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EAN : 9782021301571
464 pages
Éditeur : Seuil (04/01/2018)
4.2/5   5 notes
Résumé :
À partir d'un travail dans les archives de toute la France, pour beaucoup inédites, Ludivine Bantigny restitue l'énergie des luttes, des débats, des émotions et des espoirs portés par les acteurs de 68 : toutes celles et tous ceux – ouvriers, étudiants, militants mais aussi danseurs, médecins, paysans, artisans, poètes d'un jour, et les femmes à parts égales avec les hommes – qui ont participé au mouvement. Elle s'intéresse aussi à " l'autre côté " : la police, le p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Kirzy
  21 mars 2018
Voilà un ouvrage universitaire de grande qualité qui ambitionne de restituer les événements de mai 68 dans toute leur profusion et leur vitalité.
L'historienne Ludivine Bantigny est sortie des sentiers battus et rebattus.
C'est sans doute l'aspect qui m'a le plus intéressé, cette façon de se défaire de nombreux clichés et caricatures.
Mai 68 ce n'est pas :
- que Paris et le quartier latin, là on sillonne toute la France y compris la plus rurale qui elle aussi a été secouée
- qu'une affaire d'étudiants privilégiés, j'ai découvert toute la diversité sociale qui était présente sur les barricades, des ingénieurs, des brancardiers, des serveurs ; comment les paysans et ouvriers ont fait convergé leur lutte vers celles des jeunes. L'auteur nous raconte en détails d'incroyables rencontres entre des univers sociaux qui ne se croisaient jamais.
- l'amorce d'un individualisme forcené lié au néo-libéralisme, c'est avant tout l'essor d'un collectif qui bouillonne de projets pour changer la vie. de nombreux chapitres permettent de parfaitement sentir toute cette ambiance foisonnante, comme une immense conversation politique qui aurait saisi le pays.
- un anachronisme dans les Trente Glorieuses, au contraire, on sent sourdre dès le début des années 1960 une angoisse du chômage, 5 millions de personnes tout de même. L'ANPE a été créée en 1967, ce n'est pas un hasard.
J'ai grandement apprécié la partie sur « l'expérience sensible du politique » et notamment les chapitres consacrés aux émotions et au corps, comment il peut exulter en tenant un pavé dans la main tout en tenant une barricade. Je me suis marré en lisant les anecdotes très croustillantes sur les arcanes du pouvoir. Savoureuse réponse de de Gaulle à son ministre de l'Intérieur Christain Fouchet qui lui annonce que les forces de l'ordre sont traumatisés : « Mais Fouchet, traumatisées, qu'est-ce que ça veut dire ? Et bien, Fouchet, il faut faire ce qu'il faut avec la police, il faut lui donner de la gnôle ! Comme on le fait toujours pour les combattants des tranchées. »
Bref, j'ai appris énormément de choses en lisant cet ouvrage, j'ai ressenti toute la dimension multiple de ce mouvement social inédit et le grand ébranlement qu'il a été.
Ludivine Santigny a abattu un énorme travail documentaire : en plus des archives départementales de toute la France, elle a dépouillé des archives inédites : celle de l'Elysée, des RG et de la police. C'est un ouvrage très dense donc qui ne se lit pas comme un roman mais comme un livre universitaire.
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Commenter  J’apprécie          484
RChris
  22 mars 2018
C'est d'abord le travail d'une historienne, avec le sérieux de ses 42 pages des notes, de ses 28 pages de bibliographie, de ses 6 pages de sources, de son dictionnaire des sigles et de son index des noms propres en fin de volume. D'ailleurs, Ludivine Bantigny s'explique sur le volume des sources brassées : "1968 est à ce point lesté d'échos médiatisés, de reconstitutions et d'interprétations, qu'il valait mieux s'en tenir à ce qu'il a fait naître sur le moment et non dans l'à postériori, passionnant lui aussi mais souvent déformant". Cela contribue à proposer un travail également sociologique, organisé par thèmes structurés en 4 parties : - Protagonistes. - de l'autre côté : pouvoir, police et politique. - L'expérience sensible du politique. - Changer la vie, projets et futurs imaginaires.
Ludivine Bantigny sort de Paris afin "de décentrer le regard hors de Paris pour valoriser d'autres scènes"... Elle a voulu également se décaler des leaders, pourtant Daniel Cohn-Bendit revient plusieurs fois : le 13 mai, la CGT ne veut pas de "cet anarchiste allemand en tête de cortège" comme le disait G. Marchais, quant à l'opposition, elle se réfère à ses origines allemandes et certains extrémistes scanderont " Cohn-Bendit à Dachau". Elle se montre critique avec certains aspects du mouvement montrant que le rapport femmes/hommes est sans doute le moins remis en cause.
Les liens sont faits avec d'autres luttes : Algérie, Vietnam, et les luttes de libération, de décolonisation qui ont créé les fertilisations qui se concrétiseront en mai 68.
Le préfet de police de Paris, Grimaud, ne voulait pas de morts, il y en a eu au moins cinq.
Exhaustif et riche, le livre explore aussi des "niches" de contestation : celle du milieu de la danse, sans tradition de mobilisation et éloigné du monde ouvrier, les architectes qui revendiquent que soit instaurée une priorité au logement contre la spéculation foncière...
L'historienne donne l'idée d'une plus grande complexité que celle d'un simple souffle spontané d'étudiants échevelés. Elle montre comment mai 68 fut un balancement entre mouvement revendicatif et mouvement alternatif mettant en cause l'ordre social. "L'extrême gauche a tenté de formaliser un mouvement qui lui échappait , mais finalement mai 68 fut un énorme bouillonnement qui n'a pas trouvé de mots pour se dire" affirme Jean Lebrun dans La marche de l'histoire.
50 ans bientôt, top commémoration! Ce n'est qu'un début...
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Sallyrose
  03 avril 2018

C'est un ouvrage à la fois historique et sociologique très dense qui reprend tous les versants des « événements », cherchant à dresser un vivant portrait de ce mouvement de rébellion.
En effet, au-delà des visages et des images qu'il nous reste de ces quelques semaines, l'auteure s'attache à restituer les solidarités nées de la contestation, les stratégies du pouvoir pour l'étouffer et la conduite de la répression.
En entrant au plus près de chacun des protagonistes, elle met en lumière un phénomène global qui a eu bien plus d'ampleur que les revendications bourgeoises d'une poignée d'étudiants parisiens.
Bien sûr, beaucoup de déception et d'amertume à l'issue de ces « événements » car peu de choses ont finalement changé.
50 ans après, l'énergie de la contestation semble enfouie dans un asservissement lié à la peur de la précarité qui se développe de jour en jour. A l'heure où j'écris cette chronique, un grand mouvement de grève vient de débuter. Je n'évoquerai pas sa légitimité, ce n'est pas le sujet. La question est de savoir s'il fera tâche d'huile et créera un mouvement de solidarité interprofessionnelle dans une société gangrénée par l'individualisme.
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critiques presse (1)
NonFiction   23 mars 2018
Une nouvelle histoire de Mai 68 qui propose un récit global et compréhensif de l’événement et de ses acteurs loin des raccourcis habituels.
Lire la critique sur le site : NonFiction

Videos de Ludivine Bantigny (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ludivine Bantigny
Chaque jour, une nouvelle polémique aux allures de « guerre culturelle ». La dernière en date, alimentée par le gouvernement lui-même, relayée par la droite, l'extrême droite et des pans entiers d'une gauche déboussolée, concerne les réunion en non-mixité organisées par le syndicat Unef.
Comme en ont organisé tant d'autres organisations militantes, comme le firent en leur temps les pionnières du Mouvement de libération des femmes (MLF), jadis vilipendées, aujourd'hui célébrées. Attaquée, harcelée, la présidente de l'Unef Mélanie Luce est venue expliquer pourquoi ces réunions ponctuelles sont utiles pour libérer la parole des femmes ou des personnes racisées – un mot qu'on a le droit d'utiliser, qui est même entré dans Le Robert en 2019 : « personne touchée par le racisme, la discrimination ».
Tandis que la France va bientôt passer le seuil des 100 000 morts du Covid, que les réas se remplissent à un rythme inquiétant, certains ministres semblent juger plus utile d'alimenter des polémiques identitaires. Façon de parler d'autre chose ? « Sur la gestion du Covid, l'échec monumental est là », a martelé l'épidémiologiste Catherine Hill, qui tance depuis un an la gestion de la pandémie par Emmanuel Macron : les masques, les tests, et désormais un troisième confinement dans une partie du pays, sans doute trop tardif.
En attendant, les vaccins manquent, la crise sanitaire et sociale se poursuit, et avec elle notre habituation à des mesures privatives de liberté extraordinaires. « On intègre fortement la restriction de nos libertés », s'inquiète la juriste Olga Mamoudy. Demain, que restera-t-il de nos libertés quand l'extraordinaire deviendra le quotidien?
Heureusement, il reste toujours l'espoir d'autre chose. En compagnie des historiens Ludivine Bantigny et Julien Lucchini, nous sommes allés puiser un peu d'espoir… en 1871. Au printemps de cette année, la Commune de Paris réclamait une République authentiquement démocratique et sociale. Cette utopie de soixante-douze jours, avec des réalisations émancipatrices et concrètes, s'est terminée dans un bain de sang, avec l'exil de milliers de « fédérés ». Elle fut aussi, selon le joli mot de Rimbaud, une « invention d'inconnu ».
« Inventer l'inconnu »… Cent cinquante ans plus tard, n'est-ce pas non plus notre défi ?

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