixé à mon agenda des rendez-vous avec d'autres tomes de cette fresque qu'est la Comédie Humaine.
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Arakasi
  11 juin 2018
Nous avions laissé ce petit crétin narcissique de Lucien de Rubempré seul et désespéré à la fin des “Illusions perdues” - il y avait de quoi puisque l'andouille avait ruiné par sa bêtise et son égocentrisme son adorable soeur et son brave beau-frère - et c'est avec un plaisir mitigé que nous le retrouvons au début de “Splendeurs et misères des courtisanes” glissé à nouveau dans son rôle de dandy dépensier. Comme Lucien a-t-il effectué cette surprenante remontée ? On se doute bien qu'il n'y est pas arrivé tout seul, allez ! Car le mignon petit chien de manchon s'est trouvé un lion pour protecteur, un redoutable personnage à la carrure du taureau et au tempérament de bête fauve, le mystérieux abbé Carlos Herrera. Non content de propulser son poulain aux premiers rangs de la bonne société, celui-ci a décidé de lui faire épouser une fille de duc ni trop jolie, ni trop laide, mais abondamment dotée. Hélas, Lucien s'est amouraché d'une belle courtisane, la divine Esther dites “La Torpille” pour les intimes... Il ne veut pas s'en passer ? Tant pis, on fera avec ! Mieux encore, on utilisera les charmes de la belle pour enrichir encore davantage le jeune sot et lui ouvrir ainsi un chemin tout tracé vers la gloire et la fortune. A moins que ce ne soit vers la potence, bien entendu.
Avec ce roman, nous sommes clairement dans un format beaucoup plus feuilletonnant que celui des “Illusions perdues” et du “Père Goriot”, laissant la part belle aux rebondissements multiples et au pur divertissement. A mon sens, c'est à la fois un mal et un bien. Ce que le récit perd en finesse psychologique et en profondeur, il le gagne en vivacité et en dynamisme et ces “Splendeurs et misères des courtisanes” s'avèrent beaucoup plus digestes que les - un poil - interminables “Illusions perdues” qui les précédaient. Heureusement, la méchanceté De Balzac est toujours là, venimeuse et féroce, et c'est avec un vif plaisir qu'on le verra, tout au long de sa narration, se livrer à un matraquage enthousiaste des milieux financiers, politiques et judiciaires. Balzac se moque de tout : l'amour, le sacré, la noblesse, la richesse… Même les quelques scènes pathétiques qui émaillent le récit m'ont semblées lourdes de second degré et, même au coeur de la tragédie la plus noire, le cynisme rigolard ne manque jamais de pointer son nez.
“Splendeurs et misères des courtisanes”, c'est aussi le récit de la première grande passion ouvertement homosexuelle de la littérature française. Rien que pour ça, avouez que ça vaut le détour ! On avait déjà remarqué l'intérêt de Vautrin - réapparaissant ici sous le masque de l'abbé Carlos Herrera - pour les beaux jeunes hommes facilement influençables dans les romans précédents. Ici, cet intérêt se concrétise et se dépouille de toute ambiguïté. Clairement, ce n'est pas pour son charmant intellect que le redoutable forçat a pris sous sa protection le petit dandy superficiel, mais sans conteste pour ses beaux yeux et son joli petit cul. Pas seulement cependant. Si le goût déplorable de Herrera en matière de compagnon peut surprendre, surtout venant d'un homme aussi pragmatique et brillant (Lucien est tout de même une incroyable petite tête à claques), on l'expliquera aisément par une sorte de narcissisme à la Pygmalion. Au fond, Herrera se fout de Lucien, de sa douceur, de sa mollesse, de son égocentrisme naïf. Au delà d'un attrait purement physique, il ne l'apprécie vraiment que comme une extension de lui-même, une façon de prendre sa revanche sur la société, son “Moi beau” comme il le dit lui-même. Autant pour le romantisme.
Pas d'amour, pas de sentimentalité, pas de poésie, mais une vision très noire et pessimiste de l'humanité. Si vous êtes amatrice, comme moi, n'hésitez pas une seconde, sinon replongez vous dans Victor Hugo.
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michfred
  24 juin 2015
Le plus passionnant des volumes de la Condition Humaine...Il fait suite aux Illusions perdues: Lucien de Rubempré, veule, fragile , au bord du suicide- mais ô combien sexy tout éploré et tout mouillé- y faisait la rencontre -et la conquête- in extremis d'un bien curieux évêque espagnol , vraiment pas très catholique, Mgr de Herrera, alias Vautrin (voir Père Goriot) alias Trompe-la-Mort.
L'évêque signait avec ce malheureux candidat à la noyade un pacte faustien: la gloire, la richesse, l'amour des plus belles femmes contre une obéissance aveugle et l'abandon de tout scrupule moral..
C'est ce pacte et cette promesse que vont remplir Splendeurs et misères des courtisanes, livre foisonnant, aux chapitres courts, s'arrêtant toujours sur un "suspense" insupportable-car Balzac le publiait en feuilleton!
Lucien aura l'amour des dames de la haute,l'argent et la notoriété, le pouvoir qui les accompagne, et aussi la fidélité passionnée de la plus rouée des courtisanes, Esther, dite la Torpille...
Splendeurs...est le roman des conversions et des métamorphoses: la gourgandine devient sainte, le pauvre chéri devient puissant...tant qu'il reste sous la férule de Herrera, mais comprendra son malheur quand il croira pouvoir impunément voler de ses propres ailes. Quant à l'évêque ex-taulard, il finira dans la peau ...du chef de la police parisienne, Balzac s'étant inspiré de Vidocq, personnage historique au destin romanesque.
Balzac tout frétillant de cette mauvaise compagnie -giton, pute , maquereau , indic'- nous balade avec délices dans un univers parisien interlope...sans résister aux parenthèses didactiques -la langue des forçats, marquée de la fleur de lys aurait dit Hugo son collègue en bas-fonds, nous est longuement détaillée...mais autant les parenthèses notariales des Illusions perdues m'ont exaspérée -comment rédiger un avis de saisie en dix leçons!- autant les parenthèses exotiques dans les prisons et le bagne m'ont ravie...Mieux vaut un bad boy que dix clercs de notaire!
Autre audace: les amours homosexuelles à peine avouées de l'évêque et de son joli protégé...
Un Balzac page-turner, on vous dit!
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Thrinecis
  02 juin 2020
J'avais laissé Lucien Chardon au bord du chemin, désillusionné, accablé de remords, déterminé à se suicider mais miraculeusement sauvé par un mystérieux abbé espagnol nommé Carlos Herrera. Je l'ai retrouvé quelques mois plus tard, arpentant le foyer de l'Opéra de Paris au bras d'une belle femme, élégamment vêtu et d'une beauté suscitant la jalousie des hommes et faisant chavirer le coeur des femmes. Lucien semble s'être enrichi et a réussi à anoblir son nom d'une particule. La Fortune lui sourit, mais la femme dont Lucien s'est épris est une ancienne prostituée, Esther, surnommée la Torpille, qui vient d'être identifiée par les camarades de Lucien, anciens clients de la courtisane. Pour l'abbé Carlos Herrera, ce coup du sort peut mettre un terme à l'ascension sociale qu'il est en train de bâtir brique après brique pour son protégé. Esther doit être sacrifiée pour préserver la réputation et les intérêts de Lucien.
Cette suite des Illusions perdues se lit beaucoup plus aisément : d'une facture peut-être moins classique mais bien plus feuilletonesque, Splendeurs et misères des courtisanes se dévore, Balzac prenant plaisir à enchaîner les rebondissements et les retournements de situation pour nous accrocher jusqu'à la fin du roman. Le roman se divise en 4 parties dont les deux premières sont consacrées à Esther et à Lucien et les deux dernières sont centrées sur le véritable personnage principal du roman, l'abbé Carlos Herrera, dont on découvrira la véritable identité et les multiples avatars au cours du roman. Au fil des pages, on retrouvera bon nombre de personnages de la Comédie Humaine, comme Rastignac, Delphine de Nucingen (l'une des filles du Père Goriot), le baron de Nucingen, et bien d'autres, certains juste esquissés comme Joseph Bridau (La Rabouilleuse) dont on apprend avec plaisir qu'il est devenu un peintre reconnu...
Dans la première partie qui nous raconte l'histoire tragique d'Esther, Balzac ne peut s'empêcher d'y mêler des scènes de théâtre et même de pur vaudeville avec tromperie, farce et substitution de personne dont la victime est le baron de Nucingen. Avec la prononciation et l'accent ridicules du baron (d'ailleurs assez pénibles à lire et à comprendre parfois), cette partie serait presque du registre de la comédie si elle n'était pas si dramatique sur le fond.
La dernière partie se veut plus policière et se consacre à la figure magistrale de Carlos Herrera, réincarnation de Vautrin, ex-locataire de la Maison Vauquer dans le Père Goriot, mais aussi plus connu de la police sous le nom de Jacques Collin. Balzac s'est inspiré de Vidocq et de ses lectures sur le bagne pour décrire cet homme terrible, d'une dimension hugolienne, qui gouverne les bas-fonds de Paris, celui des voleurs et des assassins, aidé par des comparses experts dans l'art du déguisement. Il y a du Eugène Sue et du Adolphe d'Ennery dans ces pages-là ! Tout au long du roman, l'abbé manipule son monde : la pauvre Esther, Lucien - cet être lâche capable de trahir son amour et ses principes pour la fortune et un titre -, mais aussi les grands seigneurs, les hommes de loi et de la police, les voleurs, les prisonniers et les condamnés à mort. J'ai beaucoup aimé ce jeu du chat et de la souris auquel se livre l'abbé avec la Sureté, même si les retournements de situation flirtent avec une invraisemblance assumée par le romancier qui la justifie en arguant que la réalité dépasse souvent la fiction. Avec l'exemple du fabuleux parcours de Vidocq, on ne peut guère le lui reprocher ! Cette dernière partie est l'occasion pour Balzac de nous décrire si minutieusement la Conciergerie qu'il arrive à nous la faire voir et qu'il m'a donné l'envie de la visiter dès que possible.
Mais les passages les plus délectables du roman sont peut-être les belles études psychologiques de l'âme féminine que Balzac brosse à travers les portraits d'Esther bien sûr mais aussi de Mme de Sérizy, de la duchesse de Maufrigneuse, de la marquise d'Espard et de Mme Camusot. Le romancier excelle à analyser finement les remous de l'esprit qui agitent ces dames par l'interprétation d'un soupir, d'une contraction de la bouche, d'une syllabe accentuée ou d'un regard éperdu. A cet égard, toutes ces figures féminines peuvent paraître secondaires mais c'est bien elles qui seront la cause involontaire de l'inflexion étonnante du parcours de Carlos Herrera. Alors feront-elle triompher la morale et la vertu ? Vous ne le saurez qu'à la dernière page du roman...
Challenge multi-défis 2020
Challenge XIXème siècle 2020
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Citations et extraits (119) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   30 octobre 2017
Il n’est pas inutile de faire observer que de si considérables fortunes ne s’acquièrent point, ne se constituent point, ne s’agrandissent point, ne se conservent point, au milieu des révolutions commerciales, politiques et industrielles de notre époque, sans qu’il y ait d’immenses pertes de capitaux, ou, si vous voulez, des impositions frappées sur les fortunes particulières. On verse très peu de nouvelles valeurs dans le trésor commun du globe. Tout accaparement nouveau représente une nouvelle inégalité dans la répartition générale. Ce que l’État demande, il le rend ; mais ce qu’une Maison Nucingen prend, elle le garde. […] Forcer les États européens à emprunter à vingt ou dix pour cent, gagner ces dix ou vingt pour cent avec les capitaux du public, rançonner en grand les industries en s’emparant des matières premières, tendre au fondateur d’une affaire une corde pour le soutenir hors de l’eau jusqu’à ce qu’on ait repêché son entreprise asphyxiée, enfin toutes ces batailles d’écus gagnées constituent la haute politique de l’argent. Certes, il s’y rencontre pour le banquier, comme pour le conquérant, des risques ; mais il y a si peu de gens en position de livrer de tels combats que les moutons n’ont rien à y voir. Ces grandes choses se passent entre bergers. Aussi, comme les exécutés (le terme consacré dans l’argot de la Bourse) sont coupables d’avoir voulu trop gagner, prend-on généralement très peu de part aux malheurs causés par les combinaisons des Nucingens. Qu’un spéculateur se brûle la cervelle, qu’un agent de change prenne la fuite, qu’un notaire emporte les fortunes de cent ménages, ce qui est pis que de tuer un homme ; qu’un banquier liquide ; toutes ces catastrophes, oubliées à Paris en quelques mois, sont bientôt couvertes par l’agitation quasi marine de cette grande cité. Les fortunes colossales des Jacques Cœur, des Médici, des Ango de Dieppe, des Auffredi de La Rochelle, des Fugger, des Tiepolo, des Corner, furent jadis loyalement conquises par des privilèges dus à l’ignorance où l’on était des provenances de toutes les denrées précieuses ; mais, aujourd’hui, les clartés géographiques ont si bien pénétré les masses, la concurrence a si bien limité les profits, que toute fortune rapidement faite est : ou l’effet d’un hasard et d’une découverte, ou le résultat d’un vol légal. Perverti par de scandaleux exemples, le bas commerce a répondu, surtout depuis dix ans, à la perfidie des conceptions du haut commerce, par des attentats odieux sur les matières premières. Partout où la chimie est pratiquée, on ne boit plus de vin ; aussi l’industrie vinicole succombe-t-elle. On vend du sel falsifié pour échapper au Fisc. Les tribunaux sont effrayés de cette improbité générale. Enfin le commerce français est en suspicion devant le monde entier, et l’Angleterre se démoralise également. Le mal vient, chez nous, de la loi politique. La Charte a proclamé le règne de l’argent, le succès devient alors la raison suprême d’une époque athée. Aussi la corruption des sphères élevées, malgré des résultats éblouissants d’or et leurs raisons spécieuses, est-elle infiniment plus hideuse que les corruptions ignobles et quasi personnelles des sphères inférieures.

Deuxième partie : À combien l'amour revient aux vieillards.
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Nastasia-BNastasia-B   08 octobre 2017
Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu’il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie. On s’habitue à voir faire le mal, à le laisser passer ; on commence par l’approuver, on finit par le commettre. À la longue, l’âme, sans cesse maculée par de honteuses et continuelles transactions, s’amoindrit, le ressort des pensées nobles se rouille, les gonds de la banalité s’usent et tournent d’eux-mêmes.

Première partie : Comment aiment les filles.
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ArakasiArakasi   25 mai 2018
Il y a la postérité de Caïn et celle d'Abel, comme vous disiez quelquefois. Caïn, dans le grand draine de l'Humanité, c'est l'opposition. Vous descendez d'Adam par cette ligne en qui le diable a continué de souffler le feu dont la première étincelle avait été jetée sur Eve. Parmi les démons de cette filiation, il s'en trouve, de temps en temps, de terribles, à organisations vastes, qui résument toutes les forces humaines, et qui ressemblent à ces fiévreux animaux du désert dont la vie exige les espaces immenses qu'ils y trouvent. Ces gens-là sont dangereux dans la société comme des lions le seraient en pleine Normandie: il leur faut une pâture, ils dévorent les hommes vulgaires et broutent les écus des niais; leurs jeux sont si périlleux qu'ils finissent par tuer l'humble chien dont ils se sont fait un compagnon, une idole. […] C'est grand, c'est beau dans son genre. C'est la plante vénéneuse aux riches couleurs qui fascine les enfants dans les bois. C'est la poésie du mal. Des hommes comme vous autres doivent habiter des antres, et n'en pas sortir. Tu m'as fait vivre de cette vie gigantesque, et j'ai bien mon compte de l'existence. Ainsi, je puis retirer ma tête des nœuds gordiens de ta politique pour la donner au nœud coulant de ma cravate.
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OrpheaOrphea   08 juillet 2019
La passion d'un poète devient alors un grand poème où souvent les proportions humaines sont dépassées. Le poète ne met-il pas alors sa maîtresse beaucoup plus haut que les femmes ne veulent être logées ? Il change, comme le sublime chevalier de la Manche, une fille des champs en princesse. Il use pour lui-même de la baguette avec laquelle il touche toute chose pour la faire merveilleuse, et il grandit ainsi les voluptés par l'adorable monde de l'idéal. Aussi cet amour est-il un modèle de passion : il est excessif en tout, dans ses espérances, dans ses désespoirs, dans ses mélancolies, dans ses joies ; il vole, il bondit, il rampe, il ne ressembleà aucune des agitations qu'éprouve le commun des hommes ; il est à l'amour bourgeois ce qu'est l'éternel torrent des Alpes aux ruisseaux des plaines.
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ArakasiArakasi   10 décembre 2014
- Adieu, mon cher, lui dit-il à voix basse et à l'oreille. Nous sommes séparés l'un de l'autre par trois longueurs de cadavres ; nous avons mesuré nos épées, elles sont de la même trempe, de la même dimension… Ayons du respect l'un pour l'autre ; mais je veux être votre égal, non votre subordonné… Armé comme vous le seriez, vous me paraissez un trop dangereux général pour votre lieutenant. Nous mettrons un fossé entre nous. Malheur à vous si vous venez sur mon terrain ! Vous vous appelez l'Etat, de même que les laquais s'appellent du même nom que leurs maîtres ; moi, je veux me nommer la Justice ; nous nous verrons souvent ; continuons à nous traiter avec d'autant plus de dignité, de convenance, que nous serons toujours… d'atroces canailles.

(Vautrin à Corentin)
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Vidéo de Honoré de Balzac
A la fin de l'été 1969, Michel Audiard finit le montage d'Une Veuve en Or. Il est interviewé à la télévision par Michel Polac, et évoque au débotté son admiration pour Georges Simenon. Il le défend spontanément contre la mauvaise foi des critiques, qui le traitent alors de « Balzac du pauvre ». Fidèle à son image, Audiard ironise au passage sur le Prix Goncourt, et recommande surtout un livre passionnant et méconnu de l'auteur français, identifié de tous pour ses histoires du Commissaire Maigret, mais moins pour ses autres oeuvres.
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