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Pierre Furlan (Traducteur)
EAN : 9782330185374
Actes Sud (03/01/2024)
3.94/5   48 notes
Résumé :
En 1971, Harley Mann revisite son enfance et raconte l'installation de sa famille dans les marécages de Floride, à quelques encâblures de ce qui allait devenir Disney World, pour rejoindre une communauté de Shakers – utopiste, pieuse, abstinente. Au cœur de son récit, l'amour interdit du garçon qu'il était et d’une jeune femme nommée Sadie, qui conduira la communauté à la perte et à la destruction.
Une éblouissante tapisserie entremêlant amour et foi, mémoire... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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« Magic Kingdom », titre de la v.o. du dernier livre de Russell Banks parle d'une Amérique assez spéciale celle du Sud , celle des Shakers, du début du siècle dernier, en Floride , une région qui accueillie à l'époque tout le détritus humain des États Unis . Aujourd'hui se trouve au même emplacement que celui de la communauté Shaker , le Disney World d'Orlando, d'où le titre, V.o. (Disney's) “Magic Kingdom”, qui se réfère aussi au Royaume Magique que les Shakers promettaient à leurs adeptes. On dirait une plaisanterie du destin.

L'histoire est celle de la famille Mann, de Waycross à Rosewell, racontée 70 ans après les faits , à travers les enregistrements de Harley, un des fils Mann, une famille de Ruskinite , secte basée sur les principes anticapitalistes du philosophe John Ruskin. Cette famille qui se sentait moralement et culturellement supérieur, se retrouve à la mort du père décédé du typhus, à Rosewell, une exploitation aux conditions de travail égalant l'esclavage. Suivra leur migration à New Bethany, une implantation de Shaker, et leur à peu près conversion au shakerisme. D'un camp d'esclavage à un autre, conséquences d'une folle croyance au Ruskinisme et au rêve utopique d'une nouvelle nation…..

Ruskiniste, Shaker…..sectes vampires qui suceront leurs adeptes jusqu'à la moelle en faisant briller l'appât dans la réalité inexistante d'un gain moral et matériel, suscité par la méthode du « carotte et du bâton » et construit sur une base fantoche, qui baigne dans l'illusion mirage d'une vie parfaite d'égalité , d'honnêteté et de pureté, 😊😊😊. Je souris car même dans les rêves ce genre de sociétés utopiques n'existent pas,'elles finissent toutes par devenir des dictatures sous le joug d'un ou plusieurs âmes, emprisonnant leurs membres à vie. C'est ainsi que notre narrateur Harley avec la conversion de sa mère au Shakerisme , à treize ans deviendra automatiquement « la propriété » de la communauté Shaker ( en faites d'un seul homme plus ou moins), jusqu'à ses dix-huit ans….

Cette communauté descendant d' immigrés pauvres venus d'Irlande, les Shakers, se comptera par milliers et continuera à se développer. Leurs recrues étant principalement des orphelins et des enfants nés hors mariage, des nourrissons et des jeunes littéralement laissés à leurs portes, et des hommes et des femmes spirituellement nécessiteux, arrachés aux vagues croissantes et décroissantes d'enthousiasme religieux qui balayaient la nation toutes les quelques années, des âmes perdues au sens figuré. abandonnés par leur religion.Donc pour ces miséreux la communauté était la garantie d'une famille stable et solidaire, une éducation pratique et une religion durable – sécurité physique, mentorat et élévation spirituelle, du moins en apparence, pour qui n'avait nul envie de se perdre dans les dédales de la Vie qu'il ou elle avait déjà très mal initiée. Cette communauté perfectionniste soit disant modèle faisait cependant travailler des enfants de 10-12 ans 6 heures par jours 6 jours par semaine, gratis. Cet îlot de vie artificielle , isolé du reste du Monde frustrera l'ado Harley dont le coeur à treize ans bat déjà pour une jeune femme dans sa vingtaine, et lui fera commettre l'indicible ….
Même si le style Shaker, uniquement le style c'est-à-dire meubles, ustensiles… à une époque m'attirait, les trouvant simple , beau et fonctionnel , ne m'interpelle plus depuis bon temps , surtout ayant pris connaissance de l'idéologie derrière cette pureté, qui aujourd'hui me fait sourire par son ingénuité et m'énerve par ses artifices et ses contraintes . Ces sociétés utopiques qui attiraient souvent des personnes voulant recommencer des vies nouvelles pour divers raisons, nécessitaient en faites les mêmes compétences qui permettaient simplement de survivre en prison, dans l'armée ou à des conditions de travail insensées, similaire à l'esclavage ( Rosewell) .

Ce livre que Russell, décédé au début de cette année, a écrit et publié l'année d'avant est une profonde réflexion sur l'hypocrisie humaine, la vérité , l'éthique et les principes manipulées selon les exigences de chacun. Pourrait-il être considéré comme une sorte de testament vu le sujet abordé et les nombreuses questions qu'ils nous posent à travers cette histoire complexe, particulièrement celle de Harley ? D'autant plus qu'aujourd'hui la manipulation de la vérité et de l'éthique n'a plus besoin de sectes comme les Shakers vu qu'à travers les réseaux sociaux on peut atteindre presque tout le monde et une majorité est facilement manipulable, rien qu'à voir le dernier Zozo élu démocratiquement à la tête de l'Argentine. Je cite cet exemple politique car ce livre est un livre à forte connotation politique. Il sera trés prochainement publié par Actes Sud, je vous conseillerez de ne pas passer à côté !


« We judge and refuse to judge others the same as we judge and refuse to judge ourselves. The liar thinks that everyone lies, and the truth teller believes that everyone is honest. »
On juge et refuse de juger les autres comme on juge et refuse de juger soi-même. le menteur pense que tout le monde ment, et celui qui dit la vérité croit que tout le monde est honnête ».
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Dans son ultime roman, publié juste avant sa mort en janvier 2023, Russell Banks poursuit son questionnement du rêve américain au travers d'un paradis perdu, domaine d'une modeste communauté shaker en Floride, devenu aujourd'hui miroir aux alouettes de l'industrie du loisir.


L'auteur qui, dans ses livres, a si souvent adopté le point de vue des laissés pour compte en Amérique s'attaque cette fois au mythe du self-made-man au travers d'un récit désespérément nostalgique. Au soir de son existence depuis longtemps solitaire, un homme décide de se confier à des bandes magnétiques. L'on découvre son histoire depuis l'enfance, en une narration sans faux-semblants révélant une âme déchirée et sans plus d'illusions face à son combat d'une vie avec le Bien et le Mal.


Né au tournant du XXe siècle, Harley Mann a connu la misère la plus noire avant de faire fortune dans la spéculation immobilière. Son dernier coup fut la vente à l'empire Disney des terres qui devaient servir à l'implantation du grand parc d'Orlando. Des terres sur lesquelles il avait fait main basse après avoir contribué à la déroute de leurs propriétaires, une communauté utopiste de shakers, proches des quakers, qui l'avait charitablement recueilli avec les siens quand ils étaient littéralement au fond du trou.


Ce n'est qu'après les avoir trahis parce qu'irrésistiblement attiré par l'amour et l'argent, que Harley devait réaliser la bonté des shakers et son bonheur perdu, lui qui par avidité et vanité s'était exclu tout seul de leur « royaume enchanté », ce jardin d'Eden certes régi par des règles austères, entre chasteté, dévotion et communisme, mais pourvoyant simplement aux besoins de chacun.


Une infinie tristesse imprègne le récit de cet homme, enferré par de mauvais choix dans une voie sans retour dont il a pu, depuis, longuement mesurer tout ce qu'elle lui a fait perdre, à lui mais aussi, par sa faute, à d'autres qui ne demandaient rien. A travers cette utopie humaniste détruite au profit d'un matérialisme bassement individualiste, c'est ni plus ni moins ce que nous avons appelé le progrès de la civilisation et qui a abouti à la société de consommation et à ses nouveaux modes d'asservissement, à la disparition de la nature sauvage et à la mise en péril de la planète, que questionne Russell Banks dans ce chant du cygne parabolique.


Écrivain connu pour ses engagements humanistes, Russell Banks nous livre une dernière histoire crépusculaire, à la fois fresque intense et envoûtante traversée par un puissant souffle narratif, et réflexion mélancolique sur ce que nous coûte l'avidité matérielle de notre civilisation. A nous prendre pour des dieux, égoïstes et souverains, nous ne nous contentons pas de nous exclure nous-même du paradis terrestre, nous faisons tout pour le détruire. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Un grand merci à Babelio et aux éditions Actes Sud...

En 1971, alors âgé de 81 ans, Harley Mann décide non pas d'écrire mais de raconter sa vie sur des bandes magnétiques. Quinze bobines que Russell Banks a, par un heureux hasard, récupéré des années plus tard... Né en 1890, Harley Mann passe ses premières années, avec ses frères, son père et sa mère, dans la colonie originelle des Ruskinites, celle de Graylag, avant de partir pour Waycross. Si les conditions de vie sont parfois difficiles, entre liberté et ordre, jeu et travail, l'enfant s'épanouit et n'aura jamais été aussi heureux. Mais la colonie de Waycross se vide peu à peu, notamment à cause d'une épidémie de typhus, appauvrissant les colons. Son père, malade lui aussi, veut emmener sa famille à la plantation Rosewell. Malheureusement, il en mourra et, pour respecter ses dernières volontés, toute la famille s'en va. Traitée tels des esclaves, exploitée et brutalisée, elle n'y restera que quelques mois avant de s'installer chez les Shakers de la Nouvelle-Béthanie, en 1902. Une communauté pieuse et abstinente, avec mise en commun des biens et séparation des genres, gérée par l'Aîné John Bennett et l'Aînée Mary Glynn. Si Harley s'y sent comme au paradis, sa rencontre avec Sadie Pratt va bouleverser ses projets et ses ambitions...

Au crépuscule de sa vie, Harley Mann, cet homme solitaire, décide de raconter ses premières années sur des bandes magnétiques. Quinze bobines que Russell Banks transpose au coeur de ce roman, le dernier publié avant sa mort en janvier 2023. Un groupe de Shakers, à la fin du 19ième siècle, fonde la colonie de la Nouvelle-Béthanie, en Floride, là où, quelques années plus tard, s'érigera Disney World, des terres que Harley, devenu spéculateur immobilier, leur vendra. Des colons utopistes vivant à l'écart du Monde, croyant en la réincarnation de Jésus en Mère Ann Lee, et prônant l'abstinence sexuelle. Installé parmi eux avec sa mère, son jumeau et ses frères également jumeaux, le jeune Harley, s'il s'épanouit les premières années, va, peu à peu, penser par lui-même et voir autrement la vie proposée par les Shakers. Cette confession, empreinte de regrets, de remords parfois, d'excuses murmurées, déroule la vie d'un homme, d'un pays en proie à ses travers, ses manquements, son racisme, son individualisme, son matérialisme, son avidité, son hypocrisie... En conteur engagé, si le personnage d'Harley reste fictif, Russell Banks s'est basé sur des faits historiques réels. Une confession, dense, fouillée, mélancolique qui, bien que passionnante, manque parfois de rythme, de dynamisme et d'émotion...
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Harley Mann est né en fin de 19e siècle au sein d'une communauté dans laquelle ses parents se consacrent à une idéologie socialiste utopique. Les conditions de vie y sont rudes mais l'enfant n'est pas malheureux. Alors qu'il est âgé d'une petite dizaine d'années, la décrépitude de la colonie pousse son père à déserter pour vendre sa force de travail dans une plantation. Malgré la mort soudaine du père, la mère et les enfants s'y installent comme prévu. Ils se retrouvent prisonniers d'un système vicieux et extrêmement violent qui les oblige à trimer comme des bêtes pour pas un sou. Pour s'en échapper la famille n'a d'autre solution que de se réfugier chez les Shakers de la Nouvelle-Béthanie, une secte protestante dont la doctrine de perfection impose la confession des péchés, la communauté des biens, le renoncement au monde et l'abstinence sexuelle totale. A la Nouvelle-Béthanie, après l'enfer de la plantation Harley a l'impression de se retrouver au paradis d'autant plus que, dès son arrivée, il tombe sous le charme de celle qui deviendra l'amour de sa vie. S'il se plie bien volontiers aux règles et rituels imposés par la communauté et aspire à devenir un vrai Shaker, son obsession pour la jeune fille risque fort de perturber ses projets ainsi que ceux de la communauté.

D'après Russel Banks, ce roman est la transcription d'une quinzaine de bandes enregistrées en 1971 par Harley alors qu'il est très âgé. Après avoir assisté à l'inauguration du "royaume enchanté" de Disney implanté sur le terrain qui a été le royaume des Shakers, il éprouve le besoin de se confier à son magnétophone pour faire connaitre l'histoire de sa vie liée à celle des colons de la Nouvelle-Béthanie.
Bien que parfaitement intégré à sa communauté, Harley n'est pas croyant, ce qui lui permet de pouvoir garder un certain recul et d'analyser de façon critique le fonctionnement du groupe qui, loin d'observer le principe d'éloignement du monde, se livre à de nombreux et fructueux échanges commerciaux. Ses observations mettent en évidence la façon dont une doctrine théologique peut favoriser l'apparition d'une organisation économique basée sur le profit. Il dénonce ainsi l'intrication entre religion et capitalisme, les deux mamelles du rêve américain. Ce faisant, son récit en forme de mea culpa montre également que dans un lieu où tout et chacun est censé être parfait, la nature humaine par essence imparfaite ne peut s'accommoder de la perfection.
A la Nouvelle-Béthanie la vanité, la duplicité et la jalousie vont faire autant de ravages que les ouragans, les incendies ou les inondations...

La trajectoire de vie d'Harley est un exemple de parfaite réalisation du rêve américain: prospérité et ascension sociale accessibles à tous. Parti de rien, il a fini par s'enrichir considérablement grâce à la spéculation immobilière. Mais cette réussite a un goût amer puisqu'elle s'est faite sur un échec, celui d'une utopie, dans lequel il a eu le rôle principal. Par sa faute, le petit village idéal, niché dans les marécages du Sud de la Floride, disparait pour laisser place à un parc d'attractions. Adieu les colons, bonjour les hordes de touristes et leurs dollars. Adieu les sentiers en coquillages concassés, les vergers d'agrumes, les moulins, le rucher, le jardin d'agrément et les hectares de champs et de prairies. Désormais les vingt sept tours du kitchissime château de Cendrillon remplacent le temple aux proportions parfaites...
Du royaume des cieux au royaume du fric, l'ultime roman de Russell Banks livre le portrait troublant d'un homme dont le parcours démontre que la trahison et la chute font autant partie de l'histoire américaine que la foi et la fortune.

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Un écrivain, que l'on peut soupçonner d'être Russell Banks, retranscrit les bandes magnétiques sur lesquelles un vieil homme a raconté sa vie de l'enfance à l'âge adulte. Harley Mann est le fils ainé d'une famille pauvre qui va connaitre plusieurs expériences de vie collective aux Etats Unis.
Les Mann vont, par conviction politique, rejoindre une communauté socialiste d'inspiration Ruskinite, puis à la mort du père devenir des quasi esclaves dans une plantation du Sud, avant que par miracle ils ne soient rachetés au sens matériel et spirituel par des Shakers, fondateurs d'une secte protestante au rigorisme sévère mais dans laquelle ils vont reprendre vie.

Dans les deux premiers tiers du roman, Banks décrit comment vivre dans une société utopiste où tout est mis en commun, où l'argent n'existe pas, où la sexualité est bannie de même que tout forme d'affection familiale. Les Shakers ne cherchent qu'à subsister sans s'enrichir et à respecter scrupuleusement la parole divine. Il va de soi que dissidence et individualisme sont combattus avec fermeté mais aussi une forme de bienveillance qui fait culpabiliser le déviant.
Le jeune Harley comprend qu'il n'est pas croyant et ne respecte les règles qu'en apparence, de fait il devient coupable de mensonge, Banks théorise que le sentiment de culpabilité mène à des tendances moralisatrices dures vis-à-vis des autres, ce qui s'avérera catastrophique pour Harley.
D'autant que l'amour va s'en mêler, le jeune homme va tomber dans le piège le plus fatal chez les shakers et avec lui découvrir la jalousie, le doute et le désir de vengeance.

Le dernier tiers du livre est passionnant, il place Harley au centre d'une tragédie qu'il a lui-même provoquée et ses tentatives de rétablir la justice ne font qu'aggraver les choses, jusqu'à un dénouement surprenant et aux conséquences définitives.
Si l'on peut reprocher une mise en route laborieuse et redondante (mais c'est un vieil homme qui se raconte) la fin du roman ouvre des abîmes de réflexion sur la construction d'une personnalité, le rapport au pouvoir et à l'argent, l'idéalisation des sentiments et l'inévitable déception. C'est le grand roman d'apprentissage d'un jeune homme qui n'est pas sans qualité mais pas sans défauts non plus.

Au-delà c'est aussi une peinture sociale des Etats-Unis à laquelle se livre Banks, si l'on sent qu'il a une certaine sympathie pour les mouvements égalitaristes du début du XXème siècle il en pointe les perversités, en particulier le totalitarisme ambiant qui ne tolère pas la contradiction, comment être contesté quand on représente le Bien ? On retrouve aussi cette recherche séculaire du bouc émissaire contre lequel le groupe va se renforcer.
Les USA sont bâtis sur deux piliers l'argent et la religion, le Royaume Enchanté démontre que l'un ne va pas sans l'autre : même les plus sincèrement religieux doivent s'enrichir pour vivre et le glissement vers l'affairisme est obligatoire, quant aux incroyants chez eux l'argent devient le Dieu qui guide leur pas.

Il y a des livres pour s'évader, se détendre d'autres sont écrits pour faire réfléchir celui-ci appartient sans aucun doute à la deuxième catégorie. Russell Banks nous a laissé un beau cadeau en partant début janvier.
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critiques presse (8)
LePoint
20 février 2024
Le grand écrivain nous a quittés il y a un an. Son ultime roman, « Le Royaume enchanté », dévoile les mystères d’une secte protestante.
Lire la critique sur le site : LePoint
FocusLeVif
13 février 2024
Récit initiatique doublé d'une autobiographie fictive, Le Royaume enchanté de Russell Banks est profondément mélancolique.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LaLibreBelgique
05 février 2024
Avec "Le royaume enchanté", Russel Banks secoue nos esprits une ultime fois avec une réflexion profonde sur l'hypocrisie.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro
02 février 2024
Le portrait touchant d'un jeune quaker et de sa communauté, au début du siècle dernier
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix
01 février 2024
Traversant le XXe siècle, le roman posthume du géant de la littérature américaine mêle une dernière fois utopies collectives et destins individuels.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Marianne_
31 janvier 2024
Un testament social qui interroge la quête de liberté au sein d'une secte religieuse.
Lire la critique sur le site : Marianne_
Bibliobs
31 janvier 2024
Le grand écrivain s’est éteint en janvier 2023. Son ultime roman, qui raconte une communauté shaker au début du XXᵉ siècle en Floride, témoigne de son génie réaliste et de son goût pour les narrations amples.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesInrocks
03 janvier 2024
L’ultime roman de Banks dévoile bien des cauchemars américains où l’hypocrisie, les faux-semblants et le racisme sont érigés en mode de vie. L’Americana en fresque de haute intensité, emportée par la magie narrative.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Durant ma propre vie, ce sont les réfugiés des guerres et des pogroms d’Europe, les survivants des camps de concentration qui ont émigré en Floride. Quelques décennies plus tard, ceux qui fuyaient Cuba, Haïti et l’Amérique centrale ont débarqué sur ces côtes, alors que depuis toujours des retraités en provenance des États du Nord viennent ici, en quête d’un endroit au soleil où finir les quatre-vingt-dix ans qui leur sont alloués et se retrouvent à somnoler sur le banc d’un parc ou à lancer des appâts depuis un bateau à moteur en alu de chez Sears, Roebuck voguant sur des eaux peu profondes, ou encore à frapper des balles de golf pendant que, derrière eux, enfants et petits-enfants – les leurs comme ceux de tous les autres – arrivent dans des breaks, attirés vers le sud comme par une doline de la taille de l’État tout entier, doline qui les verse dans le monde du rêve américain, le Royaume enchanté, la plantation récréative de Disney.
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Au fil du temps, nous avons appris indirectement, par des rumeurs et des commérages, que les Blancs, hommes et femmes, qui vivaient et travaillaient avec nous étaient presque tous des gens condamnés pour crime et qui avaient avec eux leurs enfants illégitimes. Il s’agissait de petits voleurs, de pickpockets, de prostituées, ou de Blancs et de Blanches arrêtés pour avoir cohabité avec une Noire ou un Noir, ou encore de ces gens qui étaient ce qu’on appelait à l’époque des sodomites. Ils étaient tous pauvres, incapables de s’acquitter de leurs amendes ou de leurs frais de justice. Ces frais et amendes avaient été payés aux shérifs de comté et aux juges dans tout l’État de Géorgie et même jusqu’au Mississippi et en Alabama par M. Couper lui-même. La dette devrait être remboursée par le condamné, homme ou femme, au taux d’un dollar par jour jusqu’à ce que la somme due soit égale à zéro. Échéance qui pouvait facilement être repoussée jusqu’à un futur indéfini, comme Mère s’en rendit compte à la fin du premier mois lorsque le coût de la nourriture, de l’hébergement et des articles indispensables qu’elle avait achetés à crédit au magasin de la compagnie pour nourrir, habiller et loger ses enfants fut déduit de notre salaire. Le solde était toujours négatif. Ce solde négatif était considéré comme un prêt de la part de la plantation, et Mère devait payer un intérêt sur la somme globale. Mois après mois, sa dette augmentait. Elle n’a jamais diminué d’un iota.
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J’ai appris que ceux à qui on a tout volé voleront n’importe lequel de ceux à qui on n’a pas tout volé. Dans des conditions de vie dégradante, il n’y a pas de solidarité. C’est pourquoi, après notre deuxième journée de travail, quand nous sommes rentrés d’un pas pesant des champs de coton, nous avons découvert que nos tentes avaient été vidées, qu’on nous avait volé tout ce que nous avions transporté de Waycross. Même nos couvertures s’étaient envolées, et si nous n’avions pas suivi les instructions du surveillant nous demandant d’apporter aux champs, avec nous, nos couverts et notre assiette, eux aussi auraient disparu. Mère s’est rendue à l’intendance pour demander à l’intendant de remplacer les couvertures volées, et leur coût – soit cinq jours de travail pour chacun de nous, les cinq Mann – est venu s’ajouter à son compte. L’intendant lui a déclaré que dorénavant, si elle et ses enfants voulaient conserver leurs couvertures, il faudrait que nous les prenions avec nous chaque fois que nous quittions la tente.
J’ai appris que ceux qu’on fait travailler presque littéralement à mort ne désirent que très peu la compagnie des autres. Tels des animaux blessés, ils veulent surtout qu’on les laisse tranquilles, qu’ils puissent se blottir dans un coin pour tenter de récupérer assez d’énergie pour continuer à vivre un jour de plus. De toute façon, la société n’existait pas, à la plantation Rosewell, sauf dans les champs ou sur le chemin qui y menait, ou parfois au début de la journée quand nous échangions quelques saluts rapides en grimpant à bord des wagons branlants qui nous transportaient vers nos lieux de labeur. Personne ne révélait quoi que ce soit de son passé ni de ce qui l’avait amené à se retrouver emprisonné à la plantation Rosewell. Ceux qui ne peuvent pas s’imaginer d’avenir ont du mal à se remémorer leur passé, ou du moins à en parler, car le passé ne peut pas avoir été pire que le présent et, par conséquent, le décrire et se le remettre complètement en tête serait une affaire douloureuse qu’on évite.
J’ai appris que les enfants comme les adultes, les femmes aussi bien que les hommes, les Blancs autant que les Noirs, en situation de dégradation vont entraîner tous ceux qu’ils peuvent dans cette dégradation. C’est du haut vers le bas que s’exercent alors la violence et le vol, la domination et les abus sexuels, la manipulation et le contrôle, la tromperie, l’escroquerie, le sadisme.
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Que diraient Père et Mère s’ils connaissaient mon histoire ? Que dirait Mère Ann Lee, ce puits de sagesse et de piété des Shakers ? Ou l’Aîné John Bennett et l’Aînée Mary Glynn aujourd’hui disparus, ces deux Shakers communistes et dévoués à l’esprit clair et à l’âme noble ? Que me diraient-ils aujourd’hui ? Et s’ils pouvaient parler entre eux, que diraient-ils de moi ?
Ce sont leurs voix antiques que j’entends à l’intérieur de moi depuis que j’ai commencé à raconter mon histoire, l’histoire de mon enfance et de ma jeunesse chez les Shakers de la Nouvelle-Béthanie à Narcoossee, Floride, en y insérant tout ce qui a conduit aux événements dramatiques qui se sont déroulés là en 1910 et 1911 après que je suis devenu homme, et les malheureuses conséquences de ces événements. Quand je parle dans mon magnétophone, les voix de ces femmes et de ces hommes morts depuis longtemps me remplissent la tête. Elles ont même commencé à s’infiltrer dans ma voix, dans les mots et les phrases que j’emploie dans mon récit, et à les modeler. C’est comme si je n’avais jamais appris à parler comme l’homme qu’en fait je suis devenu, à savoir un de ces Blancs de Floride, petits commerçants à vie qui ne font montre d’aucun enthousiasme religieux ou politique remarquable, aucune appartenance de classe visible. Je suis le genre de Républicain ou de Démocrate qui s’inscrit en tant qu’Indépendant, le protestant ou le catholique qui ne pratique plus et coche la case “chrétien”, l’Anglo-Américain qui se voit comme simplement Américain, l’être humain de sexe mâle qui se croit juste humain, le Blanc qui pense ne pas avoir de couleur.T
Elle est la personne que j’ai été pendant la plus grande partie de ma vie d’adulte et dont, au fil des ans, j’ai pris la voix. Mais quand j’enclenche l’interrupteur de mon Grundig TK46 et que je rembobine la bande pour rejouer mon récit d’aujourd’hui, comme je viens de le faire, je n’entends pas la voix neutre, moderne, passe-partout et américaine de cette personne-là. J’entends à la place une voix qui n’a encore jamais été enregistrée, pas même par Thomas Edison, une voix parlant dans un autre siècle, le xixe, et dans un autre pays, les régions sauvages du Centre-Sud de la Floride, une voix venue de loin dans le temps comme dans l’espace. Une voix que je reconnais à peine. Ma voix.
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La vieillesse venue, les actes que nous regrettons le plus sont ceux que nous avons commis dans notre jeunesse moins par bêtise que par colère et par le sentiment d'être blessés.
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Vidéo de Russell Banks
Russel Banks est mort le 8 janvier 2023. Cet écrivain, très apprécié en France, était un ardent critique des dérives de l'Amérique contemporaine. "Le Royaume enchanté", son dernier roman vient de paraître aux éditions Actes Sud dans une traduction de Pierre Furlan.
Nos deux critiques littéraires l'ont lu et vous en parle.
#critique #litterature #russellbanks
__________ Livres, films, jeux vidéo, spectacles : nos critiques passent au crible les dernières sorties culturelles par ici https://youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrosjQHaDUfeIvpobt1n0rGe&si=ReFxnhThn6_inAcG une émission à podcaster aussi par ici https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture
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