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EAN : 9782924670033
Ta Mère (24/10/2016)
4.04/5   93 notes
Résumé :
La faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité. Tu le sais : t’en es le déchet cardinal. Tu viens de commencer ta première session, mais y a pas une minute à perdre : si tu veux un beau poste en finissant faudra un beau stage au Barreau et si tu veux un beau stage au Barreau faudra une belle moyenne au bacc et si tu veux une belle moyenne au bacc faudra casser des gueules parce qu’ici c’est free-for-all et on s’élève pas au-dessus de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Ingannmic
  15 novembre 2020
Dès les premières lignes, le ton et le décor sont plantés.
Assis dans l'amphithéâtre où il entame ses études de droit à l'Université de Montréal, le héros écoute le discours du recteur vantant la nature élitiste et l'excellence de l'assemblée, constituée de deux centaines de jeunes de moins de vingt-cinq ans… Peu dupe, il y oppose in petto un cynisme amusé, conscient qu'au même moment, d'autres recteurs tiennent dans d'autres amphithéâtres le même discours à une jeunesse tout aussi brillante…
Il faut dire que la concurrence est rude, et que c'est à une véritable compétition que se préparent ces futurs professionnels du droit, une compétition nécessitant l'endurance d'un marathonien et la résistance d'un sprinter. C'est même une "Battle Royale", aux règles drastiquement codifiées, des habitudes vestimentaires à l'attitude qu'il convient tacitement d'adopter pour impressionner ses "concurrents", ainsi qu'on le découvre en suivant l'itinéraire de notre étudiant. Il s'agit d'observer l'autre pour juger de sa dangerosité tout en dissimulant le fait qu'on le considère comme un rival, d'avoir l'air plus concentré que lui tout en affectant une nonchalance destinée à prouver qu'on n'est pas dépassé même lorsqu'on est à bout de nerfs. Bref, l'apparence d'étudier est finalement aussi importante que d'étudier, et demande presque autant d'énergie…
Et puis il y a le stage de six mois en milieu professionnel, facteur déterminant de la réussite, indispensable pour passer son barreau avec succès. Sauf qu'il y a bien plus de places au barreau que de stages, et que tous les stages ne se valent pas… il faut donc aussi se livrer à la course au stage, consistant à faire en sorte que l'on sera celui que repérera l'un des prestigieux cabinets que tout le monde convoite. Il convient de "semer des graines", en se créant des contacts, en faisant du bénévolat, bref se montrer, et sous son meilleur jour, même s'il est factice. Réorienter sa vie, ses centres d'intérêt, sa posture, en vue d'être l'élu, tout en ayant les meilleures notes possibles. Être rat de bibliothèque et écumer les cocktails, oeuvrer dans le social et continuer le sport (car l'apparence, c'est très important), sans jamais laisser soupçonner que l'on est débordé, quitte à se faire aider par quelque médicamentation plus ou moins légale.
Ce parcours est décrit au fil d'une narration portée par un "tu" qui s'adresse au personnage principal, en un martèlement subtil mais permanent qui en exprime la dimension frénétique, et crée la distance dans laquelle peut s'insérer le regard sarcastique que porte le héros sur lui-même aussi bien que sur les autres.
Issu d'un milieu aisé, il est pourtant de ceux qui, excellant dans tout, considèrent la réussite comme un acquis. Il assume l'absence de vocation présidant à ses ambitions, déterminées par l'argent, pour lequel il est prêt, comme tous ses pairs, à "toutes les putasseries". Endurant, il a aussi une certaine prestance. Il se donne à fond, alternant journées d'études, constitution d'un réseau relationnel et nuits débridées au cours desquelles il s'adonne à tous les excès, y compris sexuels.
Sauf que… à la fin de la première session, ses résultats ne sont pas à la hauteur de son objectif. le monde s'écroule. Il sombre dans une sorte de nihilisme existentiel, analysant sa dépression comme le reste, avec rigueur et acuité… Mais ce passage à vide, qui nous rendrait presque sympathique cet arrogant jeune homme, ne dure pas… le conditionnement culturel et social l'emportent, il rattrape la course…
"Royal" est un roman à la forme originale, sur un sujet pour lequel j'ai a priori peu d'appétence. Mais au-delà du microcosme universitaire que décrit Jean-Philippe Baril Guérard, il faut y voir la critique virulente d'une société où tout est question de pouvoir et d'intérêt, d'un monde d'accointances et de corporations tacites, où règne l'iniquité, ainsi que le souligne, sans pour autant s'en offusquer, le beau, blanc et riche personnage principal. Et puis j'ai été facilement emportée par la dynamique que crée cette narration à la deuxième personne, ainsi que par le ton cynique, le langage parfois cru, la violence qui sourd de certains passages, comme en contrepoint à l'image policée qu'il convient de renvoyer au sein de cet univers hypocrite aux moeurs finalement bien brutales...
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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gromit33
  27 avril 2021
Pas toujours facile de trouver des romans québécois dans nos librairies ou bibliothèques, alors quand j'ai eu l'occasion de pouvoir écouter ce roman. Je m'y suis tentée et je ne suis pas trop une adepte des audio livres. Mais me voilà lancée et j'ai tout écoutée d'une traite avec ce roman trash.
Ces jours ci, nous fêtons déjà les 30 ans de American Psycho de Bret Easton Ellis, qui était un sacré roman.
Royal y fait penser d'ailleurs : ce texte nous raconte le difficile parcours universitaire du narrateur. Nous sommes à Montréal de nos jours et la bataille est rude, semée d'embûches pour les étudiants en droit. La narration du "tu" nous interpelle et cela convient très bien en audio livre. Nous suivons au plus prés les sentiments, ressentiments, impressions, dégoût du narrateur. Lu à plusieurs voix, nous sommes vraiment dans le texte, que ce soit sur les bancs des cours de droit (un peu hermétique ses analyses de jurisprudence), la description des étudiants (l'Italien, la provinciale sportive, la fille du syndicaliste), dans les soirées d'intégration (oh la bière coule à flots ainsi que certains produits illicites...), dans la chambre du "tu", ses relations avec son amoureuse, son cousin, associé dans un grand cabinet d'avocats.
Ce texte décrit surtout avec un réel cynisme la vie des étudiants, en droit, leur compétition entre eux, rivalités, leur recherche acharnée d'un bon stage pour ensuite rentrer dans un bon cabinet.
Il parle aussi très bien de ce climat de compétition acharné entre étudiants, du mal être de ces étudiants et des moyens qu'ils recherchent pour s'en sortir.. Un constat très cynique, humoristique de cet univers impitoyable des études mais aussi de la compétitions dans les cabinets d'avocat.
Un texte trash à la Bret Easton Ellis et j'ai bien aimé cette lecture audio, qui m'a facilité la lecture de certains termes très québécois, et j'ai enrichi mon vocabulaire un peu vert du français de nos cousins québécois.
Bref une sacrée expérience pour cette écoute d'un livre audio, et aussi aimé les consignes de mettre un casque avant la lecture de certaines scènes "coquines".
Ce texte est en libre accès sur le site de radio Canada, car il a eu le prix des collégiens 2018.
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Dentdedragon
  04 janvier 2021
Chaque fois que je plongeais dans Royal, j'aurais pu lire pendant des heures. La prose de Baril Guérard, très crue, est dotée d'un rythme extraordinaire. Pourtant, certains chapitres très émouvants m'arrêtaient dans ma lecture, car ils suscitaient de profondes réflexions sur la vie, la mort, et tout ce qui s'y rattache. D'autres passages continuaient à me hanter des jours après les avoir lus. D'après moi, c'est le regard extérieur que le personnage porte sur lui-même (le livre est écrit au « tu ») qui rend possible au lecteur cette introspection. Ce point de vue particulier témoigne d'un jeune homme qui ne vit que pour les apparences, donc qui n'arrive pas à ressentir quoi que ce soit au « je ».
Ce qui m'a le plus captivé, dans ce roman, c'est l'évolution psychologique du personnage principal, qui est au cœur du récit. Il passe à travers différents états de détresse : son anxiété de performance cause une dépression nerveuse, qui se transforme en crise existentielle, puis en détachement émotionnel; ensuite, il se défoule par un contrôle sexuel absolu. À la fin, il y a un semblant de retour à la normale, mais teinté d'une apathie résiduelle.
En somme, je suis heureux d'avoir lu ce roman angoissant et poignant alors que je me prépare à entrer à l'université. Je conseillerais Royal à toute personne qui se trouve à une étape semblable de sa vie.
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Jarseno
  22 juin 2021
Ouf! Quel roman coup de poing! Une très dure réalité universitaire, voire sociétale, nous est ici présentée sans aucun fard. L'anxiété de performance dénuée trop souvent de sens de notre système capitaliste est mise à nu, côtoyant le vide de la dépression et du désespoir.
Ce fut d'autant plus ardu pour moi de lire ce roman que ma fille vient de terminer son baccalauréat en droit et de faire son examen du Barreau. À chaque chapitre, je prenais conscience de ce que ma fille avait pu vivre comme stress ou être témoin de choses pénibles et aliénantes. Ça faisait mal à mon coeur de mère. J'ai failli tout arrêter au tiers du livre tellement je me sentais mal. Puis, je me suis parlée et je me suis intimée de regarder cette réalité en face.
À partir de là, je ne pouvais plus m'arrêter de tourner les pages jusqu'à la fin. J'ai été littéralement happée par le style direct de l'auteur qui utilise la narration au tu dès les premières lignes, comme s'il s'adressait directement à nous, comme si nous étions LE personnage principal. L'écriture est dynamique, crue, fluide et très contemporaine. Les chapitres sont courts, alternant de façon très talentueuse et équilibrée les narrations et les dialogues. Tous les subterfuges sont utilisés, comme dans le domaine du droit, pour forcer le lecteur à voir la réalité trop souvent cachée de la dépression chez les jeunes universitaires de notre société, qui les force à performer à outrance pour tenter tant bien que mal de se tailler une place dans une vie trop souvent insensée. Pari réussi de l'auteur dans mon cas: j'étais complètement K.O. en terminant son roman!
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Antoinemarchand
  28 juin 2021
Le protagoniste est étudiant dans la plus grande université en droit du Québec francophone. Dès le départ, il démonte son intérêt pour la course aux stages, suivant les pas de son « cousin Fred ». Et dans une course, ça ne sert à rien d'être bon, ou de finir sur les deux marches les plus basses du podium, l'important, c'est d'être le meilleur.
J'avais hâte de lire ce livre qui se vend très bien dans les librairies québécoises et qui parle d'obsession de performance. Dès le début, la narration m'a légèrement déplu (à la deuxième personne). Selon moi, en comparaison, cette narration est beaucoup plus efficace dans un oeuvre personnel, comme La femme qui fuit, que dans un roman de fiction. Aussi, on parle rapidement de suicide, de mort et de questions existentielles dans la première moitié du livre. Ces passages, qui étaient très caractéristiques de la personnalité du personnage principal, étaient trop tôt dans le roman, à mon opinion.
Les dialogues sont extrêmement réalistes. L'auteur a un réel talent pour conter son histoire et nous faire stresser comme le protagoniste l'est. Mélange parfait entre sarcasme, humour noir et franc-parler. Il est très difficile de poser ce livre comme on ne veut pas laisser le protagoniste dans sa détresse intérieure.
Une écriture qui ressemble à du Easton Ellis, notamment à Moins que Zero et Suites impériales. Certainement une recommandation que je ferais auprès des lecteurs qui aiment explorer la noirceur de l'âme humaine. Beaucoup plus noir que j'aurais imaginé!
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
taktic66taktic66   02 janvier 2017
Tu voudrais lui dire l'amour est pas une ressource renouvelable, Aurélie, j'ai foutu le feu à la plateforme de forage, j'ai brûlé tout ce que je pouvais extraire, et j'ai dansé autour du feu de joie sans même me rendre compte que ça m'écorchait la peau, pendant que d'autres investissaient dans ce qui se tarit pas. Tu voudrais lui dire je pense pas que ça arrivera de nouveau, ni avec toi ni avec une autre, je suis pas de ceux qui ont besoin de monter six fois l'Everest, une fois c'est assez, j'ai d'autres chats à fouetter. Tu voudrais lui dire oublie l'amour, Aurélie, il y a des choses qui coûtent moins et qui rapportent plus, dans la vie.
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LaurieChammahLaurieChammah   06 mars 2020
T’es en train de hurler. De frapper ton volant. Les larmes te brouillent le visage. Tu veux te redresser mais t’es pas capable. T’es accroché à ton volant comme à une bouée de sauvetage. Plus aucun tonus. Tu te sens comme si tes intestins allaient te sortir par la gueule. Ça te fait comme une brûlure, du nombril à la gorge. Ta gueule reste ouverte, crispée, et ça secoue de spasmes tous les muscles de ton visage. Quand t’arrêtes de hurler, tu penses que ça y est, que t’as plus d’énergie, et plus de pleurs à pleurer. Puis tu te mets à hyperventiler. Ton diaphragme vacille rapidement de haut en bas. Plus aucun contrôle. Puis ça recommence : la grimace, un début de sanglot, puis un hurlement.
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BastilternativeBastilternative   31 mars 2017
Je sais que c'est pas nécessairement un party, la vie d'avocat en grand cabinet. Qu'une grosse partie du travail, c'est de chercher, justement, le diable dans les détails. D'être un spécialiste de l'horlogerie du fine print, jusqu'à devenir fou, des fois. Pis je sais que ça peut donner l'impression d'être inutile, comme à peu près tout ce qu'on peut faire dans' vie. Mais des fois, mettre plein d'affaires qui ont l'air inutiles ensemble, ça finit par construire une machine qui fonctionne. Pis quand on est concentré sur l'infiniment petit, la vie prend un genre de sens.
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Pat3744Pat3744   31 juillet 2022
on aura en masse le temps d avoir des soucis quand on sera vieux, anyway

si on se rend là, ouais.

t avais l intention de mourir bientôt ?
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taktic66taktic66   26 mai 2021
Tous les humains sont décevants, il faut juste leur laisser le temps
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Videos de Jean-Philippe Baril Guérard (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Philippe Baril Guérard
Les auteur·rice·s con­tem­po­rains sont de cette généra­tion ayant gran­di avec Inter­net et l'arrivée des réseaux soci­aux. Ils abor­dent la cul­ture pop avec intel­li­gence, et par­fois avec autodéri­sion, dans leur tra­vail lit­téraire. Dans le cadre de cette dis­cus­sion ani­mée par San­drine Galand, nous deman­dons donc à quelques prin­ci­paux intéressés (Frédérique Côté, Fanie Demeule et Jean-Philippe Bar­il Guérard) de définir la cul­ture pop à tra­vers le prisme de leurs oeuvres. Nous pour­rons mieux explor­er notre rap­port à la cul­ture pop ou à la cul­ture de l'instantané et com­pren­dre où cha­cun se situe par rap­port aux cul­tures dites sérieuses.
Avec: Fanie Demeule, Auteur·rice Frédérique Côté, Auteur·rice Jean-Philippe Baril Guérard, Auteur·rice Sandrine Galand, Animateurrice
Livres: Filibuste Haute démolition Mukbang
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