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ISBN : 2266287303
Éditeur : Pocket (07/03/2019)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 166 notes)
Résumé :
Autriche, 1931. Lors d'une soirée où se réunissent artistes et intellectuels viennois, Wilhelm, jeune journaliste de 25 ans, a le coup de foudre pour Almah. Mais très vite la montée de l'antisémitisme vient assombrir leur histoire d'amour. Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l'exil. Un nouvel espoir avant la désillusion : ils seront arrêtés en Suisse. Consignés dans un camp de réfugiés, ils n'ont qu'un seul ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (74) Voir plus Ajouter une critique
Jeanfrancoislemoine
  05 mai 2019
A tous ceux qui penseraient que ce livre de 750 pages doit être sacrément long à parcourir , mon message sera le suivant : en tournant la dernière page , vous risquez de vous exclamer " déjà !" et de ressentir un grand vide s'installer en vous , de vous retrouver bien seul(e) , comme lorsque , sur un quai de gare , on n'aperçoit plus que les feux rouges du train qui emmène loin de vous une personne que vous aimez plus que tout .....
Ce livre est un premier roman qui montre toutefois déjà tout le talent d'une autrice qui maîtrise tous les codes de l'écriture , tant sur le plan de l'expression , de l'alternance des genres et sur le plan des idées .Nul doute que ce premier ouvrage a été pensé , travaillé, façonné, ciselé avec passion . Catherine Bardon est tombée " amoureuse " de la république dominicaine , cela se voit , cela se sent ,et surtout , cela se vit......
Point de départ du roman: Vienne , ville d'art , de culture ,intellectuelle , ville de beauté mais aussi ville ou retentissent d'inquiétants bruits de bottes.Nous sommes dans les années trente........Juifs non pratiquants , Wilhelm et Almah , se rencontrent , se marient, poussés par un amour beau et absolu , pour le plus grand bonheur de leurs entourages . Hélas ...il faut fuir...la Suisse , un long , très long exil vers ...la dictature dominicaine et une vie nouvelle de colons . C'est ça ou....le néant...
L'épisode historique a existé mais est resté bien confidentiel et c'est , à mon avis , une très belle idée, très originale que de le porter à notre connaissance.Ce sera l'occasion de croiser une pléiade de personnages aux idées et aux comportements bien différents mais poussés par une rage de vivre incroyable , eux tous qui ont bien failli la perdre , cette vie si précieuse . C'est remarquable.
Et puis , il y a cet amour entre ces deux êtres, ces êtres à qui on va rapidement s'identifier . Leur relations sont présentées avec justesse , finesse , pudeur et sensualité .L'émotion nous étreint souvent et certaines situations, de toute beauté ne peuvent avoir été écrites que par une femme....Désolé , les gars , il y a tellement de poésie que nous (..On peut le reconnaitre sans vexer personne , non?...) ne pouvons que tomber sous le charme de cette plume aérienne . Attention , je n'ai jamais dit que ce livre ne s'adressait qu'aux femmes , ne nous égarons pas .Non, c'est un livre universel sur l'amour qui peut souder un couple mais c'est aussi , hélas, un livre qui nous montre que le monde ne change malheureusement pas , car les déracinés, ils sont toujours bien là.....
J'ai rencontré Catherine Bardon , hier , à " lire à Limoges " et , en discutant un peu avec elle , j'ai mieux compris pourquoi cette charmante dame parlait aussi bien de ce pays mystérieux et de cet exil terrible vers cette île de tous ceux dont personne ne voulait....La passion , les yeux plein de soleil ...
Les" Déracinés "vont continuer avec "l'Américaine " et l'histoire de Ruth , la fille de Wil et Almah . J'en suis très heureux car , je vous l'avoue , je n'avais pas trop envie de quitter tout " ce beau monde ".Mais ça , c'est une autre histoire, dont nous reparlerons plus tard.
Allez , n'ayez aucune crainte de vous lancer , vous ouvrez 750 pages superbes qu'il serait bien dommage de rater. C'est mon avis , rien que mon avis mais......
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isabelleisapure
  21 mai 2018
Un livre indispensable !
Il y a plusieurs vies dans une vie, Pour Wilheim et Almah, en tous cas.
Lorsqu'ils se sont connus à Vienne en 1932, leur route semblait toute tracée.
Lui, jeune journaliste était promis à un brillant avenir au sein d'un prestigieux journal autrichien, elle avait choisi une profession médicale pour rester dans la lignée de son père célèbre chirurgien, elle entreprit des études de dentiste.
Une vie de confort, de plaisir et d'amour jusqu'à ce que des bruits de bottes se fassent entendre aux portes de l'Autriche.
Peu à peu l'insouciance laisse place à la peur et aux brimades. L'antisémitisme devient chaque jour plus violent, les artistes, les intellectuels commencent à s'exiler.
En 1939, après mille persécutions, ils partent avec des visas américains qui se révèlent être des faux.
Après une année passée dans un camp en Suisse, ils traversent la France, l'Espagne et embarquent au Portugal pour la République Dominicaine où 100 000 visas ont été accordés à des juifs venant de toute l'Europe pour construire une communauté, sorte de Kibboutz.
A peine arrivés sur une terre hostile, au milieu de nulle part, brulée par un soleil implacable, la vie s'organise et peu à peu, des bâtiments et un village sortent de terre.
Au fil des mois, ils apprennent à relever la tête, à oublier la peur et le besoin vital de passer inaperçu.
La vie reprend son sens avec en souvenir de fond un paradis perdu. Ils deviennent agriculteurs, éleveurs, bâtisseurs et les jours se succèdent dans harmonie tranquille.
« C'était à la fois enivrant, exaltant et émouvant »
« Nous sommes arrivés sans illusions et maintenant nous partageons un rêve ».
Ce livre est à découvrir en priorité, je ne comprends pas que l'on n'en parle pas davantage dans la presse.
J'ai tout aimé dans ce livre, Wil et Almah sont attachants, courageux. Les personnages secondaires tissent des liens d'amitié, d'amour,Il y a des naissances, des mariages, des drames, des rencontres inoubliables.

Catherine Bardon nous propose un profond et superbe roman sur l'amitié, la richesse des relations humaines, l'évolution des individus au fil de la vie ainsi que celle des rapports entre les êtres humains, la nostalgie, l'exil.
« Les déracinés » se lit comme un roman feuilleton, les paysages défilent tant la description en est précise. On sent la chaleur, le vent, la poussière.
Cette lecture m'a bouleversée et n'est pas prêt de quitter ma mémoire.
J'adresse un immense merci à NetGalley et aux Editions Les Escales.

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Eve-Yeshe
  02 juillet 2019
On va suivre l'histoire d'un couple et de sa famille dont on fait la connaissance en 1921, alors que Vienne rutile de mille feux, tandis que se profile la montée de l'antisémitisme, du nazisme. Il y a d'abord les moments heureux, la rencontre, de Wilhelm et Almah, leurs familles respectives qui ont pignon sur rue : Julius le père d'Almah est un chirurgien renommé, sa mère Hannah, musicienne, le père de Wil Jacob est imprimeur, autoritaire certes, mais qui laissera son fils choisir le métier qu'il veut, alors qu'il rêvait de lui laisser l'imprimerie familiale, dont la femme Esther est en apparence soumise.
Malgré, les corbeaux noirs qui se profilent à l'horizon, on va assister à leur mariage, à la synagogue ; l'antisémitisme rampant va monter crescendo, les violences, les insultes, et certains commencent à fuir dans l'exil ou le suicide ; les droits se réduisent de plus en plus mais chacun espère que cela va s'améliorer, ils sont là depuis des générations, occupent une place dans la société viennoise…
Il est difficile de prendre la décision de s'exiler en laissant les parents derrière soi, la culpabilité s'insinue… Un jour, Myriam, la petite soeur de Wil se fait traitée de « sale truie » et cela va précipiter sa décision de partir. Pour Almah, c'est impossible de partir en laissant ses parents à Vienne, mais Julius et Hannah vont décider d'en finir, la libérant de ses hésitations et de sa culpabilité.
Ainsi commence l'exil, le passage par la Suisse, où ils atterrissent dans un camp où ils vont rester environ un an, puis la traversée de la France direction Lisbonne, où la vie leur sourit un peu plus et enfin l'embarquement vers l'inconnu dans le bateau qui les emmènent en Amérique, où ils espèrent pourvoir rester, Myriam et son époux Aaron habitant New-York : ils découvrent l'humiliation, Ellis Island où les examine comme des animaux… Leur demande est rejetée, ils acceptent alors d'aller avec le groupe à la Dominique.
Tout construire dans l'île où règne le dictateur Trujillo. Ils vont créer une communauté manière Kibboutz, travaillant la terre, construisant un village sur une usine désaffectée…
Peu à peu la communauté augmente avec d'autres arrivées, notamment Svenja et son frère Mirawek, arrivés de l'Est, Emil, mais aussi Markus qui sera un ami solide pour Wil. Une belle histoire d'amitié entre Svenja, libre, volage, et Almah et en miroir celle de Markus et Wil… Des liens qui se renforcent autour de la création du journal, car ils ont dû renoncer à une partie de leurs rêves, le journalisme pour Wil, alors que sa femme peut encore exercer son métier de dentiste.
Almah est le moteur de ce couple extraordinaire qui résiste même s'il doit parfois s'arc-bouter pour tenir ; elle s'accroche à la vie même dans les pires moments…
Ils élèvent leurs enfants, Frederik, né à Vienne et Ruth, conçue probablement lors du « séjour » à Ellis Island, dans cette atmosphère de liberté et de créativité, mais ne parlent jamais du passé, de ceux qui sont restés à Vienne, voulant à tout prix les protéger dans cette bulle… Ruth est le premier bébé né dans la communauté, ce qui lui donne une aura, parfois dure à assumer pour elle.
Il faut se battre tous les jours pour faire sortir quelque chose de cette terre, avec des périodes de doute voire de suspicion car les semences sont imposées par … Monsanto (déjà), les vaccins et les antipaludéens par Bayer…
Un jour, le 23 février 1942, la nouvelle tombe : Stefan Zweig s'est suicidé. C'était le maître à penser de Wil, il l'admirait profondément … Elle connaissait la passion maladive de Wilhelm pour l'écrivain autrichien qu'il avait interviewé avec tant de fierté autrefois. C'était lui qui lui avait donné le goût de la littérature et qui l'avait inspiré par son mode de vie…
Il va lui rendre hommage en publiant la lettre émouvante laissée par Stefan Zweig dans leur journal…
Catherine Bardon évoque aussi avec beaucoup de sensibilité les vagues de nostalgie (Sehnsucht) qui parfois remontent avec une odeur, un mot et les ramènent dix ans en arrière…
Mais peu à peu, la Communauté va s'éloigner des principes qui ont été à la base de sa construction, certains voulant vendre leurs produits directement, faire de l'argent… Et les liens vont se distendre car il y aura la création de l'État d'Israël et certains, comme Svenja et son frère, partiront créer des Kibboutz avec gestion collective, comme si l'expérience de Sosua était le brouillon, la première mouture, mais où se situe la frontière entre réalité et idéal ?
Catherine Bardon aborde dans ce roman l'histoire de cette famille et de leurs amis, entre 1921 et 1961 (avec le procès de Eichmann) en nous rappelant en parallèle la grande Histoire, sans jamais, tomber dans la facilité, ou la caricature, nous livrant les états d'âme de chacun, en les reliant aux grands évènements, aux grands personnages de l'époque.
Elle ne nous brosse pas un tableau idyllique de l'île car le dictateur Trujillo (alias « le bouc » à cause de son appétit pour la chair fraiche) y règne avec une poigne de fer et le narcissisme et le culte de la personnalité sont bien là, même si la petite communauté est loin de la capitale.
Elle ne cherche pas à nous vendre un couple idéal à travers l'histoire de Wil et Almah : c'est un couple qui s'aime très fort car les liens qui se sont tissés entre eux sont basés (et renforcés) par toutes les épreuves qu'ils ont traversées, mais l'amour n'est jamais un long fleuve tranquille et ils auront tous les deux des blessures, des crises à traverser, ce en quoi ils nous ressemblent.
Un petit mot dur le style : l'auteure a choisi d'alterner le récit des faits et les notes du journal tenu par Wilhelm où il exprime son ressenti, ce qui donne une saveur particulière à son livre.
Etan donné ma passion pour cette époque de l'histoire, ce livre était pour moi, mais il m'a tellement emballée que j'ai du mal à faire une synthèse et ma critique, comme toujours dans ces cas-là part un peu dans tous les sens, tellement j'ai envie de partager mon enthousiasme.
J'ai adoré ce roman, volumineux mais qui se dévore, ces héros que je n'avais pas envie de quitter et dont j'ai appris à connaître les états d'âme, les personnalités. Je vais enchaîner avec le tome 2 « L'Américaine ». Je l'ai acheté pour avoir une version papier et revenir sur tous les passages que j'ai soulignés…
Vous l'avez compris, si vous ne l'avez pas lu, précipitez-vous…
Un immense merci à NetGalley et aux éditions « Les Escales » qui m'ont permis de découvrir ce livre magnifique.
#LesDéracinés #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Annette55
  02 juillet 2019
« Sans racines, nous ne sommes que des ombres . »
«  Nous ne pourrons jamais revenir , ils ne nous pardonneront jamais ce qu'ils nous ont fait. »
Deux extraits de cette fresque fabuleuse au souffle puissant, lue comme un feuilleton, l'histoire d’une longue errance de pays en pays, d’illusions en désillusions , du tourbillon de la vie à Vienne vers 1921 à 1961 en République Dominicaine où les héros apprendront le goût des fruits, les colères du ciel , les caresses du soleil souvent brûlant , les odeurs de la terre, les hamacs et les machettes , Les ventilateurs , les chaises berceuses , le nom des poissons , et des plantes, renonçant à tout superflu , peut- être toucheraient - ils au bonheur ?
Après mille traumatismes, exclusions, exils , renoncements , humiliations , douleurs extrêmes ...





Vienne la fabuleuse , ville d'esprit , d'art et de patrimoine, ses promenades au parc du Prater,
Vienne : insouciante, resplendissante, fourmillante , bruissante , ses concerts ,théâtres , musées,
cafés , une effervescence culturelle , intellectuelle et artistique jusqu'à « la banalité du mal » selon
Hannah Arendt, la traversée d'une guerre, un holocauste, la perte d'un enfant ....
L'auteur conte lors de courts chapitres bien structurés l'histoire passionnante de Wilhem Rosenheck , 25 ans journaliste qui ne se sent pas juif , admirateur fervent de Stefan Zweig, ( effondré lors de l’annonce de son suicide ) seulement profondément autrichien , confiant et en sécurité et Almah , belle , libre, radieuse ....20 ans qui deviendra dentiste .
Ils se rencontrent en 1932, commence un amour vibrant, profond, incommensurable.
Animés d'une puissante rage de vivre , ils devront affronter lors d'un adieu poignant , silencieux et intime leur univers, leur pays , leurs parents, leurs racines...
La montée de l'antisémitisme les obligera à passer un an dans un camp en Suisse.
Empêchés de partir aux Etats - Unis à cause de visas faux , on leur proposera de se rendre en République Dominicaine où le dictateur local offre cent mille visas à des juifs venus du Reich ....
Là , ils tenteront en devenant fermiers de reconstruire leur vie, leur destin, au milieu de la jungle brûlante ...
Fondée sur des faits réels, alternant le journal de Wilhem , ses réflexions parfois désabusées et les faits , c'est une lecture à la fois historique et universelle , entraînante , poignante , bouleversante, riche d’enseignements et de réflexions ....

Wilhem perdra ses illusions de journaliste, l'oubli de ses rêves de jeunesse: douleur de l'exil, : quête de racines , remords .
Almah, , vibrante , courageuse , aimante , fière , déterminée , beaucoup plus forte tentera sa vie entière de continuer à l'aimer ...tout en participant à fonder une communauté agricole , une coopérative à fonctions multiples une espèce de Kibboutz ou plutôt un moshav, le profit bénéficiant à l'ensemble du groupe , les décisions étaient prises collectivement de façon démocratique ....
On pourrait en dire plus mais .....
Les personnages sont vivants et vibrants, terriblement attachants ,pétris d’humanité .
L'écriture est précise , fluide.
Les dates des événements aident à la compréhension de ce pan d'histoire méconnue ....
L'auteure dont c'est le premier roman , fondé sur des faits réels est une amoureuse de la République dominicaine , auteure de guides de voyage et d'un livre de photographies sur ce pays , où elle a passé de nombreuses années ...
Je pense à certaines amies de Babelio qui pourraient apprécier ce gros livre : 650 pages , irradiant de douleur mais aussi d'amour chez des êtres pris dans les turbulences du temps ....
On ne voit pas le temps passer tellement cette lecture romanesque prend aux tripes ....
Un coup de coeur ..mais ce n'est que mon avis..
Merci à ma médiathèque, à Claire , qui avait mis en avant cet ouvrage , paru en mai 2018 .....
Je le conseille ..
Publié aux éditions : Les escales , Domaine Français.
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llamy89
  07 novembre 2018
1931, Vienne resplendissante. Ville de patrimoine et d'esprit. Une jeunesse dorée celle d'Almah, celle plus ancrée dans le concret de Wilhelm. L'insouciance des années d'avant la montée de l'antisémitisme, de la folie meurtrière propagée par Aldof Hitler.
Catherine Bardon nous plonge dans un pan de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu pour sublimer une histoire d'Amour vibrante, une histoire de vies qui se cherchent une terre d'adoption pour construire un havre de paix, survivre.
Il est journaliste, elle est dentiste. Ils seront fermiers. Ils enfouiront la peur, pleureront ceux qui se sont sacrifiés pour qu'ils aient une famille, une vie heureuse.

Ce devait être une parenthèse avant le retour. Impossible. Trop d'horreur, trop de peur, trop de morts, rien ne sera plus pareil à la Vienne de leur insouciance. Il faut construire, s'installer au soleil, à l'ombre d'un dictateur. Une communauté, un kibboutz expérimental, des amitiés, un lien, une ancre.
C'est un roman d'exception. Il dit tout de l'Humanité : son inhumanité, sa résilience. Les destins de Wilhelm et Almah, l'apprentissage d'un nouveau monde, d'une nouvelle langue. Les amitiés fraternelles avec Markus et Svenja.
"Sans le savoir, une population fragilisée de juifs apatrides dont aucun État ne voulait, se prêtait à une expérimentation sociologique d'envergure." Ils réussirent un temps.
L'auteure raconte les pertes immenses comme celle de Stéfan Sweig : en adressant une lettre de suicide dans laquelle il dira tout de l'état d'esprit de ces rescapés : "adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. de jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même".
Cette fresque romanesque captive, vous tire larmes et sourires. 30 ans pour une saga sur fond d'horreur où les enfants prendront racine. Quelque 600 pages qui vous livrent une part d'histoires de 100 000 Juifs qui content L Histoire sombre et lumineuse à la fois, entre peurs, amours et espoirs. L'exil. Les personnages sont attachants, vivants, vibrants.
Catherine Bardon nous offre une fresque bouleversante très cinématographique. Un roman instructif qui doit devenir un incontournable de nos bibliothèques.
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
mosaique92mosaique92   16 août 2019
Petit à petit nous apprenions. Le goût des fruits, les couleurs de la mer, les chants des oiseaux, les colères du ciel, les caresses du soleil, les odeurs de la terre, les frondaisons des arbres, les bienfaits des plantes, le nom des poissons, la beauté des fleurs, les bruits de la nuit, les chaises berceuses, les hamacs, les machettes, les ventilateurs, les lampes à huile... Nous avions changé de paradigme, renonçant à tout le superflu mais à rien d'essentiel.
Peut-être touchions-nous au bonheur ?
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hcdahlemhcdahlem   17 décembre 2018
INCIPIT
1ere partie : Les corbeaux noirs
« Myriam 1921
— Les vraies ballerines peuvent enchaîner vingt pirouettes !
J’ai quinze ans et l’imbécillité désinvolte des adolescents. Vautré dans un fauteuil du salon, je joue les maîtres de ballet. Vêtue de son tutu rose, ses boucles brunes tirées en un chignon maladroit, Myriam se dresse sur la pointe de ses chaussons et se met à tourner sur elle-même.
Soudain elle s’écroule, vaincue, au bord des larmes.
— Combien ?
— Neuf !
— Oh Wil, je n’y arriverai jamais !
— C’est parce que tu regardes tes pieds, une vraie ballerine ne regarde jamais ses pieds, elle regarde droit devant elle. Un petit sourire valeureux creuse des fossettes dans les joues rebondies de ma soeur. Myriam reprend sa posture, droite sur ses pointes, adopte un port de reine et recommence à tourbillonner.
— Une vraie ballerine sourit sans montrer ses dents.
Elle pince ses lèvres et virevolte de plus belle, puis s’arrête soudain, envahie par un doute :
— Et d’abord, comment tu sais tout ça ?
— C’est parce que je m’intéresse à la danse et que, plus tard, je serai critique de ballets. Myriam acquiesce en silence. Elle me croit. Elle croit tout ce que je dis.
À huit ans, Myriam rêvait d’être une étoile. La danse, elle n’avait que ça en tête. Depuis ses cinq ans, elle suivait des cours de ballet classique à l’école de Tatiana Gabrilov, une ex-ballerine du Kirov, qui avait ouvert une académie très cotée au coeur de Leopoldstadt. Nos parents l’avaient encouragée sans réserve.
— C’est une bonne discipline, rigueur et grâce, disait mon père qui cédait au moindre caprice de sa fille.
— J’aurais tellement aimé prendre des leçons de danse quand j’étais petite, soupirait ma mère qui adorait la valse. Myriam suivait ses cours de danse avec une assiduité et une constance dont elle était loin de faire preuve à l’école, au grand dam de notre père. Elle travaillait sans relâche ses arabesques et ses entrechats et finit par se révéler une ballerine très convenable. À la maison, le vieux piano avait repris du service, ma mère jouait, Myriam dansait. D’abord très fiers des prouesses de leur fille, mes parents n’avaient plus vu d’un aussi bon oeil cette passion quand Myriam avait commencé à devenir véritablement obsédée. Un jour, un peu trop ronde à son goût et pour les critères sévères de la Gabrilov, elle avait décidé d’observer un régime draconien pour ne pas prendre un gramme, contrariant l’âme cuisinière de ma mère.
— Ressers-toi, ma fille, tu ne manges rien. Tu vas ressembler à un moineau déplumé !
— À un chaton passé sous la pluie, renchérissait mon père.
— À… une asperge, ajoutais-je pour ne pas être en reste.
— Ça suffit, rugissait Myriam. Je veux avoir l’air d’une ballerine, un point c’est tout. Comment pourrais-je enchaîner sauts et jetés si je pèse une tonne ?
Des heures durant, enfermée dans sa chambre, elle travaillait ses étirements et corrigeait ses postures devant la glace de son armoire. Durant plusieurs semaines d’affilée, elle ne s’était déplacée dans l’appartement que sur ses pointes, vêtue de son tutu et de ses collants, en pirouettant de temps à autre.
Elle se plaignait de sa crinière de boucles brunes qu’elle ne parvenait pas à discipliner. Pendant un temps, elle affecta de ne saisir les objets qu’entre le majeur et le pouce, les trois autres doigts dépliés en l’air telles les plumes d’un oiseau.
De temps en temps, je surprenais un échange de regards mi-accablés mi-amusés entre mes parents qui prétendaient ne rien remarquer.
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Annette55Annette55   30 juin 2019
«  Le mythe de l’assimilation avait volé en éclats . Jour après jour, nous prenions conscience de notre situation de plus en plus précaire .Des écriteaux fleurissaient dans les parcs, dans les édifices publics, des lettres anonymes d’insultes ou de dénonciations atterrissaient dans les boîtes aux lettres .
Les juifs étaient diabolisés , des pestiférés en butte à l'hostilité générale et chaque jour était une nouvelle cure de désillusion. .....
Ce n’était plus un secret pour personne: l'intelligentsia Viennoise se bousculait aux frontières pour fuir aux Etats - Unis ou en Angleterre .
Les désertions s’enchaînaient à un rythme soutenu..... »
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Eve-YesheEve-Yeshe   03 juillet 2019
Les Kahn, médecins de père en fils, vivaient à Vienne depuis cinq générations. Les aïeux de la mère d’Almah avaient émigrés de Russie au début du siècle précédent. Ils appartenaient à cette grande bourgeoisie juive qui se croyait à tort assimilée et gardait soigneusement ses distances…

… il (le père) était de ceux pour qui l’appartenance à une classe sociale et à une profession comptait bien plus que leur judaïté.
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hcdahlemhcdahlem   17 décembre 2018
Aux yeux d’Almah je pèse des tonnes. Je suis Wil le Viennois, le journaliste raté, le Juif pestiféré, l’apatride de Diepoldsau, l’indésirable d’Ellis Island, l’exilé involontaire, le fermier incompétent. Avec Luz, je suis Wilhelm, un homme libéré du poids de son histoire. J’ai laissé mes encombrants bagages à la porte de notre liaison. C’est un vrai bain de jouvence, totalement réjouissant. Je me sens exalté et déloyal. Ce mélange complexe d’émotions me rend plus vivant que jamais. 
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A l'occasion de la 11ème édition du salon international du livre en format livre de poche Saint-Maur En Poche, le journaliste David Medioni (ernestmag.fr) recevait sur la scène de la Griffe Noire trois auteurs français pour nous parler de leurs héroïnes...
L'Américaine de Catherine Bardon aux éditions Les Escales https://www.lagriffenoire.com/144643-divers-litterature-l-americaine.html
Les Déracinés de Catherine Bardon aux éditions Pocket https://www.lagriffenoire.com/143497-divers-litterature-les-deracines.html
Une trace dans le ciel de Agnès Clancier aux éditions Arléa https://www.lagriffenoire.com/79148-divers-litterature-une-trace-dans-le-ciel.html
Surface de Olivier Norek aux éditions Michel Lafon https://www.lagriffenoire.com/147440-nouveautes-polar-surface.html
Entre deux mondes de Olivier Norek aux éditions Pocket https://www.lagriffenoire.com/131805-nouveautes-polar-entre-deux-mondes.html
Code 93 de Olivier Norek aux éditions Pocket https://www.lagriffenoire.com/21264-divers-polar-code-93.html
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#soutenezpartagezcommentezlgn Merci pour votre soutien et votre amitié qui nous sont inestimables. @Gérard Collard @Jean-Edgar Casel
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