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Pierre Furlan (Traducteur)
ISBN : 2742773932
Éditeur : Actes Sud (28/02/2008)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.34/5 (sur 374 notes)
Résumé :
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (48) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  17 janvier 2013
1936. Dans le cadre majestueux des Adirondacks, une réserve naturelle préservée aux seuls bénéfices de riches new-yorkais, le célèbre peintre Jordan Groves, invité à une petite fête donnée par un éminent neurochirurgien, rencontre la fille de ce dernier, la troublante et énigmatique Vanessa Cole.
La beauté sulfureuse, l'aura de mystère et d'indécence qui émane de la jeune femme, ne tardent pas dérouter l'artiste.
Bien que rejetant ce monde de privilégiés auquel elle appartient, le peintre «gauchisant », marié et père de deux enfants, se sent irrésistiblement attiré par celle dont les tumultes sentimentaux et les excès en tout genre font régulièrement la Une des journaux à scandale.
Les déboires matrimoniaux de Jordan et la mort prématurée du père de Vanessa vont bientôt précipiter leurs existences dans les tourments du doute, de la folie et du mensonge tandis qu'en écho à leurs univers vacillants, résonnent de part le monde les premiers coups de tonnerre annonçant la Seconde Guerre Mondiale.
Il y a du Fitzgerald dans ce beau roman, il y a de l'Hemingway, il y a cette influence des grands auteurs américains qui ont marqué l'Entre-deux Guerre et dont Russell Banks peut se flatter d'être le digne héritier.
Il fallait tout le talent de l'auteur d' « American Darling » et de « Pourfendeur de nuages » pour réussir à envoûter son lecteur tout en mettant en scène des personnages comblant par la fascination qu'ils inspirent leur manque manifeste de sympathie.
Vanessa Cole, sorte de Zelda Fitzgerald névrosée et hautaine, pathétique « pauvre » petite fille riche ; Jordan Groves, artiste imbu de lui-même, petit Hemingway séducteur, vaniteux, égocentrique et macho ; deux personnages qu'on ne sait si l'on doit les aimer ou les détester et pourtant, la magie opère irrésistiblement…Comme deux aimants aux pôles opposés s'attirent inéluctablement, ces ceux-là créent une alchimie captivante que vient renforcer la maîtrise narrative d'un auteur qui ne signe peut-être pas ici son meilleur texte mais réussit néanmoins à nous ouvrir un horizon où la majesté du cadre naturel scelle à jamais l'insignifiance des individus.
Et là, dans l'environnement imposant de la Réserve où règnent en majesté les forêts et les lacs, l'humaine tragédie va se jouer irrémédiablement, les destins se croiser, les vies se faire et se défaire dans la beauté ensorcelante des grands espaces.
Là aussi, la splendeur de la nature renforce encore la petitesse des hommes interprétant leur dérisoire comédie humaine.
Et ces vies qui basculent sont à l'image même de ce monde qui sombre, la déroute de ces existences devenant le signal du déséquilibre mondial dans l'imminence de la guerre.
Et puis, figée dans l'éternité, à la fois témoin et rempart de la folie des hommes, la Réserve des Adirondacks, nature sauvage et grandiose, affiche imperturbablement sa beauté immuable et sacrée…
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Laurence64
  11 mars 2013
La démonstration romanesque que la nature est belle, très belle et qu'elle le serait d'autant plus si les hommes se taisaient, se terraient. Ou discutaillaient ailleurs.
Je ne parle pas des hommes de Giono, mais de ceux de Russel Banks.

Dans les prodigieux panaromas de la réserve des Adirondacks, seule la crème du snobisme new-yorkais peut polluer le lac aux eaux changeantes, a le droit de balader ses fesses moulées dans du chiffon griffé (et donc hors de prix) au travers des forêts denses et mystérieuses. La réserve des Adirondaks, est l'équivalent de l'île privée sous les cocotiers tropicaux. On ne bâtit pas comme on veut. On n'achète pas. On hérite. On pilote, on s'adonne à quelques loisirs de plein air, on s'inspecte, on pérore.
Ici, le neurochirurgien est éminent. Forcément. Lors de ses réceptions, il ne manque que les chocolats Ferrero. Un ambassadeur ne dépareillerait pas.
Dans cette communauté aussi stylée que fermée, aussi creuse qu'indigeste, la fille de bonne famille ne pouvait être que névrosée. Question de standing, elle ne flirte pas avec une petite névrose. Pas du tout. Méchamment secouée, Vanessa Cole est, évidemment jolie fille. le neurochirurgien aurait pu se doter d'une fille banale. Que nenni. Avec son épouse, ils ont enfanté une ensorceleuse. Pourtant les Adirondaks ne sont pas Brocéliande.
Une question me taraude: pourquoi toute foldingue fille à papa doit-elle nécessairement avoir les neurones en déroute et le minois harmonieux? Des recherches génétiques corroboreraient-elles ce constat? Ou l'écrivain pioche-t-il dans le sac à clichés qui fonctionnent?
Le peintre reconnu, marié, papa, fat, snob, va (forcément) tomber amoureux de la fille fofolle. A ne fréquenter que le gratin, l'art se mue en panneau décoratif, l'artiste en pantin. Légèrement gauchisant, statut artistique oblige, Jordan s'installe dans la réserve pour riches mais envie les pauvres. Tous les pauvres, sans exception. du nord au sud, d'est en ouest. Blancs et noirs. Ouvriers et chômeurs. Ses racines charpentieres peut-être? On aurait envie de lui susurrer de prendre quelques congés du côté de Détroit. Ou de s'amouracher parmi le petit personnel.
Evidemment, la tragédie humaine va exploser.
Heureusement, immuable, indifférente, la nature absorbe sans broncher cette pitoyable comédie pas même humaine tant chaque personnage n'est que stéréotype.
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ibon
  06 mars 2014
Dans ce roman américain il y a un milieu naturel à perte de vue- les lacs des Adirondacks- et des gens fortunés qui régissent cet endroit privé qu'on appelle La Réserve. Pour troubler la vie tranquille de ceux -ci prenez un artiste à succès, communiste de surcroît, qui lâche parfois ses chiens sur le terrain de golf de ces nantis, se promène en hydravion, et se laisserait bien séduire par la sulfureuse Vanessa, une mondaine que ses parents couvent, peut-être complètement dingue.
Banks n'insiste pas trop sur la lutte des classes à l'oeuvre dans cette réserve même s'il distille de temps en temps quelques exemples d'injustices, il concentre davantage son récit sur les deux personnages Jordan l'artiste et Vanessa la séductrice.
Cette histoire apparaît pourtant bien convenue, avec les thèmes de l'infidélité de l'un ou de l'autre qui sont développés à longueur de pages, avant que n'intervienne un événement tragique en lien avec la folie supposée de Vanessa. le récit prend enfin son envol vers les trois quarts du roman...
J'ai trouvé ce livre fourre-tout. Sans dessein précis. Alors j'ai pioché un peu de-ci de-là pour trouver un peu mon compte: la guerre d'Espagne un peu abordée, l'enfance de Vanessa et les cent dernières pages sur le dénouement de l'intrigue.
Avis mitigé mais Russell Banks a, je crois, écrit beaucoup mieux.
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cmpf
  29 mars 2018

Bienvenue chez les heureux du monde.
Enfin bienvenue, faut voir, on commence au paradis et puis on se retrouve dans quelque chose de glauque. Oh pas du point de vue matériel, mais qu'est-ce qu'ils sont doués pour se compliquer la vie. Pas assez de vrais problèmes, peut-être ? Et les limites entre bien et mal ont l'air un peu floues. Habitués à ce que tout cède devant eux et que les actes aient peu de conséquences pour eux ?
J'avais envie de séjourner dans un parc américain, et là pas de problème, j'y étais. Peut-être que mon imaginaire ne correspondait pas tout à fait à la réalité mais j'ai vu les lacs, respiré l'odeur de l'humus, détendu mon esprit au milieu des arbres. Il paraît que lorsque l'on regarde une action les mêmes zones du cerveau que lorsqu'on la fait soi-même s'activent. Et quand on l'imagine ?
Donc les Adirondacks, la réserve, lieu où ne sont admis que des happy fews (et bien sûr les gens du coin qu'ils emploient selon leurs besoins et vivent de peu). Des maisons en bois, éloignées les unes des autres, un club house pour ceux qui n'ont pas leur propre cabane de luxe, des pick-ups et des canots pour se déplacer. Dans l'une de ces maisons la famille Cole, monsieur, neurochirurgien célèbre, son épouse et leur fille adoptive, la très belle Vanessa d'une trentaine d'années. Dans une autre, le peintre célèbre Jordan Groves, sorte de Viking, son épouse et ses deux jeunes fils.
Jordan vit libre, il voyage seul pour peindre et écrire, trompe sa femme mais toujours avec des femmes dont il ne saurait tomber amoureux. Il se ferme donc aux avances de Vanessa, qui semble avoir peu de limites et scandalise souvent. Elle a passé un an en Suisse dans la clinique d'un psychiatre et en est à son troisième divorce.
Intrigues amoureuses, folie, mensonges, des personnages un peu caricaturaux, les noms d'Hemingway et de Dos Passos, les idées gauchistes du peintre qui envie les pauvres mais boit un rhum qu'ils ne pourraient s'offrir, un guide des Adirondacks un peu perdu dans cette mentalité de riches, il y a tout cela et plus encore dans cette Réserve de Russell Banks.
A noter entre les chapitres deux ou trois pages dont j'ai mis quelque temps à comprendre le sens.
C'est mon premier Banks, j'ai infiniment aimé la puissance d'évocation de la nature, les personnages m'ont intriguée, je pense que j'y reviendrai sans doute avec Pourfendeur de nuage comme le conseille le bison.
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NadinePestourie
  19 août 2008
Je viens de passer un jour et presque une nuit en compagnie de Russell Bank. Pas lui personnellement, non. Mais j'ai eu du mal à refermer son dernier roman, publié ce printemps chez Actes Sud, La réserve, dans une traduction élégante de Pierre Furlan - pour moi, une traduction réussie est tout simplement invisible. Un roman de la catégorie "coeur qui cogne", intense de la première à la dernière ligne.
L'action se déroule en juillet 1936 dans les Adirondacks, à la Tamarack Wilderness Reserve, seize mille hectares protégés où de riches notables new-yorkais viennent luxueusement renouer avec une nature riche de promesses viriles, sans renier les plaisirs mondains que permet l'entre-soi. Des personnages que la vie a gâtés et qui transforment en quelques jours leur vie en drame, en catastrophe avec décor idyllique en toile de fond. Tout se brise, le mensonge et la folie gagnent, et les dégâts sont irréparables.
Russell Banks a un talent tout particulier pour camper ses personnages, comme Vanessa, ensorceleuse troublante et habitée par des secrets confus : "C'était presque le silence, là, sur la rive : un vent léger traversait les pins, des vaguelettes venaient lécher les rochers aux pieds de Vanessa, et elle pouvait entendre ses pensées avec netteté, car elles étaient froides et lui parvenaient non pas sous forme de sentiments, mais sous forme de mots et de phrases, comme si elle récitait en silence une liste ou une recette qu'elle aurait apprise par coeur bien des années auparavant. Je ne suis pas heureuse, se disait-elle, pas du tout, et elle regrettait de ne pas être restée à Manhattan." (p. 16) Ou encore ici, où se mêlent un personnage et une époque : "Vanessa suivit le passage jusqu'à la porte sans fenêtre de l'atelier et s'arrêta. Une odeur de thym sauvage parfumait l'air. Derrière le bruit de la pluie qui tombait avec force, elle perçut de la musique : Ethel Waters, chanteuse noire sexy dont elle reconnut la voix plaintive pour l'avoir souvent écoutée dans des boîtes du nord de New York pendant la prohibition. Son ex-mari, le comte qu'elle aimait appeler conte Sans Compte, était un fan de musique nègre et de gin de contrebande ; comme l'était Vanessa à cette époque-là. Elle associait son divorce, trois ans auparavant, avec la fin de la prohibition et des nuits à Harlem, mais aussi avec le début de sa passion pour le swing et son goût naissant pour le champagne." (p. 91-92)
La complexité des personnages est parfois à la limite du burlesque : "Jordan entrait en compétition avec tous les hommes qu'il rencontrait, que ce soit pour un bras de fer, pour des questions d'art, de politique, d'argent, ou pour attirer l'attention des femmes, mais il ne semblait jaloux d'aucun d'entre eux. La jalousie n'était pas éloignée de l'envie, cependant, et Alicia savait que son mari enviait certains hommes. Mais en tant que types généraux plus qu'en tant qu'individus. C'est là que peut résider, se disait-elle, la différence entre les deux émotions : on se sens jaloux d'individus mais on envie certains types d'homme. Et elle savait, comme seule une épouse peut le savoir, que ce n'étaient pas les riches que son mari enviait secrètement, pas les hommes tels que John Dos Passos, mais les pauvres. Surtout les pauvres de la classe ouvrière, hommes ou femmes, qui vivaient dans son village. Son mari aurait souhaité pouvoir être le célèbre artiste Jordan Groves mais aussi l'un d'entre eux, l'un de ceux qu'il percevait comme les opprimés, les victimes que foulaient aux pieds les riches et les puissants. Et il ne s'agissait pas seulement des pauvres chômeurs blancs et américains de son village, mais aussi des Esquimaux chez lesquels il avait vécu au Groenland pendant des mois, des Inuits d'Alaska, des ouvriers agricoles noirs qu'il avait dessinés et peints en Louisiane, des coupeurs de canne cubains, des Indiens dans les mines d'argent des Andes, et tout récemment des paysans et des ouvriers qui se battaient en Espagne contre les fascistes. Il voulait être l'un d'entre eux. Il les enviait d'être sans pouvoir. Cette absence de pouvoir était pour lui le signe d'une innocence à laquelle il avait renoncé depuis longtemps, depuis le moment où, de retour de la guerre, il avait refusé de travailler aux côtés de son père charpentier, abandonné son épouse de guerre et s'en était allé vers l'est, à New York, pour devenir artiste." (p. 294-295)
Comme un plaisir de lecture en appelle d'autres, j'ai bien envie de le relire, en version originale cette fois-ci. Il me reste aussi d'autres Russell Banks à lire : L'ange sur le toit, Pourfendeur de nuages, Continents à la dérive et quelques autres, tous publiés chez Actes Sud.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy   26 mars 2012
Puis, les mains posées sur les épaules nues de l’autre, ils s’embrassèrent avec douceur, comme soulagés et reconnaissants d’être parvenus à donner cette fin pacifique à une dispute douloureusement prolongée. Ensuite, ils s’étreignirent et se caressèrent mutuellement les seins, le dos et les bras – elle avait la peau lisse, crémeuse, douce comme une soie très fine, et celle de Jordan était d’un blanc d’albâtre, bien tendue sur les muscles et les os -, puis leurs corps séparés perdirent peu à peu leurs frontières et se fondirent en un troisième corps qui, en englobant leurs différences masculines et féminines, effaçait tous leurs contrastes et inversions anatomiques.

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le_Bisonle_Bison   17 février 2012
Après quelques instants, une fois cette lumière crépusculaire passée, ils se tourneraient de nouveau vers le lac dont ils admireraient en silence la surface qui miroiterait sous la lumière métallique renvoyée par les nuages dorés. C’est alors, enfin, qu’ils remarqueraient Vanessa Cole, toute seule, debout un peu plus loin sur une des plaques rocheuses qui s’enfoncent dans l’eau juste au-delà de la plage de graviers. Elle tournerait son dos étroit et élancé à ses parents et à leurs amis, mais on verrait le bout de ses doigts touchant légèrement sa gorge fine, pâle, levée vers le ciel. Plongée dans de sombres et solitaires méditations nordiques, en train de contempler ce vaste espace délimité par le lac, la forêt, la montagne et le ciel, Vanessa aurait l’air de se tenir au centre exact de la réserve naturelle, elle en serait le lieu essentiel, l’unique point doté de sens. Pendant un moment intéressant, le drame du soleil en train de disparaître se confondrait, pour ses parents et leurs amis, avec le drame de Vanessa Cole.
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tamara29tamara29   04 octobre 2015
- Maintenant, je commence à comprendre que je ne peux plus tout avoir de la vie. Certaines des choses que nous voulons en annulent d'autres que nous voulons aussi. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais je veux que ma femme et mes fils soient heureux. Je veux qu'ils soient fiers de moi. Et cela, je le veux plus que certaines choses, dit [Jordan] en se retournant vers [Vanessa.].Y compris vous. [...]
Vous êtes comme moi, Vanessa von Heidenstamm. Et les gens comme moi laissent pas mal de naufragés dans leur sillage. Je ne veux pas que ma famille fasse partie des naufragés. C'est tout ce que je vous dis
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kathelkathel   13 septembre 2010
Vanessa pouvait à présent entendre avec netteté et régularité le bruit de l'avion. Bien qu'elle ne fût pas en mesure de le voir, elle savait qu'il venait du nord, qu'il volait bas, qu'il remontait la rivière Tamarack jusqu'au Premier Lac et qu'il arriverait jusqu'à la source, ici, au Second Lac. Soudain l'appareil surgit dans le ciel, au nord, juste au-dessus de la noire silhouette d'une rangée d'épicéas. Il s'élevait rapidement au-dessus de l'eau en exposant son ventre luisant au soleil couchant comme si le pilote avait décidé d'embrasser du regard le lac tout entier avec les montagnes qui l'entouraient et le ciel de plus en plus sombre. Puis elle entendit le moteur ralentir. L'avion, un biplan gris pâle bordé de rouge vif, à double cockpit ouvert - dans celui de devant, un pilote avec des lunettes d'aviateur mais sans casque, et personne dans le deuxième -, ralentit, parut presque s'arrêter en vol pour planer, puis vira sur l'aile en direction de l'ouest et du mur montagneux qui plongeait tout droit dans l'eau miroitante.
C'était un hydravion muni de deux gros flotteurs, et Vanessa eut l'impression d'avoir sous les yeux un homme qui allait délibérément écraser son appareil contre la paroi verticale en granit gris de trois cents mètres de hauteur. Oubliant ses pensées froides, elle fut presque prise d'excitation car elle n'avait encore jamais vu quelqu'un se tuer et ne s'était pas rendu compte qu'elle en avait toujours eu un tout petit peu envie - ce qui l'étonna. Le pilote semblait sur le point de fracasser son avion contre la paroi de pierre de la montagne quand, à moins de cent mètres du mur, il vira fortement à gauche, ramena les ailes en position horizontale, réduisit la vitesse du moteur jusqu'à l'arrêt ou presque et descendit rapidement vers le plan d'eau.
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VALENTYNEVALENTYNE   23 mars 2014
Il n’existait que deux de ces aérostats gargantuesques : le Graf Zeppelin qui se cantonnait à des lignes européennes et sud-américaines, et le Hindenburg qui traversait l’Atlantique, allant de Francfort à Lakehurst dans le New Jersey en passant par Montréal. Depuis des mois, Jordan espérait l’apercevoir, mais jusqu’à présent, chaque fois que le Hindenburg était passé dans la région, il en avait été averti trop tard – plusieurs jours après – par le journal local ou par un voisin qui avait eu la chance de se trouver au bord du lac Champlain lorsque le grand dirigeable avait fendu le ciel bleu des Adirondacks. Il était tout excité d’enfin l’avoir devant les yeux ; quelle chance se disait-il, de voir ce sacré machin depuis les airs !
Le dirigeable était gigantesque, d’une longueur d’environ deux cent quarante mètres, et il avait la forme d’une énorme bombe. Jordan se rappela avoir lu que son diamètre était de quarante mètres. Malgré sa taille prodigieuse et sa vitesse que Jordan estima à cent trente kilomètres-heure, il avait une façon implacable de se déplacer dans les airs, et pour Jordan paraissait plus animal que mécanique, plus proche d’une créature vivante venue d’un autre âge que d’une machine volante fabriquée par l’homme du XXème siècle. D’autres caractéristiques lui revinrent en mémoire : il était mû par quatre énormes moteurs Mercedes-Benz de 1200 chevaux, et il fallait deux cent mille mètres cubes d’hydrogène pour le remplir. Il était équipé de salles à manger de style, de salons, de cabines de luxe, de promenoirs et même d’un fumoir qui, tous, étaient situés à l’intérieur de la coque brillante et non dans une nacelle extérieure comme dans les dirigeables conventionnels. Jordan connaissait aussi un peu de son histoire : la société Zeppelin, menacée de faillite, avait accepté l’appui financier du parti nazi. Les Etats-Unis étaient le seul pays au monde en mesure de fournir de manière stable un hélium non inflammable, mais le Congrès légèrement inquiet de la montée des nazis avait interdit la vente d’hélium aux Allemands. La société Zeppelin avait donc dû remplir ses dirigeables d’hydrogène. Il avait lu qu’on avait ignifugé le Hindenburg, mais l’hydrogène restait malgré tout inflammable, ce qui d’une certaine manière, ne faisait que rendre l’aérostat plus dangereusement attirant encore aux yeux de Jordan, plus semblable encore à une créature vivante.
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