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ISBN : 2365694446
Éditeur : Editions Les Escales (14/03/2019)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 38 notes)
Résumé :
Septembre 1961. Depuis le pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. En ligne de mire : New York, l’université, un stage au Times. Une nouvelle vie… Elle n’en doute pas, bientôt elle sera journaliste comme l’était son père, Wilhelm.
Ruth devient très vite une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l’amitié et des amours. Des bouleversements du temps aussi : l’assassinat de Kennedy, l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Jeanfrancoislemoine
  15 mai 2019
Après avoir découvert avec beaucoup d'intérêt le très beau " les Déracinés " ,j 'ai eu le plaisir de rencontrer Catherine Bardon à " Lire à Limoges " et d'échanger avec elle pour , bien entendu , lui faire part de mon avis et lui demander de bien vouloir me dédicacer son deuxième roman , " l'Américaine "."L'Américaine", c'est la "suite " de "Les Déracinés " , un roman dans lequel on va retrouver nombre de personnages présents dans le précédent volume . On va y suivre plus particulièrement cinq années de la vie de Ruth , la fille de Wil et Alhma , les très beaux personnages dont nous avons pu suivre l'exil de l'Autriche de 1938 jusqu'en république dominicaine . Au moment où s'ouvre le roman , Ruth quitte son pays d'adoption pour rejoindre New - York afin d'exercer le même métier que son père , le métier de journaliste . A peine partie , sur le bateau, elle va faire la connaissance de " vous pleurez mademoiselle ?" un " gamin " aussi attachant que désopilant, voire irritant , le jeune Arturo qui ,lui , part pour entamer une carrière de musicien . Les deux jeunes héros vont occuper la plus grande partie de l'espace dans ce roman , une histoire touchante , émouvante , l'histoire d'une extraordinaire et indéfectible amitié capable de résister à toutes les épreuves de la vie . Et des épreuves , ils vont en connaître tout au long de ces cinq années de certitudes , d'interrogations , de doutes , d'inquiétudes , de rires et de larmes , cinq années d'initiation à la vie , leur vie , placés sous la protection tutélaire, discrète mais essentielle des personnages , héros du premier volume....C'est très humain , un beau plaidoyer sur le désir d'émancipation qui s'appuie sur les origines ,sur les bases familiales ou amicales qui ont forgé une conscience , une appartenance ,une authenticité. La jeunesse a toujours eu l'envie d'aller " voir ailleurs si l'herbe était plus verte " avant de souvent revenir là où se trouve sa place, sa vraie place ." Des racines ...et des ailes ".
L'histoire de Ruth et Arturio est magnifique , l'amour que leur portent ceux qui les entourent est magnifique . Madame Bardon sait raconter de belles histoires et on retrouve tout son talent pour faire passer des émotions , faire vivre ses personnages , nous les faire aimer , nous impliquer , bref , nous faire " tourner les pages " et retarder à l'extrême le moment où nos yeux épuisés se fermeront malgré notre résistance .
En parallèle , on retrouve des éléments historiques fort intéressants sur la république dominicaine et ses relations compliquées avec son peuple et les grandes puissances.Voici un deuxième roman qui confirme , pour moi , la grande réussite " des déracinés " , un essai transformé , en quelque sorte , qui laisse , à mon sens , la porte ouverte à un troisième volume , que j'appelle de tous mes voeux tant j'aimerais bien connaître le destin de tous ces gens qui sont entrés dans ma vie et avec qui j'ai encore envie de passer " un moment " , un bon moment , assurément.
J'ai lu que " les Déracinés " et " l'Américaine " pouvaient être lus indépendamment l'un de l'autre . Sans doute . Pourtant , à mon avis , ce serait dommage .Mais ce n'est que mon avis .
Encore merci , madame , pour ce roman très travaillé, documenté , fouillé et humain .J'ai adoré, mais , hélas , c'est fini......pour l'instant.
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Eve-Yeshe
  07 juillet 2019
Nous retrouvons dans ce roman, les héros qui ont fait la joie des lecteurs qui ont aimé « Les déracinés ». le récit alterne toujours les faits et le journal des ressentis, émotions du héros principal, qui est Ruth, la fille de Wilhelm et Almah Rosenheck.
Un drame est survenu à la ferme, Wilhelm est décédé à la suite d'un accident de la route, idiot comme souvent : sa voiture a percuté une vache, dans la nuit, à peine quelques secondes d'inattention et c'est le grand voyage…
Ce drame traumatise tout le monde, on s'en doute, mais Ruth, « le premier bébé » de la colonie, dont le visage a été photographié, a même été utilisé pour des timbres-poste éprouve le besoin de quitter sa famille pour aller faire des études de journalisme à New-York. Nous sommes en 1961.
Elle part en bateau, refaisant à l'envers le voyage que ses parents ont fait des années plus tôt, comme un pèlerinage. Elle fait la connaissance d'Arturo sur le steamer, un jeune Dominicain qui part faire des études aussi.
Ruth découvre ainsi la sinistre Ellis Island qui depuis ne retient plus personne en quarantaine, et comprend ce que ses parents ont dû ressentir quand les US ont refusé de les accueillir.
Elle vient vivre chez sa tante Myriam, qui tient une école de danse, et dont le mari Aaron a bien réussi dans son métier d'architecte, et une relation forte se noue avec leur fils Nathan, épris de danse lui-aussi. Leur réussite est teintée de tristesse, car Myriam pense à son frère Wil et à Almah qui n'ont pas peu réaliser leur rêve.
« Je voulais vivre ma vie comme je l'entendais sans m'encombrer des bagages pesants de l'histoire familiale. J'allais écrire une page de la vie des Rosenheck en Amérique. Ma propre page. »
Ce roman évoque surtout le statut difficile des enfants de la deuxième génération : ses parents sont des êtres tellement exceptionnels pour Ruth, qu'elle se sent nulle, ne pouvant jamais leur arriver à la cheville. Comment faire son chemin quand les parents ont tant souffert, ont dû supporter tellement de désillusions, travailler la terre, construire leur colonie ?
« Qui étais-je, moi Ruth Rosenheck, née en république Dominicaine de parents juifs autrichiens, parachutée à New-York ? Juive, Autrichienne, Dominicaine, américaine ? Avais-je fait le bon choix ? Je me sentais perdue… »
Un autre élément entre en ligne de compte : ils n'ont jamais parler de leurs propres parents, de l'antisémitisme, de la Shoah pour préserver leurs enfants, car c'était trop lourd à porter, alors ils les ont élevés dans la liberté, l'insouciance : Ils étaient « les petits princes de la colonie » dit Ruth.
Alors dans ce cas, comment savoir qui l'on est et d'où l'on vient ? Comment se construire ? Ruth a choisi le journalisme comme son père, après avoir abandonné ses études d'infirmière, (dans la famille d'Almah, ils étaient médecins depuis des générations) et le virus était entré en elle lorsqu'elle avait couvert le procès d'Eichmann…
A l'université, elle se rend compte qu'il y a des clans, l'élite et les autres dont elle fait partie, ce qui ne facilite pas l'intégration… les US n'ont guère fait de progrès depuis l'arrivée de ses parents, la fermeture d'Ellis Island n'est qu'un symbole et encore…
Ruth a idéalisé aussi le couple formé par ses parents, en mettant la barre aussi haut, comment s'engager dans une histoire d'amour, construire un couple ou une famille ?
Elle se cherche, s'égare dans des amours sans lendemains, comme si elle voulait se perdre elle-même, seul Arturo son ami est fidèle au poste. Avec lui, elle va assister, à l'assassinat de JFK, le racisme, Johnson et la guerre au Vietnam, et la marche des droits civiques avec Martin Luther King, le plus jeune prix Nobel, ne l'oublions pas… en passant par les jeunes hippies, la drogue, l'amour libre, (où elle retrouvera Lizzie qui faisait partie de la bande des quatre copains autrefois.
Même si le récit qui s'étend jusqu'à 1966, allume un projecteur sur Ruth, on ne perd pas de vue les autres personnages, Almah, Marcus, Svenja, Frizzie entre autres, ni l'évolution de la situation politique et sociale de la République Dominicaine, ou la construction d'Israël.
J'ai aimé la manière d'aborder la recherche de l'histoire familiale pour savoir ce que l'on veut transmettre, le besoin de se connecter avec les grands-mères qu'elle n'a pas connues, pour continuer le chemin tout en partant à la quête de son identité. Mettre de la distance, géographiquement parlant, ne rend pas forcément plus autonome. Cette jeune femme est intéressante, même si l'on parfois envie de la « secouer un peu » pour qu'elle avance…
Catherine Bardon, nous fait parcourir les US par le biais de tous les évènements importants qui se sont déroulés sur cette période, et pointe le traitement des Noirs, le rejet dont ils sont victimes. Elle n'est pas tendre dans sa description et tout ce qu'elle évoque résonne tristement avec la période actuelle. En choisissant de faire participer Ruth et Arturo à la marche pour les droits civiques pour écouter le discours de Martin Luther King : « I have a dream », elle donne au lecteur la possibilité de « revivre » cette manifestation pacifique.
J'ai bien aimé ce roman, même s'il manque quelque chose de la magie du premier tome « Les déracinés », cela reste une belle histoire, qui étrille « l'Amérique » et sa société qui ne brille pas par sa tolérance, et se comporte comme le gendarme du monde, n'hésitant pas à envoyer des soldats pour maintenir à tout prix une dictature en République dominicaine par exemple…
Ce roman est dense, il ne s'étend que sur six années et pourtant il se passe tant de choses ! j'espère que l'auteure nous proposera une suite car il est difficile de se détacher des personnages…
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m'ont permis de découvrir ce roman et d'apprécier une nouvelle fois son auteure.
#Laméricaine #NetGalleyFrance

Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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totopinette
  11 avril 2019
Je remercie vivement les équipes des éditions Les Escales pour l'envoi de ce très beau roman.
Je dois avouer que j'avais peur de me lancer dans la lecture de cette oeuvre. Les oeuvres des auteurs encensés par la presse me font toujours douter. J'avais tort pour celui-ci ! C'est un véritable coup de coeur pour moi.
Il faut savoir que « L 'Américaine » est la suite de « Les Déracinés ». N'ayant pas encore lu la première oeuvre, c'est avec plaisir que je me suis rendue compte que la seconde pouvait se lire indépendamment de l'autre. On n'est pas perdu dans des histoires passées auxquelles on ne comprend rien. Tout est clair et agréable. J'aime beaucoup lire les sagas familiales parce que contrairement aux apparences, aucune famille n'est parfaite … Aucune famille n'est dépourvu de petits secrets … Ce sont le genre d'oeuvres qui nous rappellent que la vie de famille n'est pas une douce romance. J'aime ce côté réel. D'ailleurs, à de nombreuses reprises, je me suis tellement laissé emporter par cette histoire que (l'espace de quelques secondes) j'étais convaincue que c'était une histoire vraie. Ce côté « histoire vraie » découle également de la présence de nombreux faits historiques. C'est l'alliance parfaite entre fiction et réalité. Et ce mélange est absolument divin !
J'ai beaucoup apprécié ce roman de par certaines similitudes avec mon ressenti lorsqu'adolescente j'ai du quitter mon île natale pour la France. Tout ce que Ruth expliquait de son île, j'aurais pu l'écrire et le décrire de la même façon. Peut-être est-ce parce que nos deux îles se ressemblent énormément. Sa reconstruction a également été mienne. Difficile parfois … Ruth m'a beaucoup touchée parce que je me suis complètement reconnue en elle.
Je ne suis pas (très) objective, puisque je ne connais pas encore « Les Déracinés », mais il me semble que Ruth est le personnage principal idéal pour cette saga familiale, qui me semble-t-il va continuer.
Le personnage d'Arturo m'a beaucoup plu lui aussi. Il est naïf et d'une grande sensibilité. Parfois, on a l'impression d'avoir affaire à un enfant. Lui aussi essaie de se construire malgré les difficultés. J'aurais toutefois apprécié que son secret soit plus difficile à deviner. Ça aurait apporté une petite touche de suspens à un roman qui n'en a pour ainsi dire aucun. Ce roman, à mes yeux, est basé sur l'amour du soi et de l'évolution. Parce que Ruth et Arturo, pour avancer, doivent apprendre à s'accepter. Accepter ce qu'ils sont, ce qu'ils étaient, ainsi que leur histoire familiale. C'est un bond vers le monde adulte. Un pas qui les éloigne de l'insouciance de l'enfance.
Le style d'écriture de l'auteur, qui est un style très moderne, très frais et très digeste, me parle énormément. Sans trop en faire, elle parvient à nous faire passer des émotions. Il n'y a pas de sur-jeu. C'est juste.
C'est un roman imposant … mais quand on aime on le trouve trop court. Les chapitres sont relativement courts ce qui nous permet de ne pas être frustré lorsqu'on doit arrêter notre lecture (à contre-coeur). C'est une très belle découverte et une très belle rencontre avec une auteure qui restera parmi mes préférés. J'ai hâte, à présent, de lire « Les Déracinés ».
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hcdahlem
  01 juillet 2019
Ruth prend la route
Après «Les Déracinés», Catherine Bardon nous offre le second tome de sa saga. Dans «L'Américaine» elle explore les années 60 en suivant Ruth partie à New York pour étudier le journalisme. Passionnant!
Quel plaisir de retrouver les personnages des «Déracinés» et le plume alerte de Catherine Bardon. Pour ceux qui seraient passés à côté de ce beau roman, signalons qu'il est disponible en poche et retrace la saga d'une famille viennoise à partir des années trente. La belle histoire d'amour entre Wilhelm et Almah va résister à la fureur de la guerre, mais au prix de grands sacrifices et d'un exil en République dominicaine où le couple et leurs enfants vont essayer de se construire une nouvelle vie. Tout l'intérêt du roman, outre ce pan méconnu de l'histoire de la Seconde guerre mondiale, est de mêler intimement la grande Histoire avec les destins des personnages au fil des ans, comme avait si bien pu le faire Régine Deforges avec «La bicyclette bleue».
Je souhaite du reste à Catherine Bardon le même succès et j'imagine fort bien les prochains tomes qui nous conduiront jusqu'aux années 2000…
Mais n'anticipons pas et revenons-en à «L'Américaine». Nous sommes en septembre 1961, au moment où Ruth, la fille d'Almah choisit de quitter son île pour rejoindre sa tante, son oncle et son cousin Nathan à Brooklyn. Elle entend mettre ses pas dans ceux de son père disparu et devenir journaliste. Pour cela, elle a étudiera à l'Université de Columbia tout en effectuant un stage au Times.
Sur le paquebot qui va le mener jusqu'à la grande pomme, elle rencontre Arturo, un jeune homme qui rêve d'une carrière de musicien et avec lequel elle va se lier d'amitié.
Si Ruth est accueillie avec grand plaisir à New York, elle ne peut éviter de ressentir le mal du pays. Sa mère et son frère qui font face aux soubresauts politiques dans un état qui essaie de se débarrasser d'une dictature et, après une brève parenthèse de pouvoir plus démocratique, va finir par retrouver ses anciens démons avec l'aide des … États-Unis qui ne vont pas hésiter à intervenir militairement.
Bien décidé à prouver à tous qu'elle a fait le bon choix, Ruth va s'accrocher et avec l'aide d'Arturo, de Debbie, sa copine d'université et l'affection de son cousin Nathan, découvrir un pays qui se transforme lui aussi à grande vitesse. Après l'épisode de la baie des cochons, on voit la Guerre froide prendre un tour plus radical et en parallèle, la contre-culture se développer. On voit la beatlemania et les drogues débarquer. On voit émerger Martin Luther King et John F. Kennedy avant qu'ils ne finissent tous deux abattus. C'est dans ce contexte que Ruth va faire la connaissance de Chris, un beau jeune homme qui rêve de Prix Pulitzer,de se rendre sur les points chauds de la planète pour témoigner de cette histoire en mouvement. Une énergie qui séduit Ruth, même si elle se rend compte qu'elle ne viendra qu'en seconde position dans la liste des passions de celui qui se rêve en nouveau Capa.
Un tragique accident de voiture va mettre une fin abrupte à cet amour, quelques semaines après qu'un médecin ait confirmé à Ruth qu'elle était enceinte.
Un choc terrible qui va pousser la jeune fille à fuir. Car elle reste une déracinée, toujours à la recherche de ses racines. Ne pouvant se résoudre à rentrer en République dominicaine, elle choisit un Kibboutz en Israël.
Y trouvera-t-elle la paix intérieure? Je vous laisse le découvrir tout en soulignant le côté addictif de l'écriture de Catherine Bardon, ce que les américains nomment un page turner et que j'appellerai pour ma part un bonheur de lecture!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Dupuisalex
  24 avril 2019
Dans les déracinés, Almah et Wilhelm Rosenheck fuyaient leur pays natal, l'Autriche, suite à son invasion par l'Allemagne. Dans son nouveau roman "L'américaine", Catherine Bardon, nous offre les aventures de Ruth, fille de Wilhelm et Almah.
Suite a la mort de son père, la jeune fille décide de fuir son pays, la république Dominicaine, afin d'échapper à des souvenirs douloureux. Celle-ci part pour les Etats-Unis, chez sa tante Myriam, sur les traces de ses parents qui ont effectué le même chemin 25 ans plus tôt, et en quête d'identité.
Suite directe des Déracinés, je ne conseille pas de les lire indépendamment afin d'apprécier au maximum sa lecture.
"Les Déracinés" était un coup de coeur, j ai par compte trouvé "l'Américaine" un peu plus long sur certains passages. Il se lit malgré tout rapidement avec une faim de connaitre la suite.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   01 juillet 2019
— Vous pleurez mademoiselle?
Perdue dans mes pensées, je n’avais pas senti que des larmes ruisselaient sur mes joues. Ni que quelqu’un se tenait à mes côtés. J’étais prise en flagrant délit de sensiblerie. Je foudroyai du regard l’importun avant de me raviser. Il avait vingt ans tout au plus, un grand corps dégingandé poussé trop vite. Un air gentil et sincèrement préoccupé se lisait sur son visage poupin encadré de boucles brunes. S’il pensait que son costume et ses grosses lunettes en écaille lui donnaient un air viril et mature, il se trompait. Je pouvais être rassurée sur un point, je n’étais pas la victime d’un coureur de jupons. Ou alors très maladroit et vraiment pas sûr de lui. Je secouai la tête en essuyant mes joues d’un revers de la main et lui lançai un sourire crâne.
— Ce n’est rien! Juste l’émotion du départ!
Il approuva en hochant la tête avec conviction.
— Moi aussi, je suis bouleversé de quitter mon pays. C’est un endroit magnifique, vous savez!
Comme si je ne le savais pas ! Son pays était aussi le mien. Même si je n’avais pas l’air d’être ce que j’étais : une Dominicaine. À cause de mes cheveux blonds et de mes yeux clairs qui trahissaient mes origines européennes. Je décidai de lui clouer le bec et lui lançai avec mon meilleur accent du Cibao, histoire de mettre les choses au point :
— Claro, nuestro país es mágico!
Il répondit, la voix étonnée et l’air désarçonné :
— Vous êtes dominicaine? Ça alors, à vous voir on ne dirait pas!
Je me retins de répliquer vertement qu’il devait apprendre à se défier des apparences et à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s’exprimer. Je lui répondis par un haussement d’épaules désabusé comme s’il s’agissait d’une évidence, puis je tournai le dos à mon jeune compatriote, pour couper court à toute tentative de conversation.
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Eve-YesheEve-Yeshe   07 juillet 2019
A l’aube d’écrire page de ma vie, j’avais besoin de ce lent arrachement à ma terre natale, et surtout, je m’étais mis en tête de refaire à l’envers le voyage qui avait amené Wilhelm et Almah Rosenheck, mes parents, sur cette île, plus de vingt ans auparavant. Ils comptaient au nombre de cette poignée d’« immigrants involontaires », comme on avait cyniquement baptisé à l’époque ces laissés pour compte, qui avaient échoué là à cause des cahots de l’Histoire, faute d’Amérique ou d’une meilleure terre d’asile.
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hcdahlemhcdahlem   01 juillet 2019
INCIPIT
Vous pleurez, mademoiselle

Septembre 1961
Je partais. C’était ce que je voulais et c’était un déchirement. J’étais là, seule, sur le pont d’un paquebot en partance. Sonnée par la mort idiote de mon père, j’avais pris la décision d’abandonner mes études, de quitter ma famille et de me lancer dans l’inconnu.
La sirène retentit. Deux remorqueurs éloignèrent imperceptiblement le bateau du quai. Nous avancions lentement dans l’embouchure du río Ozama. J’agrippai du regard la silhouette d’Almah, petit point évanescent dans la foule massée sur le môle hérissé de hangars et de grues. Je me rendais compte que je lui en avais voulu d’avoir dû prendre son parti contre mon père au moment de leur séparation. Elle n’était pas loin d’être une mère parfaite, et je lui en voulais pour ça aussi. Une partie de ma révolte venait de là.
Une partie seulement.
La trahison de mon père avait fait voler en éclats ma quiétude et remis en cause mes certitudes.
Je cherchai en vain des mots à mettre sur mes émotions. Ils étaient tous sans nuances et bien loin de pouvoir exprimer ce mélange perturbant d’exaltation et d’arrachement poignant que je ressentais au moment de quitter l’île de mon enfance.
« On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes1. Ça y est, tu prends ton envol, ma chérie. » Les dernières paroles de ma mère résonnaient dans ma tête, tandis qu’appuyée au bastingage, à la poupe du steamer de la Santo Domingo Line, je regardais le rivage de mon pays s’estomper lentement dans le rougeoiement du soleil couchant. Sous les tropiques, le soleil se couche ainsi, dans une débauche de couleurs flamboyantes qui me fascine à chaque fois. Mais ce soir-là, j’avais bien d’autres émotions à digérer. Il s’était passé tant de choses ces derniers mois. Ma vie s’emballait comme un cheval fou que rien ne semblait pouvoir arrêter.
Mon père, mon héros, nous avait abandonnés. Il était mort dans un accident si stupide que c’en était risible. Je me demandais s’il n’y avait pas un dieu quelque part qui se moquait de nous et j’en voulais à la terre entière. La shiv’ah, que j’avais tant redoutée, avait eu cela de salutaire qu’elle avait effacé les fausses notes entre nous. En une semaine de deuil, nous avions fait table rase des désaccords du passé.
J’avais laissé tomber mes études d’infirmière et à vingt et un ans je n’avais aucune certitude quant à mon avenir. Mon frère était tombé amoureux. Il en pinçait sérieusement pour Ana Maria. La preuve, je n’avais eu droit à aucune de ces confidences dont il était coutumier quand il entamait un nouveau flirt. Sa discrétion était alarmante, pire qu’un aveu. C’était évident, il était mordu. Je m’étais préparée au jour où une femme me volerait Frizzie, je m’étais promis de ne pas être jalouse et c’était raté. Quant à ma mère, elle contenait son chagrin et faisait bonne figure. Mais je ne lui donnais pas six mois pour déserter. Ce serait trop dur pour elle de rester à Sosúa où tout lui rappelait mon père. Almah allait repartir en Israël rejoindre Svenja, ma marraine et sa complice de toujours, j’en aurais mis ma main au feu.
Autant dire que mon univers explosait. Mon magnifique équilibre s’écroulait. À cause d’une vache ! Un stupide bovin qui batifolait sur une piste poussiéreuse par une nuit sans lune.
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totopinettetotopinette   11 avril 2019
Le bonheur, on doit le fabriquer de ses propres mains.
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hcdahlemhcdahlem   01 juillet 2019
Avant de partir, j’avais fait un pèlerinage d’adieux aux lieux chéris de mon enfance. Sur la plage, j’avais pataugé jusqu’aux pilotillos et je m’étais hissée sur le haut d’une pile ; le menton sur les genoux remontés contre ma poitrine, j’avais contemplé le coucher du soleil, savourant cet éternel spectacle chaque jour renouvelé, en sachant d’avance à quel point cela allait me manquer. Derrière la poste, j’avais tourné autour du grand tamarinier qu’enfants nous escaladions comme des singes. Dans le parc, avec la complicité de la nuit, j’avais caressé le tronc du vieux flamboyant aux fleurs rouges où le cœur avec nos quatre initiales, FLSR, gravé avec la pointe d’un canif, résistait aux assauts des années. Il était grand temps de tourner la page.
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