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Pierre Furlan (Traducteur)
EAN : 9782742773930
379 pages
Éditeur : Actes Sud (28/02/2008)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.37/5 (sur 410 notes)
Résumé :
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  17 janvier 2013
1936. Dans le cadre majestueux des Adirondacks, une réserve naturelle préservée aux seuls bénéfices de riches new-yorkais, le célèbre peintre Jordan Groves, invité à une petite fête donnée par un éminent neurochirurgien, rencontre la fille de ce dernier, la troublante et énigmatique Vanessa Cole.
La beauté sulfureuse, l'aura de mystère et d'indécence qui émane de la jeune femme, ne tardent pas dérouter l'artiste.
Bien que rejetant ce monde de privilégiés auquel elle appartient, le peintre «gauchisant », marié et père de deux enfants, se sent irrésistiblement attiré par celle dont les tumultes sentimentaux et les excès en tout genre font régulièrement la Une des journaux à scandale.
Les déboires matrimoniaux de Jordan et la mort prématurée du père de Vanessa vont bientôt précipiter leurs existences dans les tourments du doute, de la folie et du mensonge tandis qu'en écho à leurs univers vacillants, résonnent de part le monde les premiers coups de tonnerre annonçant la Seconde Guerre Mondiale.
Il y a du Fitzgerald dans ce beau roman, il y a de l'Hemingway, il y a cette influence des grands auteurs américains qui ont marqué l'Entre-deux Guerre et dont Russell Banks peut se flatter d'être le digne héritier.
Il fallait tout le talent de l'auteur d' « American Darling » et de « Pourfendeur de nuages » pour réussir à envoûter son lecteur tout en mettant en scène des personnages comblant par la fascination qu'ils inspirent leur manque manifeste de sympathie.
Vanessa Cole, sorte de Zelda Fitzgerald névrosée et hautaine, pathétique « pauvre » petite fille riche ; Jordan Groves, artiste imbu de lui-même, petit Hemingway séducteur, vaniteux, égocentrique et macho ; deux personnages qu'on ne sait si l'on doit les aimer ou les détester et pourtant, la magie opère irrésistiblement…Comme deux aimants aux pôles opposés s'attirent inéluctablement, ces ceux-là créent une alchimie captivante que vient renforcer la maîtrise narrative d'un auteur qui ne signe peut-être pas ici son meilleur texte mais réussit néanmoins à nous ouvrir un horizon où la majesté du cadre naturel scelle à jamais l'insignifiance des individus.
Et là, dans l'environnement imposant de la Réserve où règnent en majesté les forêts et les lacs, l'humaine tragédie va se jouer irrémédiablement, les destins se croiser, les vies se faire et se défaire dans la beauté ensorcelante des grands espaces.
Là aussi, la splendeur de la nature renforce encore la petitesse des hommes interprétant leur dérisoire comédie humaine.
Et ces vies qui basculent sont à l'image même de ce monde qui sombre, la déroute de ces existences devenant le signal du déséquilibre mondial dans l'imminence de la guerre.
Et puis, figée dans l'éternité, à la fois témoin et rempart de la folie des hommes, la Réserve des Adirondacks, nature sauvage et grandiose, affiche imperturbablement sa beauté immuable et sacrée…
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Laurence64
  11 mars 2013
La démonstration romanesque que la nature est belle, très belle et qu'elle le serait d'autant plus si les hommes se taisaient, se terraient. Ou discutaillaient ailleurs.
Je ne parle pas des hommes de Giono, mais de ceux de Russel Banks.

Dans les prodigieux panaromas de la réserve des Adirondacks, seule la crème du snobisme new-yorkais peut polluer le lac aux eaux changeantes, a le droit de balader ses fesses moulées dans du chiffon griffé (et donc hors de prix) au travers des forêts denses et mystérieuses. La réserve des Adirondaks, est l'équivalent de l'île privée sous les cocotiers tropicaux. On ne bâtit pas comme on veut. On n'achète pas. On hérite. On pilote, on s'adonne à quelques loisirs de plein air, on s'inspecte, on pérore.
Ici, le neurochirurgien est éminent. Forcément. Lors de ses réceptions, il ne manque que les chocolats Ferrero. Un ambassadeur ne dépareillerait pas.
Dans cette communauté aussi stylée que fermée, aussi creuse qu'indigeste, la fille de bonne famille ne pouvait être que névrosée. Question de standing, elle ne flirte pas avec une petite névrose. Pas du tout. Méchamment secouée, Vanessa Cole est, évidemment jolie fille. le neurochirurgien aurait pu se doter d'une fille banale. Que nenni. Avec son épouse, ils ont enfanté une ensorceleuse. Pourtant les Adirondaks ne sont pas Brocéliande.
Une question me taraude: pourquoi toute foldingue fille à papa doit-elle nécessairement avoir les neurones en déroute et le minois harmonieux? Des recherches génétiques corroboreraient-elles ce constat? Ou l'écrivain pioche-t-il dans le sac à clichés qui fonctionnent?
Le peintre reconnu, marié, papa, fat, snob, va (forcément) tomber amoureux de la fille fofolle. A ne fréquenter que le gratin, l'art se mue en panneau décoratif, l'artiste en pantin. Légèrement gauchisant, statut artistique oblige, Jordan s'installe dans la réserve pour riches mais envie les pauvres. Tous les pauvres, sans exception. du nord au sud, d'est en ouest. Blancs et noirs. Ouvriers et chômeurs. Ses racines charpentieres peut-être? On aurait envie de lui susurrer de prendre quelques congés du côté de Détroit. Ou de s'amouracher parmi le petit personnel.
Evidemment, la tragédie humaine va exploser.
Heureusement, immuable, indifférente, la nature absorbe sans broncher cette pitoyable comédie pas même humaine tant chaque personnage n'est que stéréotype.
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ibon
  06 mars 2014
Dans ce roman américain il y a un milieu naturel à perte de vue- les lacs des Adirondacks- et des gens fortunés qui régissent cet endroit privé qu'on appelle La Réserve. Pour troubler la vie tranquille de ceux -ci prenez un artiste à succès, communiste de surcroît, qui lâche parfois ses chiens sur le terrain de golf de ces nantis, se promène en hydravion, et se laisserait bien séduire par la sulfureuse Vanessa, une mondaine que ses parents couvent, peut-être complètement dingue.
Banks n'insiste pas trop sur la lutte des classes à l'oeuvre dans cette réserve même s'il distille de temps en temps quelques exemples d'injustices, il concentre davantage son récit sur les deux personnages Jordan l'artiste et Vanessa la séductrice.
Cette histoire apparaît pourtant bien convenue, avec les thèmes de l'infidélité de l'un ou de l'autre qui sont développés à longueur de pages, avant que n'intervienne un événement tragique en lien avec la folie supposée de Vanessa. le récit prend enfin son envol vers les trois quarts du roman...
J'ai trouvé ce livre fourre-tout. Sans dessein précis. Alors j'ai pioché un peu de-ci de-là pour trouver un peu mon compte: la guerre d'Espagne un peu abordée, l'enfance de Vanessa et les cent dernières pages sur le dénouement de l'intrigue.
Avis mitigé mais Russell Banks a, je crois, écrit beaucoup mieux.
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cmpf
  29 mars 2018

Bienvenue chez les heureux du monde.
Enfin bienvenue, faut voir, on commence au paradis et puis on se retrouve dans quelque chose de glauque. Oh pas du point de vue matériel, mais qu'est-ce qu'ils sont doués pour se compliquer la vie. Pas assez de vrais problèmes, peut-être ? Et les limites entre bien et mal ont l'air un peu floues. Habitués à ce que tout cède devant eux et que les actes aient peu de conséquences pour eux ?
J'avais envie de séjourner dans un parc américain, et là pas de problème, j'y étais. Peut-être que mon imaginaire ne correspondait pas tout à fait à la réalité mais j'ai vu les lacs, respiré l'odeur de l'humus, détendu mon esprit au milieu des arbres. Il paraît que lorsque l'on regarde une action les mêmes zones du cerveau que lorsqu'on la fait soi-même s'activent. Et quand on l'imagine ?
Donc les Adirondacks, la réserve, lieu où ne sont admis que des happy fews (et bien sûr les gens du coin qu'ils emploient selon leurs besoins et vivent de peu). Des maisons en bois, éloignées les unes des autres, un club house pour ceux qui n'ont pas leur propre cabane de luxe, des pick-ups et des canots pour se déplacer. Dans l'une de ces maisons la famille Cole, monsieur, neurochirurgien célèbre, son épouse et leur fille adoptive, la très belle Vanessa d'une trentaine d'années. Dans une autre, le peintre célèbre Jordan Groves, sorte de Viking, son épouse et ses deux jeunes fils.
Jordan vit libre, il voyage seul pour peindre et écrire, trompe sa femme mais toujours avec des femmes dont il ne saurait tomber amoureux. Il se ferme donc aux avances de Vanessa, qui semble avoir peu de limites et scandalise souvent. Elle a passé un an en Suisse dans la clinique d'un psychiatre et en est à son troisième divorce.
Intrigues amoureuses, folie, mensonges, des personnages un peu caricaturaux, les noms d'Hemingway et de Dos Passos, les idées gauchistes du peintre qui envie les pauvres mais boit un rhum qu'ils ne pourraient s'offrir, un guide des Adirondacks un peu perdu dans cette mentalité de riches, il y a tout cela et plus encore dans cette Réserve de Russell Banks.
A noter entre les chapitres deux ou trois pages dont j'ai mis quelque temps à comprendre le sens.
C'est mon premier Banks, j'ai infiniment aimé la puissance d'évocation de la nature, les personnages m'ont intriguée, je pense que j'y reviendrai sans doute avec Pourfendeur de nuage comme le conseille le bison.
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mumuboc
  22 juillet 2020
Encore un auteur que je n'avais jamais lu dont j'ai acheté le livre d'occasion afin de le découvrir car le nom était revenu plusieurs fois à mes oreilles et il va s'ajouter à la longue liste de ceux que je vais continuer à découvrir.
Regardez bien la couverture, à elle seule, elle résume parfaitement l'ambiance du roman. Tout y est dit : 1936, au loin les Adironracks, au nord de l'Etat de New-York et au sud du Canada, et un lac, le Second lac de Tamarack où se trouve la "campagne" de la riche famille Cole, dans la Réserve, un endroit sauvage et protégé où se retrouvent pour la fête nationale toutes les relations de Carter Cole, neurochirurgien et sa femme Evelyn. La femme que l'on aperçoit se nomme Vanessa. C'est leur fille et elle est entourée d'une réputation sulfureuse : divorces, coureuse d'hommes, folie. N'oublions pas l'hydravion avec à son bord Jordan Groves, la quarantaine, peintre réputé à la fois pour ses toiles mais aussi pour ses idées de gauche. Dans la région il fait tache mais étant célèbre on le tolère et il va se poser sur le lac afin de découvrir quelques tableaux appartenant à la famille Cole. Tout à l'air paisible et pourtant.....
Le décor est planté, les personnages sont en place et rien ne va se dérouler comme prévu. Il va être question d'affrontements entre attirance et rejet, une succession d'événements dans lesquels chacun va jouer un rôle, volontaire ou non mais surtout la levée du voile des apparences souvent trompeuses, à la manière des romans de F.S.Fitzgerald. Chacun porte en lui des secrets, des contradictions,  leurs destins vont se lier à la guerre d'Espagne et l'Hinderburg, le dirigeable fleuron du nazisme qui s'enflamma pendant l'hiver 1937.
J'avoue qu'en début de lecture je ne voyais pas trop où m'emmenait l'auteur ou peut-être trop bien :  une histoire d'amour entre deux êtres que tout oppose : parcours, milieux sociaux et politiques opposés mais qui s'attirent irrémédiablement, etc.... Et puis de courts chapitres relatant un autre voyage dont j'avais du mal à cerner les acteurs et le but final. Puis l'histoire prend un tour tout à fait surprenant avec le décès brutal de Carter Cole, le père de Vanessa. A partir de là tout se dérègle la relation ambiguë entre Vanessa et Jordan mais surtout les nombreux rebondissements dues le plus souvent aux réactions de chacun des personnages qu'il s'agisse de la femme de Jordan, Alicia mais aussi Hubert St Germain, le guide et homme à tout faire de la Réserve sans oublier la mère d'Alicia, Evelyn et surtout Vanessa : qui est-elle vraiment, ment-elle ou dit-elle la vérité, qui croire ?
Seul élément stable : le décor, ce lieu, la Réserve, un endroit privilégié pour personnes privilégiées, riches possédant son club privé où il n'est pas bien vu d'être d'un autre bord où le talent peut être votre seul droit d'entrée. La Réserve est à elle seule un personnage à part entière, elle offre le cadre parfait avec sa rivière, ses lacs, les montagnes en arrière plan, ses habitations isolées et elle enveloppe l'histoire et les personnages à la fois de la majesté de son lieu mais aussi de rudesse, de luminosité et d'ombres.
C'est tout à la fois un roman psychologique comme je l'ai dit à la manière de F.S.Fitzgerald mais aussi un roman d'aventure à la E. Hemingway (d'ailleurs les cite dans son récit ainsi que Dos Passos) avec une pointe d'intrigue, de retournements de situations auxquels on ne s'attend pas, le tout dans une écriture qui allie grands espaces, psychologie, contexte historique et une réflexion sur une société des apparences, de rapport des classes  et du qu'en-dira-t-on.
Je ne veux rien vous dire de plus sur l'histoire pour vous laisser, comme moi, tout le plaisir de la découverte mais j'ai aimé ce mélange de romanesque et de regard sur un monde en déclin, où tout peut être bouleversé comme le sera le monde dans les années qui suivent, où chacun cherche avant tout sauver sa peau, à se rendre justice mais dans lequel La Réserve, elle, restera inchangée, et muette, détentrice des secrets de chacun.
Une très belle surprise car au nom de Russell Banks je m'attendais à tout autre chose, de plus ardu à lire et pas du tout versé dans ce créneau littéraire et j'ai aimé la façon de mêler les thèmes, c'est bien ficelé, bien construit et j'ai passé un excellent moment.
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy   26 mars 2012
Puis, les mains posées sur les épaules nues de l’autre, ils s’embrassèrent avec douceur, comme soulagés et reconnaissants d’être parvenus à donner cette fin pacifique à une dispute douloureusement prolongée. Ensuite, ils s’étreignirent et se caressèrent mutuellement les seins, le dos et les bras – elle avait la peau lisse, crémeuse, douce comme une soie très fine, et celle de Jordan était d’un blanc d’albâtre, bien tendue sur les muscles et les os -, puis leurs corps séparés perdirent peu à peu leurs frontières et se fondirent en un troisième corps qui, en englobant leurs différences masculines et féminines, effaçait tous leurs contrastes et inversions anatomiques.

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le_Bisonle_Bison   17 février 2012
Après quelques instants, une fois cette lumière crépusculaire passée, ils se tourneraient de nouveau vers le lac dont ils admireraient en silence la surface qui miroiterait sous la lumière métallique renvoyée par les nuages dorés. C’est alors, enfin, qu’ils remarqueraient Vanessa Cole, toute seule, debout un peu plus loin sur une des plaques rocheuses qui s’enfoncent dans l’eau juste au-delà de la plage de graviers. Elle tournerait son dos étroit et élancé à ses parents et à leurs amis, mais on verrait le bout de ses doigts touchant légèrement sa gorge fine, pâle, levée vers le ciel. Plongée dans de sombres et solitaires méditations nordiques, en train de contempler ce vaste espace délimité par le lac, la forêt, la montagne et le ciel, Vanessa aurait l’air de se tenir au centre exact de la réserve naturelle, elle en serait le lieu essentiel, l’unique point doté de sens. Pendant un moment intéressant, le drame du soleil en train de disparaître se confondrait, pour ses parents et leurs amis, avec le drame de Vanessa Cole.
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tamara29tamara29   04 octobre 2015
- Maintenant, je commence à comprendre que je ne peux plus tout avoir de la vie. Certaines des choses que nous voulons en annulent d'autres que nous voulons aussi. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais je veux que ma femme et mes fils soient heureux. Je veux qu'ils soient fiers de moi. Et cela, je le veux plus que certaines choses, dit [Jordan] en se retournant vers [Vanessa.].Y compris vous. [...]
Vous êtes comme moi, Vanessa von Heidenstamm. Et les gens comme moi laissent pas mal de naufragés dans leur sillage. Je ne veux pas que ma famille fasse partie des naufragés. C'est tout ce que je vous dis
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kathelkathel   13 septembre 2010
Vanessa pouvait à présent entendre avec netteté et régularité le bruit de l'avion. Bien qu'elle ne fût pas en mesure de le voir, elle savait qu'il venait du nord, qu'il volait bas, qu'il remontait la rivière Tamarack jusqu'au Premier Lac et qu'il arriverait jusqu'à la source, ici, au Second Lac. Soudain l'appareil surgit dans le ciel, au nord, juste au-dessus de la noire silhouette d'une rangée d'épicéas. Il s'élevait rapidement au-dessus de l'eau en exposant son ventre luisant au soleil couchant comme si le pilote avait décidé d'embrasser du regard le lac tout entier avec les montagnes qui l'entouraient et le ciel de plus en plus sombre. Puis elle entendit le moteur ralentir. L'avion, un biplan gris pâle bordé de rouge vif, à double cockpit ouvert - dans celui de devant, un pilote avec des lunettes d'aviateur mais sans casque, et personne dans le deuxième -, ralentit, parut presque s'arrêter en vol pour planer, puis vira sur l'aile en direction de l'ouest et du mur montagneux qui plongeait tout droit dans l'eau miroitante.
C'était un hydravion muni de deux gros flotteurs, et Vanessa eut l'impression d'avoir sous les yeux un homme qui allait délibérément écraser son appareil contre la paroi verticale en granit gris de trois cents mètres de hauteur. Oubliant ses pensées froides, elle fut presque prise d'excitation car elle n'avait encore jamais vu quelqu'un se tuer et ne s'était pas rendu compte qu'elle en avait toujours eu un tout petit peu envie - ce qui l'étonna. Le pilote semblait sur le point de fracasser son avion contre la paroi de pierre de la montagne quand, à moins de cent mètres du mur, il vira fortement à gauche, ramena les ailes en position horizontale, réduisit la vitesse du moteur jusqu'à l'arrêt ou presque et descendit rapidement vers le plan d'eau.
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VALENTYNEVALENTYNE   23 mars 2014
Il n’existait que deux de ces aérostats gargantuesques : le Graf Zeppelin qui se cantonnait à des lignes européennes et sud-américaines, et le Hindenburg qui traversait l’Atlantique, allant de Francfort à Lakehurst dans le New Jersey en passant par Montréal. Depuis des mois, Jordan espérait l’apercevoir, mais jusqu’à présent, chaque fois que le Hindenburg était passé dans la région, il en avait été averti trop tard – plusieurs jours après – par le journal local ou par un voisin qui avait eu la chance de se trouver au bord du lac Champlain lorsque le grand dirigeable avait fendu le ciel bleu des Adirondacks. Il était tout excité d’enfin l’avoir devant les yeux ; quelle chance se disait-il, de voir ce sacré machin depuis les airs !
Le dirigeable était gigantesque, d’une longueur d’environ deux cent quarante mètres, et il avait la forme d’une énorme bombe. Jordan se rappela avoir lu que son diamètre était de quarante mètres. Malgré sa taille prodigieuse et sa vitesse que Jordan estima à cent trente kilomètres-heure, il avait une façon implacable de se déplacer dans les airs, et pour Jordan paraissait plus animal que mécanique, plus proche d’une créature vivante venue d’un autre âge que d’une machine volante fabriquée par l’homme du XXème siècle. D’autres caractéristiques lui revinrent en mémoire : il était mû par quatre énormes moteurs Mercedes-Benz de 1200 chevaux, et il fallait deux cent mille mètres cubes d’hydrogène pour le remplir. Il était équipé de salles à manger de style, de salons, de cabines de luxe, de promenoirs et même d’un fumoir qui, tous, étaient situés à l’intérieur de la coque brillante et non dans une nacelle extérieure comme dans les dirigeables conventionnels. Jordan connaissait aussi un peu de son histoire : la société Zeppelin, menacée de faillite, avait accepté l’appui financier du parti nazi. Les Etats-Unis étaient le seul pays au monde en mesure de fournir de manière stable un hélium non inflammable, mais le Congrès légèrement inquiet de la montée des nazis avait interdit la vente d’hélium aux Allemands. La société Zeppelin avait donc dû remplir ses dirigeables d’hydrogène. Il avait lu qu’on avait ignifugé le Hindenburg, mais l’hydrogène restait malgré tout inflammable, ce qui d’une certaine manière, ne faisait que rendre l’aérostat plus dangereusement attirant encore aux yeux de Jordan, plus semblable encore à une créature vivante.
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