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Jean-Luc Defromont (Traducteur)
EAN : 9791034908288
224 pages
Liana Lévi (05/10/2023)
3.85/5   140 notes
Résumé :
Mardi 11 juillet 1972, ouverture du championnat du monde d’échecs. En arrière-plan la guerre froide qui oppose Union soviétique et États-Unis. Les caméras du monde entier sont braquées sur l’Islande, où auront lieu en mondovision les rencontres entre les deux compétiteurs: le Russe Boris Spassky, champion en titre depuis 1964, et l’Américain Bobby Fischer. Ce dernier est un être qui vit enfermé dans sa bulle, s’exerce seul à ce jeu depuis l’âge de sept a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
3,85

sur 140 notes
Miasino (Italie), années 80. le narrateur, encore enfant, écoute une discussion enflammée qui revient sur la finale des championnats du monde d'échecs qui opposa Bobby Fischer à Boris Spassky à Reykjavik en 1972. Dans le flux des bavardages entre son père et ses collègues psychiatres, une phrase le frappe tel un uppercut : « Il faudrait analyser l'instant où le monde s'est éteint dans son esprit et où seule est restée allumée une lumière qui éclairait un échiquier ». Une phrase saisie sur le vif, qui s'avère être une citation de la « La Défense Loujine » de Vladimir Nabokov. Une phrase qui parle évidemment de Bobby Fischer.

« Le coup du fou » mêle élégamment l'autofiction avec un retour très pointu sur ce fameux « match du siècle » de 1972. Histoire de pimenter son récit à deux dimensions, Alessandro Barbaglia lui en ajoute une troisième en convoquant « L'Iliade » d'Homère, qu'il transpose en support métaphorique de la lutte sans merci pour le titre de champion du monde des échecs que se livrèrent Boris Spassky et Bobby Fischer.

Le roman comporte 21 chapitres, soit le nombre de parties qui fut nécessaire pour départager le génie solitaire américain et le gentleman russe secondé par une armada de conseillers. Pour saisir l'enjeu du combat qui opposa les deux grands maîtres, il faut en restituer le contexte : on est en pleine guerre froide ; depuis la révolution, les Russes ont fait des échecs le symbole de leur supériorité sur le reste du monde ; un génie américain à l'état chimiquement pur vient de se qualifier pour la finale des championnats du monde en écrasant ses adversaires et menace de mettre fin à la suprématie russe. Cet homme, c'est Bobby Fischer.

Le monde entier a les yeux tournés vers Reykjavik où les 64 cases noires et blanches de l'échiquier qui sépare les deux hommes seront le théâtre de l'affrontement entre la Démocratie et le Communisme. Un affrontement qui commence mal pour la Démocratie. Bobby ne se présente pas à la cérémonie d'ouverture, arrive avec plus d'une heure de retard à la première partie, qu'il perd suite à un coup incompréhensible, qui ressemble à une erreur de débutant. La situation empire lorsque Bobby ne se présente pas à la deuxième partie, qu'il perd par forfait. Il est mené 2-0 par le champion du monde en titre, la situation est grave, pour ne pas dire désespérée. Henri Kissinger en personne décroche son téléphone et appelle l'enfant terrible de l'Amérique, un athlète qui mesure plus d'un mètre quatre-vingt-dix, et s'appelle Bobby Fischer.

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L'auteur ne s'en cache pas. Il a été littéralement hypnotisé par la figure de Bobby Fischer, un homme au QI supérieur à 180, qui a arrêté les études en CE1 pour se consacrer aux échecs, un solitaire misanthrope et maniaque, un joueur absolument extraordinaire (au sens premier du terme) qui fascina toute une génération de passionnés du noble jeu.

Pour tenter de mieux cerner les enjeux titanesques de la finale de 1972, il ose un parallèle avec une autre guerre qui a vu s'affronter Orient et Occident : la guerre de Troie. Fischer devient Achille, le guerrier quasi invincible, capable à lui seul de décimer une armée entière. Spassky devient Ulysse, l'homme capable de déjouer les pires épreuves en usant de son arme favorite : la ruse.

« Le coup du fou » nous narre ainsi le combat échiquéen le plus célèbre de tous les temps en le confrontant métaphoriquement à la guerre de Troie. En filigrane de ce récit épique, le narrateur renoue le fil défait avec son père emporté par un cancer du cerveau à l'âge de quarante-deux ans. Un père disparu trop tôt, qui s'intéressait davantage à la folie des hommes qu'aux échecs. Un père qui ne semblait pas indifférent au cas singulier d'un certain Bobby Fischer.

Le roman virevoltant d'Alessandro Barbaglia est un objet littéraire hybride et fascinant. En mêlant subtilement une description d'une précision inouïe du « match du siècle » à une analyse très fine des ressorts de la guerre qui opposa les Achéens aux Troyens, le narrateur parvient à trouver les interstices, ces espaces ténus qui lui donnent l'occasion de dire, sans pathos, toute l'admiration et tout l'amour qu'il ne cesse de porter à son père disparu prématurément.

« Tu es et tu restes mon père, papa. le sort ne change pas la nature des choses. Je te retrouve dans ce que tu m'as enseigné, dans les souvenirs qui ont ton parfum. Dans les gestes qui ont le sens des pères. Voilà pourquoi quiconque tend la main à un perdant en disant « Je suis là » - cette chose qui, en russe, a le son du verre brisé, « Ya zdes » - le fait avec une voix qui est pour moi la tienne.
Une voix de lumière. »

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Après avoir lu « Le mage du Kremlin » de Giuliano da Empoli chez Gallimard, qui est en lice dans la dernière sélection pour le Prix Goncourt 2022, j'ai décidé de rester en Russie en quelque sorte mais avec un saut dans le passé et plus particulièrement, durant la Guerre Froide, début des années septante (et oui, je suis belge ;).

Le milieu des échecs n'est pas un monde que je connais particulièrement. Oui, j'en connais les règles de base ayant fait partie d'un club durant mes études secondaires mais je n'ai jamais été accroc au point d'en lire des manuels par exemple ou même d'avoir suivi des séries comme « Le jeu de la dame » qui a eu son succès il y a 2 ans de cela.

Pourtant, en lisant le résumé, j'ai eu envie de découvrir ce bouquin alliant une époque historique dont mes connaissances me semblent parfois un peu limitée (la Guerre Froide), l'ayant que trop peu étudiée à l'école. Alors maintenant, j'essaie d'en apprendre plus dessus, notamment en la conjuguant à ma plus grande passion qu'est la littérature.

C'est ainsi qu'on plonge en 1972 pour le championnat du monde d'échecs qui a lieu en Islande entre Bobby Fischer, joueur américain de moins de 30 ans dont le talent n'est pas moins égal à ses originalités et le Russe Boris Spassky, détenteur du titre depuis près de 8 ans. 

L'auteur italien, Alessandro Barbaglia, confronte cette folle rencontre à « l'Iliade » d'Homère avec, en point d'orgue, les deux héros que sont Achille et Ulysse. Bien que n'ayant que de vagues souvenirs de celle-ci, réminiscences lointaines de mes cours de latin, j'ai apprécié cette comparaison étonnante et pourtant juste à plus d'un titre.

Hormis ces deux sujets originaux finement vulgarisés pour n'importe quel quidam, Alessandro Barbaglia offre également un chapitre intime de son histoire personnelle au travers du récit d'épisodes de sa relation avec son père, décédé très tôt d'un cancer. Émouvante à bien des égards, cette plongée intimiste m'a particulièrement touchée. 

Ce livre mérite à bien des égards d'être découvert que ce soient pour ses sujets pittoresques que pour l'auteur qui dévoile un brin de son vécu. Agrémentées d'une plume élégante et fluide, au final, ce sont trois histoires imbriquées intelligemment que j'ai découvertes et qui m'ont passionnées de la première à la dernière page. 

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« Qu'est-ce que c'est beau ! Non mais qu'est-ce que c'est beau ! »

Ca, c'est à peu près tout ce que vous auriez pu tirer de moi dans les premières heures après que j'ai refermé le coup du fou. Ce qui reste un peu court pour vous en parler. Et assez étrange car ce n'est pas un livre esthétisant. Mais il est d'une beauté stupéfiante dans ce qu'il met au jour et dans la manière dont il le fait.

Dans un chapitre zéro, le narrateur explique avoir vécu vingt-trois mois avec Bobby Fisher, ce célèbre joueur d'échecs américain devenu champion du monde en 1972. Vingt-trois mois avec ses biographies, son manuel de jeu, alors qu'il n'y connaît strictement rien, lui, aux échecs. « Je me suis mis en tête d'écrire un livre sur lui. Mais c'était peut-être une excuse pour remettre certaines pièces à leur place. » Il explique aussi être le fils d'un psy italien et avoir pour la première fois entendu parler de Bobby Fisher par les amis de son père, dans le jardin, caché sous la table tandis que les adultes, tous plus ou moins médecins eux aussi, tous pro-soviétiques comme on peut l'être quand on est de gauche dans les années 80, discutaient, chantaient, s'apostrophaient, parlaient, comme souvent les psy, de fous.

Son père est mort quand il avait 42 ans. Soit son âge à lui, le narrateur, quand il nous parle en 2022. « Il me semble que le fait de l'avoir rattrapé m'autorise à sortir de ma cachette sous la table, à m'asseoir à côté de lui, à poursuivre - en pensée – cette discussion sur ce fou de Bobby cinquante ans après le match en question. Et à donner mon point de vue. »

Et l'irruption de la mythologie ? A quel moment exact survient-elle ? Je ne me souviens plus trop et je ne voudrais pas triturer ce texte, exhumer la phrase exacte tant j'ai aimé la manière, franche et lumineuse, dont il tresse souvenirs d'enfance, dimension mythique et vie d'un joueur d'échecs américain, champion du monde en 1972. Je crois que c'est à propos du lait que l'Iliade s'immisce. A propos de cithare et de lait qu'Achille boit sous sa tente. Et de celui, sucré, américain et mauvais pour les reins que Fisher ingurgite à longueur de temps, bien souvent comme seule nourriture.

C'est ni plus ni moins que cela, le Coup du fou, une revisitation du destin d'Achille, le bouillonnant, sanguin, colérique Achille devant les murs de Troie. Une interprétation de ce qu'aura fait Ulysse pour et avec lui. Une réflexion sur le tragique. Pas celui qui condamne par un Fatum extérieur, celui qui vous fait être ce que vous êtes, profondément et irrémédiablement. Et une relation de la vie exceptionnelle de Bobby Fisher, tout particulièrement des quelques semaines entourant ce fameux championnat du monde de 1972 en Islande. Mais pour que ces deux fils servent de trame, il faut aussi que cette discussion des amis paternels ait eu lieu un jour d'été au jardin. Et que les bribes de souvenirs convoqués par le narrateur au fil du récit fassent la navette. Alors se dessinera un motif supplémentaire qui sera le tombeau du père.

Voilà, c'est la structure de ce roman qui est d'une pureté rare. C'est simple à lire, le style est délié et il n'est pas besoin de s'intéresser beaucoup aux échecs pour se plaire à lire ce texte. Il faut peut-être en revanche se souvenir un peu des récits d'Homère afin de goûter pleinement la résonnance qu'ils prennent ici. Alors la puissance de ce qui est convoqué, la force des associations, la noblesse de l'hommage à un père aimé et disparu rendent ce roman simplement magnifique.
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Après avoir lu « le mage du Kremlin » de Giuliano da Empoli chez Gallimard, qui est en lice dans la dernière sélection pour le Prix Goncourt 2022, j'ai décidé de rester en Russie en quelque sorte mais avec un saut dans le passé et plus particulièrement, durant la Guerre Froide, début des années septante (et oui, je suis belge ;).

Le milieu des échecs n'est pas un monde que je connais particulièrement. Oui, j'en connais les règles de base ayant fait partie d'un club durant mes études secondaires mais je n'ai jamais été accroc au point d'en lire des manuels par exemple ou même d'avoir suivi des séries comme « le jeu de la dame » qui a eu son succès il y a 2 ans de cela.

Pourtant, en lisant le résumé, j'ai eu envie de découvrir ce bouquin alliant une époque historique dont mes connaissances me semblent parfois un peu limitée (la Guerre Froide), l'ayant que trop peu étudiée à l'école. Alors maintenant, j'essaie d'en apprendre plus dessus, notamment en la conjuguant à ma plus grande passion qu'est la littérature.

C'est ainsi qu'on plonge en 1972 pour le championnat du monde d'échecs qui a lieu en Islande entre Bobby Fischer, joueur américain de moins de 30 ans dont le talent n'est pas moins égal à ses originalités et le Russe Boris Spassky, détenteur du titre depuis près de 8 ans.

L'auteur italien, Alessandro Barbaglia, confronte cette folle rencontre à « l'Iliade » d'Homère avec, en point d'orgue, les deux héros que sont Achille et Ulysse. Bien que n'ayant que de vagues souvenirs de celle-ci, réminiscences lointaines de mes cours de latin, j'ai apprécié cette comparaison étonnante et pourtant juste à plus d'un titre.

Hormis ces deux sujets originaux finement vulgarisés pour n'importe quel quidam, Alessandro Barbaglia offre également un chapitre intime de son histoire personnelle au travers du récit d'épisodes de sa relation avec son père, décédé très tôt d'un cancer. Émouvante à bien des égards, cette plongée intimiste m'a particulièrement touchée.

Ce livre mérite à bien des égards d'être découvert que ce soient pour ses sujets pittoresques que pour l'auteur qui dévoile un brin de son vécu. Agrémentées d'une plume élégante et fluide, au final, ce sont trois histoires imbriquées intelligemment que j'ai découvertes et qui m'ont passionnées de la première à la dernière page.
Lien : https://www.musemaniasbooks...
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Encore une histoire d'hommes : des pères, des génies, des héros.
Pendant l'été 1972 à Reykjavik, s'est tenu le championnat du monde d'échecs, qui opposa le tenant du titre Boris Spassky à Bobby Fischer. Bloc de l'Est contre Bloc de l'Ouest, école soviétique contre autodidaxie américaine, raison contre folie. Et aussi, selon la théorie de l'auteur : Ulysse contre Achille, ruse contre force.
Le narrateur (Alessandro Barbaglia lui-même) revient sur les bribes de conversation surprises entre son père et ses amis -tous psys- alors qu'il était enfant. Il était question de Bobby Fischer qui, quinze ans après son titre, fascinait toujours ces adultes. Devenu adulte, l'auteur se penche à son tour sur le cas Fischer et nous livre le fruit de ses réflexions singulières sur le personnage et ce championnat particulier.

Autant dire que c'est un ouvrage saisissant, épatant mélange de biographies échiquéennes, de souvenirs personnels, et de mythologie grecque. J'ai totalement adhéré, portée par la joliesse de l'écriture et la sincérité touchante et l'amour qui émanent de ces histoires de pères. J'ai aimé aussi le parallèle audacieux qu'ose l'auteur entre ce championnat d'échecs et l'Iliade et l'Odyssée. Et puis, il y a Bobby Fischer, personnalité "bigger than life" qui n'entre dans aucune case, et qui ne laisse pas de captiver par son comportement déroutant. Enfin, Barbaglia dresse aussi un portrait émouvant de Spassky ; rien n'est négligé dans son récit.
Autant d'éléments qui font de ce roman court mais dense, d'une pétillante vivacité intellectuelle, un grand plaisir de lecture qui se savoure à petites bouchées. Et qui donne envie de ressortir son échiquier.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Pourquoi Bobby Fischer se donnerait-il la peine de transiger, de faire des compromis pour jouer aux échecs ? « Et à quoi ça sert, les compromis, aux échecs ? Il y a toi, il y a moi, ça c'est un échiquier, jouons. De quoi d'autre on devrait parler ? Viens dans ma tête. » Le fait est que cette fois, l'adversaire est le monde, Bobby. La seule chose que toi, dans ta tête, tu ne veux vraiment pas faire entrer.
Ce n'est pas l'homme des compromis, lui, c'est un guerrier, pas un stratège. Il est Achille et non Ulysse. Il tue, il ne pense pas à vous tendre un piège. Il vous broie tout cru, il ne pense pas à la façon de vous faire cuire à petit feu. Lui, la ville ennemie, il n'y entrera jamais caché dans un cheval en vue de tuer ses habitants de nuit, en profitant de leur sommeil pour les égorger. Ivres de joie parce que convaincus que l'assiégeant a abandonné. Lui, ses ennemis, il les transperce de sa lance, il les regarde dans les yeux pendant qu'ils meurent, il n'a aucune idée de ce que sont un compromis, une stratégie, une médiation. Une fiction. Un mensonge.
Toutes choses qui appartiennent à Ulysse. Oui, elles appartiennent à Spassky.
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Bobby Fischer : né à Chicago le 9 mars 1943, mort à Reykjavík le 17 janvier 2008.
J’ai passé les vingt-trois derniers mois de ma vie comme un cheval : en le portant sur ma croupe. Je me levais le matin et il était là, je prenais mon petit déjeuner et il me regardait, j’allais aux toilettes et il me suivait.
« Bonne nuit Bobby » était la dernière chose que je disais le soir en fermant les yeux. Pour les rouvrir le lendemain matin en expliquant à tout le monde que « non, aujourd’hui je ne peux pas venir ; excusez-moi, je dois rester avec Bobby ».
Je n’ai fait que ça : l’emmener à mon bureau et m’enfermer avec lui. Seul mais en compagnie des dizaines de biographies qui me parlaient de lui, des romans, essais critiques, documentaires, reportages, photographies achetées à prix d’or sur Internet, vidéos sur YouTube, entretiens… et de son hallucinant manuel de jeu, lu et relu. Je n’y ai jamais compris que dalle.
D’après certains, il a été dans les années soixante-dix l’homme le plus célèbre au monde. Je le crois volontiers. Pourtant, la façon dont il a réussi à devenir si célèbre en ne faisant que jouer aux échecs me paraît l’aspect le moins intéressant de sa vie.
Quoi qu’il en soit, j’ai fini par me convaincre que cette histoire ne pouvait pas commencer autrement, que c’est ça qui lui plairait, à lui aussi : trouver son nom tout de suite, avant qu’il se passe quoi que ce soit. Et le trouver répété plusieurs fois : Bobby Fischer. Bobby Fischer. Bobby Fischer.
Je me suis mis en tête d’écrire un livre sur lui. Mais c’était peut-être une excuse pour remettre certaines pièces à leur place.

(INCIPIT)
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Et maintenant Ulysse l’a devant lui, Achille.
Et avec lui, coup après coup, il invente une langue que seules cinq ou six personnes au monde, peut-être, comprennent pleinement ; la langue chiffrée des dieux des échecs, élevée au rang du mythe. La mélodie issue de leur lutte harmonique est très douce. Comme le chant des baleines. Le parfum du printemps. L’aurore boréale. Personne ne sait comment ça se produit ; ce sont des choses que personne ne comprend vraiment, mais dont tous peuvent s’émerveiller. Et le monde est stupéfait. Ce à quoi il assiste est une forme d’art et de beauté. Le sublime. Un volcan en éruption. Le rouge qui teinte le ciel. La mer qui paraît de verre. Il en émerge une beauté comme ça : des codes de géométries esthétiques. Pendant vingt-huit coups.
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Ainsi, Ulysse part. Comme Spassky. Tous deux ont tenté de l’éviter, tous deux ont été happés. En fin de compte, par le même tourbillon : une partie d’échecs.
Eh oui, car voici le plus beau. De Palamède, en dehors de cet épisode où il berne Ulysse, on ne sait rien. Sinon la chose la plus importante pour nous : il a inventé un jeu. À jouer à deux, l’un contre l’autre. Assis à une table. Un jeu où l’habileté, la stratégie et la capacité à prévoir les coups de l’adversaire sont fondamentales. Les Anciens l’appelaient petteia.
L’ancêtre des échecs.
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Si l’histoire de Bobby Fischer peut sembler bizarre, incohérente, illogique, incompréhensible, c’est parce que ce n’est pas une histoire : c’est un mythe. Et les mythes sont chaos, merveille, métamorphose ; ils n’ont rien à voir avec la logique. Et ils entraînent même dans ce tourbillon magmatique un jeu fait de logique pure, comme les échecs. Et le seul moyen de tenter de la comprendre, l’histoire de Bobby Fischer, c’est de la traiter comme ce qu’elle est en réalité : le mythe d’Achille.
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