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ISBN : 2365693938
Éditeur : Editions Les Escales (03/05/2018)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 80 notes)
Résumé :
Autriche, 1931. Lors d'une soirée où se réunissent artistes et intellectuels viennois, Wilhelm, jeune journaliste de 25 ans, a le coup de foudre pour Almah. Mais très vite la montée de l'antisémitisme vient assombrir leur histoire d'amour. Malgré un quotidien de plus en plus menaçant, le jeune couple attend 1939 pour se résoudre à l'exil. Un nouvel espoir avant la désillusion : ils seront arrêtés en Suisse. Consignés dans un camp de réfugiés, ils n'ont qu'un seul ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
isabelleisapure
  21 mai 2018
Un livre indispensable !
Il y a plusieurs vies dans une vie, Pour Wilheim et Almah, en tous cas.
Lorsqu'ils se sont connus à Vienne en 1932, leur route semblait toute tracée.
Lui, jeune journaliste était promis à un brillant avenir au sein d'un prestigieux journal autrichien, elle avait choisi une profession médicale pour rester dans la lignée de son père célèbre chirurgien, elle entreprit des études de dentiste.
Une vie de confort, de plaisir et d'amour jusqu'à ce que des bruits de bottes se fassent entendre aux portes de l'Autriche.
Peu à peu l'insouciance laisse place à la peur et aux brimades. L'antisémitisme devient chaque jour plus violent, les artistes, les intellectuels commencent à s'exiler.
En 1939, après mille persécutions, ils partent avec des visas américains qui se révèlent être des faux.
Après une année passée dans un camp en Suisse, ils traversent la France, l'Espagne et embarquent au Portugal pour la République Dominicaine où 100 000 visas ont été accordés à des juifs venant de toute l'Europe pour construire une communauté, sorte de Kibboutz.
A peine arrivés sur une terre hostile, au milieu de nulle part, brulée par un soleil implacable, la vie s'organise et peu à peu, des bâtiments et un village sortent de terre.
Au fil des mois, ils apprennent à relever la tête, à oublier la peur et le besoin vital de passer inaperçu.
La vie reprend son sens avec en souvenir de fond un paradis perdu. Ils deviennent agriculteurs, éleveurs, bâtisseurs et les jours se succèdent dans harmonie tranquille.
« C'était à la fois enivrant, exaltant et émouvant »
« Nous sommes arrivés sans illusions et maintenant nous partageons un rêve ».
Ce livre est à découvrir en priorité, je ne comprends pas que l'on n'en parle pas davantage dans la presse.
J'ai tout aimé dans ce livre, Wil et Almah sont attachants, courageux. Les personnages secondaires tissent des liens d'amitié, d'amour,Il y a des naissances, des mariages, des drames, des rencontres inoubliables.

Catherine Bardon nous propose un profond et superbe roman sur l'amitié, la richesse des relations humaines, l'évolution des individus au fil de la vie ainsi que celle des rapports entre les êtres humains, la nostalgie, l'exil.
« Les déracinés » se lit comme un roman feuilleton, les paysages défilent tant la description en est précise. On sent la chaleur, le vent, la poussière.
Cette lecture m'a bouleversée et n'est pas prêt de quitter ma mémoire.
J'adresse un immense merci à NetGalley et aux Editions Les Escales.

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llamy89
  07 novembre 2018
1931, Vienne resplendissante. Ville de patrimoine et d'esprit. Une jeunesse dorée celle d'Almah, celle plus ancrée dans le concret de Wilhelm. L'insouciance des années d'avant la montée de l'antisémitisme, de la folie meurtrière propagée par Aldof Hitler.
Catherine Bardon nous plonge dans un pan de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu pour sublimer une histoire d'Amour vibrante, une histoire de vies qui se cherchent une terre d'adoption pour construire un havre de paix, survivre.
Il est journaliste, elle est dentiste. Ils seront fermiers. Ils enfouiront la peur, pleureront ceux qui se sont sacrifiés pour qu'ils aient une famille, une vie heureuse.

Ce devait être une parenthèse avant le retour. Impossible. Trop d'horreur, trop de peur, trop de morts, rien ne sera plus pareil à la Vienne de leur insouciance. Il faut construire, s'installer au soleil, à l'ombre d'un dictateur. Une communauté, un kibboutz expérimental, des amitiés, un lien, une ancre.
C'est un roman d'exception. Il dit tout de l'Humanité : son inhumanité, sa résilience. Les destins de Wilhelm et Almah, l'apprentissage d'un nouveau monde, d'une nouvelle langue. Les amitiés fraternelles avec Markus et Svenja.
"Sans le savoir, une population fragilisée de juifs apatrides dont aucun État ne voulait, se prêtait à une expérimentation sociologique d'envergure." Ils réussirent un temps.
L'auteure raconte les pertes immenses comme celle de Stéfan Sweig : en adressant une lettre de suicide dans laquelle il dira tout de l'état d'esprit de ces rescapés : "adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. de jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même".
Cette fresque romanesque captive, vous tire larmes et sourires. 30 ans pour une saga sur fond d'horreur où les enfants prendront racine. Quelque 600 pages qui vous livrent une part d'histoires de 100 000 Juifs qui content L Histoire sombre et lumineuse à la fois, entre peurs, amours et espoirs. L'exil. Les personnages sont attachants, vivants, vibrants.
Catherine Bardon nous offre une fresque bouleversante très cinématographique. Un roman instructif qui doit devenir un incontournable de nos bibliothèques.
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hcdahlem
  17 décembre 2018
La Seconde guerre mondiale et la Shoah alimentent régulièrement les libraires avec de nouveaux livres. Si Catherine Bardon a choisi ce créneau pour son premier roman, ce n'est toutefois pas par inconscience, mais bien parce qu'elle a découvert un épisode peu connu de ce conflit et qu'elle a eu accès à des documents inédits. Sa plume alerte et sa parfaire connaissance des lieux ont fait le reste, à savoir un roman chargé d'émotion et de suspense.
Tout commence à Vienne en 1932 avec la rencontre de Wilhelm, jeune homme qui entend consacrer sa vie au journalisme et Almah, fille d'une riche famille juive pas très pratiquante. Leur amour va braver leurs différences, religieuses et sociales, pour s'épanouir au pied de la grande roue du Prater. Un feuilleton signé sous pseudonyme dans le quotidien Krone doublé d'en emploi à la Neue Freie Presse, principal quotidien d'Autriche, offrent de belles perspectives. Avec des éditorialistes et chroniqueurs tels que Stefan Zweig, Theodor Herzl, ou Arthur Schnitzler, on ajoutera que l'émulation était de haut niveau.
Mais les années trente vont soudain se voiler d'une menace de plus en plus persistante venue d'Allemagne. Mais Wilhelm et Almah ne veulent pas croire les oiseaux de mauvais augure. Mais la vie devient de plus en plus difficile, la menace de plus en plus forte. Myriam, la soeur d'Almah, choisit de s'exiler à New York avec son mari Aaron. À 19h 45, le 11 mars 1938 une brève allocution annonce l'Anschluss. Wilhelm est arrêté et envoyé dans un camp d'où il ne sortira qu'après avoir abandonné tous ses biens et s'être acquitté d'une taxe exorbitante, sans oublier l'engagement de quitter le Reich avant la fin du mois de janvier 1939. Mais obtenir un visa et un permis de séjour devenait quasi impossible. Après avoir pu séjourner dans un camp en Suisse et tenté en vain de rejoindre New York, ils acceptent l'offre qui leur est faite de s'installer en République dominicaine. Laissant derrière eux «l'Europe malade de la guerre et de la folie des hommes», ils débarquent dans les Caraïbes avec pour objectif de fonder à Sosúa une communauté agricole sur le modèle de Degania, le premier kibboutz fondé en Palestine.
Vont-ils réussir ce pari? Pourront-ils compter sur le soutien de la Diaspora? le dictateur à la tête du pays ne va-t-il pas revenir sur ses promesses? Autant de questions qui vont trouver des réponses dans la seconde partie de ce roman passionnant à bien des égards. le choix de Catherine Bardon de laisser la parole aux acteurs nous offre la possibilité de confronter les points de vue, les aspirations et les doutes. C'est à la fois formidablement documenté et très romanesque. Un vrai coup de coeur!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Archie
  05 juillet 2018
Un premier roman très ambitieux. Les déracinés est une vaste fresque romanesque, déployée sur une toile de fond s'étendant d'Europe en Amérique, dans un temps historique particulièrement tourmenté. Sur six cents pages, l'auteure, Catherine Bardon, raconte trois décennies de la vie d'Almah et de Wilhelm depuis leur rencontre et un coup de foudre mutuel, à Vienne, à l'aube des années trente.
Vienne est alors une grande ville moderne, rayonnant intellectuellement sur l'Europe. Près de deux cent mille Juifs y vivent. Pour une large part, de grands bourgeois, cultivés, peu religieux, très intégrés dans la haute société. Almah, fille d'un chirurgien, vient d'obtenir son diplôme de dentiste. La famille de Wilhelm, lui-même journaliste, possède une imprimerie. Contraste, d'autres Juifs sont installés misérablement dans les quartiers populaires, après avoir fui les pogroms de l'Europe de l'Est.
Longtemps sous-jacent, l'antisémitisme des Viennois se dévoile, attisé par l'idéologie nazie qui prolifère de l'autre côté de ce qui est encore une frontière. En 1938, sitôt l'Anschluss, il explose. Pour les Juifs de Vienne, la vie devient de jour en jour plus insupportable. Une escalade sans fin d'obligations et d'interdictions, qui se traduisent par autant d'humiliations quotidiennes. Près de la moitié d'entre eux ont déjà pris le parti de l'exil, souvent vers les Etats-Unis, parfois vers ce qui s'appelle la Palestine. Ils ont sacrément bien fait ! Car tout se complique. Désormais, pour partir, il faut solliciter l'autorisation des autorités nazies, qui la conditionnent à l'abandon de tous les biens. Almah, Wilhelm et leur petit garçon quittent l'Autriche, un maigre pécule en poche.
S'en suivent pour eux plusieurs mois d'errance, voyages interminables en cars, hébergements collectifs précaires, en Suisse, en France, au Portugal. Traversée de l'Atlantique, synonyme d'espoir. Mais l'accès aux Etats-Unis leur est fermé, car des quotas très restrictifs d'immigration juive y ont été décrétés.
En désespoir de cause, Almah et Wilhelm atterrissent en République Dominicaine, où une institution juive a négocié avec les autorités, les conditions de l'immigration de plusieurs dizaines de milliers de Juifs, à charge pour eux d'y créer des exploitations agricoles, sur le modèle des kibboutzim des pionniers sionistes de Palestine. Ils ne seront en fait que quelques centaines à tenter l'expérience.
Une vie nouvelle s'installe pour eux, sous le soleil, sans confort, loin des centres urbains de l'île. Des intellectuels font l'apprentissage de métiers manuels et agricoles. Les mois passent, puis les années, d'abord scandées par les nouvelles en provenance d'Europe, la guerre, le doute, l'espoir, la victoire, la chute finale des nazis, la découverte des camps, l'arrivée de rescapés. Joies, peines, réactions d'horreur, sentiment de culpabilité. Puis c'est la création de l'Etat d'Israël. Enthousiasme et ouverture d'un débat : qui part, qui reste ? Almah et Wilhelm décident de rester, et même de s'enraciner. Car comme le dit Almah, « sans racine, on n'est qu'une ombre ! ».
La plupart des événements sont racontés par Wilhelm, l'auteure reprenant de temps en temps la parole pour une narration classique. Une subtilité qui passe inaperçue. Quelques chapitres sont extraits de « carnets » tenus par Wilhelm, qui s'exprime sur des événements déjà connus sans vraiment apporter d'éclairage nouveau.
Rien à dire sur l'écriture, claire, appliquée, un tout petit peu scolaire. Les chapitres, tous titrés, très courts – souvent pas plus de trois ou quatre pages – rythment agréablement la lecture, mais certains peuvent manquer de consistance, un peu comme ces séries TV étalées sur plusieurs années, diffusées en feuilleton quotidien, dont certains épisodes donnent l'impression qu'il ne se passe rien.
Pour moi, le livre souffre de ce que j'appellerai une manière romantico-sentimentale, une recherche systématique d'un pathos, incontestablement apprécié par une certaine catégorie de lectrices, mais qui agacent des lecteurs comme moi. Ma femme a adoré. Je trouve que les développements auraient mérité plus de concision et de sobriété.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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motspourmots
  05 mai 2018
C'est un premier roman impressionnant. D'abord par sa taille, un peu plus de 600 pages, ensuite et surtout par sa capacité à vous embarquer immédiatement et à ne plus vous lâcher. Je me souviens avoir dû interrompre ma lecture après la première partie pour respecter les délais dans lesquels je m'étais engagée à lire un autre roman, et je n'avais qu'une hâte : retrouver Almah et Will, le couple flamboyant de cette superbe fresque. Alors oui, il s'agit encore de la seconde guerre mondiale. Et oui, d'un épisode totalement méconnu. Mais le talent de Catherine Bardon est de maintenir tout au long du livre un haut degré de puissance romanesque tout en mettant en lumière l'incroyable destinée des juifs fuyant l'Europe centrale et accueillis par la République Dominicaine, un des rares états à accepter de leur ouvrir ses portes. Une dictature, un espace totalement vierge et un formidable défi à relever pour ceux qui ont tout quitté pour sauver leurs vies.
La première partie du livre se déroule à Vienne à partir des années 1920 jusqu'aux événements que l'on connaît. Sous la plume de l'auteure apparaît la Vienne intellectuelle et artistique et son formidable bouillonnement cosmopolite. La jeune Almah Kahn est la fille unique d'un couple appartenant à l'élite viennoise, belle, indépendante et étudiante en dentisterie, père médecin oblige. Curieuse et férue d'art, elle rencontre Wilhelm, jeune critique d'art pour un grand quotidien viennois, issu d'une famille beaucoup plus modeste, propriétaire d'une imprimerie. Coup de foudre, mariage, et début d'une vie active de jeune couple en vue tandis que bruissent déjà les échos inquiétants venus du voisin allemand. Viendront l'annexion, les mesures anti-juives, les violences... et la décision de fuir, un peu trop tardive alors que la soeur de Wilhelm et son mari ont eu la bonne idée de filer à New York dès les premières menaces. Les frontières se ferment, les visas se font rares puis introuvables. Après de nombreuses péripéties, le couple accepte la proposition d'une organisation juive en quête de volontaires pour créer une colonie en République Dominicaine, sur le modèle des premiers kibboutz. La rencontre avec cette nouvelle terre sera un choc et le début d'une nouvelle vie...
Ce sera la deuxième moitié du livre et je vous laisse la découvrir. Imaginez Wilhelm, un intellectuel dont le seul talent est d'écrire se transformer en travailleur manuel, maçon, charpentier puis agriculteur. Imaginez une terre sèche, où toutes les tentatives de culture ont échoué, un climat tropical bien différent de celui du continent européen, une langue inconnue. Imaginez une vie en communauté où chaque voix compte mais où les moments d'intimité se font rares. C'est à partir de ces éléments que Wilhelm et Almah vont pourtant construire leur vie, et que ces déracinés transplantés dans un environnement étranger vont faire en sorte de puiser les ressources nécessaires à leur survie gagnée de haute lutte. Avant que la question ne se repose une fois la guerre terminée : rester ? partir ?
La trame sur laquelle Catherine Bardon bâtit son intrigue est d'une richesse incroyable, basée sur des faits et un contexte totalement réels tandis que ses personnages sont l'oeuvre de son imagination. On apprend énormément sur cette initiative, forcément intéressée de la part du dictateur dominicain mais qui était pour les associations juives une sorte d'expérimentation destinée à éprouver des méthodes qui seront ensuite mises en oeuvre lorsqu'il s'agira de créer l'état d'Israël. L'occasion de rappeler (comme l'a fait dernièrement Louis Philippe Dalembert avec Avant que les ombres s'effacent au sujet d'Haïti) à quel point les portes se sont fermées à l'époque face à l'afflux de réfugiés juifs, et de constater que L Histoire bégaye décidément un peu trop. Mais si le livre est à ce point réussi c'est que la relation entre Will et Almah donne à l'ensemble le souffle romanesque nécessaire pour faire vibrer le lecteur.
"Cette nuit-là, je découvris que j'avais besoin d'Almah pour former un tout parfait et, dans sa façon de m'aimer, je devinai une exigence d'éternité."... Lorsqu'il se fait cette réflexion, Will est encore loin d'imaginer ce que leur réserve le destin. Et il faudra toute la force de cet amour exceptionnel pour affronter les bourrasques de l'Histoire.
Bravo, donc. Pour cette fresque vibrante, passionnante, enthousiasmante et inspirante. Puisse-t-elle murmurer aux oreilles de nombreux lecteurs.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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hcdahlemhcdahlem   17 décembre 2018
INCIPIT
1ere partie : Les corbeaux noirs
« Myriam 1921
— Les vraies ballerines peuvent enchaîner vingt pirouettes !
J’ai quinze ans et l’imbécillité désinvolte des adolescents. Vautré dans un fauteuil du salon, je joue les maîtres de ballet. Vêtue de son tutu rose, ses boucles brunes tirées en un chignon maladroit, Myriam se dresse sur la pointe de ses chaussons et se met à tourner sur elle-même.
Soudain elle s’écroule, vaincue, au bord des larmes.
— Combien ?
— Neuf !
— Oh Wil, je n’y arriverai jamais !
— C’est parce que tu regardes tes pieds, une vraie ballerine ne regarde jamais ses pieds, elle regarde droit devant elle. Un petit sourire valeureux creuse des fossettes dans les joues rebondies de ma soeur. Myriam reprend sa posture, droite sur ses pointes, adopte un port de reine et recommence à tourbillonner.
— Une vraie ballerine sourit sans montrer ses dents.
Elle pince ses lèvres et virevolte de plus belle, puis s’arrête soudain, envahie par un doute :
— Et d’abord, comment tu sais tout ça ?
— C’est parce que je m’intéresse à la danse et que, plus tard, je serai critique de ballets. Myriam acquiesce en silence. Elle me croit. Elle croit tout ce que je dis.
À huit ans, Myriam rêvait d’être une étoile. La danse, elle n’avait que ça en tête. Depuis ses cinq ans, elle suivait des cours de ballet classique à l’école de Tatiana Gabrilov, une ex-ballerine du Kirov, qui avait ouvert une académie très cotée au coeur de Leopoldstadt. Nos parents l’avaient encouragée sans réserve.
— C’est une bonne discipline, rigueur et grâce, disait mon père qui cédait au moindre caprice de sa fille.
— J’aurais tellement aimé prendre des leçons de danse quand j’étais petite, soupirait ma mère qui adorait la valse. Myriam suivait ses cours de danse avec une assiduité et une constance dont elle était loin de faire preuve à l’école, au grand dam de notre père. Elle travaillait sans relâche ses arabesques et ses entrechats et finit par se révéler une ballerine très convenable. À la maison, le vieux piano avait repris du service, ma mère jouait, Myriam dansait. D’abord très fiers des prouesses de leur fille, mes parents n’avaient plus vu d’un aussi bon oeil cette passion quand Myriam avait commencé à devenir véritablement obsédée. Un jour, un peu trop ronde à son goût et pour les critères sévères de la Gabrilov, elle avait décidé d’observer un régime draconien pour ne pas prendre un gramme, contrariant l’âme cuisinière de ma mère.
— Ressers-toi, ma fille, tu ne manges rien. Tu vas ressembler à un moineau déplumé !
— À un chaton passé sous la pluie, renchérissait mon père.
— À… une asperge, ajoutais-je pour ne pas être en reste.
— Ça suffit, rugissait Myriam. Je veux avoir l’air d’une ballerine, un point c’est tout. Comment pourrais-je enchaîner sauts et jetés si je pèse une tonne ?
Des heures durant, enfermée dans sa chambre, elle travaillait ses étirements et corrigeait ses postures devant la glace de son armoire. Durant plusieurs semaines d’affilée, elle ne s’était déplacée dans l’appartement que sur ses pointes, vêtue de son tutu et de ses collants, en pirouettant de temps à autre.
Elle se plaignait de sa crinière de boucles brunes qu’elle ne parvenait pas à discipliner. Pendant un temps, elle affecta de ne saisir les objets qu’entre le majeur et le pouce, les trois autres doigts dépliés en l’air telles les plumes d’un oiseau.
De temps en temps, je surprenais un échange de regards mi-accablés mi-amusés entre mes parents qui prétendaient ne rien remarquer.
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hcdahlemhcdahlem   17 décembre 2018
Aux yeux d’Almah je pèse des tonnes. Je suis Wil le Viennois, le journaliste raté, le Juif pestiféré, l’apatride de Diepoldsau, l’indésirable d’Ellis Island, l’exilé involontaire, le fermier incompétent. Avec Luz, je suis Wilhelm, un homme libéré du poids de son histoire. J’ai laissé mes encombrants bagages à la porte de notre liaison. C’est un vrai bain de jouvence, totalement réjouissant. Je me sens exalté et déloyal. Ce mélange complexe d’émotions me rend plus vivant que jamais. 
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Olivia-AOlivia-A   21 octobre 2018
Unis par les épreuves, l'exil et l'abandon de nos vies, nous vivions dans une atmosphère de gaieté des relations saines, faites de complicité, de partage, de franche camaraderie, d'une compréhension mutuelle qui se passait de mots. Nous menions une vie simple et paisiblement harmonieuse. Aux privations et à l'inconfort, nous opposions une joie bruyante, parfois un peu forcée. Le sentiment de précarité laissait peu à peu la place à un sentiment de bien-être. C'en était fini de baisser les yeux, d'essayer de passer inaperçus, de nous fondre dans le décor, de perdre de la substance. Nous n'étions plus ces mendiants gris. Nous avions retrouvé notre dignité, nous avions une nouvelle terre et une nouvelle famille, et c'était vertigineux. Nous savions que nous vivions un moment unique suspendu dans le cours de nos vies ; c'était à la fois enivrant, exaltant et émouvant.
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AllantversAllantvers   15 juillet 2018
Les nazis avaient trouvé la solution au "problème" juif: l'expulsion et la relocalisation hors du Reich, dans les pays prêts à les accueillir. a l'initiative de Roosevelt, une conférence internationale débuta le 6 juillet 1938 à Evian pour trouver des terres d'accueil (...). Tout le monde espérait que de bonnes décisions seraient prises. Beaucoup de pays déclinèrent l'invitation. au bout du compte, seuls 32 pays y participèrent dont 20 d'Amérique latine et seulement 9 d'Europe.
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ValerieLacailleValerieLacaille   24 octobre 2018
Je suis en train de me prendre d'une véritable détestation pour les Américains et leur arrogance. Comment aux, qui disposent d'un si grand territoire et de telles richesses, peuvent ils maintenir une poignée d'émigrants à leur porte. N'ont ils pas été des émigrants tous autant qu'ils sont? N'ont ils pas volé leurs terres aux tribus autochtones? Et pourtant, ils refusent de partager.
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